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Patchwork Doodle – le chef-d’oeuvre de Rosenberg en roll & write ?

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Patchwork Doodle – le chef-d’oeuvre de Rosenberg en roll & write ?

Patchwork Doodle – le chef-d’oeuvre de Rosenberg en roll & write ?

 

Tout épris encore de Patchwork, l’un des jeux pour deux que je sors avec le plus de plaisir, j’avais récemment essayé Patchwork Express, dont vous vous souvenez peut-être qu’il m’avait déçu. En fait d’« express » j’avais eu l’impression de me retrouver face à une version « kids » de Patchwork, un peu plus courte, pas nécessairement moins intéressante, mais un peu moins fluide, et dans l’ensemble si peu novatrice que je n’étais pas sûr d’en voir l’intérêt pour un amateur du jeu original – on était loin me semble-t-il de l’élégance des Aventuriers du Rail – New York ou d’Amun-Re, le jeu de cartes.

Cela m’avait donc refroidi quant à l’idée d’un test de Patchwork Doodle, sans du tout éteindre ma confiance en Uwe Rosenberg (tout de même auteur d’AgricolaCaverna, et donc du formidable Patchwork), travaillant ici sur une idée de Jordy Alan, ou en Funforge qui localise le jeu initialement édité par Lookout Games (BärenparkGingerbread House, Isle of Skye), loin de là ! Et comme on va le voir, j’étais très bien inspiré de maintenir cette confiance pour Patchwork Doodle, transposition originale de Patchwork en roll & write particulier, pour 1 à 6 joueurs de 8 ans et plus, pour des parties de 20 minutes, et vendu… 11 euros 50 seulement !

 

Patcchwork Doodle

Un Patchwork dessiné ?

Patchwork Doodle donne initialement l’impression d’être un Patchwork que l’on dessinerait au lieu d’utiliser des pièces physiques. Ce ne serait même pas un mal, puisque l’idée de représenter soi-même ses patchworks en variant les couleurs et au moyen d’une boîte encore moins chère a de quoi séduire. D’autant que la boîte de Patchwork Doodle contient des crayons, de surcroît des crayons de couleur ! Un très joli geste, qui rappelle l’aberration d’autres roll & write, dont le format transportable laisse croire qu’ils sont faits pour être achetés avant de prendre le train, et ne contiennent aucun moyen de write immédiatement, tare touchant aussi bien l’excellent Welcome que le récent Penny Papers

Au lieu d’un plateau et de pièces, on utilise donc des cartes Pièces de tissu, constituées en pioche face cachée dont on dévoile huit cartes pour l’entourer. Et comme dans Patchwork, un pion est placé aléatoirement entre deux de ces cartes, en l’occurrence un curieux meeple chapeauté, dont on se demande quel rapport il peut avoir avec le jeu, à moins qu’il s’agisse simplement d’écouler un stock de meeples.

Chaque joueur prend ensuite une feuille du bloc, un crayon et une carte jaune, dite carte de départ, dont il doit immédiatement dessiner le motif sur sa feuille. Motif qui pourra être utilisé dans n’importe quel sens, et même à l’envers. Notez que vous préférerez peut-être (et c’est ce que je recommande) poser tous les crayons entre les joueurs, afin de pouvoir utiliser des couleurs différentes pour des résultats plus jolis. Vous pouvez même ajouter des formes sur les cases déjà dessinées, des hachures, des triangles, des ronds colorés…

 

Patcchwork Doodle

Oui et non : une variation assez complète sur le jeu de base

Une partie de Patchwork Doodle se joue en trois manches de six tours.

Au début d’un tour, on lance le dé, puis on avance le meeple d’autant de cartes dans le sens des aiguilles d’une montre. Les joueurs peuvent alors représenter le motif de la carte ainsi déterminée, sans y être contraints. Il serait assez ridicule de passer son tour au début de la partie, mais à la fin, une pièce peut vraiment vous empêcher de compléter aussi parfaitement le dessin que vous le souhaiteriez, de sorte que l’option peut s’avérer intéressante si l’on y recourt avec la plus grande parcimonie. Les motifs ne doivent pas être obligatoirement juxtaposés, en revanche il n’est naturellement toujours pas question de le superposer ou de les faire dépasser du cadre de la feuille.

