7 Wonders – fallait-il rééditer cette merveille du jeu de société ?

On célèbre en 2020 les 10 ans du cultissime 7 Wonders, 6ème meilleur jeu familial de tous les temps, 62ème meilleur jeu de stratégie et 54ème meilleur jeu tout court d’après l’agrégateur de référence BGG, et appartenant simplement aux jeux les plus célèbres au monde, de ceux grâce auxquels beaucoup se sont initiés au jeu de société moderne, et que l’on garde dans sa bibliothèque même quand on commence à développer une belle collection et des goûts plus experts.

À cette occasion, Antoine Bauza (HanabiTokaidoLast BastionArkeis) et l’éditeur Repos Production (Time’s UpConceptJust OneWhen I Dream) ont retravaillé le jeu pour une nouvelle mouture qui a logiquement fait couler beaucoup d’encre, toujours heureusement avec les illustrations de Miguel Coimbra (Small WorldRapa NuiCléopâtreAllégeanceKitara) qui s’est même fendu pour la peine de nouvelles illustrations, comme on va le voir.

Puisque nous avions déjà longuement présenté 7 Wonders, ses extensions LeadersCities, puis Armada, cet article ne sera pas l’occasion de revenir sur les règles du jeu, mais seulement de souligner les différences avec l’ancienne boîte de base, afin de déterminer si son acquisition (à 41 euros) peut être intéressante pour qui possèderait déjà la version antérieure, ou l’emporte sur ladite version antérieure pour qui ne disposerait encore d’aucune des deux.

Rappelons que 7 Wonders s’adresse à 3 à 7 joueurs de 10 ans et plus, pour des parties de 30 à 45 minutes.

 

Il n’existe qu’un 7 Wonders en duel

3 à 7 joueurs ? N’était-ce pas 2 à 7 ? L’une des modifications les plus flagrantes de la réédition de 7 Wonders est en effet l’abandon de ses prétentions à être un jeu de duel.

Quand on ne connaît pas le jeu, on pourrait légitimement s’étonner que l’on retire une possibilité au lieu d’en ajouter.

Toute personne le connaissant approuvera cependant cette décision honnête, l’ancienne variante pour 2 joueurs étant réputée particulièrement insatisfaisante, parce qu’elle impliquait de gérer une troisième cité, ce qui n’était pas une mauvaise idée mais nuisait grandement à la fluidité des parties, précisément recherchée dans un titre comme 7 Wonders, argument-phare d’un jeu que le draft simultané permet de pratiquer jusqu’à 7 sans trop de perte !

Un peu à la manière d’un The Crew, dont iello a retiré la possibilité de le pratiquer à 2 de la boîte (tout en conservant la présence de la variante dans les règles), cette preuve d’honnêteté est bienvenue, et prouve une véritable volonté d’un jeu de base 7 Wonders parfait.

Et au moins cela évite toute confusion marketing : si vous cherchez un jeu pour deux, vous vous orienterez encore plus logiquement vers le formidable 7 Wonders Duel, et n’hésiterez plus avec ce jeu prétendument accessible à deux et à plus.

 

Personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres

L’habillage de 7 Wonders a été largement revu, pour le meilleur à mon avis – sans que j’aie eu le moindre reproche à adresser à l’ancien cependant.

À commencer par une couverture dépouillée des prix qui parasitaient l’ancienne (le jeu est désormais assez connu pour ne plus avoir besoin de cet argument), mettant mieux en valeur le nom d’Antoine Bauza (même si j’aurais apprécié d’y retrouver également le nom de Coimbra, enfin on va dire que sa signature dans le coin inférieur droit est assez visible), repositionnant plus harmonieusement les merveilles, notamment avec une pose plus dynamique du colosse de Rhodes, et adoptant une palette plus matinale, assez poétique, quand la précédente était plus vespérale et hiératique. Tout cela sur une boîte sensiblement plus grande, et avec un titre brillant, pour un effet « deluxe » garanti.

 

 

La différence est plus flagrante encore sur les merveilles, qui n’ont plus désormais de face A et de face B, mais une face jour et une face nuit, représentant en effet la merveille de jour et de nuit, dans une ambiance bien différente d’un simple remplacement des tons jaunes par des tons bleus d’ailleurs, et pour des résultats aussi impressionnants qu’on pouvait l’attendre d’un artiste du talent de Miguel Coimbra – d’autant plus impressionnants que ces merveilles sont nettement plus grandes que les plateaux de la version de 2010.

 

 

Tandis que les cartes de l’édition de 2010 cherchaient l’élégance, celles de 2020 cherchent la lisibilité, en abandonnant les bords noirs, l’illustration décalée et le titre à gauche pour s’inspirer de 7 Wonders Duel, et opter pour des cartes empilables en colonnes et recourant à des symboles pour les chaînages au lieu des noms des cartes. Pas forcément idoine pendant les premières parties, parce qu’on n’en oublie que mieux un chaînage possible, mais un gain évident d’ergonomie sur le moyen-terme.

