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Les Huit Salopards – Critique

Les Huit Salopards – Critique

Les Huit Salopards – Critique

 

C’est un événement suffisamment rare pour être souligné, attendu et hypé comme nul autre : la sortie d’un film de Tarantino reste toujours un moment cinématographique incontournable, souvent salué par un public demandeur du genre. Après deux immenses réussites cinématographiques avec Inglourious Basterds en 2009 et le brillant Django Unchained en 2012, Quentin Tarantino revient pour son huitième long-métrage sur l’univers western dans une Amérique blessée par la Guerre de Sécession avec Les Huit Salopards, un quasi-huis-clos dont la bande-annonce réservait son lot de dialogues grinçants et de scènes aussi déjantées que violentes. Cleek est donc allé voir pour vous le dernier film de Tarantino, sorti ce 6 janvier, et vous en livre sa critique. Embarquez donc dans la diligence des Huit Salopards, et revivez avec nous les forces et faiblesses de ce huitième film ; vous avez saisi ?

 

Huit inconnus dans le blizzard

 

Le synopsis du film Les Huit Salopards est aussi simple que tentant : par des circonstances incongrues, et frappés par une tempête de neige, huit inconnus se retrouvent au sein d’un refuge, l’auberge de Minnie. Pourtant, l’intrigue des Huit Salopards reste complexe, non pas dans son pitch de départ, mais dans la présentation de chacun des personnages.

Accrochez-vous : nous retrouvons d’abord John Ruth AKA Le Bourreau (Kurt Russell) et Daisy Domergue AKA La Prisonnière (Jennifer Jason Leigh) qui font tous deux route vers la ville de Red Rock, afin que le bourreau touche sa prime à la suite de l’exécution de la demoiselle. En chemin, ils rencontrent le commandant Warren AKA Le Chasseur de primes (Samuel L. Jackson), ainsi que Chris Mannix AKA Le Shérif (ndlr : il se prétend le futur shérif de Red Rock ; joué par Walton Goggins). Après quelques tergiversations, les quatre comparses poursuivent leur bout de chemin ensemble, tandis qu’une tempête de neige se rapproche. Ils choisissent donc de s’arrêter dans un refuge, l’auberge de Minnie, perdu dans les montagnes. Ils y rencontrent alors quatre salopards personnes : Joe Gage AKA Le Cowboy (Michael Madsen), Oswaldo Mobray AKA Le Court-sur-pattes (Tim Roth), Bob AKA Le Mexicain (Demian Bichir) et le Général Sandy Smithers AKA Le Confédéré (Bruce Dern).

Vous êtes toujours là ? Bon, on respire et on poursuit : des liens unissent donc certains protagonistes tandis que d’autres se découvrent pour la première fois. Ce qui reste certain, c’est que cette auberge qui réunit nos huit salopards ne restera pas aussi calme qu’il y paraît et qu’il pourrait bien être bientôt le théâtre d’événements aussi surprenants que sanglants.

 

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La clé

 

Si en apparence les présentations se font de manière tout à fait cordiale, il n’en reste pas moins qu’une tension certaine s’abat très vite sur Les Huit Salopards. Pourquoi ? La Prisonnière, qui doit être exécutée dès son arrivée à Red Rock, semble être en fait un objet de convoitise pour l’un des protagonistes, bien déterminé à la dérober au bourreau pour la sauver de sa mort prochaine. Qui donc, dans Les Huit Salopards, n’est pas celui qu’il prétend ?

Le film se présente comme un huis-clos glacial (même si tout ne se déroule pas dans une parfaite unité de temps et de lieu) dont la montée en puissance sera lente, mais ô combien jouissive. Après Djando Unchained et autres pépites du genre, nous espérions, pour beaucoup, assister à de nouvelles scènes d’anthologies et aux délicieuses répliques dont le réalisateur a le secret. La déception sera alors assez lourde si vous vous attendez à une déferlante de ce genre, mais il serait quand même dommage de se laisser aller à ce premier sentiment. Les Huit Salopards est un Tarantino particulier, dans le sens où l’on n’y retrouve pas, par exemple, la fameuse scène d’ouverture, qui reste, en général, un prélude grinçant et magistral à la suite de l’œuvre. Ici, et en guise de mise en bouche, un long plan fixe sur une étendue désertique et enneigée, avec comme seuls repères une statue du Christ et un diligence qui s’avance peu à peu. La musique n’est pas aussi spectaculaire qu’à l’ordinaire, pour une ouverture, et c’est avec un thème sombre et mystérieux (très réussi au demeurant) qu’Ennio Morricone (dont Tarantino utilisait souvent les musiques, comme dans Kill Bill ou Django) introduit les premières minutes du film. Les Huit Salopards, dont la durée flirte avec les trois heures, est donc un film à voir sans attendre qu’il réponde à certains codes imposés par ses prédécesseurs.

Il s’agit en fait d’un crescendo magistral de plusieurs heures, qui, comme le veut ladite progression, commence très (très très) doucement. En gros, la première heure du film sert ici à poser l’intrigue, et à présenter chacun des personnages, leurs liens potentiels, mais aussi l’ambiance particulière du désert enneigé d’une Amérique marquée par les nombreux traumas de la Guerre de Sécession. C’était donc ce très long préambule qui avait été l’objet de mon sentiment premier de déception : les dialogues sont longs, pas spécialement fous, et on ne sourit que trop rarement pendant ces derniers, malgré certains comiques de répétition. On se dit alors, à première vue, que Tarantino nous a habitués à beaucoup mieux. Mais ce prélude de plus d’une heure est en fait aussi calme qu’il est capital pour la suite du film : on sait, comme à l’accoutumée, que cela va exploser à un moment, mais pouvait-on s’attendre à un tel revirement de situation ?

