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League of Legends : Érotisme et féminité

League of Legends : Érotisme et féminité

La place des personnages féminins dans les jeux vidéo : le cas League of Legends.

 

Nous nous retrouvons, après trois numéros de votre série spéciale consacrée aux héroïnes de saga, pour un aparté un peu particulier. Cette pause dans le fil de nos articles sur la place des héroïnes dans les sagas littéraires et vidéo-ludiques sera l’occasion de vous livrer un article un peu particulier. League of Legends n’est pas, à proprement parler, une saga. Mais il est l’un des MOBA les plus joués au monde, avec 30 millions d’utilisateurs enregistrés, dont 4 millions d’actifs. À ce titre, on peut dire que League of Legends transcende les frontières, les cultures, et les fuseaux horaires, et peut donc légitimement se targuer d’avoir atteint le statut de « jeu mondial ». Dans sa diffusion planétaire et hégémonique, le jeu propose un certain nombres d’héroïnes à jouer, et c’est à elles que nous allons aujourd’hui nous intéresser, au travers, cependant, d’un prisme particulier : leur sexualisation. Que notre ami Wiktionary va nous aider à définir.

 

Sexualisation \sɛ.ksɥ.a.li.za.sjɔ̃\ féminin

1. Attribution ou développement des caractéristiques sexuelles.
Exemple : La sexualisation précoce des jeunes filles de 8 à 11 ans transforme des enfants en petites femmes sexuées.

2. Utilisation du sexe à des fins détournées de son objet initial.
Exemple : La sexualisation dans les médias.

 

Mais comment établir, de façon fiable, la sexualisation des personnages féminins de LoL ? Leur caractère érotique, s’il est avéré, est par nature sujet à interprétation tout à fait subjective. Et comment faire le tri parmi la centaine de personnages du jeu ? Si la tâche peut sembler herculéenne, avec patience, minutie, et un certains nombre de critères spécifiques, elle est néanmoins faisable. Et que nous dit le plus « gros » jeu du monde sur la place des personnages féminins dans le jeu vidéo ? Car c’est là tout l’enjeu de notre démarche. Avant de reprendre le fil de notre réflexion sur la place des héroïnes de saga dans l’univers vidéo-ludique, faites escale avec nous sur ce continent multiple et familier qu’est League Of Legends.

 

Une sexualisation à outrance ?

 

Afin de savoir exactement de quoi on parle, et une fois n’est pas coutume, Cleek s’est lancé, à l’occasion de cet article, dans un petit exercice de statistiques. Il y a de nombreux personnages féminins dans LoL, mais combien exactement ? Première surprise : sur les 126 champions présents, seuls 42 d’entre eux sont de sexe féminin, contre 84 de sexe masculin. Alors que l’on aurait pu penser qu’il y avait autant de femmes que d’hommes, celles-ci ne représentent finalement qu’un tiers des champions. Si vous vous rappelez notre premier article, on retrouve la fameuse statistique que nous avions évoquée : 38% des héros individuels de contes pour enfants sont des filles, et ce tiers semble finalement s’appliquer également à League Of Legends, qui reste dans la moyenne.

 

Bug ou simple fan-service ? La culotte de Leona est visible lorsqu'elle passe dans un buisson

Bug ou simple fan-service ? Même chez Leona, habituellement en armure, et ici en Valkyrie, Riot nous laisse entrevoir ses sous-vêtements

 

Parmi ces 42 championnes des Champs de justice, toutes ne sont pas susceptibles de faire l’objet d’une sexualisation. Pour mieux affiner notre étude, nous allons éliminer de cette liste un certain nombre d’entre elles, en suivant cette règle : ne seront prises en compte que les femmes humaines (exit les Lulu, Tristana, Rek’Sai et cie, donc), adultes (donc pas Annie) et non-conceptuelles. Déjà, deux problèmes se posent à nous. Si nous ne prenons que les femmes humaines, quid de Nidalee, Élise, Ahri, Shyvana, Cassiopeia et toutes celles qui sont en partie « animales » (ou même végétales, pour Zyra) mais se présentent sous forme a priori humaine ? Pour simplifier les choses, nous n’allons pas les exclure de notre typologie, et nous ferons de même pour les hommes et « créatures » masculines, au départ humaines, mais qui ont évolué jusqu’à devenir quelque chose d’autre, en nous référant au Lore.

La seconde question, vous vous en doutez, est la suivante : mais qu’est-ce donc qu’une championne conceptuelle ? C’est une championne dont la création tourne autour d’une idée ou d’un thème, qu’elle incarne. Avec cette règle, nous excluons par exemple Lissandra, qui incarne l’élément de la glace, Diana et Leona, qui incarnent respectivement la lune et le soleil, Kalista, l’esprit de vengeance, Kayle, qui, même si elle avait été humaine, représente la justice.

Pourquoi exclure le champion conceptuel ? Chez le champion-concept, le côté « avenant » du champion se justifie mieux, dans la mesure où une apparence physique flatteuse sert directement l’idée de puissance du concept incarné. Diana et Leona, incarnant respectivement la Lune et le Soleil, dont elles sont les avatars, sont des allégories, et dans la plus pure lignée des premières allégories élémentaires (la mythologie grecque, pour ne citer qu’elle), ont un aspect « primal », généralement assez dénudé.

 

Rito pls

Costume de lapin en référence directe à Playboy, infirmière, policière, maîtresse d’école et gameuse : simples skins ou fantasmes masculins ?

