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Avant Essen : visite des locaux de Holy Grail Games et Funforge

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Avant Essen : visite des locaux de Holy Grail Games et Funforge

Avant Essen : visite des locaux de Holy Grail Games et Funforge

 

Dans une semaine je serai aux Internationale Spieltage d’Essen, la plus grande convention mondiale de jeux de société, où j’ai prévu une douzaine d’interviews d’auteurs et d’éditeurs. Un programme bien rempli pour seulement deux jours, et qui ne me permet pas de discuter avec autant de contacts que je l’aurais voulu, de sorte que j’ai tenu à profiter de déplacements récents pour rendre visite à quelques éditeurs ayant aimablement accepté ma présence dans leurs studios et de me consacrer un peu de temps.

Alors que j’étais à Nancy pour donner une conférence sur les minorités dans les comics super-héroïques, j’ai ainsi pu parler à Georgina de Holy Grail Games, tandis qu’à Paris pour une conférence sur l’influence des jeux vidéo sur les jeux de société et pour dédicacer mon livre Qui est le chevalier noir ? Batman à travers les âges, j’ai pu rencontrer Charlotte de Funforge ! L’occasion de recueillir quelques confirmations et quelques nouvelles de la part de ces « petits » éditeurs toujours plus incontournables !

 

HGG bpatiment

 

Holy Grail Games

Je n’avais jamais entendu parler de Holy Grail Games avant le succès du prometteur Museum (sur lequel on reviendra bientôt sur Vonguru), mais on peut dire que leur Titan a accaparé toutes les discussions dans la communauté des joueurs, d’abord pour la promesse d’une oeuvre matériellement hors-normes, ensuite pour son annulation polémique, survenue peu avant notre rendez-vous, et sur laquelle j’étais ainsi ravi de revenir.

Le vrai problème de la campagne de financement participatif de Titan ? Holy Grail Games essayait de jouer sur les deux tableaux, celui de l’hypocrisie ordinaire des KickStarter où il « faut » annoncer un objectif financier nettement inférieur à l’objectif réel pour ne pas effrayer les contributeurs et se faire remarquer par la rapidité de sa complétion ; celui de l’inhabituelle honnêteté, en ne proposant que d’acheter le jeu (110 €), sans faire vivre la campagne par d’absurdes et innombrables Stretch Goals, présents pour motiver les clients à investir davantage alors même qu’ils sont évidemment déjà prévus dans la boîte finale.

 

HGG Titan

 

Ils ont chèrement payé la leçon, et après avoir vraiment bien communiqué sur leurs motivations, en se montrant très à l’écoute des joueurs, relanceront la campagne après Essen, le 29 octobre pour être précis, en jouant cette fois le jeu. Le prix du jeu de base sera ainsi réduit à 82 € en rongeant sur les marges et le contenu, puisque la possibilité de jouer à 5 et le mode solo seront désormais des modules séparés, donc sans aucun autre renoncement à la qualité et aux quantités initiales. En outre, Holy Grail Games privilégiera les photos et vidéos du jeu, malgré le prix de production et d’envoi du prototype, afin de permettre à d’autres avis d’émerger et de donner une impression plus fidèle du produit final.

Inspirer confiance semble bien être le maître-mot d’une maison d’édition croissante, s’appuyant sur KickStarter pour lancer des projets ambitieux techniquement et matériellement, normalement impossibles pour une structure très modeste. Et c’est particulièrement important pour un projet comme Titan, dont la production d’un prototype… coûte 500 €, et que l’on ne peut donc évidemment pas médiatiser dans les conditions habituelles.

Au contraire d’un Terraforming Mars ou d’un Underwater Cities (bientôt en test), Holy Grail Games ne tient pas avec, avec Titan, à lancer un jeu seulement tactique, au détriment de la qualité matérielle. S’il revendique une certaine rigueur, avec une note de complexité estimée à environ 4 sur 5 (par rapport aux critères de l’agrégateur Board Games Geek), son esthétique, sa présence physique, doit participer pleinement à l’expérience. Son immense plateau tridimensionnel à monter très facilement offre effectivement une dimension toute différence à l’exigence thématique de creuser et de construire, que l’on peut voir et sentir, pas seulement imaginer voire oublier. Évidemment, vu la quantité de plastique nécessaire, il doit être fabriqué en Chine un point que Holy Grail Games promet de tenter d’éviter autant que possible à l’avenir…

Holy Grail Games tient pourtant à ce que Titan puisse tenir dans un kallax, grâce à la possibilité d’emboîter ses parties. En outre, autre nice touch, si l’éditeur exclut a priori l’idée qu’il puisse être vendu en boutiques compte tenu de son prix et de son ampleur, il n’est pas inenvisageable qu’il soit disponible dans une future boutique en ligne.

 

HGG titan

 

Il est à peu près certain que Titan sera l’une des grosses sorties de la fin d’année et occupera une bonne partie des conversations dans le monde du jeu de société. Holy Grail Games est cependant loin de s’arrêter à cette campagne prometteuse, puisqu’elle coïncidera avec les livraisons puis les ventes du Rallyman GT de Jean-Christophe Bouvier et Loïc Muzy, nouvelle version du populaire jeu de course Rallyman de 2009. En décembre, c’est le très prometteur Dominations d’Olivier Melison et Éric Dubus qui devrait enfin être livré aux souscripteurs. Puis pas moins de 4 campagnes de financement participatif devraient être lancées en 2020 par Holy Grail Games, et il est bien possible que l’éditeur réserve des surprises sur le titre qui est devenu sa locomotive, Museum

À commencer par une nouvelle campagne dès le 26 novembre, avec une boîte collector (susceptible de contenir le jeu de base et toutes les extensions), une nouvelle extension justement, du contenu corrigé et quelques surprises !

