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Seven Sisters – critique à quatre mains

Seven Sisters – critique à quatre mains

Seven Sisters – la critique à quatre mains

 

Grand titre en tête de cette rentrée avec le très attendu It d’Andrés Muschietti et Mother de Darren Aronosky, Seven Sisters nous invite à partager le quotidien tumultueux de sept sœurs clandestines, dans un univers sombre et violent – puisque dystopique – où règne pour le bien de tous la loi sur l’enfant unique. VonGuru vous propose donc un tour d’horizon à quatre mains dans cette critique du film Seven Sisters – What happened to Monday (titre original).

 

L’avis de Moyocoyani : Seven Sisters, un bon film de mauvaise science-fiction

Le premier intérêt d’un film de science-fiction est la consistance de son univers, et de consistance, Seven Sisters en manque assez, passé son design réussi de pays de l’Est surpeuplé, en ruines et pourtant moderne (le film n’est pas tourné pour rien en Roumanie). Partant de la prémisse encore intéressante de la surpopulation, déjà traitée dans Inferno récemment (et aussi manquée dans le film qu’elle était troublante dans le roman), Seven Sisters imagine une société dans laquelle une biologiste aurait convaincu le gouvernement d’adopter une « Loi sur le quota » interdisant aux familles d’avoir plus d’un enfant, à une époque où les pesticides utilisés pour doper la production augmentent très fortement le nombre de naissances multiples. Brisant brutalement ce cercle vicieux, la loi prévoit de cryogéniser les enfants surnuméraires pour les réveiller quand le monde aura surmonté ses problèmes actuels.

Ce qui m’a immédiatement interpellé, c’est la nécessité d’un gouvernement autoritaire (voire totalitaire) et répressif pour s’assurer de l’application de cette seule loi, bien qu’elle puisse être considérée comme bénéfique même par une partie de la population et dans un État démocratique, et sans même avoir besoin de soupçonner un abus des élites : cette loi seule, dans son pragmatisme idéaliste, informe la politique, et impose d’accorder un surcroît de pouvoir au Bureau d’Allocation des Naissances, la police spécialement chargée de traquer les familles dissimulant des enfants. Et cette loi seule rappelle ainsi à quel point il est difficile de définir de façon manichéenne les limites d’une démocratie, en suggérant la possibilité d’un État hybride, cherchant la meilleure voie pour sauver la planète et sa population, et pour cette raison contraint de faire du mal à cette dernière.

Le premier problème de Seven Sisters étant de ne jamais rendre très claires les collusions entre ce Bureau et le gouvernement : Nicolette Cayman, la biologiste, ne rêve que d’ « entrer au Parlement » pour poursuivre son projet (les scénaristes savent-ils exactement ce qu’est un Parlement ?), alors qu’elle dirige un Bureau dont la force de frappe et l’autonomie par rapport à un État continuellement absent est d’une curieuse invraisemblance. On ne sait ainsi même pas quelle forme a ce gouvernement, qui paraît démocratique et pourtant ne s’interroge jamais sur les conditions d’application d’une loi aussi cruciale, et cède à un bureau normalement interne le droit à une milice glaçante. Le seul fait qu’un Bureau des Naissances ait sa propre armée devrait pourtant poser problème, surtout quand on insiste tant sur le fait que son chef ne soit pas la dictateur locale mais ne possède officiellement aucun pouvoir exécutif…

Ce n’est peut-être rien, parce que ce contexte n’est guère qu’un postulat de départ pour lancer une intrigue, mais plus on s’approche des secrets du Bureau et de la disparition de Lundi, plus on se pose de questions sur le fonctionnement de cette société, d’autant que tous les habitants passent régulièrement des checkpoints, dont la fonction principale est apparemment d’afficher en gros « enfant unique » (alors qu’il n’est plus supposé exister que des enfants uniques), ou que les Settman ne sont jamais découvertes par des voisins (elles vivent les fenêtres grandes ouvertes) ou par leur utilisation massive de l’ordinateur, y compris pour le stockage de photos prouvant leur sororité ou pour se localiser les unes les autres…

