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Interstellar : Galactique ? La critique

Interstellar : Galactique ? La critique

Critique d’Interstellar de Christopher Nolan

Imaginez l’affiche : Christopher Nolan, Anne Hathaway, Hans Zimmer, à savoir LE scénariste-réalisateur du moment, LE charme incarné et LE meilleur compositeur cinématographique actuel. Sans faire de plan sur la comète, cela avait l’air aussi attractif qu’un méga trou noir. Rajoutez à cela des images spatiales magnifiques et de la philosophie à tout va et vous avez devant vous la supernova du mois de novembre. Mais Interstellar est-il vraiment le succès galactique attendu par des millions de fans ?

Christopher Nolan c’est quoi ? Tout simplement Inception, la dernière trilogie Batman, Le prestige ou encore Memento. Le réalisateur qui n’a jamais fait d’erreur. Et le risque était grand de s’attaquer à la conquête spatiale dans un film promis plutôt à Steven Spielberg, bien plus aguerri dans ce genre de scenarii mêlant science-fiction et drame familial. Ici, Matthew MacConaughey (à copier-coller après trois essais ratés avant de vérifier l’orthographe sur Google) y incarne un père de famille, ancien pilote de la NASA reconverti en agriculteur, qui va partir dans l’espace dans le but d’y trouver un monde capable d’accueillir l’humanité qui se meurt sur une Terre où règnent famine, tempêtes de poussière et désespoir. Rien que ça ! Alors, mission réussie ?

 

Oula Christopher, on a un peu de retard ?

 

Le film : à la conquête de l’univers !

La première partie du film se passe sur Terre, sans aucun plan spatial. Christopher Nolan tente ici de poser les bases de l’histoire qui reposent sur un père tiraillé entre son envie d’aller dans l’espace et de sauver le monde, sans vouloir pour autant abandonner sa famille. Mention spéciale à l’actrice interprétant la fille du héros au début du film, Mackenzie Foy, déjà vue dans The conjuring et très juste dans son rôle de petite fille voyant son papa l’abandonner pour aller dans l’espace. Les bases sont posées, Cooper (Matthew MacMachin, qui a joué auparavant dans True detective, Le loup de Wall Street ou encore Dallas Buyers Club) doit sauver le monde avec une paire d’inconnus après avoir découvert une base secrète de la NASA dans les champs, mais il ne sait pas s’il pourra revenir pour voir grandir sa fille et son fiston. Le but : trouver une planète habitable dans l’espace lointain après avoir traversé un trou de ver mis là on ne sait comment par on ne sait qui. Une initiative hasardeuse et désespérée même lorsque l’on reçoit des signaux encourageants des explorateurs que l’on avait envoyé en éclaireurs quelques années auparavant.

 

Si vous ne voulez pas vous faire spoil, nous vous déconseillons fortement de lire ce passage.

 

Comme beaucoup de spectateurs, j’espérais que l’histoire sur Terre ne dure pas trop longtemps pour laisser place à l’aventure spatiale mais je reste assez surpris de la césure brutale dans le film. Il découvre la base de la NASA, fait deux réunions, a une engueulade avec sa fille et en voiture… en navette Simone. Ce vif revirement de situation est certainement volontaire, mais semble assez irréaliste. Toujours est-il que le voilà parti et que le vrai film commence. L’immersion dans l’espace est totale et les décors magnifiques. La référence en matière d’effets spatiaux actuelle est à mon sens Gravity, tant il est réaliste, mais le film d’Alfonso Cuarón se limitait aux vues de la Terre uniquement. Dans Interstellar, les équipes FX y dépeignent une planète Saturne incroyablement belle et réaliste, un voyage à travers un trou de ver qui renvoie Stargate et Sliders les mondes parallèles dans les années 40 ainsi que la découverte de nouveaux mondes sauvages complètement barrés, pour finir dans un trou noir puis un univers en 5 dimensions. Et le dépaysement est total tant les effets spéciaux sont monumentaux. Si le film de Nolan n’est pas parfait, on ne pourra cependant pas lui reprocher de ne pas avoir rendu la copie spatiale la plus épique de la décennie.