Par ailleurs, il va se diversifier en éditant l’année prochaine sa première oeuvre hors-KS, le Roads to Rome de Mathieu Podevin, l’auteur de Titan, et qui devrait être un jeu… plutôt familial, lorgnant astucieusement vers Les Aventuriers du rail !

Est-il utile de dire que cet entretien a considérablement accru mon intérêt pour Holy Grail Games, au point d’en faire l’un des éditeurs que je suivrai avec le pus de curiosité en cette fin d’année et en 2020 ? Et vous, cela change-t-il votre perception de l’éditeur ? Notez que vous pourrez leur parler et découvrir leurs nouveautés (dont Rallyman GT et Dominations) à Essen sur le stand 2F146 !

 

Holy Grail Games

 

Funforge

Funforge, c’est l’éditeur parisien de deux de mes jeux préférés, Tokaido et Patchwork, ainsi que de Professeur Evil et la Citadelle du temps (et son extension Architectes de la magie), d’Evolution (et de son extension Climat), de FoothillsAgricolaGingerbread House, Bärenpark (et son extension Les Grizzlys arrivent, bientôt en test), Isle of Skye (et son extension Druides), Mandala (bientôt en test)… Bref l’un de ces noms pour lesquels j’ai beaucoup de sympathie, et dont j’étais très curieux d’obtenir quelques confirmations et quelques nouvelles, d’autant qu’il témoigne chaque année de plus d’ambition que la précédente, et s’impose désormais comme un acteur incontournable du paysage socioludique francophone.

Le projet que j’attends avec le plus d’impatience est évidemment Namijile stand-alone situé dans le même univers que Tokaido, toujours conçu par Antoine Bauza et illustré par Naïade ! Le lancement de la campagne de financement participatif vient d’être repoussé au 12 novembre, inutile de préciser qu’on vous en dira bientôt plus sur les originalités de cette version tournant autour de la pêche et les différences entre la version « classique » (qui sera vendue en boutiques) et la « designer’s edition » (deluxe), avec ses jolis figurines navales que l’on m’a fait le plaisir de me montrer !

 

 

Peut-être certains seront-ils refroidis par l’antique « scandale Tokaido » dont on continue d’éclabousser Funforge : il y a quelques années, la livraison du KS de Tokaido avait pris un retard considérable sans aucune communication de l’éditeur, ce qui est évidemment un crime communicationnel impardonnable. Il avait présenté des excuses tardives, avec l’arrivée d’une chargée de communication, puis montré patte blanche dans les projets suivants, notamment la campagne sans accrocs de Monumental, qui devrait largement calmer les inquiétudes du public sur Namiji.

Comme pour TitanMonumental a le défaut de ses ambitions, celui d’une boîte bien trop chère pour être vendue en boutiques… Funforge a cependant décidé de continuer de faire vivre un jeu qui lui tient à cœur, et qui paraît en effet vraiment excitant – ce n’est pas pour rien qu’on avait multiplié les brèves pour évoquer sa campagne. Ainsi peut-on en espérer une nouvelle campagne l’année prochaine avec une grosse extension, et d’autres encore par la suite, afin que les curieux ne manquent pas d’occasions de se le procurer.

Funforge Brass

Après le Némésis d’Awaken Realms, Funforge poursuit sa nouvelle politique de collaborations prestigieuses en localisant les Brass (Lancashire et Birmingham) de Roxley (Dice Throne), deux jeux simplement mythiques, classés parmi les meilleurs de tous les temps, et qui sont aussi les plus complexes du catalogue Funforge. Contrairement à Némésis, l’éditeur ne disposera pas cette fois d’un stock limité de jeux, mais aura la liberté d’en tirer de nouveaux exemplaires quand le stock arrivera à épuisement – ce qui devrait arriver très vite si j’en juge l’impatience des joueurs.

On se souvient peut-être de mon plaisir pris à faire apparaître et évoluer des espèces animales dans EvolutionAprès l’extension Climat, North Star Games avait lancé un KickStarter pour le stand-alone Oceans, situé dans le même univers, dont la localisation est toujours assurée par Funforge et dont la livraison devrait se faire vers le mois de janvier, avant une sortie en boutiques.

 

Funforge Oceans

 

Enfin, rappelons que Funforge possède les droits de localisation du catalogue de Lookout Games pour trois ans, avant qu’il ne revienne dans son intégralité à Asmodée, qui a récemment acheté l’éditeur allemand et qui peut déjà éditer tout ce que Funforge choisit de ne pas traduire. Quand on voit l’importance de ce partenariat et les nombreuses pépites qu’il nous a apportées, on peut supposer encore bien de belles surprises en cette fin d’année puis en 2020, avec l’annonce de la deuxième extension d’Isle of Skye, Journeyman (même si Druides m’avait déjà rendu un peu sceptique sur l’intérêt d’une extension à un jeu aussi excellent, celle-ci semble vraiment intéressante), puis celle très attendue de la Big Box d’Agricola (donc sa version pour deux joueurs avec deux extensions).

Et on ne parle même pas des extensions d’Agricola, de l’extension Flight d’Evolution, de Caverna, ou du nouveau jeu original de Funforge, Guardians, dont j’attends des nouvelles avec la dernière impatience tant l’accumulation récente de projets semble pour l’instant avoir occulté celui-là. Quand on vous disait que d’éditeur passionnant Funforge se muait petit à petit en éditeur majeur !

 

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