Et ce scepticisme peut nuire à la compréhension du message global du film, qui paraît complètement inaudible dans son cynisme, plus incroyable encore que l’efficace défense par The Circle d’un monde hyper-connecté. Il y a quand même un moment où il faut se rendre compte que prêter des discours sensés aux « méchants » sans aucun contre-discours pertinent et aucune alternative ne fait que leur donner raison, ce qui est grave parce que Seven Sisters  ne s’en aperçoit sans doute pas…

 

(la musique du trailer, une des meilleures imitations de Zimmer que je connaisse, a beaucoup contribué à me faire aller voir le film)

C’est en fait surtout dommage, parce que le film avait partout ailleurs des arguments pour faire partie des meilleurs blockbusters de l’été et des surprises de l’année. Si par exemple l’idée des sept sœurs jumelles incarnées toutes par la même actrice a quelque chose du gimmick, il est captivant de s’apercevoir que l’on identifie chacune avec beaucoup de facilité, aussi bien par le physique que par les traits de caractère ou la manière de parler, là où tant de films ne parviennent même pas à proposer deux héros avec des personnalités vraiment reconnaissables. Évidemment le postulat est parfois curieux (comment peuvent-elles accepter que l’une se drogue ou que l’autre fasse de la musculation quand cela risque si facilement de les trahir ?), il n’empêche qu’il dote ses héroïnes de traits distinctifs réussis, qui suffisent pour que l’on s’attache très vite à chacune d’elles (sauf peut-être à la petite génie de la bande, qui constitue une trop grosse ficelle narrative à chacune de ses apparitions).

L’autre grande qualité du film qui le rend foncièrement recommandable malgré ses quelques incohérences et facilités, sans parler de son dénouement trop prévisible (ce qui fait beaucoup à compenser), c’est sa brutalité. Son interdiction aux moins de douze ans ne vient pas tant de sa violence (beaucoup de films font couler beaucoup plus de sang en étant sans problème tous publics) que de sa fulgurance inattendue. Le premier mort est ainsi un personnage que l’on commençait à peine à connaître, et alors qu’on ne soupçonnait pas encore Seven Sisters d’être difficile à regarder, et on ne peut pas dire que les sept sœurs soient traitées avec ménagement par le scénario, dans leur enfance comme dans leur âge adulte. Il n’y a guère qu’une scène faisant mourir deux civils par balles perdues que l’on puisse accuser de complaisance, toutes les autres marques de violence savent provoquer un choc bienvenu, et si l’action est souvent sur-cutée, la première grande scène d’action et les scènes d’exécution bénéficient d’une mise en scène diaboliquement efficace.

Seven Sisters ne passe donc pas loin d’être un indispensable, mais n’en est pas un. Le film n’en est pas moins étonnamment inspiré de la part du réalisateur de Dead Snow et Hansel et Gretel (oui, on vient de loin), et en acceptant son postulat de science-fiction comme un prétexte à un film d’action prenant, on y prend autrement plus de plaisir qu’à beaucoup de blockbusters trop préoccupés par leur volonté d’être cool pour nous investir.

 

 

L’avis de Caduce : Seven Sisters, la réussite au conditionnel

 

Chez VonGuru, nous apprécions les dystopies, quel que soit le média par lequel passe l’intrigue. À la vue des promotions de Seven Sisters, difficile donc de résister à l’envie de courir voir le film, qui plus est porté par Noomi Rapace, fabuleuse Lisbeth Salander du Millenium de Niels Arden Oplev.

Inutile de vous resituer le contexte de l’œuvre, Moyocoyani vous aura déjà éclairé sur ce point. Elle était accrocheuse, non sans une poésie un peu primaire, l’idée de ces sept sœurs, nommées chacune par un jour de la semaine, et portées toutes par l’aura magnétique de l’actrice suédoise, tour à tour musclée, anarchiste, droguée, génie de la famille etc. Sur ce point, Seven Sisters marque un bon point, car dans un film aussi orienté vers l’action, les sept personnages ne déméritent pas, tant dans le jeu de l’actrice que dans la psychologie relative à chaque personnage.