 

Après avoir appliqué ce crible à notre liste, nous nous retrouvons avec 26 championnes, dont nous allons une fois de plus retirer un certain nombre d’entre elles, en nous référant cette fois-ci à leur sexualisation. Qu’avons-nous pris en compte ? La « capacité tendancieuse » du champion, tant dans son apparence, ses skins, ou dans ses répliques. Pour sexualiser une championne de LoL, rien de plus simple : il faut la dénuder, en partie, en montrant des zones traditionnellement considérées comme érotiques (et érogènes), les seins, les cuisses, et la taille, pour ne citer qu’eux. Pour les hommes, on s’attardera sur les bras et le torse, dénudés, qui se présentent sous la forme d’une impressionnante musculature.

De ces 26 championnes restantes, nous retirons donc Lux (qui aurait pu figurer dans la liste des héroïnes conceptuelles, tant elle incarne la figure de la princesse de conte de fées), Quinn, Sejuani et Vi, qui demeurent plus « masculines » que leurs conseurs. De 42 championnes, nous sommes donc passés, avec un premier crible et le critère des femmes adultes non-conceptuelles, à 26, puis, avec le critère de sexualisation, nous avons exclu 4 championnes de plus.

Conclusion ? Restent 22 championnes, humaines et adultes, à la poitrine généreuse et bien mise en avant, qui ont au moins un skin ou une réplique sexuellement connotés, stratégiquement et relativement dénudées, ou dans des vêtements exagérément moulants, à la taille mannequin et aux courbes alléchantes. Est-ce beaucoup ? Pour le savoir, il nous faut répéter ce processus d’élimination chez les hommes.

Parmi les 84 hommes de League Of Legends, et une fois retirés les champions non-humains (les Yordles, principalement, mais aussi Bard et Nocturne, par exemple), non-adultes (Nunu, tu sors) et non-conceptuels, il nous reste quelques 44 hommes. Et une fois passés au crible de nos critères de sexualisation, il ne nous en reste que 22. Vingt-deux femmes sexualisées contre exactement vingt-deux hommes sexualisés, cela pourrait sembler juste et équilibré. Sauf si l’on rapporte ces chiffres à la population totale dans chaque sexe, sous la forme d’un pourcentage : là, la perspective change drastiquement. Si l’on se réfère aux statistiques que nous venons d’établir, 52% des championnes de LoL sont fortement sexualisées, contre seulement 26% des hommes. Du fan service chez les concepteurs de Riot ? Beaucoup, et à tel point que certains ont moqué les axes surréalistes des corps de Karma et de Caitlyn sur leurs splash-arts respectifs, mettant en avant leur poitrine et leurs cuisses.

 

Une certaine vision de la féminité

 

Maintenant que l’on a établi avec certitude que les héroïnes de LoL ne sont pas traitées de la même façon que leurs confrères masculins, il nous faut nous attarder sur la signification de cette différence de traitement dans un des jeux vidéo les plus importants de cette décennie.

La sexualisation des personnages féminins de jeux vidéo n’est pas nouvelle, pour ne pas dire assez largement répandue, et League Of Legends ne fait pas exception. On ne peut pas accuser la direction artistique de Riot de mauvaise foi, ou même d’intentions particulièrement pernicieuses, car c’est l’ensemble du monde du jeu vidéo (et du cinéma, et de la littérature, et de notre société en général) qui doit revoir sa copie quant à la représentation de ses héroïnes. Il faut également reconnaître que, du point de vue de la puissance, les héroïnes de LoL ne sont pas en reste, loin de là. Au jour du 15 septembre 2015 et selon les statistiques de Lolking, les 10 champions les plus joués comptaient 30% de femmes  et les 10 champions au plus haut taux de victoire, 40%. Ce qui, compte tenu du nombre d’héroïnes par rapport à la population totale des champions de LoL (environ 33%), sont des statistiques plus qu’honorables. Plus que leur apparence, leur jouabilité, leur pertinence et leur puissance dans la « méta » actuelle sont des critères-clé dans le cadre d’un jeu vidéo.

 

TauxLoL1

TauxLoL2

 

Autre élément à prendre à compte pour nuancer nos propos : l’évolution de la direction artistique récente ainsi que la vision de la féminité « guerrière » proposée. Commençons par cette dernière. Les femmes, dans League Of Legends, sont belles et attirantes, certes, mais surtout, elles sont dangereuses, et c’est peut-être là la clé, le liant qui va nous permettre de transformer cet amas d’héroïnes hétéroclite en un « tout » cohérent. Sont-elles dangereuses parce que séduisantes ou séduisantes parce que dangereuses ? Le joueur de LoL assidu aura tendance à pencher pour cette deuxième solution. Cassiopeia, Ahri, ou Syndra : League Of Legends nous propose l’histoire de maîtresses-femme extrêmement puissantes, susceptibles de régner sans partage sur les Champs de Justice. Et dans le rôle de « carry », crucial pour remporter une partie, la préselection « Marksman » et « Mage » de LoL nous propose respectivement 47% et 42% de femmes, alors qu’elles ne représentent que 33% du nombre total de champions.

Et finalement, l’évolution de la direction artistique de League Of Legends nous laisse augurer un tournant intéressant dans la conception visuelle de nos héroïnes. Jinx et Kalista, deux héroïnes récentes de Riot, tirent leur capacité à séduire – tant sur le plan stratégique que dans leur chara-design – de leurs capacités destructrices, mais aussi de leur personnalité, unique en son genre. Et l’évolution, plus réaliste, de la poitrine, pourrait bien être une tendance de long-terme.
Et vous, quel regard portez-vous sur les héroïnes de Leagues Of Legends ?

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