Pour tous les déçus de Suicide Squad : Assault on Arkham

DC avait déjà réalisé un film Suicide Squad, et c’était bien mieux !

 

Juste après la sortie du film Suicide Squad de David Ayer, nous vous avions proposé une critique qui n’était pas tendre d’un film qui à notre avis de méritait aucune tendresse à aucun égard. Le suicide soigneusement orchestré par la Warner, dont certains idéalistes doutent encore qu’il ait été réellement conscient et volontaire, est d’autant plus évident qu’un dessin animé Suicide Squad intitulé Batman : Assault on Arkham était déjà sorti deux ans auparavant, et qu’il était indéniablement réussi.

Cela peut étonner : si la qualité des direct-to-DVD de DC Animations est réputée, leur récent The Killing Joke était leur premier travail Rated-R, c’est-à-dire interdit aux moins de dix-sept ans aux Etats-Unis. Et on a vu avec Suicide Squad à quelle pauvreté on arrive quand un sujet exigeant tant de noirceur est traité de façon à être visible même par les enfants de trois ans. Comment peut-on donc affirmer qu’un film Suicide Squad puisse être intéressant quand il ne répond même pas au critère élémentaire d’une restriction d’âge contraignante ?

Le casting est d’ailleurs plus nombreux encore dans Assault on Arkham que dans Suicide Squad, alors que la durée n’en est que d’une heure et quart, générique compris. Le film d’animation ne se vautre-t-il donc pas dans les mêmes défauts que la dernière super-production de la Warner, à laquelle on a assez reproché son trop grand nombre de personnages et leur sous-exploitation logique en seulement deux heures ?

 

Le Joker n'a pas beaucoup aimé Suicide Squad.

Le Joker n’a pas beaucoup aimé Suicide Squad.

 

Primat de l’efficacité

 

Ce qui frappe dans Assault on Arkham, c’est son efficacité : au bout de dix minutes, l’intrigue a été solidement lancée, les personnages présentés, et la Suicide Squad montée et envoyée en mission. C’est court, mais du moins tous ont-ils droit à un traitement égal, une rapide scène de quinze secondes suffisant à les poser comme des êtres puissants et dangereux, voire féroces, ce qui est déjà infiniment mieux que l’équipe du film d’Ayer où Quinn, Captain Boomerang, Slipknot et même Killer Croc ne paraissent pas une seconde tenir la comparaison avec les autres méta-humains, sans compter l’intégration d’un El Diablo devenu pacifiste (sic). On n’oublie pourtant pas l’amour que Deadshot porte à sa fille : seulement, elle est suggérée par une photo que le personnage a toujours sur lui plutôt qu’une interminable scène indépendante créant un inutile déséquilibre.

Deadshot et Quinn ont cependant, au fur et à mesure que le film avance, droit à un peu plus de profondeur, le premier s’imposant vite comme le chef de la Squad, et la seconde grâce à sa relation avec le Joker, mais aussi par la romance curieuse qui naît entre eux, et dont le moteur est leur dangerosité névrotique, et non pas les attentions galantes du premier envers la deuxième comme dans le film live…  Le plus fort étant que leur importance s’affirme naturellement, leur temps à l’écran étant à peine supérieur à celui des autres personnages !

La présence de Deadshot et Quinn ne nuit donc pas trop à la Suicide Squad, Assault on Arkham se payant même le luxe d’intégrer une romance secondaire entre King Shark et Killer Frost, de surcroît investie d’une mission à l’insu de ses coéquipiers, la jalousie de Captain Boomerang pour Deadshot, sans parler d’un Black Spider qui refuse d’abord de travailler avec les autres, son objectif étant d’exterminer les criminels et non de les aider, du lien complexe entre Quinn et le Joker (aspect qui ne nous avait pas spécialement rebuté dans Suicide Squad), et de l’apparition conséquente d’autres personnages.

