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Minit – soixante secondes pour sauver le monde

Minit – soixante secondes pour sauver le monde

Minit, le mini-jeu minute

 

Compte tenu de la quantité de jeux indépendants inondant quotidiennement le marché du jeu vidéo, il devient de plus en plus difficile pour chacun de d’obtenir assez de visibilité pour avoir au moins une chance de trouver une place dans le panier, et idéalement dans le cœur des joueurs. Sans que l’on puisse parler de phénomène, Minit  s’est cependant vite attiré l’attention et l’affection de gamers séduits par la proposition qui leur était faite, que ce soit sur PS4, XBox One ou via Steam, malgré son prix de 9 euros 99 et une sortie relativement récente – le 3 avril 2018. Petit test d’un petit jeu qui n’a l’air de rien, et au chronomètre duquel vous resterez sans doute attaché bien plus de soixante secondes.

 

Un jeu « indépendant »

Minit fait immédiatement songer à un jeu de game jam : graphismes minimalistes, concept simple, durée de vie courte, gameplay limité… Il ne vient pourtant pas de nulle part : édité par Devolver Digital (Thalos PrincipleSerious SamHotline Miami…), il a été développé par Kitty Calis, Jan Willem Nijman, Jukio Kallio et Dominik Johann, des personnes ayant tout de même travaillé sur le génial Nuclear Throne, le barré Accounting + pour la VR, la production de Horizon Zero Dawn… Issues de logiques économiques différentes, toutes avaient donc une expérience assez impressionnante pour que leur réunion sur un jeu aussi modeste que Minit paraisse curieuse.

C’est que Minit ne cherche jamais à faire croire qu’il a été développé par un grand studio, ce qui est évident dès le premier coup d’œil : le noir et blanc, les contours pixellisés, les formes basiques, font songer à Undertale ou à un positionnement tout à fait rétro, et de fait, on est plus proche du Legend of Zelda pour Famicom (et sans la couleur encore) que d’un indépendant de luxe, de type Hyper Light DrifterLimboOri ou Cuphead. Si cela pourrait lui nuire, on peut aussi considérer que cette franchise joue pour lui, puisque d’emblée on l’identifie comme un jeu aisé à prendre en mains et relativement rapide à surmonter, ce qu’il est en effet, là où des jeux ouvertement sophistiqués nécessitent une approche plus hésitante, plus réfléchie.

 

Minit house

Die and try

Le fameux « concept » de Minit est simple : vous commencez dans votre maison, vous apercevez qu’une seule direction vous est ouverte pour le moment, et trouvez sur la plage une épée maudite. À partir de ce moment, vous mourrez toutes les soixante secondes pour réapparaître dans votre maison, ce qui pourrait rappeler Half-Minute Hero si vous aviez la possibilité de repousser l’échéance. Mais dans Minit, il faudra finir le jeu en runs de soixante secondes, parfois un peu moins si vous décidez de mettre fin prématurément à un run, jamais plus. Ce qui ne veut pas dire que vous pourrez finir le jeu en soixante secondes : au cours de chaque run, vous pourrez récupérer des objets, généralement en résolvant des mini-quêtes ou énigmes, que vous conserverez, de même que les situations que vous aurez résolues resteront pour la plupart résolues (à l’exception d’ennemis qui repoppent et de petits obstacles naturels qui réapparaissent).

 

Minit hotel

 

On n’est donc pas tout à fait dans le die and retry, où la mort est toujours un échec, même quand elle conclut une vie qui n’avait pour but que de tirer des enseignements de l’environnement. Ici, la mort est au centre de l’expérience, vous devez mourir pour réapparaître à la base et prendre une autre direction, pour voir jusqu’où vous pouvez aller en soixante secondes, pour tenter de trouver une autre base dont vous partirez au prochain run pour prolonger l’exploration, pour résoudre une énigme déjà repérée avec l’objet que vous venez de récupérer…

Ce chronomètre du run est une vraie force du jeu, pas seulement un moyen de prolonger une durée de vie qui serait sinon bien courte. D’une part, il vous incite à optimiser vos runs pour être certains de ne rien rater dans un environnement, chaque hésitation ou dialogue inutile vous coûtant des secondes qu’il faudra essayer d’économiser la prochaine fois. D’autre part, cela rend Minit franchement addictif : difficile de quitter le jeu sans se dire dix fois « Bon, un run ne dure que soixante seconde, je peux donc largement me permettre d’en faire encore un avant d’arrêter ma partie ».

 

Minit graveyard

Un jeu court et facile, mais long et complexe

Si vous accumulez les objets dans Minit, vous ne pourrez pas switcher d’un objet à un autre. Vous n’aurez guère le choix qu’entre deux objets utilisables de façon active, l’épée et un autre, et outre le stick directionnel, une seule touche vous sera nécessaire pour jouer. Il existe bien un inventaire, mais qui consiste en une liste des objets récupérés, plutôt présente pour vérifier sur internet lequel vous manque si vraiment vous vous sentez bloqués (ce qui ne devrait pas être le cas, mais on ne sait jamais). Une attaque prend d’ailleurs un peu de temps, ce qui est une assez jolie incitation aux rudiments du speedrun (où l’on évite autant que possible de tuer les ennemis, à moins qu’ils ne nous permettent d’aller plus vite).

Inutile de dire qu’avec une palette d’interactions aussi limitée, les énigmes paraîtront toutes d’une facilité si déconcertante qu’on aurait peine à vraiment les qualifier d’énigmes, et si la carte est agréablement plus vaste qu’on ne peut le redouter d’abord, il est assez improbable que le jeu vous prenne plus d’une heure et demie, tant son intrigue principale reste linéaire (malgré les évidentes errances pour explorer chaque coin de la map en quête de l’objet qui nous offrira l’accès aux nouvelles zones).

 

Minit enigme

 

C’est cependant bien volontairement que je parle de l’intrigue « principale », puisqu’il existe des quêtes secondaires. On pourrait même dire que Minit propose deux manières de jouer, deux difficultés. La progression basique dans l’intrigue risque de vous faire passer un moment oubliable, bien qu’agréable, parce que contrairement à Undertale, l’histoire que vous découvrez en parlant aux PNJ n’a volontairement aucune profondeur, et que contrairement à The Legend of Zelda, le jeu ne dévoile pas au fur et à mesure de votre avancée une passionnante variété. Un parcours completionniste sera étonnamment plus satisfaisant : chercher les huit tentacules (pas forcément les 19 pièces) vous contraindra à une exploration de chaque recoin, et une plus grande impression d’accomplissement.

Et si vraiment vous aimez le challenge, Minit propose un New Game + tout à fait inattendu de la part d’un petit jeu amusant, auquel on n’aurait pas prêté tant de qualités à n’en regarder que des images, voire à le parcourir rapidement une première fois. On vous laisse en découvrir les modalités par vous-mêmes, mais entre le concept de base, les collectibles et le New Game +, Minit prouve une maturité digne du travail récréatif de créateurs relativement chevronnés, et offre une expérience assez complète dans son minimalisme, propre à satisfaire de nombreux profils de joueurs.

 

Minit Phare

 

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Doctorant en Littérature comparée, je prépare une thèse sur les enjeux principalement politiques, moraux et religieux du comics super-héroïque - et un livre sur Batman, en projet. Certaines de mes interventions dans des colloques sont disponibles sur mon LinkedIn. Par ailleurs cinéphile et sériephile affirmé, j'essaie au mieux de partager ces passions (et les détestations qui en découlent) sur VonGuru après l'avoir fait sur Cleek, persuadé que c'est dans cette activité de partage et de discussion que la culture trouve son sel.

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