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Nemeton – potions, bois sacré et animaux dans la Gaule druidique

Nemeton – potions, bois sacré et animaux dans la Gaule druidique

Nemeton – potions, bois sacré et animaux dans la Gaule druidique

 

Le Nemeton est d’abord un bois sacré dans les religions celtiques, puis par dérivation tout type de sanctuaire où les druides pratiquaient leur culte, de l’Irlande à l’Anatolie en passant naturellement par la Gaule. Un univers séduisant, assez original, dans lequel le niçois Johann Favazzo et les illustrateurs ann&seb vont tenter de nous embarquer avec leur Nemeton, le dernier jeu édité par Blam ! dont on avait déjà évoqué les très intéressants Time ArenaCelestia et Noria.

C’est d’ailleurs plutôt dans la gamme de Noria que se situe Nemeton, puisque pour simuler l’art des druides dans une forêt ensorcelée, le jeu comporte des mécaniques de gestion des ressources et d’exploitation de plateau assez pointues, plus abordables cependant que le gros jeu de Blam ! Nemeton s’adresse donc pertinemment à deux à quatre joueurs de douze ans et plus, pour des parties d’une heure et quart environ. Pour acquérir un jeu qui a déjà commencé à se faire un nom dans le monde ludique, il faudra débourser 44 euros 90, sans surprise compte tenu du matériel concerné.

 

Une forêt sombre et impénétrable…

La forêt n’est d’abord constituée que de deux plateaux de quatre cases, soit de huit cases en tout, toujours les mêmes, avec un inébranlable Chêne dans une clairière.

Il est donc premièrement plus long de bien disposer le plateau Objectifs : on mélange les 24 cartes Potion, on en révèle trois à gauche du plateau, deux au-dessus, et la pioche face cachée à côté ; puis on prend trois plantes violettes (la belladone) et deux de chaque autre couleur (jaune pour le millepertuis, rouge pour l’aubépine, vert pour le gui et bleu pour la pervenche), et on les associe aléatoirement à chacune des onze cases Objectif du plateau ; on remplit le sac avec les 38 tuiles Animal, on en pioche sept, que l’on place sur les sept emplacements correspondants.

À proximité du plateau, on forme face cachée les piles de tuiles spéciales Chêne, Source et Nemeton, puis les 8 jetons Triskell, toujours face cachée.

Puis on place à portée de tous les joueurs les chênes, mégalithes et sources, que l’on aura pris le soin d’assembler au préalable, ainsi que la réserve commune de 64 plantes.

Chaque druide reçoit enfin son plateau individuel, une tuile Chouette, deux jetons Déplacement spécial, une jolie petite figurine de la couleur de son plateau (Finegas en marrin, Filidh en beige, Muirne en blanc, Belisama en noir), et vingt marqueurs à son effigie, ainsi que huit tuiles Forêt portant le même ogham (une lettre de l’alphabet irlandais antique), mélangées et placées face Lune visible. Au-dessus de cette pile, chacun ajoute deux tuiles de départ à 3 ou 4 joueurs, trois à 2 joueurs.

La phase d’installation est rarement la plus encourageante, et Nemeton ne déroge pas à la règle, en suscitant presque l’inquiétude tant la table regorge d’éléments disparates. La longueur des règles et les efforts d’illustration et d’espacement ont cependant de quoi rassurer, surtout au fur et à mesure qu’on en aperçoit la fluidité et la relative clarté. Pour commencer, à la manière d’un Age of Towers, les règles sont divisées en quatre phases relatives au cycle solaire (Nuit, Aube, Jour, Crépuscule), ce qui facilite naturellement leur appréhension pas à pas quand un seul bloc aurait donné des arguments aux joueurs récalcitrants.

Nemeton partie

La journée d’un druide

Les quatre phases sont jouées les unes après les autres avant de laisser agir le joueur suivant. Cela peut paraître long les premières fois, mais l’on reste de toute manière attentif à ce que chacun fait pour ne pas être trop déboussolé quand on reprendra enfin la main, et avec des joueurs connaissant les règles, un tour pourra être joué en quelques minutes.