 

 

Batman, d’abord, qui ne saurait naturellement rester inactif quand il apprend qu’une équipe de super-vilains est en liberté ; le Sphinx, autour duquel tourne une partie très intéressante de l’intrigue ; et Amanda Waller, dont le plan est parfaitement cohérent ici, puisqu’elle profite de son pouvoir sur les super-vilains pour leur faire commettre des actions illégales et meurtrières auxquelles aucun héros et même aucun agent régulier n’aurait osé s’associer, à l’instar d’une infiltration dans l’asile en partie pour tuer Nygma, sans aucun souci pour la vie de ses gardiens et médecins, rien que ça. Elle connaît les super-vilains, sait exploiter leurs peurs et leurs faiblesses, et utilise son art de la manipulation à des fins obscures et redoutables, tout ce que l’on attend de Waller, sans digressions.

 

cleek_images_cineseries_assaultarkhamamandawaller

 

Et difficile de ne pas éprouver beaucoup de plaisir aux caméos de Cobblepot, Bane, Poison Ivy, Scarecrow, voire Zasz… Preuve s’il en fallait encore que les réalisateurs et leur équipe ont su avec une admirable adresse allier fan service et intérêts des personnages, bien aidés en cela par d’excellents doubleurs (la vidéo ci-dessous en montre quelques-uns au travail à partir de 6’17), entre autres Kevin Conroy (le Batman de toutes les séries animées depuis 1992, tous les jeux vidéo sauf Arkham Origins, la plupart des films animés, incluant The Killing Joke), Troy Baker (le Joker d’Arkham Origins et du Batman de Telltale, Harvey Dent dans Arkham City, Rhys dans Tales from Borderlands, Joel dans The Last of us, Samuel Drake dans Uncharted 4…), Nolan North en Pingouin (Nathan Drake dans les Uncharted, Desmond Miles dans les Assassin’s Creed, David dans The Last of us, Edward Richtofen dans les Call of Duty), Neal McDonough en Deadshot (acteur interprétant Dum Dum dans l’univers Marvel et Damien Darhk dans Arrow)…

 

 

Si la concision d’Assault on Arkham implique une déception devant le manque d’approfondissement des sous-intrigues, évoquées plutôt qu’exploitées, ce qui ne rend pas nécessairement honneur aux techniciens ni aux personnages, il est impossible de ne pas s’en souvenir comme d’un chef-d’œuvre en comparaison avec la catastrophe intégrale qu’est Suicide Squad, suicide pour DC non tant pour sa médiocrité que pour son irrespect total des personnages mis en scène et de l’univers développé depuis 80 ans par la maison d’édition.

 

Un film (très) violent et dynamique

 

En effet, dans Assault on Arkham, les méchants sont réellement des méchants. Le film d’animation se situant dans la continuité des jeux Arkham, deux ans environ avant Arkham Asylum, on se trouve dans un univers où la violence existe, et où tous nos fantasmes de voir des super-vilains tuer à tout-va sont exaucés : dès la première scène, Amanda Waller demande à ses soldats de « faire mal » au Sphinx, le ton est donné, bien que gentiment. Dans les minutes qui vont suivre, on verra King Shark baignant littéralement dans du sang, Black Spider égorger un parrain de la mafia ayant passé un accord avec la police, Harley Quinn arrachant une oreille, la tête d’un membre récalcitrant de la Squad exploser, plusieurs membres électrocutés, Killer Frost embrasser un gardien, lui faisant ainsi geler la tête qui éclate en tombant sur le sol, Killer Shark déclarant « je déteste manger italien » après avoir dévoré un gardien… Inutile de dire qu’en cinq minutes Assault on Arkham a montré plus de sang que Suicide Squad…

 

cleek_images_cineseries_assaultarkhamkingshark cleek_images_cineseries_assaultarkhamkingshark2

 

Plus étonnant encore, en plus d’un doigt d’honneur, on a des suggestions sexuelles à la fois plus crues que dans Suicide Squad et moins vulgaires, quand Harley Quinn se montre dos nu à un gardien pour le déconcentrer ou attend Deadshot dans sa chambre pour avoir une relation mouvementée avec lui. Voir Assault on Arkham, c’est donc aussi mesurer à quel point la restriction Rated-R sur The Killing Joke était une plaisanterie du marketing, jugeant que les spectateurs feraient davantage confiance si on leur promettait de la vraie violence dans l’adaptation d’un comics aussi culte, alors qu’Assault on Arkham est de très loin plus sanglant, plus dérangeant et dérangé.

