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Les Minions : La Vie en Jaune

Les Minions : La Vie en Jaune

Critique du film Les Minions, sorti en salles le 8 juillet.

 

Le spin-off et dernier opus de la série des Moi, Moche et Méchant a cette fois-ci décidé de s’intéresser aux fauteurs de trouble et source majeure de gags de sa franchise : les minions. Ils sont petits, jaunes, s’expriment dans un bien étrange langage et sont prêts à bosser dur pour que leur maître soit le plus grand et le plus moche de tous les méchants ! Découverts dans Moi, Moche et Méchant et Moi, Moche et Méchant 2, la popularité des minions (et leur fort potentiel commercial) méritait bien que les réalisateurs (ou, du moins, en l’occurrence, Pierre Coffin, moitié du binôme aux commandes des précédents films de la saga) s’intéressent à l’idée de raconter l’histoire de ces étranges créatures. Difficile de ne pas rapprocher cela de l’entreprise de la saga Le Roi Lion, qui en son temps et après une suite chronologique de l’histoire originale dans Le Roi Lion 2, nous avait dédié un troisième volet aux aventures de Timon et Pumbaa.

Sorti dans nos salles le 8 juillet dernier, Les Minions s’attache à raconter le prequel des aventures de Gru, mais en axant le film autour de la genèse des minions. L’action du film se passe donc en 1960 (42 ans A.G, Avant-Gru), où l’on suit les aventures de Kévin, Bob et Stuart (non, de toute évidence, ces prénoms n’ont pas été choisis au hasard), qui ont quitté la tribu à la recherche d’un super méchant qui rendrait le sourire à leurs congénères désœuvrés. Ceux-ci, en effet, ayant la fâcheuse tendance à tuer accidentellement tous leurs maîtres précédents, se retrouvent sans méchant à servir, dans un vide existentiel terrible. Il est d’ailleurs intéressant de noter que le film s’attache à développer l’étymologie même du nom « minion », qui se traduit de l’anglais vers le français en « sbire », (attaché à servir une puissance malfaisante, donc). Les aventures du trio jaune banane les conduiront bientôt aux États-Unis où se tient une certaine Foire du Mal et sa guest-star ultime : la superméchante Scarlett Overkill. Bien sûr, les ennuis ne sont pas loin et Kévin, Bob et Stuart auront bientôt fort à faire pour mener leur quête à bien.

 

Minions Orlando

 

Une œuvre à multiples facettes

 

Les Minions démarre comme un film d’animation à caractère pseudo-pédagogique, avec une voix-off retraçant l’histoire de l’évolution des minions, des dinosaures à l’homme préhistorique, toujours à la recherche d’un méchant à servir. On quitte ensuite rapidement le film scientifique pour tomber dans un autre genre de cinéma, lorsque Kévin, Stuart et Bob quittent la caverne pour s’aventurer dans l’inconnu : celui du film de voyage initiatique. Il ne faut pas longtemps au film pour explorer par la suite encore un autre genre susceptible de parler aux petits comme aux grands : le conte de fées mais… revisité, et où la princesse aurait de sérieuses pulsions de violence. Tour à tour ensuite buddy movie et film d’action, Les Minions mène le jeu tambour battant tout en (re)visitant de nombreux genres pour mieux les parodier.

Mais la véritable force des Minions, et là où, bien sûr, on l’attendait au tournant, reste le potentiel humoristique du film, capable de faire rire les enfants comme les adultes. On passera sur les nombreuses publicités qui émaillent l’avant-séance et qui mitraillent le public d’incitations à consommer les produits dérivés à base de minions : le film remplit son contrat tacite avec le spectateur de par son humour et sa capacité à entretenir l’intérêt du public adulte en lui dédiant toute une grille de lecture du film en arrivant, par ce biais, à être autre chose qu’un spin-off purement commercial. La fin du film arrive par ailleurs à justifier sa présence dans la série Moi, Moche et Méchant en bouclant la boucle chronologique de la saga dans un ajustement cohérent des époques.

