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Gingerbread House – empêchez les héros des contes de manger votre maison !

Gingerbread House – empêchez les héros des contes de manger votre maison !

Gingerbread House – le jeu qui sent bon les fêtes

 

L’un des aspects que j’aime le mieux dans les jeux Lookout Spiele localisés par Funforge (Isle of SkyeCavernaPatchworkBärenpark), outre l’extrême talent ludique que leurs auteurs y manifestent, c’est leur capacité à fournir une expérience à deux joueurs parfaitement satisfaisante et conforme à l’esprit du jeu, quand tant d’autres se débarrassent d’une configuration exigeant trop de gymnastique, ou la fournissent pour le principe, pour ne pas se couper du marché des couples, sans se soucier de livrer pour deux une expérience aussi riche que pour plusieurs. Or face à ces jeux, on n’aurait même peine à dire s’ils ont à l’origine étant pensés pour deux ou pour plus, comme si cette distinction n’avait pas d’importance et que faire un jeu pour ces configurations différentes n’impliquait pas d’adaptation des règles ou de chaos. Je suis donc toujours ravi d’apprendre la sortie d’un nouveau jeu de cette gamme, comme avec le Gingerbread House de Phil Walker-Harding (ImhotepBärenparkSushi Go), étonnamment illustré par Andy Elkerton plutôt que par Klemens Franz (un changement qui peut faire du bien).

Comme son nom l’indique, Gingerbread House tourne autour de la maison de pain d’épices de Hansel et Gretel, sauf qu’au lieu d’incarner les deux malotrus qui servent de héros au conte, vous incarnez une sorcière cuisinière qui doit défendre sa demeure contre ceux qui apprécient un peu trop sa cuisine. Ce jeu de placement de tuiles très joliment thématisé (on est plus proche de Patchwork que d’Isle of Skye), disponible pour moins de 30 euros, s’adresse à deux à quatre sorcières de huit ans et plus pour des parties d’une grosse demi-heure.

 

Bärenpark Lookout

Poser les fondations

Gingerbread House propose deux modes de jeu, standard et introduction, dont la différence est que dans la première vous piochez six, neuf ou douze cartes Bonus au hasard (pour deux, trois ou quatre sorcières), placées face texte visible sur la table, tandis que dans la deuxième on vous indique quelles cartes utiliser à deux et trois joueurs (cela reste aléatoire à quatre), cette fois toutes face chapeau visible. À la manière de Bärenpark, vous êtes ainsi invités à apprendre les règles sans vous encombrer l’esprit avec des objectifs assez tactiques, naturellement indispensables dans un second temps pour profiter pleinement de Gingerbread House (mais cela peut faire du bien, même dans un second temps, de jouer de façon reposée avec les cartes face chapeau visible).

On mélange ensuite les cartes personnage dans une pioche face cachée, seules les quatre premières cartes étant dévoilées, matérialisant la file des personnages se promenant dans la forêt, et risquant d’être attirés par le délicieux fumet de votre cuisine. On dispose en petits tas et à portée de tous les réserves de tuiles joker, tuiles escalier, et les jetons pain d’épices.

Chaque sorcière a naturellement son plateau de jeu (sa maison), attribué au hasard, avec une tuile escalier (qu’elle puisse déjà envisager l’architecture de l’étage). Elle s’empare également d’une réserve de briques de pain d’épices, 15 tuiles doubles, dont trois seulement sont face visible. L’une est ensuite désignée pour commencer à jouer (la dernière à avoir été en forêt disent les règles, pourquoi pas la dernière à avoir vu ou lu une histoire de sorcières, Suspiria par exemple). Les sorcières choisit une carte personnage dans la file et la place devant le portail de sa maison, en commençant par la dernière à jouer et donc dans le sens contraire de jeu, le sens inverse des aiguilles d’une montre. On complète ensuite à nouveau la file avec quatre nouveaux « héros ».

Gingerbread House

Construire, protéger… et manger

Une partie de Gingerbread House se divise en quinze tours, aussi agréablement rapides que dans les autres jeux de la gamme. Pour commencer, on choisir entre prendre deux escaliers ou construire puis attraper un personnage.

Prendre deux escaliers consiste simplement à défausser une de vos trois tuiles doubles face visible et à puiser jusqu’à deux tuiles escalier dans la réserve. Quand on ne peut plus placer de tuiles doubles en construisant sa maison, cette action est obligatoire. Et s’il n’y a plus de tuiles escalier dans la réserve… on défausse la tuile double sans contrepartie. Bref il s’agit de la phase que l’on préfère éviter, mais qui est parfois nécessaire pour permettre la construction.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, « construire, puis attraper un personnage » consiste en trois phases, jouées dans l’ordre.

Pour construire, on prend l’une des trois tuiles doubles disponibles et on la pose sur sa maison, toujours à plat (donc une moitié ne peut pas être posée au rez-de-chaussée et l’autre au premier étage, quel architecte êtes-vous donc ?), sans déborder de la maison… et sans recouvrir exactement une autre tuile double, une contrainte plus subtile. Avant de placer une tuile double, on peut poser une tuile escalier si on en a en réserve. Celle-ci n’occupe qu’une case et permet donc d’ajouter un niveau sur lequel on pourra poser une moitié de tuile double. Naturellement, une tuile double ne peut pas reposer sur deux escaliers, il ne s’agirait pas de faire n’importe quoi !

