Atlantes : explorez les abysses pour sauver votre Royaume sous-marin !

Les fonds marins ou les atlantes sont loin d’être un thème rebattu du jeu de société, au point qu’à la sortie d’Atlantes, d’innombrables personnes ont demandé s’il ne faisait pas doublon avec le classique Abyss ou sa déclinaison Abyss Conspiracy. On pourrait bien entendu aussi faire valoir qu’il évoque Atlantis Rising, ou Océans. C’est pourquoi il me paraissait important de commencer en vous rassurant, tous ces jeux sont parfaitement différents les uns des autres, et ils ne se redoublent pas plus que 7 Wonders et Through the Ages, ou Skull King et Maracaibo tiens…

J’avais déjà repéré Atlantes sous son titre original Aquatica à Essen, et m’étais réjoui de l’arrivée de ce titre particulièrement soigné éditorialement chez Gigamic (Champ d’honneur, Similo, Galèrapagos, Squadro, Flamme rouge, L’Aube des tribus…), après une édition par Cosmodrome Games (Smartphone Inc.Premier Contact). On est en effet bien sur ces titres dont on ne comprend pas que la boîte ne porte que le nom du concepteur (le nouveau venu Ivan Tuzovsky) et pas celui des illustrateurs (Andrew Modestov, Oleg Proshin, Artur Varenyev, Marat Zakirov et Irina Nordsol, qui a quand même travaillé sur Dwellings of Everdale), qu’il faudra chercher au dos de la boîte, et uniquement là, même pas dans les traditionnels crédits de fin de livret de règles… Du moins cette mise en avant du seul concepteur laisse-t-elle espérer qu’il aurait quelque raison d’éclipser les contributeurs qui ont tant fait pour attirer les regards !

Vendu 36 euros (31 euros 59 avec le Pass Ludovor), Atlantes s’adresse à 1 à 4 seigneurs sous-marins de 10 ans et plus pour des parties d’environ 45 minutes, jamais plus d’une heure.

Atlantes

La mer, la mer, toujours recommencée !

La mise en place est à elle seule un enchantement qui encourage à poursuivre ses premiers efforts. Non seulement le plateau est vraiment superbe, mais on reçoit également des plateaux personnels en double-épaisseur, proposant de glisser certaines cartes dans les fentes se situant sous le plateau supérieur, ainsi que les 4 raies manta en plastique, très détaillées, correspondant à nos 4 cartes Personnage de départ (auxquels peut s’ajouter une carte Roi, que l’on pourra même prendre plaisir à drafter !).

Des effets waouh qui promettent ! J’émettrais seulement une réserve sur la qualité des cartes, qui m’ont paru s’abîmer plus vite qu’il le faudrait, aucun problème bien sûr si on les sleeve assez vite. Par ailleurs, j’ai trouvé inégales certaines illustrations des cartes Personnage, mais certaines sont vraiment réussies et les cartes Lieu sont juste un régal pour les yeux.

Je dois ajouter que la perspective de ne jamais avoir à gérer autre chose que des cartes et ces figurines, donc jamais de jetons ou de cubes, m’intriguait aussi singulièrement.

AtlantesÀ son tour, un joueur réalise une action principale et peut y ajouter des actions facultatives, le tout dans l’ordre de son choix.

L’action principale consiste simplement à jouer une carte Personnage de sa main et à résoudre son effet, puis à la placer dans sa défausse.

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Ces effets sont naturellement variés, puisqu’il peut s’agir :

  • d’acheter ou de conquérir l’un des lieux face visible sur le plateau en payant son coût en or ou en pouvoir. On le place alors dans l’une des cinq fentes de notre plateau personnel de sorte que rien de ce qui se trouve au-dessus de l’icône la plus haute de sa colonne de profondeur (sur sa gauche) ne soit visible. Ces coûts sont payés grâce à certaines mantas (que l’on retourne sur leur face inactive) ou à l’action facultative d’exploitation d’un lieu : on applique alors l’effet correspondant au niveau de profondeur le plus élevé de l’une de nos cartes Lieu, avant de décaler ladite carte d’un cran vers le haut dans la fente, afin de faire apparaître le symbole suivant.

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  • de recruter un personnage face visible sur le plateau en payant le coût indiqué sous sa carte (entre 0 et 5 or) puis en le plaçant dans sa main.
  • d’élever un lieu, c’est-à-dire de faire glisser l’un de ses lieux de plusieurs crans vers le haut. On perd alors les ressources recouvertes par le plateau, mais c’est aussi le seul moyen d’approfondir l’exploration d’une carte dont la case supérieure serait vide (ne représentant donc pas de pouvoir que l’on pourrait appliquer). Quand un lieu est complètement élevé (que plus aucun symbole de la colonne de profondeur n’est visible), on récupère aussitôt la manta représentée, de sorte que l’on disposera d’un pouvoir supplémentaire. Et avec 23 mantas  dans la réserve, inutile de dire qu’acquérir et élever les bons lieux pour accéder aux bonnes mantas est au moins aussi essentiels que les effets qu’ils procurent !