Mystère oblige, la journée d’un druide commence par la nuit, et c’est  à l’abri des regards que la forêt s’étend, avec l’aide de ses fervents défenseurs. Le druide prend donc la première tuile de sa pile et la pose à côté de la forêt, de façon à ce qu’elle soit adjacente à une ou plusieurs tuiles déjà en jeu, mais en la gardant face Lune. La tuile étant hexagonale, on considère que le satellite éclaire dans six directions, jusqu’à ce qu’une tuile rivière ne vienne interrompre le rayon si la tuile Lune est bleue, clairière si elle est verte, terre si elle est brune, carrière si elle est grise.

Sur toutes les tuiles éclairées par un rayon de Lune qui ne seraient occupées par aucun Druide et par aucune plante, et à condition que le rayon achève sa trajectoire sur une tuile de la bonne couleur, la floraison fait apparaître les plantes indiquées sur la tuile en question. Le dispositif est amusant en même temps que très tactique : comme on s’en doute, le druide devra récolter les ressources, de sorte qu’il faut essayer de ne pas provoquer une floraison trop luxuriante près des druides adverses, tout en s’assurant de tout de même être aussi efficace que possible.

À l’aube, on retourne enfin la tuile Lune sur sa face Jour. Si un symbole Chêne, Mégalithe ou Source y figure, le druide doit placer la tuile spéciale portant le même symbole dans la forêt, de façon à ce qu’elle soit adjacente à au moins deux tuiles, puis la retourner, et poser dessus selon les cas un chêne, un mégalithe et un triskell face visible, ou une source et un triskell face visible ; la forêt prend du relief.

 

Nemeton pièces

 

Arrive enfin le jour, le moment pour le druide d’admirer le travail de la nature et d’en recueillir les fruits. Au premier tour, on pose son druide sur la tuile que l’on a posée. On se déplace ensuite d’une à deux tuiles en ligne droite. Dans le cas d’un déplacement de deux tuiles, on réalise les effets des deux tuiles d’arrivée. Certains jetons octroient des déplacements spéciaux, avancer d’une tuile supplémentaire (sans dévier de la ligne droite) ou bifurquer, et la consommation d’une belladone métamorphose le Druide en oiseau afin qu’il vole jusqu’à un Chêne de son choix.

Si l’on arrive sur une tuile occupée par un autre Druide, on peut échanger l’une de ses plantes contre l’une des siennes, en choisissant les deux plantes échangées. S’il s’y trouve des plantes, on peut les récolter, à raison d’une plante par bulga, les huit bourses présentes sur le plateau individuel, dont l’une est fermée par des ronces : un adversaire ne pourra pas prendre la plante qui s’y trouve. Il est heureusement permis de se débarrasser de ses plantes en les posant sur la tuile pour y récupérer des plantes plus intéressantes.

La tuile chêne permet d’échanger deux plantes de son choix contre une plante de la réserve commune ou de réserver l’une des trois cartes Potion révélées, c’est-à-dire de la poser à côté de son plateau en interdisant sa confection aux autres joueurs. Une action à ne pas commettre à la légère : ne pas réaliser une potion réservée coûtera des points en fin de partie. C’est sur la tuile Nemeton que l’on confectionne une potion réservée ou l’une des trois potions visibles à gauche du plateau commun. Le druide récupère alors la carte potion face visible en remettant dans la réserve les plantes utilisées. Il pose ensuite un marqueur à son effigie sur la tuile (s’il n’y en a pas encore) et peut prendre le triskell qui s’y trouve ou réactiver un jeton déplacement spécial.

Les animaux se trouvent sur les tuiles Sources. Pour regagner la confiance des défenseurs de la forêt, il faut réaliser l’offrande demandée par deux d’entre eux. En défaussant les plantes correspondantes, on les apprivoise en ajoutant les tuiles à son plateau individuel. On ne peut faire appel aux animaux qu’une fois par tour, et une même tuile ne peut servir qu’une fois dans la partie. La chouette éclaire une nature de terrain en plus de celle représentée sur la Lune. Le serpent transforme une plante de son plateau en une autre plante de son choix. Le cerf offre le droit de réaliser l’une des cinq potions visibles près d’un Nemeton, ou de prendre trois animaux à une source en réalisant l’offrande demandée. Le sanglier ajoute une plante sur une tuile de la forêt, si tant est que cette tuile ne produise pas exclusivement d’autres types de plante. Le saumon enfin permet de traverser gratuitement une rivière ou un ensemble de rivières pour rejoindre une clairière, carrière ou terre depuis une autre clairière, carrière ou terre.

Après une journée bien remplie, le soleil se couche enfin et la forêt peut se régénérer. Pendant le crépuscule, on complète le plateau commun si des potions ont été consommés et on y déplace les tuiles animaux pour en renouveler. Le repos de la forêt est aussi celui des Druides, qui vérifient s’ils ont complété l’un des objectifs du plateau commun et ainsi redonné vie à la forêt. Le premier joueur à remplir un objectif récupère la plante qui s’y trouve, puis les joueurs placent leurs marqueurs sur les objectifs qu’ils sont réalisés, sachant qu’ils ne peuvent en réaliser qu’un par tour.

 

Nemeton pièces

Couronnement du Druide qui a sauvé la forêt

Quand les joueurs ont posé toutes leurs tuiles, soit après 10 tours de jeu à 3 ou 4 joueurs, après 11 tours à 2, on peut compter les points de  prestige grâce au verso des plateaux individuels.

Chaque triskell en vaut 2, les potions entre 3 et 10 (moins 2 par potion réservée non réalisée), les objectifs entre 1 et 4, les séries d’animaux différents entre 1 et 9 (la série complète de cinq animaux en vaut donc 9).

Le druide ayant le plus de points est sacré meilleur défenseur de la forêt, et en cas d’égalité, c’est à celui qui a le plus de plantes que revient ce titre et cette joie du travail bien fait.

Comme on le voit, Nemeton ne vire pas excessivement à la salade de points. Le dénouement exige quelques calculs, mais les critères ne sont pas nombreux et les points n’atteignent pas de montants si hauts qu’il finiraient par sembler abstraits. Or Nemeton prend bien garde à faire partie des jeux de gestion à la thématisation à peu près naturelle malgré des mécaniques applicables à bien des univers. Un peu comme Montana, de petites touches bienvenues tentent de donner l’impression qu’on ne pourrait pas vivre la même expérience avec un autre thème, notamment les spécificités liées à certains déplacements avec l’aide des animaux, ou la très agréable mécanique des rayons lunaires.

Nemeton est grandement aidé en cela par l’excellente idée des composants en trois dimensions, sans autre utilité réelle que de marquer des lieux importants, et cela fonctionne : en dehors des enclos, les jeux de gestion brillent généralement par leur platitude, ce qui fait immédiatement ressortir ces efforts de relief dans la forêt grandissante. Nemeton se distingue également des autres jeux du genre en refusant le placement d’ouvriers, abandonné au profit de l’incarnation d’un druide unique se déplaçant sur un plateau modulable. La rejouabilité est autant favorisée qu’un certain flow, quand la mobilité limitée à une ou deux tuiles est contournée de multiples manières pour autoriser des déplacements fluides dans l’ensemble de la forêt.

 

Nemeton druides

Nemeton, jeu de gestion exemplaire

Joliesse du matériel, thème original et très correction exploité, intrication fine des mécaniques, modularité du plateau en vue d’une très bonne rejouabilité, avec un système tactique particulièrement plaisant de pose des tuiles, découverte surprenante de possibilités ludiques au fur et à mesure que l’on commence à maîtriser les règles – et que l’on augmente considérablement la taille de la forêt -, donc simplicité générale malgré une bonne courbe de progression, sont autant de points forts qui justifient parfaitement l’attention portée par la communauté socio-ludique à NemetonOn n’ose même plus réclamer de facilitations de rangement, de sac en tissu plus personnalisé (à la Clank) ou de formes différentes pour les plantes une fois qu’on a commencé à se laisser séduire par l’expérience écologique proposée par Blam !

Notons pour conclure qu’un concours devrait être organisé prochainement sur le site de Nemeton. En participant à un quizz, les joueurs pourront remporter un set de 7 arbres, 4 sources et 4 mégalithes peints, ainsi que 4 twinples Druide. Nous mettrons naturellement à jour l’article quand le concours aura été lancé !

Nemeton matériel

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Doctorant en Littérature comparée, je prépare une thèse sur les enjeux principalement politiques, moraux et religieux du comics super-héroïque - et un livre sur Batman, en projet. Certaines de mes interventions dans des colloques sont disponibles sur mon LinkedIn. Par ailleurs cinéphile et sériephile affirmé, j'essaie au mieux de partager ces passions (et les détestations qui en découlent) sur VonGuru après l'avoir fait sur Cleek, persuadé que c'est dans cette activité de partage et de discussion que la culture trouve son sel.

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