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Interview : À la rencontre d’un orchestre Geek

Interview : À la rencontre d’un orchestre Geek

Interview du chef d’orchestre de l’orchestre « SEGA » spécialisé dans les jeux vidéos

Chez Cleek, nous vous parlons parfois de musiques qui ont bercé et qui continuent de bercer l’univers Geek. Nous vous parlons de compositeurs, de retours du public, mais généralement, il reste une étape dans le processus de production musicale qui demeure sous-estimé et rarement abordé : celle de l’interprétation musicale, en charge de retranscrire en musique la création du compositeur. Cette mission, c’est celle des musiciens, chanteurs et autres artistes, et c’est sur cette thématique que nous allons nous concentrer aujourd’hui. Cleek part à la rencontre de Robin, chef d’orchestre d’une formation musicale nommée la «SEGA », axée sur le répertoire des musiques de jeux vidéos. Robin s’est donc prêté au jeu du questions/réponses pour nous, et dans cette première partie de l’interview, il nous parle de son parcours musical, de la création et de la gestion de son orchestre, sans oublier bien sûr, sa passion pour les jeux vidéos.

 

Interview

 

Bonjour Robin ! Merci beaucoup d’avoir accepté cette interview pour Cleek !

Merci à toi de me l’avoir proposée, c’est un honneur !

 

Peux-tu te présenter à nos lecteurs, nous décrire un peu qui tu es ainsi que ton parcours (en tant que musicien mais aussi en tant qu’amateur de l’univers geek) ?

Je suis musicien depuis l’enfance, ayant commencé le piano et la trompette à 6 et 8 ans. Mais j’ai mis un peu de temps pour me décider à me consacrer exclusivement à la musique : après le bac, j’ai fait trois ans de maths à l’université, avant d’entrer au CNSMDP (Conservatoire National Supérieur de Musique De Paris) en écriture, orchestration, arrangement et musique de film. J’y ai obtenu mon master l’an dernier.

Quant à mon goût pour les univers geek, je ne saurais dire de quand il date exactement, j’ai l’impression que ça a toujours fait partie de moi ; peut-être que cela vient de mes parents, qui nous proposaient toujours (à moi et mes frères et sœurs) de jouer aux cartes ou autres jeux de plateau le week-end, et ce pendant des heures ; ils sont aussi de grands amateurs de films de SF, j’ai dû voir Star Wars à 7 ans (au cinéma, ils les rediffusaient : la claque), ainsi qu’une sacrée panoplie de films fantastiques.

Je pense qu’ils m’ont transmis ce goût pour les univers étranges, merveilleux et oniriques, que j’ai ensuite cherché à retrouver dans toutes mes activités, que ce soit les cartes Pokémon ou Magic, les jeux de rôle sur plateau ou papier, la littérature de SF et fantasy, et bien sûr, les jeux vidéo ; en effet la NES a trouvé sa place dans notre foyer alors que je n’avais que 6 ans, et elle fut la première d’une longue série de consoles Nintendo, qui allaient se succéder d’année en année en-dessous de notre vieux tube cathodique.

 

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Comment t’est venue l’idée de créer un orchestre symphonique orienté sur les thèmes musicaux de jeux vidéo ?

Je sais que les meilleurs souvenirs que je conserve de mes expériences vidéoludiques sont en grande partie dûs aux musiques qui ont pu les accompagner. Ainsi, j’ai commencé à faire des covers vidéo au piano de musiques de jeux en 2007, principalement du Zelda, alors que Youtube était une plateforme toute jeune sur laquelle cette pratique de la reprise acoustique de thèmes MIDI ( Musical Instrument Digital Interface) n’était encore que peu représentée : il y avait bien Martin Leung, The Video Game Pianist, qui avait déjà un bon public, mais en France, les Youtubers musiciens de jeu vidéo (dignes d’intérêt, j’entends) devaient se compter sur les doigts d’une main.

Mes vidéos ainsi que celles de mon acolyte Jumpman à la guitare (membre de La SEGA actuellement) ont eu un certain succès (plus de 250 000 vues sur l’une d’entre elles, s’il vous plait). Arrivé au CNSM (Conservatoire National Supérieur de Musique), je me suis rendu compte que d’autres arrangeurs/compositeurs partageaient cette passion pour les musiques de jeu vidéo ; c’est ainsi qu’est née La Société des Écrituristes Gamers Arrangeurs, d’abord constituée de sept ou huit membres, issus des classes d’écriture. L’idée était de créer une espèce d’« armée de Dumbledore » au CNSM, un groupe de discussion et de partage autour de la musique et du jeu vidéo, et pas forcément de monter un orchestre. Mais très vite, les différents membres ont commencé à écrire de petits arrangements des musiques de jeux vidéo qui les faisaient vibrer, que nous avons interprétés avec notre formation totalement hétéroclite (une trompette, un piano, une flûte traversière, deux percussionniste, une harpe, un violoncelle, une contrebasse).