 

 

La plus grande différence vient de leur dos, désormais décliné en bronze, argent et or, avec un brillant… curieusement flashy, qui peine encore à me convaincre tant il troque le sérieux antique contre un racolage un peu puéril, me semble-t-il. On n’en conviendra pas moins que les cartes sont étonnamment plus agréables à manipuler.

C’est ce qui empêchera la compatibilité de la nouvelle édition avec les extensions de l’ancienne. Enfin, en soi, rien n’empêche d’utiliser Leaders ou les merveilles du Wonder Pack, ce sera moins joli, peut-être pas équilibré comme le sont les rééditions de ces extensions, mais pas du tout infaisable, quand on ne pourra le concevoir avec Cities.

 

 

Les jetons militaires font le même pari d’une plus grande lisibilité, et si je préférais l’ancien design, on est là dans du pur pinaillage subjectif. En revanche, si l’on espérait un changement des pièces, on sera déçu. Elles étaient initialement fort jolies et c’est sans doute pourquoi on n’y a pas touché, mais quand littéralement tout le reste a fait l’objet d’une refonte plus ou moins poussée, il peut paraître un peu dommage qu’elles ne soient pas au moins un peu plus grandes, ou empruntent à la numismatique d’une autre culture.

Le bloc de score est pour le coup indéniablement moins joli, ce que l’on n’excusera qu’en appréciant le remplacement des seules couleurs par des symboles. L’une des révolutions les plus importantes de 7 Wonders est en effet sa jouabilité par les daltoniens, qui aboutit à des différences presque imperceptibles pour qui ne l’est pas, cruciales pour les personnes concernées ou au moins sensibilisées au problème.

 

Et le jeu dans tout ça, vétuste, immortel ou modernisé ?

Par-delà les détails cosmétiques, importants bien sûr quand on envisage une réédition, la principale question est de savoir si la mécanique a elle aussi été un peu remaniée. Or ce n’est pas évident, 7 Wonders est un jeu si culte que la moindre altération peut bouleverser ses pratiquants experts, a fortiori ceux qui le pratiquent en tournoi.

Antoine Bauza et Repos Production ont cependant trouvé un intéressant équilibre en multipliant les petits ajustements discrets sous couvert de corrections, inattaquable.

On notera ainsi quelques disparitions de cartes (comme la fameuse Guilde des stratèges, plus fun que bonne), quelques additions (Ludus, ou la plus facile Guilde des décorateurs par exemple), quelques modifications d’effets (le Théâtre vaut désormais 3 PV au lieu de 2)…

 

 

C’est sur les merveilles que les différences sont le plus flagrantes : si quelques-unes sont tout à fait épargnées, d’autres ne procurent plus la même ressource, présentent un nouveau coût pour leurs étages voire ont des effets n’ayant simplement plus rien à voir, comme on en jugera à ces photos :

 

 

D’abord désarçonnés, les habitués de 7 Wonders ne pourront qu’apprécier ce rééquilibrage souvent assez fin, qui essaye par exemple enfin de donner de l’intérêt aux bâtiments civils (cartes bleues) dès le premier âge, d’éviter que l’attribution de merveilles soit perçue comme handicapante parce que les avantages des unes et des autres sont notoirement injustes, de mettre les coûts à peu près à égalité (évitant que trois cartes à peine demandent 2 pierres, ce qui rend leur production beaucoup trop coûteuse)…

Je n’ai personnellement pas assez joué à ce nouveau 7 Wonders pour être sensible à ce que chaque ajustement représente, et vous renvoie donc à la très chouette évaluation de l’intérêt des nouveautés par Jan Zalewski sur BGG et YouTube, qui vous fera assurément estimer le travail réalisé par les concepteurs, que vous en approuviez toutes les conséquences ou non.

 

 

7 Wonders – Nouvelle Édition, huitième merveille du monde ?

Le plus grand reproche adressé à la nouvelle mouture de 7 Wonders concerne le dos des cartes Âge, puisque passer du orange – bleu – violet au bronze – argent – or empêche naturellement de mélanger ces nouvelles cartes à celles des anciennes extensions, ce qui prouverait un mesquin mercantilisme de la part de l’éditeur, privant les « anciens » des nombreuses améliorations apportées au jeu ou les contraignant à racheter en plus les rééditions de ces extensions, publiées simultanément – sauf la maudite Babel.

Ce choix a pourtant du sens de la part de concepteurs qui, à l’occasion du dixième anniversaire d’un titre cultissime, en réalisent une espèce d’édition parfaite. Ne pas pouvoir distinguer le matériel corrigé de l’ancien, ou simplement mêler éléments rééquilibrés et éléments caducs, serait plus dommageable que bénéfique. Lui en faire le reproche est d’autant plus curieux que les « vrais » fans de 7 Wonders en possèdent déjà toutes les extensions, quand seuls les néophytes ou les passionnés hardcore vraiment curieux d’un équilibre retravaillé sont la cible de cette édition définitive, modernisée à tous points de vue – suppression de la variante 2 joueurs insatisfaisante, prises en compte des daltonismes, règles épurées et accompagnées d’aides de jeu, ergonomie revue, illustrations encore mieux mises en avant.

 

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