 

Saturne, prête ? OK, attention, ça tourne !

 

Les hics : un acteur robot et de la bouillie

Vous allez me dire alors : mais si l’histoire sur Terre bien qu’un peu brève est bien dépeinte et que l’histoire dans l’espace est épique, quels sont les trous noirs de ce film ? Deux choses et la première est Matthew McConaughey (j’ai bon ?). N’en déplaisent aux fans d’un des nouveaux chouchous d’Hollywood et même s’il est un très bon acteur, il fait partie de ces beaux gosses qui jouent bien mais sans émotion. L’acteur est une sorte de pâte à sel à qui l’on peut faire jouer n’importe quoi mais qui n’arrive jamais à nous emmener loin et c’est le premier reproche que je pourrais faire à ce film, surtout lorsqu’on le compare avec le jeu tout en émotion d’Anne Hathaway (Le diable s’habille en Prada, The Dark Knight Rises). Deuxième chose et pas des moindres : Interstellar dure presque trois heures et je vous promets que si vous n’avez pas de notions de physique quantique et que vous cherchez à comprendre TOUT le film, vous aurez comme moi très vite mal à la tête. Je suis de ceux qui s’intéressent beaucoup à l’astronomie et qui regardent tous les films et documentaires ayant trait de près ou de loin à l’espace et à la conquête spatiale, mais certains passages de bouillie vulgarisatrice de physique quantique sont tout simplement indigestes. Si expliquer plus en détails aurait encore rallongé le film, ce qui n’aurait pas été une bonne chose, il semble évident que plus de temps aurait dû être consacré à rendre plus simples d’accès et surtout plus claires les explications concernant le temps, la gravité et les dimensions. Deux mauvais points pour Nolan donc à mon sens, mais qui n’éclipsent en rien le génie de ce périple, porté à merveille par les magnifiques musiques de Hans Zimmer qui sort souvent et étonnamment de son registre épique pour nous proposer des compositions étranges et dont les sons se révèlent limite dérangeants voire malsains. Un accent est aussi mis sur les silences, espace aidant, qui interviennent aux moments où la caméra sort d’une navette pour aller dans le vide interstellaire, là où le son ne se propage évidemment pas.

 

Le message : nature humaine et philosophie au programme

Dans Interstellar, l’émotion est au rendez-vous : certains passages poignants et surtout très dérangeants sont mémorables. Le passage où Cooper et Brand (sœur Anne) retrouvent leur compagnon de route décalé dans le temps après avoir frôlé un trou noir prend aux tripes. Imaginez-vous partir deux heures en exploration et revenir dans votre vaisseau où la personne restée derrière a pris plus de 20 ans dans la vue. Et que dire du passage où Cooper regarde 20 ans de vidéos envoyées à la dérive par ses enfants qui finissent par le croire mort. Idem à la fin lors du retour sur Terre de Cooper qui voit sa fille aux portes de la mort alors que lui est toujours jeune et fringuant. De quoi retourner les têtes. Mais s’arrêter à tout cela serait ne pas avoir saisi l’essence du film, car Interstellar est avant tout un film philosophique traitant de la nature humaine, mêlé d’un drame familial.

 

T’inquiète pas ma fille, je reviens vite… ou pas.

 

Car c’est bien de cela dont il s’agit. Nolan y explore encore une partie de l’humanité, celle égoïste qui se bat pour elle-même, quitte à sacrifier parfois d’autres vies inconnues comme dans le passage avec Matt Damon (et oui, surprise) qui feint d’avoir trouvé une planète habitable pour qu’on vienne le chercher et pouvoir se carapater. Le scénariste va aussi chercher loin en donnant à Michael Caine (un des chouchous de Nolan que l’on retrouve dans Batman dans la peau d’Alfred et Le prestige) un rôle de dernier espoir de l’humanité qui va sacrifier volontairement tous les êtres vivants sur la Terre pour recommencer ailleurs avec des ovules fécondés pour fonder une colonie. Des personnages entiers donc, déterminés à accomplir quelque chose même si cela doit signifier la fin de la race humaine. