Culture Geek

Papillon – formez les plus beaux massifs de fleurs afin d’y attirer les papillons !

Rédigé par le

Papillon – formez les plus beaux massifs de fleurs afin d’y attirer les papillons !

Papillon – formez les plus beaux massifs de fleurs afin d’y attirer les papillons !

 

Quand on se promenait dans les allées du Palais des festivals de Cannes pendant le FIJ qui se tenait il y a deux mois (qui semblent une éternité), et que l’on passait près du stand de Matagot, on ne pouvait manquer les superbes massifs floraux tridimensionnels de Papillon judicieusement arborés sur plusieurs tables. C’est que le jeu de J. B. Howell (FlotillaMaraudeurs de Midgard), si joliment illustré par Whitney Kay et édité par Kolossal Games (Western LegendsMezoRuinationOmenReload) semble un parfait titre de festival : coloré, il attire l’œil ; avec ses massifs et ses papillons-pince à linge, il intrigue ; accessible, il se pratique même entouré de bruit, et pour des parties complètes malgré la pression pour laisser sa place. S’avérera-t-il aussi remarquable sur nos tables domestiques ?

Vendu 41 eurosPapillon s’adresse à 2 à 4 jardinier (idéalement 3 ou 4 ) de 10 ans et plus (bien en-deçà des 14 annoncés !) pour des parties d’environ 45 minutes. Le jeu possède une extension, Dans la Prairie, vendue 15 euros, qui inclut une version solo, des cartes Objectif et des modules proposés dans le joli KickStarter du jeu, mais il n’en sera pas question ici.

 

Le jardin

On commencera par présenter les règles pour 3 à 4 jardiniers, plus riches que celles pour 2 seulement, et à mon avis meilleures.

La mise en place consiste avant tout par placer autour du plateau Jardin les 8 massifs floraux tridimensionnels, deux de chaque couleur (rouge, jaune, bleu, violet). S’ils font le charme premier du jeu et se montent assez simplement (bien que, de près, il puissent un peu moins impressionner), on s’étonnera seulement de ce que les fleurs jaunes s’assemblent à ce point plus mal sur leurs massifs que les autres. On les posera sans doute plus lâchement sur leurs tiges, que l’on pincera au lieu des fleurs.

Sous chaque massif, un pot est aléatoirement placé, portant donc des valeurs différentes que l’on expliquera plus tard ; et à côté, un jeton Papillon de la même couleur de les fleurs.

Dans le jardin, les 8 jetons Nain de jardin face cachée (face Nain visible) sur les cases indiquant le numéro des 8 manches.

 

 

Toutes les 94 tuiles Jardin sont mélangées dans l’assez réussi sac vert, portant le titre du jeu, Papillon, esthétisé, comme cela devrait être le cas dans tous les jeux de société, beaucoup préférant malheureusement le sac noir impersonnel, voire portant le logo de la marque.

Les joueurs choisissent une couleur (rose, blanc, bleu, vert), leur meeple Jardinier (sur lequel il peut appliquer un autocollant, en choisissant parmi trois couleurs de peau, quelle excellente démarche !) et leurs 12 papillons. On observera que ces derniers ne sont pas toujours fixés très solidement à leur pince à linge. Sur 48, j’en avais moi même 5 désolidarisés. Rien qu’un point de colle ne puisse régler, mais on apprendra vite à les séparer autant que possible, au moins par couleur, afin d’éviter les frictions, et à les manipuler avec soin.

Dans le coin inférieur droit, une piste d’ordre de tour, sur laquelle on place aléatoirement le jardinier de chaque joueur. Le premier reçoit 9 chenilles, les autres 10.

Et la partie peut commencer. Pendant sa première mise en place, on constate les quelques errements du matériel que l’on avait tout d’abord tant admiré, que l’on continue d’apprécier comme une force de Papillon, mais plus comme la première, et c’est sans doute ce qui pouvait arriver de mieux au jeu, que l’on ne reste pas aveuglé par ses couleurs pour commencer à savoir aimer son fond. Or là, comme on le devine et qu’on va le voir, Papillon multiplie les bons points.

 

Attirer un papillon, toute une guerre

Une partie dure 8 manches, découpées en 4 phases.

Durant la première, le pion Nain le plus à gauche est dévoilé et posé devant l’abri, puis on place face visible 10 tuiles tirées du sac dans le jardin. Certaines portent un symbole de chenille, et on pose donc sur elles un jeton Chenille.

Dans l’ordre indiqué par la piste, les joueurs posent leur meeple sur une case Mise libre de 0 à 5 en dépensant autant de chenilles.

Il y a plusieurs 0 : on se positionne toujours sur la plus à droite, en décalant vers le 0 plus à gauche l’agriculteur qui s’y trouvait éventuellement déjà. En effet, las cases 0 rapportent entre 1 et 4 chenilles, ce qui signifie qu’en s’y plaçant le premier, et en étant décalé vers la gauche, on gagnera plus de chenilles pour compenser le fait d’être délogé.

On replace ensuite à nouveau les meeples sur la piste d’ordre de tour, mais en conservant l’ordre défini par ces « enchères ».

 

 

Durant la phase de sélection, les joueurs sélectionnent à tour de rôle une ligne ou une colonne du jardin dont ils prennent toutes les tuiles. Si par hasard on ne prenait ainsi qu’une seule tuile, on pourrait en piocher une deuxième dans le sac. Ainsi évite-t-on l’injustice de ne pouvoir parfois en prendre qu’une, tout en s’assurant que l’ordre de tour reste crucial pour prendre les tuiles les plus désirables.

Le premier joueur à prendre les tuiles de la troisième ligne ou troisième colonne prend autant de jetons Chenille qu’indiqué sur le nain de jardin en plus du jeton Nain lui-même.

Pendant la phase de jardinage, on place simultanément les tuiles récupérées dans notre jardin, toujours orthogonalement adjacentes à au moins une autre tuile. Si un motif de champ ou de massif commence sur une tuile, elle doit se poursuivre sur la tuile adjacente, afin de ne pas briser le motif. Si l’on ne peut placer une tuile, on la remet dans le sac et on en pioche une autre.

Et surtout, en fermant un massif de fleurs, donc en achevant le motif non-champ, on y pose l’un de nos papillons issu soit de notre réserve, soit d’une fleur.

 

 

C’est que pendant la phase de pollinisation, on pose tous les papillons de notre jardin personnel sur les massifs tridimensionnels (que l’on appelle « fleurs ») de la même couleur, cette fois dans le sens antihoraire et en commençant par le dernier à avoir joué.

Si le papillon se trouvait sur un massif constitué d’au moins trois tuiles, on récupère de surcroît le jeton Bonus situé près de la fleur (si personne d’autre ne l’a déjà prise), ce qui permet de poser un autre papillon de notre réserve ou d’une fleur sur le même massif floral.

Dans la mesure où, comme on le verra, il sera important de détenir des majorités sur les fleurs, on pourrait logiquement estimer que l’on a toujours intérêt à ajouter une fleur de notre réserve quand on le peut… sauf que vous vous apercevrez vite que les 12 papillons que vous possédez initialement sont vite attribués, et que savoir les économiser, ou renoncer à une fleur pour une autre, finira par être encore plus crucial que la multiplication de massifs dans votre jardin individuel !

Commencer cette phase n’est ainsi un réel avantage que pour les jetons Bonus. Quand il n’y en a plus ou qu’on ne peut plus les revendiquer, on se positionne avant les autres sur les fleurs, ce qui leur permet d’adapter leurs propres placements. Certes ils ont déjà fermé leurs massifs, et n’ont donc pas le choix de la couleur de la fleur sur laquelle ils poseront leurs papillons, mais chaque fleur étant représentée deux fois, passer après assure un choix plus pertinent.

On retire alors toutes les tuiles Jardin non sélectionnées ainsi que le nain de jardin si personne ne l’a pris, et une nouvelle manche peut commencer.

 

 

La partie s’achève à la fin de la huitième manche. Pour chaque fleur, celui qui y possède le plus de papillons remporte la première valeur de nectar indiquée sur le pot, le deuxième à en posséder le plus la deuxième, le troisième… la troisième. Une égalité octroie la valeur associée à tous les joueurs concernés. On ajoute à ce score notre nombre de chenilles, ce qui signifie qu’exactement comme dans Five Tribes, il faudra savoir équilibrer leur dépense pour les bonnes places et leur conservation pour les points de victoire ; ainsi que 2 nectars par tuile composant les deux plus grands massifs de chacun ; et enfin 1 nectar par papillon présent dans un champ fermé de notre jardin. En cas d’égalité, la victoire ira à celui qui possède le plus de nains de jardin.