De fil en aiguille, d’autres musiciens nous ont rejoint, et deux ans plus tard, nous sommes maintenant une trentaine.

 

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Le recrutement a-t-il été simple ?

Plus ou moins, les choses se sont vraiment faites petit à petit : à l’origine (donc à l’automne 2012) nous n’étions que 8, il y a un an, nous étions une quinzaine, et 23 en novembre dernier. Puis nous avons fait un « recrutement massif » pour la rentrée de janvier, afin d’étoffer un peu notre son, notamment du côté des cordes, qui sonnaient jusqu’alors un peu minces par rapport à l’armée de percussions derrière. Quoi qu’il en soit, lors du recrutement nous essayons toujours de donner la priorité aux gens motivés et geek plutôt que de choisir des monstres de virtuosité qui sont étrangers à cet univers. Nous tâchons de prendre le temps de trouver les perles rares, à savoir des musiciens extrêmement doués ET complètement geek. Pas toujours facile ! Mais ça se passe plutôt bien dans l’ensemble, l’orchestre a trouvé un bon équilibre entre qualité musicale et détente.

 

Combien y a-t-il de membres dans l’orchestre actuellement et y a-t-il des instruments plus récurrents que d’autres dans vos candidatures ?

Actuellement, nous sommes une trentaine, dans une configuration de petit orchestre symphonique, à savoir 4 violons 1, 4 violons 2 (ndlr : dans un orchestre, les violons sont répartis entre deux sections : violons 1 et violons 2), 3 altos, 3 cellos (violoncelles), 1 contrebasse, 7 bois, 4 cuivres, 3 percus, 1 harpe, 1 piano, 1 guitare, 1 accordéon. Et d’autres instruments qui peuvent se rajouter ponctuellement, selon les besoins des morceaux.

 

Autour de quelles musiques s’articule votre répertoire ?

Cela dépend des goûts de chaque arrangeur, mais globalement il y a beaucoup de jeux Nintendo ! (Un comble quand on s’appelle La SEGA, la maman de Sonic) Donc du Zelda, du Pokémon, du Mario… Mais la série Final Fantasy n’est pas en reste non plus ! Et nous avons, nous autres arrangeurs, un goût assez prononcé pour la musique de RPG : Golden Sun, Tales of Symphonia, Secret of Mana, Dragon Quest, Fable… On essaye tout de même de varier au maximum les types de jeu : plate-forme, combat, action, aventure… Ce qui compte, c’est qu’il y ait du contraste, à la fois dans les références et bien sûr dans la musique.

 

La « SEGA »

La « SEGA »

 

Un orchestre classique ET geek ! Un mélange original ! Peux-tu nous parler de vos répétitions, de l’ambiance qu’il y a dans l’orchestre ?

C’est d’abord pour s’amuser que nous faisons ça, donc les répétitions sont dans l’ensemble plutôt détendues, on rigole beaucoup, on fait des interludes pour parler Rattata et Roucool niveau 2 (des pokémons surpuissants), on s’extasie toutes les 5 minutes d’entendre toutes ces musiques, à la fois parce qu’on les adore et aussi et surtout parce qu’on les écrit toutes nous-mêmes ! Pouvoir entendre ses propres travaux musicaux en live chaque semaine est une véritable chance. Mais l’augmentation du nombre de musiciens a forcément eu des conséquences sur la manière de travailler, et il est clair que l’ambiance est plus « sérieuse » qu’aux origines. Cela dit, on avait BEAUCOUP de marge !

 

Si certains de nos lecteurs sont musiciens, peux-tu nous parler des modalités de recrutement au sein de l’orchestre ? Quel tranche d’âge et quel niveau sont recherchés ?

Les musiciens ont entre 20 et 30 ans, mais à priori il n’y a pas de limite d’âge, ce qui compte avant tout, c’est la motivation et l’implication ! Il faut quand même un bon niveau instrumental, de la présence, et un très bon niveau de déchiffrage. En effet, il nous arrive de découvrir une pièce, de la bosser et de l’enregistrer dans la foulée, en deux heures de répétition, donc mieux vaut être rapide à la lecture. Sinon dans l’immédiat nous recherchons un-e tromboniste, un-e corniste et un-e contrebassiste permanents, s’il y a des intéressé(e)s, nous sommes preneurs.

 

Si tu devais choisir un thème de jeu vidéo, ce serait ?

Gaur Plains from Xenoblade Chronicles, of course !

 

Si tu devais choisir un film connu de l’univers geek ce serait ?

Dark Crystal, de Jim Henson.

 

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La suite, c’est vendredi sur Cleek

C’est sur ces dernières confidences de Robin que se termine cette première partie de l’interview. La seconde sera davantage consacrée aux prestations de l’orchestre, leurs projets, et la manière dont ils perçoivent l’aspect pluri-artistique de l’orchestre. On garde les oreilles grandes ouvertes, et à vendredi pour la suite de l’interview de Robin, chef d’orchestre de la « SEGA »

 

Crédits photos : page facebook de la SEGA

 

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