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Similo : associez ou dissociez les personnages de l’Histoire, des contes et des mythes !

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Similo : associez ou dissociez les personnages de l’Histoire, des contes et des mythes !

Similo : associez ou dissociez les personnages de l’Histoire, des contes et des mythes !

 

Si vous vous rappelez mes comptes-rendus du festival des jeux de société d’Essen, j’y expliquais que je n’avais guère eu le temps que de pratiquer deux tout petits jeux de société, Attrape Rêves avec l’équipe des Space Cowboys, qui a reçu il y a quelques jours l’As d’or du meilleur jeu enfants de 2019, et Similo, avec Alessandro de Horrible Guild (l’éditeur des merveilleux King’s Dilemma et Dragon Castle). Ce dernier m’avait ainsi présenté deux petites boîtes, peu avant que j’apprenne que Gigamic (Champ d’honneurL’Aube des tribusSquadro, Galèrapagos…) en localiserait trois ces jours-ci, Similo : Histoire, Contes et Mythes, vendues au prix de 12 euros.

Conçu par Hjalmar Hach (Dragon Castle, Kick-Ass, King’s Dilemma, Photosynthesis, Railroad Ink), Pierluca Zizzi (Tang Garden, Barbarians) et Martino Chiacchiera (DeckscapeDecktectiveCatalystIcaionThe FacelessMysthea), illustré par Naïade (One KeyChâteau Aventure, The Big Book of Madness), il s’agit… d’un petit jeu de déduction par l’image, malgré ce que l’impressionnante ludographie de tous ces auteurs pouvait laisser croire. Les parties en durent cinq à dix minutes, et il s’adressera idéalement à deux joueurs, en théorie jusqu’à huit, dès 6 ans.

 

Similaire ou différent ?

Rien de plus simple que le principe de Similo.

Un joueur pioche une des 35 cartes secrètement. Puis il y ajoute 11 autres cartes, les mélange, et les étale face visible sur la table.

Il doit faire deviner la carte piochée initialement aux autres sans leur parler.

Il pioche en effet cinq cartes, qui constitueront sa main, et en pose une.

S’il la pose verticalement, cela signifie que la carte secrète a un point commun avec la carte posée.

S’il la pose horizontalement, cela signifie que la carte secrète est différente d’une manière ou d’une autre avec la carte posée, idéalement complètement opposée, mais on ne fait pas toujours ce que l’on veut avec la main qu’on a.

Les autres joueurs doivent alors discuter pour décider d’une carte parmi les 12 à retirer du jeu. Facile.

 

 

Puis le joueur pioche une nouvelle carte et en pose une autre. Les autres doivent alors en retirer 2. On répète le processus et ils doivent en retirer 3. On répète le processus pour en retirer 4, le moment le plus difficile d’une partie de Similo. En effet, si on élimine la carte secrète, la partie est évidemment perdue.

Il en reste alors 2. À ce stade, il n’est généralement pas très difficile de poser une nouvelle carte permettant définitivement de déterminer laquelle était la carte secrète, et ainsi de remporter la partie.

L’originalité et le plaisir de ce jeu de devinettes… est qu’on ne sait pas quel est le fameux point commun ou la fameuse différence sur laquelle il est bon de se focaliser.

Au début, on joue probablement sur des catégories évidentes : homme/femme, être humain/créature mythologique, gentil/méchant… Puis il faut discriminer plus finement : artiste/politicien, héros/dieu, géant/petite taille/taille normale voire cheveux longs/cheveux courts, couleur de l’arrière-plan. Enfin on doit se replier sur les traits les plus précis en espérant que l’autre les percevra : couleur des yeux, orientation vers la droite ou la gauche, grand nez, époque, continent…

Bien entendu, les indices s’additionnent, ce qui est à la fois avantageux et dangereux : si vous posez deux héroïnes pour ôter les cartes les plus évidemment éloignées de la vôtre, les autres intégreront évidemment les deux caractéristiques « femme » et « positif », et il sera pratiquement impossible de les en faire diverger ensuite.

 

 

La plupart des défaites, dans Similo, viennent en effet de signaux confus – ou d’une mauvaise pioche, que le jeu cherche précisément à éviter avec cette possibilité d’en avoir cinq à la fois et de les utiliser dans deux positions pour véhiculer deux messages contraires. C’est supposé suffire, mais il va de soi qu’à force de parties, il vous arrivera de ne vraiment pas être inspiré par votre main, et de ne pas parvenir à faire comprendre à vos partenaires qu’il faut par exemple oublier les cartes précédentes pour se focaliser sur la nouvelle ou inversement. Mais qu’importe, puisque les parties dépassent à peine les 5 minutes !

Vous remarquerez que ces règles ressemblent curieusement à celles du One Key de Libellud… également illustré par Naïade ! Horrible Guild m’a assuré que leur jeu était dans les tuyaux bien avant One Key, de sorte qu’il peut très bien s’agir d’une amusante coïncidence, tout à fait possible sur un système aussi élémentaire et avec des résultats aussi différents matériellement.

 

 

On appréciera par ailleurs grandement la proposition simultanée de trois boîtes Similo. Ce n’est pas tant qu’on peut opter pour celle qui nous correspond le plus, ou alterner pour davantage de variété, que parce qu’on peut les mélanger, ou plus précisément utiliser un thème pour faire deviner les cartes et un autre pour celles étalées sur la table parmi lesquelles deviner. On peut ainsi par exemple utiliser des mythes grecs pour faire deviner des personnages historiques !

On ne va pas le cacher, cela rend les parties de Similo plus difficiles. Prenez Similo Histoire par exemple pour les cartes étalées, et Similo Contes en main : vous ne pourrez plus jouer sur le continent ou l’époque, presque plus sur le rang politique, et je ne parle même pas des créatures merveilleuses, comme le chat du Cheshire ou les trois petits cochons, dont il ne sera pas évident de tirer quelque chose de concluant, surtout aux étapes où il sera question de supprimer trois ou quatre personnages !

Cette option est cependant très amusante, qu’on l’applique ainsi ou que l’on mélange vraiment les paquets d’ailleurs. Encore une fois, la très grande concision des parties, surtout à deux, où l’on évite même les discussions, fait que l’on se focalise sur le plaisir sincère pris à ces très jolies devinettes plus que sur le besoin de gagner à tout prix, et l’incongruité des associations participe évidemment audit plaisir.

 

 

Si j’admire particulièrement le travail réalisé par Naïade sur Similo Mythes, j’ai personnellement une préférence pour les personnages de Similo History, parce qu’ils témoignent d’un réel effort de variété, entre leur époque, leur profession, leur origine géographique. Moctezuma peut ainsi côtoyer Marie Curie, Anne Bonny van Gogh, Gengis Khan Shakespeare, sans parler des (trop) incontournables César ou Napoléon.

C’est aussi là que j’apprécie le mieux l’excellente idée de faire figurer, en tout petit sur un côté de la carte, une rapide description du personnage, permettant de combler une lacune, ou même simplement de confirmer un vague souvenir, donnant ainsi une vocation pédagogique au jeu, que l’on retrouve un peu moins dans Similo Mythes par exemple, où une ligne ne peut pas suffire à bien dire qui est tel personnage, et où la présence exclusive de mythes grecs nuit un peu à l’esprit de découverte, surtout quand le titre ne permet pas vraiment d’envisager une nouvelle boite de Mythes nordiques, ou Mythes mésoaméricains par exemple.

 

Similo, un jeu historique, fabuleux, mythique ?

Similo est un jeu d’une simplicité confondante. 35 cartes en tout, 12 exposées dont une à faire deviner aux autres joueurs en se contentant de poser des cartes « similaires » ou « dissimilaires », jusqu’à ce qu’ils se trompent ou trouvent la bonne. C’est tellement élémentaire… que cela fonctionne parfaitement, puisqu’on peut l’expliquer et le mettre en place en une minute, et faire une partie complète en cinq, un temps que l’on doublera ou triplera volontiers pour que tout le monde devine et fasse deviner.

Si Similo fonctionne aussi bien, c’est évidemment aussi en grande partie grâce à la sélection des personnages appartenant à chacune des trois boîtes, juste assez variée pour compliquer les choix en permettant quelques évidences, et à leur représentation, pour laquelle Naïade s’est vraiment surpassé, leur insufflant des caractéristiques essentielles par le seul dessin.

Même si l’on peut s’étonner que trois auteurs aussi compétents se soient associés pour un petit jeu de cartes comme Similo, la formidable possibilité de mélanger les trois boîtes pour faire deviner des personnages issus de l’une avec les personnages issus de l’autre, des mythes grecs avec des figures historiques par exemple, ou des héros et méchants de contes de fée avec des divinités antiques, demandait assurément un solide travail d’équilibrage pour compliquer les parties sans nuire à leur plaisir réel, et même gagner en amusement à ces associations incongrues.

On y ajoutera enfin la présence d’une ligne de description sur chaque carte pour détailler synthétiquement qui elle représente, et donc une vocation pédagogique à laquelle bien des parents, éducateurs et même passionnés seront  assurément sensibles.

Derrière sa modestie matérielle et mécanique, Similo cache ainsi une oeuvre que l’on sortira beaucoup plus et avec beaucoup plus de plaisir qu’on aurait pu le croire !

Retrouvez nos photos du jeu sur notre instagram dédié aux jeux de société, avec une partie intégrale de Similo !

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