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Interview : À la rencontre d’un orchestre Geek #2

Interview : À la rencontre d’un orchestre Geek #2

Interview du chef d’orchestre de l’orchestre « SEGA » spécialisé dans les jeux vidéos

Chez Cleek, nous vous parlons parfois de musiques qui ont bercé et qui continuent de bercer l’univers Geek. Nous vous parlons de compositeurs, de retours du public, mais généralement, il reste une étape dans le processus de production musicale qui demeure sous-estimée et rarement abordée : celle de l’interprétation musicale, en charge de retranscrire en musique la création du compositeur. Cette mission, c’est celle des musiciens, chanteurs et autres artistes, et c’est sur cette thématique que nous allons nous concentrer aujourd’hui.

Cleek part à la rencontre de Robin, chef d’orchestre d’une formation musicale nommée la «SEGA », axée sur le répertoire des musiques de jeux vidéo. Robin s’est donc prêté au jeu du question/réponse pour nous, et dans cette seconde partie de l’interview, il nous parle aujourd’hui des aspects plus techniques inhérents aux différents travaux que l’on retrouve dans un orchestre, mais aussi de leurs projets et aspirations, sans oublier l’avis du chef sur certaines questions de conception musicale.

 

Interview

 

Bonjour Robin ! Merci beaucoup d’avoir accepté cette interview pour Cleek !

Merci à toi de me l’avoir proposée, c’est un honneur !

 

 L’origine de votre nom, SEGA, fait-il référence (en plus de la console) au genre musical ?

Tu veux sans doute parler du sega, cette danse de La Réunion et d’autres îles de l’Océan Indien ? Si c’est bien cela, il n’y a absolument aucun rapport ; nous voulions trouver un acronyme qui soit évocateur et c’est avec SEGA que nous avons trouvé l’ensemble de mots qui collaient le mieux à notre identité, à la fois musicale et geek. D’ailleurs nous ignorions que le mot SEGA avait autant de significations de par le monde… Qui sait, on finira peut-être par changer de nom, histoire de mieux marquer notre identité !

 

Reprenons le jeu du question/réponse et parlons maintenant un peu des tes opinions en ce qui concerne les musiques de l’univers geek. Qu’est-ce qui, selon toi, fait une bonne musique de jeux vidéo ?

Je pense que ma réponse à cette question sera forcément subjective, et donc à prendre avec des pincettes. À mon sens, une bonne musique de jeu vidéo, c’est d’abord une bonne musique tout court, qui même sortie de son contexte possède une valeur artistique, tant par ses qualités mélodiques, harmoniques ou contrapuntiques (ndlr : relatif au contrepoint, une technique de composition complexe qui superpose très rigoureusement des motifs mélodiques selon des critères très précis) que dans son efficacité et originalité formelle ou timbrique (quelques paramètres qui ont de la valeur pour moi, mais il y en a bien d’autres).

Après, une bonne musique de jeu vidéo, c’est aussi une musique qui évolue avec finesse en fonction des actions du joueur, ou des événements qu’il subit, sans à-coup, sans qu’il y ait une seule seconde où l’on sorte du jeu parce que l’on se dit « Tiens ? bizarre ce que fait la musique, là ». Cela demande une vraie minutie de composition et de programmation. Et puis au-delà d’une unique bonne musique, c’est la conception d’une bande originale dans son ensemble qui peut être réussie ou ratée, à la manière de celle d’un film. L’utilisation de motifs, thèmes ou textures récurrents, plus ou moins variés, pour unifier les univers et les étapes d’un jeu, cela peut être une judicieuse manière de rendre celui-ci plus immersif, quel que soit le type du jeu.

