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La saga Assassin’s Creed : en attendant le film

La saga Assassin’s Creed : en attendant le film

Succès et déroute d’une longue série

 

Si 2016 ne verra pas la sortie d’un nouvel opus d’Assassin’s Creed, la licence va tout de même apparaître sur les écrans… de cinéma. Un bon plan stratégique quand on songe que les joueurs vont devoir attendre deux ans le prochain épisode et lorsqu’on sait que les fans sont nombreux à juger que le gameplay et même le scénario pédalent dans la semoule. Et dans les décors de l’Égypte ancienne annoncés par la rumeur, on espère forcément une pépite… Le film participera-t-il au second souffle de la série ? En attendant, voici un retour nostalgique (et critique !) sur les cinq premiers épisodes qui ont ouvert l’horizon de la série et propulsé les Assassins sur tous les écrans pour très longtemps : Assassin’s Creed, Assassin’s Creed II, Brotherhood, Revelations et Assassin’s Creed III.

 

Magie des lieux et des époques

 

Assassin’s Creed, c’est d’abord une surprise dans l’univers vidéoludique, et à plusieurs titres. Mais ce qui frappe avant tout, c’est la dimension historique qui est donnée au jeu. Un tel ancrage politique et philosophique… on n’a jamais vu ça. Le scénario n’a jamais été aussi intéressant. On côtoie – et on assassine ! – de grands noms du XIIe siècle comme Robert de Sablé. Cette proximité avec les grands personnages historiques restera une constante au fil des épisodes avec par la suite des noms qui parlent davantage au public que Guillaume de Montferrat, comme Léonard de Vinci dont on teste les machines dans le deuxième opus, ou Benjamin Franklin dans le troisième opus.

Car Assassin’s Creed se déroule dans le monde réel, et c’est un des grands plaisirs de la série : évoluer dans des villes historiques comme Jérusalem ou Istanbul, découvrir Boston dans ses premières années d’existence… La grande qualité des graphismes contribue largement à l’immersion dans le jeu et prendre des quartiers de Constantinople ou des forts américains aux Templiers pour se rendre maître des lieux procure une grande satisfaction. Cet attachement à l’Histoire est une véritable force de la licence : à chaque annonce de la sortie de l’opus suivant, on découvre avec enthousiasme le nouveau cadre historique et géographique de l’aventure, et l’Égypte ancienne promet une richesse des décors encore jamais atteinte.

 

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Un peu de vraie magie

 

Cependant, l’ancrage réel n’exclut pas une importante part de magie, présentée comme une technologie d’une époque encore plus ancienne mais supérieure à tout ce que l’on connaît. Car Assassin’s Creed se joue à deux périodes qui se superposent, puisque Desmond Miles, finalement le véritable héros de la série, est un jeune homme du XXIe siècle accédant au passé grâce à l’Animus, une machine lui permettant de remonter le temps « en esprit ». Le but est de retrouver les artefacts de cette civilisation millénaire dont on ne sait presque rien. Un peu à la Tomb Raider, où Lara Croft plonge dans les ruines du passé pour en découvrir des objets, voire des créatures, magiques.

Il faut avouer que l’apparition de ces Précurseurs déstabilise quelque peu les premières fois. Environnés d’une forte aura dorée, ils sont difficilement compréhensibles tant leur voix résonne et semblent avoir bénéficié d’un travail graphique moindre que les personnages « de chair et d’os », et laissent finalement une impression de déception, notamment Minerve, interlocutrice principale de Desmond, dont l’attitude de séduction permanente paraît incongrue. Mais on s’y fait, et ces représentants de la Première Civilisation finissent par devenir familiers.

La recherche facultative de leurs traces à travers la campagne florentine (dans le deuxième opus) grâce à la vision d’aigle ajoute une dimension de quête mystérieuse qui attise tout de même la curiosité. C’est d’ailleurs l’une des bonnes utilisations de cette capacité extrasensorielle propre aux héros des Assassin’s Creed, qui permet de repérer aisément l’ennemi à abattre ou divers indices demeurant invisibles au commun des mortels. Pouvant passer pour une facilité de gameplay parce qu’elle est bien éloignée de l’effort de réalisme donné au jeu, elle correspond assez bien aux personnages incarnés par le joueur, descendants d’une lignée exceptionnelle d’Assassins aux capacités supérieures et, avouons-le, rend bien service.