Petite originalité, on dispose dans Patchwork Doodle de quatre actions spéciales, à utiliser quand on le souhaite mais une seule fois par partie. La première consiste à dessiner la pièce figurant avant ou après le meeple au lieu de la pièce sur laquelle il se trouve. La seconde à griser une case de sa feuille (à la manière des pièces de cuir de Patchwork). La troisième à « découper » la pièce sur laquelle se trouve le meeple pour n’en dessiner qu’une partie. La dernière à réitérer l’une des trois actions précédentes (souvent le grisement d’une case, tant l’absence des pièces de cuir se fait sentir).

L’idée est à vrai dire excellente, parce qu’elle fait soudain sortir du déterminisme du dé pour octroyer des choix, et ainsi imposer constamment une rapide réflexion sur les différentes options possibles plutôt que le dessin automatique du motif sur sa feuille… dessin « automatique » déjà sujet à bien des hésitations ! On n’en a que davantage l’impression de personnaliser son patchwork, et le jeu est assez bien conçu pour représenter les actions spéciales sur la feuille individuelle, avec la possibilité de les cocher pour indiquer qu’on les a déjà utilisées. Fluide et limpide, même à huit ans.

La pièce sur laquelle se trouve le meeple est ensuite défaussée (même si tout le monde a passé son tour ou dessiné une autre pièce grâce à son action spéciale), et on relance le dé. Une fois le dé lancé six fois, on conclut la manche pour procéder à un décompte intermédiaire,l’étape la plus technique de Patchwork Doodle.

Le plus grand carré entièrement grisé d’une feuille rapporte autant de points que de cases qu’il contient. On parle bien d’un carré, pas d’un rectangle. Un carré de 3 par 3 rapporte ainsi 9 points. Et on y ajoute 1 point par ligne ou colonne supplémentaire, prolongeant exactement ce carré sans aucun trou. Un rectangle de 5 par 3 sans trou rapporte ainsi 11 points, 3×3+1+1.

Les deux cartes restantes sont placées juste après le pion (et pas défaussées), six nouvelles cartes sont piochées et posées à leur suite, et la manche suivante peut commencer.

Au sixième tour de la troisième manche, au lieu de lancer une dernière fois le dé, chaque joueur peut dessiner une pièce de son choix parmi les trois restantes, qu’elle soit ou non identique à celle choisie par les autres. Une règle additionnelle dont on pourrait craindre qu’elle alourdit le jeu, et qui s’avère en fait une bouffée d’air frais, une ultime liberté bienvenue pour conclure à peu près comme on le souhaite son dessin, et réfléchir une dernière fois avec un peu plus de latitude.

On procède ensuite au troisième et dernier décompte intermédiaire. On additionne les trois scores, on y soustrait 1 point par case vide, et le joueur avec le meilleur score remporte la partie. On ne gagne ainsi pas seulement en ayant le patchwork le moins troué, mais aussi en ayant procédé plus méthodiquement que les autres au fur et à mesure de son élaboration, avec des pièces d’un seul tenant de taille croissante.

 

Patcchwork Doodle

Aussi bien que Patchwork ?

Pour le coup, je ne me livrerai pas à la comparaison entre Patchwork et Patchwork Doodle, la différence entre les deux jeux étant plus substantielle qu’avec Express. Au contraire, Patchwork Doodle a la fraîcheur et l’originalité que l’on attend d’une nouvelle itération d’un jeu préexistant, en exploitant impeccablement le thème et les mécaniques fondamentales de son modèle pour l’inscrire de façon complète et satisfaisante dans un autre genre, avec ce qu’il faut de subtilités. Il est en tout cas aussi joli et agréable que Patchwork, un peu plus transportable, vraiment assez bien conçu pour mériter l’attention des joueurs de tous profils… même ceux possédant déjà le jeu originel !

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