 

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Requiem pour un massacre

 

Je vais, dans la mesure du possible, vous éviter tout spoiler, mais dans le doute, si vous n’avez pas encore vu le film et que vous souhaitez être épargné de tous les détails, mêmes les plus anodins, ne poursuivez pas la lecture de ce paragraphe !

Les cinq chapitres qui structurent Les Huit Salopards marquent donc pour chacun un cap dans la folle progression du film. Très vite, les soupçons d’une « taupe » dans l’auberge, venue pour sauver la prisonnière, supplantent les tensions latentes entre nordistes et sudistes. On se prête bien volontiers au jeu, en jaugeant chacun des personnages pour estimer lequel sera le pivot de l’intrigue. N’essayez pas trop quand même, Tarantino a, de toute évidence, très bien prévu son coup, et frappera comme souvent là où on ne s’y attend pas (et là où ça fait mal, aussi). D’ailleurs, une voix-off viendra casser la monotonie du film en nous invitant à la confidence, et en nous faisant voir une scène d’un autre œil, cette même scène qui demeure le point crucial du film, à partir de laquelle plus rien ne sera comme avant. Les premières effusions de sang commencent (enfin !) et nous sommes récompensés pour notre patience.

Tout va très vite et soudainement, on se dit qu’on a bien fait d’écouter ce long préambule, et que chaque personnage nous est heureusement bien connu. À partir de ce moment, marqué par la charmante litanie de la prisonnière à la guitare, Les Huit Salopards abandonne son carcan narratif pour se plonger tout droit dans la tension, l’action et une surenchère de violence sanglante, à la manière d’un Dix Petits Nègres où les personnages disparaîtront à la suite les uns des autres, dans une cacophonie de tirs et de sang savamment orchestrée. La tuerie est imprévisible, décapante et gore à souhait : on ne nous épargne que peu de détails, on en rajoute même, pour arriver doucement vers un final meurtrier. Mention spéciale à la petite rupture narrative qui nous plonge dans un épisode passé pour que l’on comprenne enfin tous les tenants et aboutissants de l’intrigue : cette scène, à l’intérieur de l’auberge de Minnie, un peu plus tôt dans la journée constitue un résumé condensé du film, avec la même progression vers une explosion de violence. Un « petit » Les Huit Salopards dans le « grand », pour une mise en abyme intelligente et savoureuse, qui plus est lorsque l’on revient à l’intrigue principale avec un regard tout autre.

 

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Les Huit Salopards : un melting pot de Tarantino ?

 

Si Les Huit Salopards vous surprendra par une structure légèrement différente de ses prédécesseurs, il n’en reste pas moins qu’on y retrouve la patte inégalable du réalisateur, et les thèmes qui lui sont chers (la Guerre de Sécession, la vengeance, la violence…). On retrouve même au sein du film de nombreux clins d’œil à d’autres œuvres de Tarantino : la diligence du départ n’est pas sans rappeler la scène d’ouverture très sarcastique de Django Unchained, tandis que le personnage de Tim Roth nous évoque directement la prose du docteur Schultz dans Django, ou de Hans Landa dans Inglourious Basterds (et cela, c’est un vrai soulagement face à l’absence regrettable de Christopher Waltz au casting pourtant brillant de ce dernier film). On notera également, puisque l’on parle de casting, la présence exceptionnelle de Channing Tatum, et l’absence du réalisateur lui-même, pourtant habitué à faire une courte apparition dans ses propres films, mais qui livre justement la voix-off savoureuse du film dans le film. Enfin, pour les plus nostalgiques, vous assisterez à un plan bien connu des fans de Tarantino lorsque Michael Madsen (un acteur-phare de Tarantino) se tient debout au dessus de la Prisonnière, allongée, à la manière du frère de Bill (incarné par le même acteur) au-dessus du corps meurtri de Beatrix Kiddo dans Kill Bill, ou de Mr. Blonde au-dessus de Marvin Nash dans la scène d’anthologie de Reservoir Dogs. D’ailleurs, l’ensemble des Huit salopards semble vouloir faire écho au huis-clos de suspens de ce dernier film, dont la notoriété avait lancé le réalisateur.

Malgré des longueurs évidentes, mais utiles au bon déroulement et à la bonne compréhension de l’intrigue, Les Huit Salopards puise dans les forces de ses prédécesseurs pour renouveler le genre du réalisateur, dont on retrouve néanmoins les leitmotivs principaux. Courez-donc voir ce huis-clos glacial et sanglant, et savourez ces 2h48 de cinéma, qui, après les récentes déceptions de Hunger Games ou autres Spectre, nous réconcilient avec le cinéma. Tarantino surprend (sans forcément égaler le magistral Django Unchained) en nous proposant un film au format novateur, à l’ultra-violence assumée et au scénario brillamment orchestré. Une claque détournée, en somme, mais une claque quand même !

 

https://www.youtube.com/watch?v=ckQ5R-zCLYE

 

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