 

cleek_images_cineseries_assaultarkhamsex

 

D’abord parce que les protagonistes n’hésitent pas à se faire violence les uns aux autres, à un point qui vous surprendra assurément (je vous garde la surprise), et surtout parce que la caméra est du côté d’une équipe de badass cools sans la supervision morale irréaliste d’un Rick Flag, et qui massacre allègrement des innocents du côté de la loi, les médecins et gardiens débonnaires étant leurs seuls antagonistes avant l’arrivée de Batman.

Même le dessin est plus dynamique, alors que le mythique Bruce Timm était producteur exécutif sur The Killing Joke ! Il faut dire que Jay Oliva, le réalisateur d’Assault on Arkham n’a pas été choisi au hasard : il avait non seulement travaillé sur les deux parties de The Dark Knight Returns, adaptation mémorable du comics extraordinaire de Frank Miller, mais aussi sur Le Paradoxe Flashpoint, Justice League : War, Batman vs. Robin, Batman : Bad Blood, et a contribué aux story-boards de Man of steel, Batman v Superman, Ant-Man, la série Flash, et pour les films d’animation tout ce qui s’est fait de mémorable chez DC (All-star Superman, Superman/Batman : Apocalypse, Batman : Under the Red Hood, Justice League : Crisis on two Earths, Superman/Batman : Public Enemies, Justice League : Gods and Monsters…). Jay Oliva connaît ses personnages, il les respecte et sait les mettre en valeur, cela se sent régulièrement dans le design, la luminosité, le montage, les plans… Dès la première scène, on sent le combat entre Batman et les sbires de Waller singulièrement inspiré, et si la musique hard rock est un peu banale pour présenter les personnages, on sent leur force à chacun de leurs gestes. Bref, Jay Oliva fait partie de ceux qui manquaient le plus cruellement à l’équipe d’Ayer pour Suicide Squad

 

 

Le Suicide Squad ultime ?

 

L’échec de Suicide Squad est donc surprenant et consternant, quand tout rappelle qu’une simple adaptation live d’Assault on Arkham aurait pu ravir les foules : le scénario est très intéressant pour un film destiné uniquement à servir de filler entre Arkham Origins et Arkham Asylum, le fait de se situer dans une continuité différente permet la mort de personnages importants à laquelle on ne peut donc pas s’attendre (contrairement à un film qui les épargne de manière prévisible pour une suite…), certains dialogues sont excellents et les personnages sont globalement plus mémorables que ceux de Suicide Squad, tous plus fins, et certains même très bons en soi, Batman a la classe, le Joker est drôle et imprévisiblement dangereux, sexe et violence sont montrés avec une maturité qui reflète celle des créateurs du film…

Mieux encore, Suicide Squad aurait dû être l’accomplissement d’Assault on Arkham. En épousant une forme longue plutôt que la concision habituelle aux productions animées de DC, les relations entre les personnages auraient pu devenir passionnantes assez aisément, la fin un peu brouillonne dramatiquement et le statut finalement assez bâtard par rapport aux jeux Arkham auraient gagné en richesse et cohérence en s’intégrant à la continuité du DC Extended Universe, bref la Warner nous aurait offert à peu de frais le film que ses fans attendent, et que tout amateur de cinéma super-héroïque aurait apprécié et respecté, sans trahir l’histoire des films précédents ou leur esprit, et en proposant réellement « autre chose » plutôt que cette abominable parodie de Deadpool réalisée sans une once du savoir-faire de la Fox…

 

 

Ciné Séries

Doctorant en Littérature comparée, je prépare une thèse sur les enjeux principalement politiques, moraux et religieux du comics super-héroïque – et un livre sur Batman, en projet. Certaines de mes interventions dans des colloques sont disponibles sur mon LinkedIn. Par ailleurs cinéphile et sériephile affirmé, j’essaie au mieux de partager ces passions (et les détestations qui en découlent) sur VonGuru après l’avoir fait sur Cleek, persuadé que c’est dans cette activité de partage et de discussion que la culture trouve son sel.

Cliquer pour ajouter un commentaire

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Plus Ciné Séries