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  • de marquer les points d’un lieu complètement élevé : on le retire alors de sa fente pour le placer dans sa pile de prospérité.
  • d’explorer, en défaussant les éventuels lieux de la rangée supérieure (d’exploration), puis en déplaçant les lieux de la rangée centrale vers la rangée d’exploration, puis en fournissant à nouveau la rangée centrale. Les lieux explorés coûtent 1 point de pouvoir de moins que les autres, et sont donc aussi plus recherchés, en plus de risquer de disparaître plus vite.
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Un peu à la Margraves de Valeria, une carte (la Matrona) permet de réactiver toutes ses mantas et de récupérer toutes les cartes de sa défausse en main sans pouvoir être elle-même défaussée.

Non seulement de nombreuses cartes ont plusieurs effets, mais les lieux eux-mêmes ne se résument pas au gain de ressources, et en jouant habilement, vous aurez la possibilité de déclencher quelques combos bien sentis pour des tours particulièrement fructueux !

À tout moment de son tour, un joueur peut marquer un objectif. Quatre sont imprimés sur le plateau (avoir 8 personnages en main, 5 lieux sur le plateau personnel, 3 lieux dans sa pile de prospérité, 2 mantas bonus), mais 10 autres objectifs peuvent être posés par-dessus pour transformer les parties, récompensant des prouesses un peu plus techniques (avoir 5 personnages possédant l’effet Conquérez, avoir 1 lieu de chacun des 4 types dans sa pile de prospérité…) ! Il faut non seulement atteindre l’objectif, mais aussi accepter de poser une manta sur le premier emplacement libre (le plus rentable) de la ligne correspondante, un petit sacrifice qu’il faudra savoir faire au bon moment.

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Photo de l’instagrameur Adayagame

La partie s’achève quand la pioche de cartes Lieu ou Personnages est achevée ou qu’un joueur a rempli son quatrième objectif. Tous jouent alors une dernière fois, y compris celui qui a déclenché la fin de la partie, ce qui a l’intérêt de ne pas le désavantager tout en évitant la frustration d’adversaires perdant sans s’y attendre alors qu’ils avaient prévu un super-combo au tour suivant (on l’a tous entendue celle-là).

Les joueurs additionnent alors 1 point par personnage de leur main, les points des objectifs et les points des lieux dans la pile de prospérité. Limpide et sans surprise !

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Aquaman

Atlantes peut être pratiqué très simplement en solo.

Pour cela, on retire un exemplaire de chaque type de carte, on choisit un Roi parmi trois, et on se contente de donner 4 mantas au joueur ichtiandre, notre adversaire artificiel.

À chaque fois que l’on explore ou que l’on joue la carte Matrona, on ajoute une Manta adverse sur le premier emplacement d’un objectif qui en serait encore dépourvu.

La partie s’achève toujours quand un joueur a rempli son quatrième objectif et que l’on a ensuite rejoué une dernière fois. Il s’agira simplement de se placer dans une échelle de scores (du Blob avec moins de 30 points au Kraken avec plus de 90) pour déterminer si l’on a bien joué ou non.

Moi qui aime les modes solo qui se mettent en place rapidement, ne bénéficient pas de trop d’aménagements (donnant quand même l’impression de pratiquer le « vrai » jeu) et n’imposent pas de passer son temps à pratiquer les tours de l’intelligence artificielle, j’ai été comblé au-delà de toute attente par le mode solo d’Atlantes… au point de l’avoir trouvé un peu trop automatique.

Jamais content, je sais bien, mais comme vous pouvez le voir, cela peut manquer de piment. Il n’empêche que j’ai vraiment apprécié, dans les quelques parties menées dans cette configuration, que l’on puisse pleinement profiter des qualités d’Atlantes dans des parties courtes dont on définit soi-même le rythme, une idée tout à fait appréciable !

 

Atlantes, jeu élevé ou submergé ?

Atlantes attire d’abord visuellement : sa représentation des fonds marins, qui évoque irrésistiblement Abyss, fascine d’autant mieux qu’elle est superbe, et le matériel multiplie petits effets waouh et surprises, avec l’absence de tout pion ou jeton, ses 39 figurines très détaillées de raie manta ou ses plateaux personnels à double-couche, autorisant un ingénieux système d’exploration des cartes Lieu que l’on fait glisser dans la fente afin d’accéder aux récompenses les plus profondes.

Mais Atlantes étonne aussi mécaniquement par l’extrême simplicité (il ne s’explique pas en plus de 5 minutes) avec laquelle il met en place un système assez élégant de ce qui n’est au fond que de la pose et de la récupération de cartes. Dépouillé de tout le superflu dont tant de jeux de cartes s’encombrent, il propose même de limiter audacieusement le hasard à l’apparition des cartes disponibles à l’achat.

En effet, chacun dispose initialement des mêmes 4 cartes de départ et toutes les actions se font à la vue de tous, dans ce qui s’apparente davantage à une fine quête d’optimisation de sa main et de ses lieux qu’à un chaotique ameritrash. Et la part d’aléa du marché est elle-même limitée par l’existence de 2 exemplaires seulement de chaque carte, qui permet d’évaluer la probabilité de les retrouver, ou par une maline idée de double-rangée, avec le seul renouvellement des cartes les plus anciennes.

Cette impression de contrôle confère à Atlantes une tension passionnante, parfaitement inattendue dans un titre aussi accessible, et qui en fait sans doute l’un des grands jeux intermédiaires de 2020.

On n’en espère qu’avec plus d’impatience la publication prochaine de l’extension Cold Waters (qui n’est même pas parue en anglais encore, patience) et celle du prochain jeu d’Ivan Tuzovsky, Astrum, toujours chez Cosmodrome !

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