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Critique – Dracula, la mini-série Netflix

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Critique – Dracula, la mini-série Netflix

Critique sans spoiler de Dracula, la mini-série Netflix

Les auteurs Steven Moffat et Mark Gatiss, créateurs de la série britannique Sherlock, se lancent pour Netflix dans une relecture du mythe de Dracula. Osé, mais pas totalement abouti.

 

 

 

Une introduction très poussive

Ce qui frappe en premier lieu dans ce Dracula, c’est l’esthétique surannée qui s’en dégage dès les premiers instants. Probablement volontaire pour rendre hommage aux nombreuses adaptations déjà existantes sur le thème, elle fait pourtant un peu tâche en 2020 et fait craindre le pire. Un prélude pas vraiment original qui repose sur les poncifs liés à Dracula, une réalisation classique, une imagerie vieillotte et des effets spéciaux cheap voire ringards à l’image du générique, vraiment très moche : la mise en place est assez laborieuse.

De plus, le choix de l’acteur Claes Bang pour incarner le prince des vampires n’est a priori pas le plus judicieux. Un peu trop lisse, un physique un peu trop moderne, lui aussi peine à convaincre en premier lieu. Néanmoins on sent que le scénario en garde sous le coude et que quelque chose de bigger se prépare. Le personnage détonnant de sœur Agatha (interprétée par la surprenante Dolly Wells) fait office de poil à gratter et représente le seul vrai atout de la première demi-heure.

 

Une intrigue qui se déploie peu à peu

Mais petit à petit, l’ensemble commence à prendre forme et à dessiner une histoire plus complexe que ne le laissaient présager ces premières minutes. Les personnages prennent de l’épaisseur et leur interprétation avec. Quand les choses commencent enfin à s’accélérer avec l’arrivée de Dracula aux portes du couvent, le spectateur est bel et bien pris par l’histoire – et par le face-à-face tendu entre Dracula et sœur Agatha, qui constituera par ailleurs tout l’intérêt de la série. Quand le premier épisode se termine, l’envie de connaître la suite se fait ressentir, signe que Dracula vient de trouver son rythme de croisière.

L’épisode deux va changer de décor (un indice se trouve dans la phrase précédente) et introduire de nouveaux personnages, déplaçant les enjeux et faisant planer une nouvelle atmosphère de mystère en huis clos, un peu à la Agatha Christie, tout en s’inscrivant parfaitement dans la continuité du premier épisode. L’esthétique y est d’ailleurs plus réussie et évite les effets old school vus auparavant qui faisaient parfois passer Dracula pour une série des années 80. Il augure d’une belle montée en puissance et se conclut sur un cliffhanger qui est une excellente idée, car il permet non seulement de justifier la structure en trois épisodes de 1h30, mais soulève en plus beaucoup de questions et d’attentes pour la suite, tout en renouvelant l’univers et l’esthétique de la série.

 

Un dernier épisode qui se prend les pieds dans le tapis

Malheureusement, ce qui semblait être un concept brillant se retourne contre Dracula, jusque-là maîtrisé dans son écriture. On ne peut pas trop en dévoiler pour éviter de gâcher la découverte de la série, mais embarqués dans leur volonté de rupture, Moffat et Gatiss tombent dans la facilité et perdent un peu le fil. Les explications sur la nouvelle mise en place peinent sérieusement à convaincre, et sont parfois même un peu illogiques. Et la volonté de moderniser le personnage de Dracula rend certaines situations qui se veulent cocasses un peu ridicules. Le tout se mélange dans un épisode un peu fourre-tout, dans ses idées comme dans ses scènes (notamment horrifiques) et termine sur une conclusion trop rapide, finalement là encore un peu décevante mais qui a au moins le mérite d’être définitive. Tout n’est pas à jeter, loin de là, et l’épisode reste malgré tout assez intrigant et très agréable à regarder, mais il n’est pas au niveau de ce qui était promis.

La mini-série Dracula a néanmoins le mérite de proposer quelque chose de différent, et de n’exister que par elle-même, en tant qu’objet cinématographique unique bien qu’il s’inscrive dans une mythologie connue de tous. Relecture assez étrange du mythe de Dracula, enrobée dans une esthétique incohérente et démodée, elle vaut surtout pour le personnage bad ass de sœur Agatha et sa relation haute en couleur avec le comte.