Les références sont nombreuses et la source principale de gags réside bien sûr dans le décalage total des minions avec le monde réel. Dès le début du film, on est frappé par la bande-son résolument rock’n’roll du film, avec des titres qui feront frémir de plaisir toutes les oreilles adultes de l’auditoire : de The Doors en passant The Turtles, Hair, The Kinks, et un hommage appuyé à Jimi Hendrix, ainsi qu’une référence à la couverture désormais culte de l’album Abbey Road des Beatles, c’est toute la musique rock des années 60 qui traverse le film de façon sporadique mais bienvenue. Côté humour, on retrouve aussi de nombreuses références historiques (dont un clin d’oeil à la France, la saga Moi, Moche et Méchant étant en grande partie un bébé français), mais aussi des références aux précédents films qui feront sourire le public averti.

 

https://www.youtube.com/watch?v=J63eIguV5XM
Les Minions ont soigné leur art de l’humour par l’absurde, qui s’exprime jusque dans leur langage, plein de borborygmes jusqu’à ce qu’un mot lui, tout à fait reconnaissable, se fasse entendre : ce mot est toujours en décalage total avec la situation d’énonciation, et peut être emprunté à des langues allant de l’espagnol à l’anglais, en passant par le japonais. Film « grand public » rythmé et plein de bonnes idées, Les Minions sait s’adresser aux jeunes et aux moins jeunes, et jouer avec les codes culturels de son public. Les blagues sur les anglais fusent et on retrouve même des éléments de la légende du roi Arthur, entre deux clins d’œil à l’univers Marvel et à la culture hippie. Le sens du rythme, l’action et l’humour constant des minions sont au rendez-vous et restent fidèles à l’esprit de la saga.

 

Un pari risqué

Minions Cotillard

Sandra Bullock et Marion Cotillard doublent Scarlett Overkill dans les versions anglaises et françaises du film.

 

Si Les Minions a, de toute évidence, soigné son écriture, le film n’est cependant pas exempt de failles inhérentes à la nature même du long-métrage d’animation. L’idée même de centrer le film autour des minions pose problème : dotés d’une psychologie, par nature, assez simple, les minions amusent et sont aptes à virevolter dans tous les coins, mais ne peuvent apporter au film une dimension émotionnelle et psychologique plus poussée. Pour cela, l’interaction avec les personnages humains était nécessaire, mais dans un film où le pitch est axé autour de la quête du plus grand de tous les méchants, l’humour et les punchlines ne laissent que peu de place au reste. Le personnage de Scarlett Overkill, par exemple, le seul qui aurait apporter au film plus d’épaisseur dans la caractérisation de ses personnages et susciter une réelle identification de la part du public, ne suffit pas, malgré l’ambivalence de son histoire, à élever le film au-delà du rang de sketch savamment conçu et finement orchestré.

Par ailleurs, si le début du film étonne et porte le récit avec rythme, la fin du film retombe malheureusement pour sa part dans un schéma narratif trop classique, qui vient quelque peu brimer la liberté loufoque des péripéties des minions. Si les minions sont bel et bien les héros du film, la fin de celui-ci pêche par classicisme et arriverait presque à rendre ordinaires des protagonistes pourtant hors-normes. Les dernières minutes sauvent quelque peu la fin et on aimerait presque retrouver Kévin, Stuart et Bob pour des nouvelles aventures avec le méchant élu de leur cœur, mais où ils retrouveraient la place qui a toujours la leur, celle d’adjuvants comiques qui apportent une touche de délire et d’humour à l’intrigue principale.

Pour l’heure Les Minions demeure un film dérivé efficace qui saura trouver sa cible, sans cependant réussir à créer la surprise en faisant mieux que ce qu’on attendait d’une saga telle que Moi, Moche et Méchant. Sayônara, o sole mio.

 

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