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Le post-apocalyptique #4 : La Route

Le post-apocalyptique #4 : La Route

Présentation du film : La Route

Le genre n’est pas nouveau et pourtant, nous le retrouvons de plus en plus de nos jours. Le post-apocalyptique est aujourd’hui l’un des sujets les plus plébiscités par le public, qu’il s’agisse d’œuvres littéraires, cinématographiques ou encore vidéoludiques. Les exemples sont donc nombreux, tant et si bien qu’il serait impossible de les citer tous, et pourtant, si le genre du post-apocalyptique rencontre aujourd’hui un si net succès, c’est sans doute parce qu’il répond à des questions, des attentes et à un réel intérêt de la part des spectateurs.

Tour à tour violent, humaniste, politique, horrifique ou parfois encore philosophique, le genre post-apocalyptique (appelé aussi communément post-apo) brouille les frontières de nos valeurs pour nous proposer des intrigues complexes et pour le moins originales, sur la base d’une refonte totale (ou presque) du monde tel qu’on le connaît. Films, livres, séries, et jeux vidéo possèdent donc chacun leurs opus de référence en matière de post-apocalyptique et c’est tout naturellement que Cleek se tourne une nouvelle fois vers ce genre si particulier. Après avoir présenté le genre post-apocalyptique, traversé les réflexions autour du film « Les fils des l’Homme » et des survivants dans certaines œuvres de référence, Cleek se penche aujourd’hui vers une présentation du long-métrage « La Route ».

 

Le film

 

Sorti en 2009 et réalisé par John Hillcoat, La Route est en fait l’adaptation du célèbre roman éponyme de Cormac McCarthy. Bien que présentant quelques divergences (sans pourtant trop s’écarter de la trame du livre) vis-à-vis de l’œuvre originale, le film La Route a très vite su trouver son public, se présentant comme un drame majeur du genre post-apocalyptique. Le long-métrage met en scène l’errance de deux personnages, un père (Viggo Mortensen) et son fils (Kodi Smit-McPhee), parcourant la route suite à une apocalypse d’origine inconnue, dans le but de rejoindre les paysages côtiers du sud. Le film se présente donc comme une sorte de quête initiatique désespérée et solitaire, dans un monde en déroute, présentant tous les symptômes du post-apocalyptique.

 

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Une vision résolument sombre du genre post-apo

 

Nous vous parlions, il y a deux semaines, du film « Les Fils de l’Homme » et de son caractère fataliste. Et bien sachez que le film La Route est du même acabit. Les différences entre les deux films sont multiples, et les scénarios ne présentent que peu de points de comparaison et pourtant, La Route présente une vision du futur post-apocalyptique on ne peut plus sombre. Les deux protagonistes (anonymes, tout comme dans le roman) parcourent les chemins d’une terre désolée. On ne sait que très peu de choses concernant l’origine du cataclysme, mais les paysages rencontrés tout au long de la quête de l’homme et de son fils sont partout semblables. Les terres sont dévastées, et pour certaines d’entre elles, on devine le ravage provoqué par d’immenses incendies. Si l’on pourrait croire la Terre morte, il n’en est pourtant rien puisque cette dernière « gronde » régulièrement, par le biais de légers séismes, présentant une agonie aussi lente qu’inéluctable. Rares survivants du cataclysme, les deux personnages poursuivent chaque jour inlassablement leur chemin, côtoyant quotidiennement le danger, qu’il s’agisse de conjonctures naturelles (le froid, la faim…) ou de la terreur semée par quelques gangs de survivants. Et c’est sans doute là un des traits les plus sombres du film.

L’apocalypse a laissé derrière elle une terre stérile, où ne poussent plus de plantes, et où la plupart des espèces animales ont été éradiquées. Nos deux protagonistes foulent donc la terre en quête perpétuelle de denrées à collecter dans leur caddie de provisions, tandis que d’autres survivants (la plupart, en fait) ne répondent plus qu’à la violence par le biais de la chasse et du cannibalisme. Cette déviance est donc présentée dans le film comme un des maux les plus terribles, puisque chaque rencontre avec d’autres survivants est alors synonyme d’une chasse à l’homme et d’une fuite effrénée, parfois redoutable selon les adversaires mis en scène. Quant à la quête que poursuivent les deux personnages, si nous savons très vite qu’elle se résume à regagner la mer, on ignore toujours le pourquoi de la chose. Finalement, pourquoi est-ce que ce la vie serait meilleure là-bas et finalement, qu’est-ce que le monde a encore à offrir ?

 

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Cinquante nuances de gris

 

En plus des circonstances très dures que propose le film, La Route met également en avant des graphismes très réussis mais aussi absolument déchirants. Toutes les actions se déroulent dans un camaïeu de gris, rappelant inlassablement la poussière, les cendres, la boue. La musique quant à elle, propose des thèmes qui habillent la narration sans pour autant être invasive.