 

 

L’avis de Siegfried « Moyocoyani » Würtz : Dracula avec l’esprit de Sherlock ?

Moffat et Gatiss, vous les connaissez : le premier avait notamment participé au relaunch de Doctor Who (auquel le second avait plus ponctuellement participé), et tous deux s’étaient surtout illustrés en créant la série Sherlock pour BBC One. Quand deux esprits aussi amateurs de modernité, de fraîcheur, d’esprit, annoncent qu’ils s’emparent pour Netflix du mythe de Dracula, le public s’attend évidemment à se régaler.

Le format en sera le même que pour Sherlock, avec une saison de trois épisodes durant chacun 1 heure 30. Cela n’avait pas toujours convaincu avec le détective consultant, parce qu’une telle longueur se faisait parfois ressentir, surtout quand il était évident qu’elle n’était pas nécessaire mais qu’il fallait bien s’en tenir au format. Avec Dracula, on a cependant la promesse d’une mini-série close en une seule saison, donc au terme de 4 heures 30. Est-ce trop, quand on voit ce qu’un Coppola parvenait à raconter en deux heures ou un Murnau en une heure et demie ; pas assez, quand on voit l’ampleur iconique du vampire ou qu’on est habitués aux histoires en dix heures ? En tout cas, la forme intrigue…

Et elle est parfaitement exploitée par Moffat et Gatiss, qui parviennent à donner à chaque épisode sa tonalité, son ambiance, un espace propre qui le distingue invinciblement des autres et s’achève sur un irrésistible cliffhanger.

Comme le note Joris, ce n’était pas gagné, puisque le début du premier épisode affiche un franc classicisme, et même quelque chose de dépassé dans ses représentations un peu faciles d’un gothisme glauque. Ce n’est pas mauvais, on se dit juste que l’on va redécouvrir une histoire bien connue dans la longueur, pourquoi pas, mais on peine à voir qu’il y a anguille sous roche tant cela semble académique, légèrement daté, gentiment regardable. Il est tout à l’honneur des showrunners de parvenir à nous tromper à ce point, à nous décevoir volontairement avant de multiplier les subversions croissantes et saisissantes.

Après le premier épisode transylvain, on est déjà embarqué dans l’amusante expérience de modernisation respectueuse promise par une mini-série très drôle et pourtant intrigante ; spirituelle et dramatique. On est loin de s’attendre aux trouvailles de la suite, qui parvient à susciter régulièrement des révélations à couper le souffle (alors qu’on est dans du Dracula !), des moments appréciables d’accalmie brutalement interrompus par d’inventives péripéties, et je ne parle même pas du twist mémorable de la fin de l’épisode 2…

 

 

À vrai dire, on passe un si bon moment qu’il est difficile de ne pas être déçu par la deuxième moitié du dernier épisode, qui évacue un personnage auquel on croyait qu’il fallait trouver un début d’intérêt, un autre est traité avec une désinvolture pénible pour la leçon morale cynique voulue ;tout cela pour une conclusion plaisante mais sans génie, aux trouvailles duquel on ne trouve pas les charmes du reste. On ne regrette pas du tout d’avoir vu Dracula, parce que la mini-série est un véritable shot de plaisir en 4 heures 30, et on pense seulement que chacun de ces épisodes aurait mérité d’être une mini-série de trois épisodes, ou que l’ultime aurait dû couper certains éléments de mise en place finalement inutiles pour se focaliser sur ce que l’on aime le mieux, les délectables dialogues (imitant ceux de Sherlock ou du Docteur) d’êtres supérieurement intelligents et savourant leur intelligence réciproque avec ce qu’il faut de tension sexuelle.

Gatiss semble vouloir faire une saison 2. S’agit-il de la simple expression d’un désir personnel ou de l’un de ces innombrables contrats déjà secrètement signés que Netflix aime tant (et que nous aimons tant chez Netflix) et qu’il se contente donc de teaser ? Son héros et son traitement méritent en tout cas une suite/prequel/que sais-je, dont on espère l’officialisation avec curiosité.

 

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