On appréciera cette idée des pots qui, toute banale qu’elle paraisse, ne donnera pas la même désirabilité aux différentes fleurs pendant une partie, et mobilisera donc certains choix tactiques, surtout quand deux fleurs de la même couleur ne vaudront pas le même nombre de points. Tout le monde misera en effet alors sur celle en représentant le plus, de sorte que se positionner sur l’autre pourra s’avérer plus malin. Et cela fonctionne également avec les scores différents de couleurs différentes, où l’on pourra profiter du désintérêt de nos adversaires pour les massifs de couleurs valant moins de nectar pour en récupérer davantage, constituer de grands massifs (le bonus de 2 points par tuile de ses plus grands massifs est considérable !), et même seulement additionner ces petites majorités à un joli score de papillons dans ses champs clos (ce qui peut aussi vraiment faire la différence) !

 

Duel de jardiniers

Enchères, pose de tuiles, majorité, voilà une alliance de mécaniques qui paraît assez complète. Pourquoi alors n’ai-je pas été si convaincu que cela à 2 joueurs ?

À 2, on ne place qu’une fleur de chaque couleur. Naturellement, la tension en est accrue, chaque massif complet dans notre jardin nous positionnant directement contre l’autre, de sorte que l’on essayera de l’emporter sur les quatre, le renoncement à l’un pour en favoriser un autre étant particulièrement difficile.

En outre, deux tuiles ne sont pas placées au moment de la préparation, évitant des lignes et colonnes de quatre tuiles qui feraient progresser les joueurs trop vite et pourraient creuser l’écart.

Enfin, on ne reçoit aucune chenille initiale… puisque l’on ignore complètement la phase d’enchères.

Afin de devenir premier joueur, il faut récupérer le nain de jardin, c’est-à-dire accepter de ne prendre que deux tuiles (alors que l’adversaire aura accès à une ligne ou colonne de trois tuiles), et n’avoir le choix qu’entre une ligne et une colonne précises, au risque qu’elles ne nous intéressent pas. Pourquoi pas, d’autant que le nain de jardin vaut quelques nectars, « compensant » ce choix et la quantité moindre de tuiles qu’il implique…

Il n’empêche qu’il reste très souvent préférable de récupérer une tuile de plus que de gagner 0 ou 1 point grâce au nain, et ainsi de maintenir l’ordre de tour, et que quand le nain valant 2 points apparaît… il est assez probable tout de même que le premier joueur saute dessus. Aussi être le premier dès le début me paraît-il tout de même un peu plus favorable, et la règle proposée pour remplacer les enchères ne me paraît-elle pas si bonne pour justifier l’abandon d’une mécanique aussi intéressante.

Après tout, un Five Tribes ou un Gold River trouvaient d’excellents procédés pour laisser toute leur tension aux enchères à deux joueurs, et même Nidavellir ne s’en sortait pas si mal… Je donne peut-être l’impression d’insister trop lourdement sur une seule mécanique, mais Papillon trouve justement sa force dans un certain minimalisme, une association de mécaniques toutes réduites à leur plus simple appareil dans une agréable élégance générale, de sorte qu’en retirer une ainsi revient me semble-t-il à retirer une partie de son intérêt. En outre… j’apprécie énormément les jeux où l’ordre de tour n’est pas figé, et vois comme un formidable symbole du « jeu de société moderne » la création d’une tension autour d’un élément habituellement rigide, preuve de sa capacité à tout transformer en enjeu ludique. Et il y a là quelque chose qui ne me convainc pas vraiment dans ce Papillon pour deux.

Au moment du décompte, la seule différence est que le joueur ne possédant pas le plus grand nombre de papillons sur une fleur (mais présent sur cette fleur tout de même) gagne autant de nectar que la valeur la plus faible du pot.

 

Petits nains pour un grand jeu ?

Papillon propose une « variante expert », que les règles recommandent d’appliquer dès que l’on aura assimilé les règles de base. À deux joueurs comme à plus, je ne saurais être plus d’accord !