Dans ce monde en constante agonie, il semblerait que le soleil ne puisse plus percer la densité des nuages et la luminosité ainsi que la chaleur s’en retrouvent amoindries. Si on ne regarde pas attentivement, la majeure partie du film pourrait sembler être en noir et blanc. Pourtant, il n’en n’est rien et la morosité visuelle du film se heurte avec certains passages, très brefs, mettant en scène les rêves et souvenirs du père, qui eux, se déroulent dans une atmosphère beaucoup plus colorée. C’est par ailleurs un des points divergents par rapport à l’œuvre originale, et pour certains, ces souvenirs du monde d’avant/pendant l’apocalypse semble être une faiblesse du film.

N’ayant pas (encore) lu le livre, j’ai trouvé que ces brefs moments apportaient en fait une plus-value au film : les origines du cataclysme n’en sont pas pour autant dévoilées (le seul indice demeure être une lumière rougeoyante au travers des rideaux de l’ancienne maison du père) et ces flash-back permettent de situer un peu mieux la vie des deux protagonistes, avant qu’ils ne décident d’arpenter la route. Ces rêves mettent également en scène la mère de l’enfant (anonyme, elle aussi) comme figure du désespoir, de l’abandon et de la mort. Résolument fataliste et défaitiste, la « Femme » met (à contrecœur) l’enfant au monde, alors que l’apocalypse s’est déjà déclarée, en avouant elle même que « ce n’est pas une vie ». Quelques années s’écoulent alors pour le couple et l’enfant, jusqu’à la disparition et au suicide aussi symbolique que mystérieux de la mère : nous ne savons pas vraiment ce qu’il advient d’elle, mais dans le monde tel qu’il est présenté ici, on ne peut s’empêcher de redouter le pire. Enfin, ces souvenirs, souvent heureux, du couple ponctuent le récit de manière finalement assez pernicieuse. On ne peut s’empêcher de  s’attacher au moment passé, même si l’on sait qu’il ne s’agit que d’un rêve, et ce dernier s’interrompt toujours trop vite, laissant place au réveil haletant du père dans une réalité cauchemardesque, créant ainsi un schisme déchirant et pour le moins malsain dans la trame narrative du récit.

 

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L’éducation comme seul espoir

 

On pourrait légitimement se questionner sur le bien-fondé de la survie en pareils lieux. Pourtant, les deux protagonistes du film semblent fermement décidés à ne pas abandonner, étant pour autant conscients qu’ils sont en effet en train de mourir, lentement mais sûrement. La Route se présente comme un film linéaire, long et lent, et ces caractéristiques, à première vue péjoratives, sont en fait un élément plutôt important et positif du film. Le chemin parcouru par les deux personnages est en fait une belle métaphore de la vie, un récit initiatique dont on ignore les enjeux et la fin, pourtant inéluctable. Le binôme que forme le père et le fils propose également tout au long du film un longue réflexion autour de l’éducation et de l’apprentissage des valeurs. Le père apprend à son fils des notions élémentaires telles que le Bien et le Mal, qui demeure une dualité présente tout au long du film, puisque très marquée dans l’esprit de l’enfant qui tente de catégoriser chaque expérience selon ces mêmes critères. Le père tente alors tant bien que mal d’inculquer des notions aussi idéalistes qu’oubliées en mettant en scène des histoires faites de justice et de courage, ou en présentant à l’enfant les espèces animales, aujourd’hui disparues, posant ainsi la question de la subjectivité des valeurs.

Ce panel d’enseignements constitue alors une sorte de mythologie dans l’éducation de l’enfant qui apprend également des réalités bien plus brutales et « pratiques », que le père ne ménage pas. Ainsi, le petit garçon est confronté quotidiennement à la violence, au sang et à la peur, tout comme il sait qu’il devra mettre en pratique les leçons que son père lui a données quant au fait de se tirer une balle dans la tête en cas d’impasse. Cette figure de l’innocence est donc partiellement bafouée, puisque l’enfant, forcé de grandir trop vite, connaît des moments de désespoir aussi terrifiants que ceux du père. Il n’en reste pas moins que le garçon, d’abord receveur des valeurs du père en devient ensuite le gardien. Il « porte le feu » comme il le dit lui-même, et c’est grâce à lui et à l’amour inconditionnel que lui voue son père que ce dernier ne cède pas aux pulsions les plus sombres qui guettent le binôme, sous la devise de rester, comme le veut l’enfant « des gens bien ».

 

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Si vous avez donc le cœur bien accroché, et que l’idée d’une vision chaotique du futur ne vous fait pas peur, plongez donc dans le récit cauchemardesque de La Route. Vous découvrirez ainsi si le père et son fils arrivent bel et bien à destination, et si la quête désespérée des deux personnages a enfin trouvé une réponse. Un drame tout en nuances et en lenteur, réalisé d’une main de maître par le réalisateur John Hillcoat, à voir ou à revoir pour les amateurs du genre.

 

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