 

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Un ancrage contemporain oubliable

 

Une chose à laquelle on se fait moins est le personnage de Desmond Miles et ses relations avec ses adjuvants. Alors que la vision d’aigle relève d’une certaine supériorité et contribue à la distinction des Assassins historiques qui se sont entraînés et ont combattu toute leur vie, le héros n’acquiert ses capacités d’Assassin que par effet de transfert : à force de revivre la vie de ses ancêtres à travers l’Animus, Desmond se retrouve soudain doté de capacités élevées. Peut-être parce qu’il ne les mérite pas, il fait piètre impression et ne parvient à créer avec le joueur aucun sentiment d’attachement.

C’est encore pire lorsqu’on se penche sur son équipe. Rebecca et Shaun sont absolument sans vie, et ce n’est pas l’humour de Shaun, que son rôle laisse largement présumer, qui va lui donner du corps. Rebeca incarne quant à elle le petit génie bien pratique dans ce genre de situation : si vous avez besoin de masquer votre position ou vos déplacements, de trouver des sources d’énergie consommables par tout un équipement informatique jusqu’au centre de la Terre, surtout faites appel à elle. Ses cheveux courts ne suffisent pas à compenser une psychologie de gentille fille, reprenant un Shaun plus cynique.

 

Un gameplay plaisant

 

Heureusement, là n’est pas le cœur de l’histoire, car les séquences au XXIe siècle sont assez courtes. L’intérêt réside clairement dans les scènes historiques, plus longues et plus développées, donnant au jeu des prétentions de RPG. À partir de Brotherhood, il devient possible d’acheter des commerces dans les villes : tailleur (où changer de tenue vous permet de passer plus discret), banque, librairie, médecin, forgeron, renaissent sous votre aile. Dès le premier opus, il est également possible de recruter de nouveaux Assassins, de les former et de les envoyer en mission à travers tout le bassin méditerranéen pour reprendre le contrôle des principales villes aux Templiers, ce que l’on retrouve dans le troisième jeu sous forme de commerce : il s’agit maintenant de remettre le domaine de votre maître assassin en état en recrutant des artisans, en trouvant des recettes et en fabriquant des objets de toutes sortes que vous pouvez ensuite envoyer à des clients par convoi. Sympa, mais moins enthousiasmant que le recrutement d’Assassins.

De Jérusalem à Boston, les missions secondaires sont également de plus en plus nombreuses et les concepteurs ont su jouer avec chaque nouvel environnement. Ainsi dans Assassin’s Creed III voit-on apparaître la chasse, qui peut vite prendre du temps : tuer des animaux et les dépecer pour ensuite vendre peaux, crocs, griffes et viande, mais aussi pour relever des défis (abattre un ours en particulier qui décime la région…). Le joueur a le choix des armes et des techniques : collet, appât, arc, tomahawk… Si l’on peut croire au début qu’il va effectivement être nécessaire de suivre les traces laissées par les animaux comme vous l’apprennent les Indiens, cela s’avère rapidement une peine inutile. Car la forêt foisonne d’animaux, au point que l’on se croit dans Pocahontas : c’est tout juste si lapins, élans, pumas, castors et autres proies et prédateurs font un mouvement d’écart à votre approche. Sans compter les loups et les lynx qui vous attaquent à tout bout de champ et ne sont vraiment pas difficiles à dénicher.

 

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Débuts extraordinaires, suite moins enthousiasmante

 

Malgré des sous-missions plus variées, des décors toujours plus poussés et des mouvements plus fluides, il faut reconnaître que les Assassin’s Creed semblent s’essouffler. Les améliorations, nettes par rapport à un premier opus assez rigide et difficile, semblent de plus en plus superficielles, tandis que l’on attend un changement de fond pour justifier le prolongement ad libitum de la série. Car il n’est pas difficile d’estimer qu’en dehors des environnements, les jeux se répètent sans réels progrès : courses-poursuites sur les toits et dans les arbres, assassinats de Templiers, récupération de nouvelles armes, découverte d’un artefact mystique, le scénario paraît toujours plus prévisible quand les actions sont identiques d’une aventure à l’autre, et l’idée d’acquérir un simulateur de tourisme dans des époques passées ne suffira pas toujours à faire vendre…

Heureusement, entre un Assassin’s Creed III qui fait redouter l’avenir et les opus qui ont confirmé les craintes des joueurs, se niche une pépite sur laquelle on reviendra en détails. Ubisoft semble accorder plus d’attention à ses fans, en prenant plus de temps pour un prochain jeu qui fait d’avance rêver, dans l’Égypte antique promettent les rumeurs, et en affichant une ambition cinématographique sérieuse pour faire mieux que seulement combler l’attente.

 

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