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Sherlock – The Abominable Bride – Critique

Sherlock – The Abominable Bride – Critique

Retour sur l’épisode spécial de Sherlock – The Abominable Bride

 

Cette fin d’année 2015 a été marquée par la sortie de plusieurs œuvres majeures que nous attendions tous de pied ferme. Spectre, Hunger Games – La Révolte, ou encore le dernier opus de Star Wars – Le Réveil de la Force ont été autant de titres qui ont marqué les dernières semaines de 2015, laissant présager d’une année 2016 tout aussi riche en événements culturels. Et pour le coup, le mois de janvier a démarré de façon tonitruante, car c’est au premier jour de l’année qu’a été diffusé le fameux épisode spécial de la série Sherlock, intitulé The Abominable Bride. Un vent de hype enfin apaisé depuis quelques jours autour de cet événement, attendu avec impatience par la plupart des fans, d’autant plus que la saison 4 n’est clairement pas prévue pour tout de suite (le tournage de cette dernière serait prévu pour le printemps 2016). À la base, il était prévu d’écrire cet article en solo, mais au vue des avis divergents au sein de la rédaction, nous nous sommes décidés à vous livrer plusieurs clés de lecture autour de cet épisode spécial : c’est donc Laurianne « Caduce » Angeon et Roxane « Lenvy » Saint-Anne qui se prêteront à l’exercice, afin de vous livrer les premiers ressentis autour de cet épisode spécial de Sherlock – The Abominable Bride.

 

Laurianne « Caduce » Angeon

 

 

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C’est avec une impatience non feinte que j’ai accueilli cet épisode spécial de Sherlock, et dès sa sortie en vostfr, je peux vous assurer que les liens ont sacrément tourné au sein de la rédaction.

Après un « Previously » surprenant à mon sens, nous voilà partis dans les aventures de Sherlock et Watson, transposés à l’époque originelle des deux héros, au 19e siècle. On y  retrouve avec plaisir dès les premières minutes du film la scène de rencontre entre Sherlock et Watson, revisitée à la sauce victorienne. Le clin d’œil était pourtant amusant, mais hélas, cet instant de fan service sera loin d’être le dernier.

Nous entrons donc ensuite dans le vif du sujet, le synopsis et l’intrigue principale de The Abominable Bride, inspirée de différents romans de Sir Arthur Conan Doyle : The Five Orange Pips, The Final Problem ainsi que The Adventure of the Musgrave Ritual. Sherlock embarque pour une affaire pas comme les autres, au cours de laquelle une femme, habillée en mariée, serait revenue d’entre les morts après son suicide pour se venger d’un bon nombre de protagonistes masculins, abattant sa malédiction d’un funeste « You ! » sur sa victime. Le point de départ de l’intrigue était donc à mon sens plus qu’alléchant, puisqu’un fantôme, nous le savions déjà, il n’y en aurait point. De plus, cette allure de « légende urbaine » autour de l’histoire de la mariée n’était pas sans rappeler certaines grosses ficelles d’œuvres gothiques (comme la nonne fantôme du roman « Le Moine » de Matthew Gregory Lewis, par exemple, ou encore La Mariée, légende qui inspira le film de Burton, Les Noces Funèbres) et collait parfaitement à l’esthétique victorienne de l’épisode. Bon point pour la première demie-heure de l’épisode donc, mais le pari est-il réussi pour autant ?

L’épisode spécial de Sherlock est un immense canevas de fan service, regorgeant de références diverses à la série originelle, et regroupant les recettes du succès de cette dernière. On y retrouve bien sûr l’excellent binôme Cumberbatch/Freeman, le cynisme et la voix monocorde de Sherlock lors de ses séances de déductions géniales, la rivalité entre les deux frères, l’affrontement Holmes/Moriarty ; en bref, nous ne sommes pas dépaysés, et pour ceux qui comme moi, attendaient de retrouver l’ambiance Sherlock, les conditions sont plutôt remplies. Côté visuel, la photographie et soignée, l’ambiance moite, feutrée et glaciale colle tout à fait à ce Londres du 19ème, malgré quelques cadrages et plans parfois maladroits. La musique, fidèle à elle-même reprend de temps à autre le thème principal de la série et nous fait sourire. Oui mais voilà, ce qui émerveille les fans de Sherlock, c’est la finesse de son propos, et la complexité de son scénario : qu’en est-il aujourd’hui ?

 

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The Abominable Bride (Spoilers, je répète, spoilers !) n’est pas seulement un récit ancré dans le 19e siècle et, comme nous l’apprenons assez rapidement, toute cette intrigue de la mariée sanglante ne constitue en fait qu’un prétexte, un moyen pour Sherlock d’élucider un mystère bien actuel, et ce, en ayant recours à sa célèbre technique du palais mental. Pourquoi ? Comprendre le retour de Moriarty malgré sa mort présumée.