Quand un joueur récupère un nain de jardin, il le place sur un massif ou dans un champ lors de la phase de jardinage suivante.

À la fin de la partie, tous les papillons se trouvant dans un champ fermé où se trouve au moins un nain de jardin (qu’il y en ait plus ne change rien) vaudront 2 nectars au lieu d’1.

Par ailleurs, chaque tuile de l’un de nos deux plus grands massifs vaudra 3 nectars au lieu de 2 si un nain de jardin se trouve dans ce massif.

J’aime beaucoup cette variante, parce qu’en augmentant la désirabilité des nains de jardin, elle accroît nettement la tension de Papillon. Alors qu’ils n’avaient, dans les règles « normales », pour fonction que de faire remporter les égalités et d’octroyer 0 à 2 nectars de plus, et à deux joueurs de permettre de jouer d’abord, ils deviennent soudain de redoutables machines à points de victoire.

Cela reste plus intéressant à partir de trois joueurs, parce que vous miserez soudain bien davantage, désireux que vous serez de poser autant de nains que possible dans vos champs et massifs. Mais cela « sauve » aussi en partie la configuration à deux joueurs, l’extirpant de la comparaison à sa nette défaveur avec Queenz, parce qu’il s’agira à chaque tour de tenter de récupérer un nain. Bien sûr, si le premier joueur récupère systématiquement le nain, qui lui permet de rester premier joueur, et donc de récupérer le nain suivant, le cercle vicieux s’intensifie… mais en étant aussi systématique, il ne prendra jamais plus de deux tuiles par tour (quand son adversaire pourra en prendre trois), et sera limité à choisir entre une seule ligne et une seule colonne qui pourraient ne pas lui convenir plus que cela.

Il est en outre bien question d’optimiser la valeur de ses champs et massifs fermés. Si vous posez votre nain sur un massif ou un champ déjà fermé, vous aurez l’assurance d’en toucher les points, mais dans les premiers tours, cela risque de signifier qu’ils ne vaudront pas tant de points que cela, dommage pour les champs, et dangereux pour les massifs, qui pourraient en fin de partie ne plus faire partie des deux plus grands du jardin. On préférera souvent les poser sur les champs et massifs encore ouverts, que l’on espérera faire croître et croître encore, mais cela nous oblige à tout faire pour les fermer, au détriment des fleurs, et à dévoiler à nos adversaires sur quelles tuiles on va se concentrer, au risque qu’ils nous bloquent…

 

Papillon, battement d’ailes ou tornade socioludique ?

D’abord hypnotisés par ses massifs floraux tridimensionnels et par les charmants papillons-pince à linge que l’on y greffe, on s’aperçoit vite que cette direction artistique enchanteresse habille avant tout un joli jeu tactique. C’est que Papillon est finalement plus intéressant par ses mécaniques que par un matériel dont la capacité à séduire peut être un peu mise à mal par la fragilité de certains éléments matériels. Et c’est tant mieux, rien n’aurait été pire qu’un mirage, oasis luxuriante de loin s’avérant désert quand on s’en approche.

C’est que derrière ses allures de jeu joli et mignon, Papillon ose emprunter aux enchères, à la pose de tuiles et à la majorité, évoquant un peu CarcassonneFive Tribes ou Queenz, réduisant élégamment ces mécaniques à leur plus simple appareil afin de proposer un gameplay vif et sans fioritures.

Fortement interactif, il adopte même une tension tactique assez forte avec sa variante « experte » des nains de jardin, qui confère un tout nouvel intérêt à des jetons qui apparaissaient sinon presque comme une consolation, créant un nouvel objet de convoitise, une nouvelle manière d’optimiser les points que vaut son jardin, et donc un nouveau choix, une nouvelle stratégie possible au risque de la diversion.

Cette règle ajoute très simplement un tout autre intérêt à Papillon, et j’y retrouve enfin la force de conception de l’auteur du remarquable Maraudeurs de Midgard. À adopter en permanence, d’emblée à deux (une configuration un peu faible sans cela), après une seule partie d’initiation à trois et quatre joueurs !

Elle inspire ainsi fortement confiance dans ce peuvent apporter les autres modules, contenus dans l’extension également disponible en français !

Retrouvez nos photos de Papillon sur notre instagram dédié aux jeux de société !

 

Cliquer pour ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.