Enfin, les musiques les plus intéressantes dans les jeux sont très certainement celles qui intègrent des éléments de gameplay, à différents niveaux. Sur ce point, les softs les plus élaborés sont sans doute Rhythm Paradise ou Final Fantasy Theatrhythm, qui pour moi sont de véritables outils pédagogiques d’apprentissage du rythme en musique. Il y a aussi des jeux comme Rayman Legends qui possèdent des niveaux musicaux où suivre parfaitement la musique pour synchroniser ses sauts et ses coups de poing permet de faire un score plus élevé. Et bien sûr, je ne peux oublier de citer la série The Legend of Zelda, au sein de laquelle musique et gameplay ont depuis longtemps été intimement liés : Ocarina du Temps, Baguette du Vent, Lyre des Déesses, Bois Perdus, Ballade du Poisson Rêve…

 

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Parvenez vous à réadapter des morceaux connus pour leur donner une autre identité ? Par exemple donner un air plus menaçant à certains morceaux afin de choquer et/ou surprendre le public : jouer un Mario Underwater transformé (passer le morceau en mineur par exemple) ?

Parfaitement ! Tous les arrangeurs n’ont pas les mêmes facilités à se détacher des morceaux originaux pour en faire quelque chose de totalement nouveau et surprenant, mais nous avons quand même une belle panoplie de thèmes très caractérisés revus à la sauce SÉGA : par exemple un thème de Bowser très jazzy pour mini big band, une symphonie Zelda sous forme de concerto pour guitare électrique aux influences brahmsiennes, un thème A de Tetris baroque en canon à trois voix… Même si ce n’est pas forcément valable pour la majorité des pièces, je pense que le côté décalé et original des arrangements est ce qui a toujours fait l’identité musicale de La SÉGA depuis sa création. Et Mario Underwater en mineur, ça me parait être une piste tout à fait exploitable ! En espérant que Nintendo ne crie pas au scandale…

 

 

Bon nombre de morceaux de jeux vidéo ont des instruments plus…exotiques. On pensera rapidement à un Ocarina par exemple. Est­-ce que tu retravailles les partitions pour adapter ces instruments pour orchestre ou transposes-tu simplement la partition Ocarina pour Violon (par exemple) ?

Je précise que je ne suis pas le seul à écrire les partitions dans l’orchestre, loin de là ! Nous sommes sept (Alexis, Arthur, Julien, Thibault, Pierre, Yann et moi) avec certain(s) qui ont une production assez monumentale. J’en profite aussi pour dire que nous ne partons que des extraits audio des jeux pour faire nos arrangements, qu’ils soient mp3 de bonne qualité pour les jeux récents ou musiques 8-bits, et jamais de partitions préexistantes, difficiles voire impossibles à trouver.

Mais pour répondre à la question : dans le cas de pièces qui demandent des instruments moins conventionnels que ceux de l’orchestre, soit on arrange pour notre formation symphonique, quand cela s’y prête, soit on demande à un musicien extérieur à l’orchestre de nous rejoindre précisément pour ce morceau, pour une vidéo ou comme guest pour un concert. C’est ce qui aura lieu à Geekopolis, notamment pour The Great Mighty Poo, dont le thème sera interprété par un chanteur lyrique. Aussi, depuis peu, notre accordéoniste a fait l’acquisition d’un accordéon électronique, qui lui permet d’avoir des sons synthés très variés, bien utiles pour certaines textures/sonorités irréalisables avec nos instruments acoustiques ! Mais bon, dans l’ensemble l’idée est vraiment d’arranger les pièces avec les instruments dont nous disposons habituellement ; ça évite trop de complications logistiques en répétition et en concert, et c’est aussi comme ça que le travail d’arrangement est le plus riche et intéressant.

 

 

Essayez-vous également de faire connaître quelques OST en dehors des « classiques » du genre ? Je pense par exemple à de superbes bandes originales telles que Journey…

Ah Journey… Je n’ai pas joué au jeu mais je connais la bande originale, c’est dire si elle a marqué les esprits ! Mais sinon oui, c’est un de nos buts. On essaye de trouver un équilibre entre des morceaux « mainstream » qui parleront à tout le monde, et aussi des pièces plus intimes, plus précises, tirées de jeux moins connus, ou en tout cas moins emblématiques. C’est là que le travail d’arrangement est le plus intéressant : réussir à transmettre notre amour d’une musique et du jeu dont elle est issue, donner envie au spectateur de l’essayer, sans compter sur la piqûre de nostalgie qui accompagne d’habitude les morceaux connus, voila un défi que nous aimons relever !