Si l’astuce du recours au palais mental demeure une référence appréciable, on tombe néanmoins de haut en découvrant cette autre lecture de la grosse ficelle « En fait, ce n’était qu’un rêve… » : un élément qui se voulait sans doute adroit, pour faire le lien entre l’époque victorienne et actuelle, mais qui tombe toutefois dans la caricature. Non, vraiment, côté cliffhanger, on nous a habitué à mieux, et c’est peu dire… Pour certains (mais ce n’est pas mon cas), ce twist était prévisible au vue des anachronismes flagrants éparpillés tout au long de l’épisode (les suffragettes, le virus dans les « datas »…). De plus, si l’on se plaît à redécouvrir le pendant victorien de chaque personnage de la série, l’apparition d’un Mycroft obèse (dans la version du palais mental) surprend beaucoup et laisse perplexe (et finalement, c’était selon moi le plus gros indice du côté irréel de la situation : Sherlock dénigre son frère et prend le dessus sur cette sempiternelle rivalité). En bref, les cliffhangers de l’épisode laissent pantois, autant que la chute de cette intrigue de la mariée : un cercle de femmes bien décidées à semer la terreur en se faisant passer tour à tour pour un fantôme vengeur… Certains iront même jusqu’à dire que ce fond de féminisme exposé par Mark Gatiss et Steven Moffat serait en fait une réponse, avec plus ou moins de bonne foi, aux critiques émises à leur encontre concernant le caractère misogyne des protagonistes féminins dans la célèbre série Doctor Who. Quoiqu’il en soit, cet épisode spécial de Sherlock regorge de ces moments dont on doute de la pertinence, et propose à ses fans avides une intrigue en deçà de ce qui avait été déjà accompli. Il faut dire cependant que l’attente était longue, et à la mesure de l’exigence que l’on était en droit d’avoir pour les très rares apparitions de Sherlock, car en effet, même si le format d’1h30 par épisode demeure une force, on ne peut que se sentir frustré d’avance en sachant que la prochaine saison sera courte, comme toutes les précédentes.

 

Sherlock – The Abominable Bride : 6/ 10.

 

Roxane « Lenvy » Saint-Anne

 

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97%… 98%… 99%

C’est dans un état proche de l’hystérie combinée à une impatience croissante (oui, j’avoue tout, j’ai complètement et sans scrupule aucun invectivé mon ordinateur) que j’ai téléchargé cet épisode que nous attendions tous depuis si longtemps. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que mon impatience n’a eu d’égale que ma déception.

Cet épisode est un non-épisode. Il ne suffit pas de dire qu’il est bourré de fan-service, il semble que l’épisode lui-même ne veuille servir aucune autre fonction que d’être une piqûre de survie à des fans en état de sevrage. Le fait de n’avoir (attention, spoiler) respecté ni le parti pris de placer l’action à l’époque originelle de Sherlock Holmes, ni l’idée de replacer l’action dans le présent – dans la mesure où aucune des maigres minutes consacrées à cette époque ne daigne faire avancer l’intrigue principale – fait de cet épisode une tentative avortée de servir une enquête digne de ce nom.

 

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À la fin de l’épisode, le doute demeure : venons-nous d’assister à un véritable épisode de Sherlock ? Ou a une douce parodie, orchestrée le plus sérieusement du monde par le duo Moffat-Gatiss et destinée à aider les fans à prendre leur mal en patience tout en se moquant gentiment des poncifs de la série ? Car tout y passe : l’histoire de fantôme dont on aura aisément deviné la fin, Watson qui flippe, Mrs Hudson qui boude, Mary qui est badass, Mycroft qui conspire dans un coin et Sherlock qui proclame haut et fort son immense supériorité sur le commun des mortels. Tout semble téléphoné, et en même temps aucunement sérieux : (attention, spoiler) la conspiration des suffragettes (genre… sérieusement ?), la séquence (ô combien théâtrale) des chutes de Reichenbach, et la conversation douteuse de Watson et Sherlock sur la sexualité (ou absence de, en l’occurrence) de ce dernier.

Soyons sérieux un instant : les créateurs de la série, lorsqu’ils se mettent en tête de nous surprendre, ont maintes et maintes fois prouvé leurs talents de narrateurs. Ici, point de subtilité, le simple rappel des épisodes précédents suffit à vendre la mèche, de même que le « YOU » écrit en lettres de sang qui rappelle sans détour le célèbre « IOU » de Moriarty (terme qui existe par ailleurs réellement dans la langue anglaise et qui signifie « reconnaissance de dette »), et ne parlons même pas des trop nombreux anachronismes qui parsèment le fil de l’épisode. L’ensemble de l’épisode est donc un clin d’œil géant et trop appuyé à destination des fans, là où certains, comme moi, se prêtaient à rêver à une réelle adaptation de l’adaptation, soit à un Sherlock qui se passerait à l’époque originelle de l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle. Mention spéciale à la référence de Mycroft à au célèbre détective belge Hercule Poirot, « Cherchez la femme », en français dans le texte, goutte de subtilité dans un océan d’évidences.

Sherlock – The Abominable Bride : 4,5/ 10.

 

Conclusion

 

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En résumé, si l’épisode spécial de Sherlock propose un niveau de réalisation et de scénario en dessous des ses standards habituels, l’heure et demie passe relativement vite, et l’on sourit (ou l’on s’agace) devant les références multiples et le fan service omniprésentThe Abominable Bride se veut être un prélude à la saison 4, une sorte de pause transitoire entre deux époques, comme un teaser géant sur l’affrontement Holmes/Moriarty à venir.

Car Steven Moffat et Mark Gatiss sont sans nul doute extrêmement attachés à la série qu’ils ont créée et à la continuité narrative de celle-ci en trois fois trois épisodes. L’apparition d’un épisode spécial, tel qu’il a été conçu, permet donc de faire de celui-ci un « accident » contingent, que l’on peut soustraire à loisir à l’équation tant rien, dans cet épisode, n’est nécessaire à l’intrigue ni à la compréhension des personnages. À l’instar d’un filler (ou épisode hors-série), cet épisode est destiné à remplir un vide, et à ne surtout pas faire avancer le fil du récit. En cela, on peut dire que The Abominable Bride a parfaitement rempli sa mission.

 

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