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Hunger Games sort par la petite porte

Hunger Games sort par la petite porte

Hunger Games : La Révolte, deuxième partie est sorti ce mercredi au cinéma

 

La première partie du dernier Hunger Games, Hunger Games : La Révolte, partie 1, sorti en 2014, nous avait marqués par son extrême lenteur et le côté étouffant (dans le mauvais sens du terme) de sa psychologie. On nous avait promis plus d’action et de rebondissements dans la seconde partie de ce final, et c’est avec cette promesse à l’esprit que nous sommes allés voir Hunger Games : La Révolte, partie 2, dans l’espoir secret de voir (enfin) un peu de sang couler et d’action à l’écran. Si vous vous souvenez bien, nous avions quitté Katniss Everdeen dans un état de dépression extrême, alors qu’un Peeta Mellark au cerveau complètement retourné par la torture est revenu au District 13 et a joyeusement essayé d’assassiner le geai moqueur. Si vous vous resituez à peu près correctement, il est temps de retrouver nos joyeux rebelles pour la suite de leur tentative de renverser le gouvernement autocratique du président Snow pour cette deuxième partie – ô combien attendue – de film. Embarquez avec nous pour l’ascension finale du geai moqueur jusqu’aux portes du Capitole.

 

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Autopsie d’une fin sans gloire ni panache

 

Pour bien comprendre les errements et manquements du film, revenons un instant à nos fondamentaux. Hunger Games est donc une saga, adaptée de la série de livres de science-fiction écrite par Suzanne Collins, et parue entre 2008 et 2010. L’intérêt même d’une saga étant d’offrir au spectateur les évolutions respectives de l’histoire et de ses personnages, force est de constater que la série Hunger Games peine à trouver son souffle, et ce dès le second film. Le dernier film ne fait pas exception, et ce qui devait être l’épisode final apportant une conclusion à cette saga illustre à lui seul parfaitement tous les défauts systématiques du récit. Loin d’être un dépassement, un point culminant du récit, La Révolte, partie 2 porte en lui tous les vices de forme de ses prédécesseurs.

 

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Entrons directement dans le vif du sujet avec le gros point noir de tout Hunger Games qui se respecte. La caractérisation des personnages est si faible que non seulement, aucun personnage n’est correctement développé (ce qui crée une foule d’individus apparaissant régulièrement à l’écran et pourtant parfaitement interchangeables), mais le seul personnage récurrent et dont nous connaissons très bien la psychologie (pour l’avoir malheureusement souvent vue à l’œuvre) est celui de Katniss Everdeen. Personnage pour lequel il est extrêmement difficile de ressentir de l’empathie et avec lequel le processus d’identification est constamment mis à mal par des postures moralisantes intempestives et une victimisation répétitive. La distance émotionnelle du spectateur vis-à-vis du personnage principal du film, qui monopolise la dimension du récit, entraîne un désintérêt croissant et a ainsi pour effet de désamorcer tous les enjeux narratifs du film.

Le premier film de la série, Hunger Games, sorti en 2012, réussissait à capturer l’attention des spectateurs par une série de scènes d’action rythmées et allant parfois assez loin dans l’horreur. Le film clôturant cette tétralogie s’offre quant à lui le luxe de scènes d’action plutôt sporadiques et assez brouillonnes, entrecoupées de scènes plus calmes mais malheureusement extrêmement prévisibles dans le déroulement général du récit. Mais pire péché encore, cette dilution de l’action, qui faisait la force du premier opus, s’accompagne d’une édulcoration extrême des scènes de violence. On ne verra finalement que très peu d’hémoglobine, et les scènes de morts qui viennent ponctuer le film sont rapidement passées, comme pour cacher la violence et l’horreur, et ainsi brasser un public plus large. Sauf qu’en tapant plus au centre, le film tape aussi beaucoup plus mollement et crée un sentiment général de modération qui confine parfois à l’ennui. Mou, le scénario l’est aussi, et les obstacles invoqués pour faire de cette opération rebelle une entreprise épique sont bien sournoisement contournés à l’aide de Deus Ex Machina douteux.

 

La fin qui nous laisse sur notre faim

 

Il n’y aura bien évidemment pas de spoiler sur la fin, dont on a cru un (bref) instant qu’elle rachèterait le film. La fin, qui était l’enjeu principal du film censé clore la saga, si elle était louable dans son intention, manque encore de radicalité et de jusqu’au-boutisme, mais aussi de profondeur psychologique dans la psyché de ses personnages pour opérer une conclusion mémorable d’une saga à succès. Cynisme et sentimentalisme ne faisant jamais bon ménage, Hunger Games livre un cocktail final en demi-teinte, fade et indécis, dont on ressort frustré mais aussi assez incrédule tant la montée dramatique opérée depuis le début de la tétralogie retombe assez lamentablement au clap de fin.

 

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Si nous devions comparer ce film à une autre saga, peut-être serait-ce à Twilight, ce qui n’est pas une comparaison flatteuse pour l’œuvre de Madame Collins, pourtant prometteuse à ses débuts. On y retrouve le même triangle amoureux résolument inintéressant, les mêmes stratégies d’évitement du scénario, et le même manque de présence et de substance dommageables à l’intérêt du film des personnages secondaires. À ceci près que la saga cinématographique Hunger Games semble, elle, avoir prétendu, au moins pendant un temps, à attirer un public de science-fiction aux goûts plus recherchés et plus subtils, ce qui rend la conclusion de cette saga encore plus décevante pour ceux qui en espéraient tant et plus. La dimension politique du film reste un atout, mais n’est malheureusement pas suffisamment approfondie ni exploitée de façon subtile pour constituer un véritable attrait. Dommage.

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