Il était pourtant compliqué d’instaurer des caractères aussi crédibles dans une mise en situation aussi bâclée – alors qu’avouons-le, ce contexte reste ce qui donne corps à toute bonne dystopie, le faisant passer de prétexte à un véritable trame sous-jacente à l’intrigue. Hors de côté-là, tout vous sera expliqué en quelques minutes, sans s’appuyer davantage sur les conflits moraux que représente cette situation : quid du bouleversement éthique, de la répression politique, des profondes réflexions que pourrait générer le synopsis sur le sens du devoir, de la famille, du bien commun ou de l’égoïsme. Tant de pistes qui auraient pu faire basculer Seven Sisters dans un univers bien plus magistral – et d’autant plus terrifiant. Au lieu de cela, le film se perd dans une vague explication qui nous laisse plus devant un état de fait que devant une piste à explorer : si l’univers dépeint reste fort satisfaisant, et graphiquement convaincant, Seven Sisters sombre trop vite dans les grosses ficelles, à coup de gros plans sur les différents vecteurs de propagandes – publicités, tags et autres démonstrations du genre en lieu et place d’ambiance et de réelle continuité du contexte : dans le même genre, Les Fils de l’Homme mettait en exergue tout cela de façon bien plus insidieuse (mais diaboliquement plus effrayante) et ce n’est en général qu’au second visionnage que l’on remarquait alors l’immense richesse de l’univers dystopique.

 

 

Mais ici rien de tout cela, tout simplement parce que Seven Sisters se veut être un film divertissant, rythmé et efficace, clauses qu’il remplit assez bien. Là où on aurait aimé que l’œuvre pousse plus loin dans sa noirceur ou la violence véhiculée (dans les propos comme dans l’image), Seven Sisters se contente de miser (de façon réussie d’ailleurs) sur une trame d’action-courses poursuites effrénées. Alors oui, cela fonctionne, et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces sept sœurs ne sont en aucun point épargnées par cette chasse à l’homme. Si seulement le contexte – là encore – avait pu être plus clair, les enjeux scénaristiques n’auraient fait qu’y gagner en consistance. Si du haut de ses deux heures, le film demeure convaincant, j’aurais personnellement aimé mieux connaître les sept protagonistes, dont l’entrée en action précipitée a fait que je m’y suis trop peu attachée. Dommage donc de se priver d’une petite dose d’émotion – pourtant à portée de main – qui aurait fait basculer certaines scènes dans un véritable moment dramatique, à défaut d’exécutions froides et implacables. Et enfin, en parlant de basculements, il serait mensonger d’affirmer que Seven Sisters nous réserve son lot de surprise côté rebondissements : fin aisément prévisible, vérité effroyable propre à tout univers dystopique… Seven Sisters ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes, tout du moins pour les amateurs du genre, qui ne seront probablement pas surpris par les quelques twists finaux.

Un film à aller voir donc, car bien loin de l’exécrableTour Sombre et autres navets de l’été, Seven Sisters saura vous convaincre par son rythme frénétique et son postulat alarmiste à la base de l’intrigue. Bien loin néanmoins du chef-d’œuvre qu’il aurait pu être, on regrette de ne pas y voir plus de réflexion sur ce monde livré à la loi de l’enfant unique, de ses répercussions… De la même manière, les quelques flashbacks d’enfance des sept sœurs, pourtant remarquables, auraient mérité d’être plus nombreux afin de créer un réel lien entre le spectateur et ces héroïnes : si l’on ne se doutait pas de l’énorme ficelle de la fin du film, on pourrait presque prendre le parti de l’État totalitaire, en comprenant et en excusant presque (presque !) les réformes mises en œuvre. Même topo pour la violence et la noirceur du film, qui auraient gagné à trancher encore plus dans le vif du sujet, quitte à perdre par cette initiative une partie du public-cible, en présentant un film pour 16 ans et plus, par exemple.

En quelques mots comme en cent, si Seven Sisters avait réellement osé, cela aurait pu être un grand, grand film. Dommage du coup de se contenter de ce constat au conditionnel.

 

 

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