 

Utilises-tu des systèmes de projection de vidéos et d’images durant les concerts afin de renforcer la synergie musique/jeux vidéo ?

Nous l’avons fait à Anim’est et c’était très réussi. Il devrait y avoir un dispositif identique à Geekopolis. C’est idéal pour la correction des blind test ainsi que pour donner un aperçu des jeux dont il est question, sans avoir besoin d’en parler pendant des heures.

 

Peux-tu nous parler un peu de vos derniers concerts ainsi que de ceux à venir ?

Notre dernier concert a eu lieu à l’Anim’est de Nancy à l’automne dernier ; déplacer 25 personnes à 300 kilomètres et trouver de quoi louer le matériel de percussions sur place n’a pas été une mince affaire, mais le concert s’est dans l’ensemble très bien passé, avec de très bons retours. Quant à notre prochain concert, il aura lieu à Geekopolis, Porte de Versailles, le 24 mai prochain, à 16h30, avec un programme musical centré autour des gros méchants pas beaux des jeux vidéo : Bowser, Sephiroth, The Great Mighty Poo… Nous y jouerons quelques morceaux en collaboration avec une chorale geek, les Negitachi, et seront présents aussi des chanteurs solistes ! Un show d’une heure trente qui devrait envoyer du lourd.

 

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Quelles sont en général les pièces musicales les plus appréciées du public ?

Cela dépend du public ! Au Stunfest l’année dernière, les gens ont adoré Banjo Kazooie, un jeu décalé de la N64, alors qu’à Anim’est le public y a été beaucoup moins réceptif, à l’inverse de RPG comme Golden Sun ou Tales of Symphonia. Chaque personne a sa propre culture vidéoludique et a donc plus ou moins d’affinités avec les musiques que nous choisissons. Notre but, c’est de faire en sorte que tout le monde s’y retrouve et ait des frissons à au moins un moment du concert.

 

Vous réclame-t-on parfois certains programmes spécifiques ?

Je ne dirais pas qu’on nous les réclame, mais par exemple pour Geekopolis nous avons fait en sorte de coller au maximum à la thématique du festival, à savoir les « Génies du Mal » en intégrant plusieurs musiques « sombres » dans notre répertoire : des thèmes de boss, des jeux de baston etc.

 

Peux-tu nous parler d’ailleurs de votre public : moyenne d’âge, habitués etc ?

Pour l’instant nous avons fait des concerts à des endroits extrêmement différents : Rennes, Nancy, banlieue parisienne, donc pas trop de récurrence dans le public. Quant à la moyenne d’âge, c’est à peu près la même que celle des gens de l’orchestre ! Un peu plus élévée au Stunfest qu’à Anim’est je dirais. Mais de toute manière il n’y a pas d’âge pour jouer au jeux vidéo !

 

Toi et les membres de ton orchestre êtes-vous joueurs de jeux vidéo ? Si oui, quels jeux sont majoritairement représentés dans l’orchestre SEGA ?

Les jeux correspondent aux musiques que nous choisissons. Nous sommes plusieurs gros fans de Zelda et Pokémon, d’autres sont experts en Final Fantasy, un autre connait les Sonic comme sa poche. Je ne saurais parler au nom de tout le monde, mais en ce qui me concerne, ça peut succinctement se résumer à : Zelda, Fire Emblem et Xenoblade Chronicles. Mais vraiment succinctement.

 

Le mot de la fin ?

Rendez-vous à Geekopolis le 24 mai à 16h30. And may the triforce be with you !

 

 

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Pour plus d’informations

 

Si vous souhaitez continuer l’aventure avec Robin, je vous invite à le retrouver, ainsi que l’ensemble de l’orchestre SEGA sur Facebook et Youtube, sans oublier un CD enregistré au Conservatoire National Supérieur de Musique qui sortira très prochainement ! Merci Robin !

 

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