On peut ensuite ou non appliquer dans l’ordre de son choix les effets des symboles recouverts par la tuile double, y compris le symbole figurant sous l’escalier (judicieusement troué) si un escalier est ainsi recouvert. Une icône pain d’épices permet de récupérer le même pain d’épices dans la réserve, dans la limite de dix pains d’épices, tous glaçages confondus. Un escalier permet de récupérer… un escalier. Une flèche double transforme un pain d’épices de votre garde-manger en un autre type de pain d’épices disponible dans la réserve. La cage permet soit de prendre une carte personnage de la file, soit de piocher trois cartes personnage de la pioche, d’en choisir une, et de remettre les deux autres sous la pioche sans les montrer. Le héros choisi arrive en haut du plateau à condition qu’il n’y ait pas déjà deux personnages attendant de dévorer votre maison, ce qui signifie que les autres sorcières ne pourront pas le capturer, mais on peut aussi simplement le chasser (au risque qu’il revienne) en remettant à tout moment un héros sous la pioche. Enfin, le joker applique l’effet du symbole de son choix. Il est à noter qu’en recouvrant deux symboles identiques, on peut appliquer trois fois leur effet au lieu de deux. De quoi bien réfléchir à l’ordonnancement de ses dominos !

Puis on attrape un personnage (ou plusieurs si on en a les moyens), soit de la file, soit s’impatientant au portail, en payant le coût figurant sur sa carte : on l’appâte en lui donnant le pain d’épices qu’il préfère pour l’empêcher de sévir à nouveau. En plus des points rapportés en fin de partie, on subtilise au héros capturé une tuile joker, à placer immédiatement sur son plateau (mais pas sur des escaliers), donc en appliquant à nouveau l’effet de la tuile recouverte, ce qui peut donner les moyens de capturer un autre personnage… Il y a de quoi faire de jolis coups si vous prévoyez bien vos actions !

Enfin, si l’on achève des étages (en recouvrant entièrement un niveau de 3*3 tuiles), on récupère autant de tuiles bonus de son choix, dans une limite de trois (il ne faut pas non plus désespérer vos rivales). Un balai rapporte par exemple des points en fonction du nombre de personnages en colère capturés, une cheminée octroie neuf points si l’on atteint le huitième étage d’une maison (sans nécessairement compléter tous les étages, c’est déjà énorme), le four donne immédiatement autant de jetons pains d’épices d’un type déterminé qu’on en a déjà de ce type visibles dans la maison, puis rapporte quelques points en fin de partie.

À la fin de son tour, on complète sa ligne de trois tuiles doubles accessibles s’il en reste dans sa réserve, de même que l’on complète au besoin la file de quatre personnages, puis on passe la main au joueur suivant.

Comme vous l’aurez compris, la partie s’achève quand plus aucune sorcière n’a de tuiles bonus, c’est-à-dire au bout de quinze tours, ou dans le cas bien plus rare où plus personne ne peut jouer ; il est temps de prendre du repos et peut-être de manger un morceau (selon le sort que les sorcières réservent à votre avis à leurs visiteurs indésirables). Un bloc de feuilles de score vous aide à additionner les quelques critères selon lesquels vous pourrez établir vos points : les personnages, le texte des cartes bonus ou le chiffre inscrit sur le chapeau en partie d’introduction, la moitié du nombre de jeton de pain d’épices restant dans le garde-manger de chacun, arrondi à l’inférieur (donc maximum 5). En cas d’égalité, c’est la sorcière dont la maison est la plus haute qui l’emporte.

 

Gingerbread House

Gingerbread House, un jeu Lookout étonnamment familial

Gingerbread House a un avantage par rapport aux autres jeux Lookout, il est bien plus mignon et coloré, entre le glaçage des pains d’épices, les quarante cartes personnage uniques… Même sa tridimensionnalité confère un plaisir qui donne à ses confrères de la même gamme une certaine impression de sécheresse. Il s’agit clairement d’un Bärenpark +, assumant mieux l’importance des dessins, et reprenant évidemment de nombreuses mécaniques de son prédécesseur (dominos, bonus de complétion de sections, variante « expert » avec des objectifs, recouvrement de symboles pour récupérer des tuiles…). Comme les jeux Lookout rendent très exigeant, on pourrait dire de Gingerbread House qu’avec le système de capture, il est moins fluide que Bärenpark notamment, mais ce serait pinailler en occultant avec mauvaise foi la limpidité exceptionnelle de tous les jeux de la gamme. Peut-être est-il moins pervers que les autres, même dans l’assez enfantin Bärenpark, on faisait enrager ses adversaires en complétant une zone avant eux ou en récupérant des tuiles uniques convoitées par tous, quand Gingerbread House est un peu plus solitaire et égalitaire. Mais tous les jeux de la gamme procurent un inestimable plaisir, comme vous pouvez le voir dans mon test de ses cinq jeux, et à moins de n’en chercher un pour 3 ou 4 joueurs (ce qui exclut Caverna ou Patchwork), tous méritent à mon sincère avis l’attention du grand public et des connaisseurs, et peu de jeux de société paraissent aussi adapté à la période des fêtes que le bienvenu Gingerbread House.

 

Gingerbread House

Culture Geek

Doctorant en Littérature comparée, je prépare une thèse sur les enjeux principalement politiques, moraux et religieux du comics super-héroïque - et un livre sur Batman, en projet. Certaines de mes interventions dans des colloques sont disponibles sur mon LinkedIn. Par ailleurs cinéphile et sériephile affirmé, j'essaie au mieux de partager ces passions (et les détestations qui en découlent) sur VonGuru après l'avoir fait sur Cleek, persuadé que c'est dans cette activité de partage et de discussion que la culture trouve son sel.

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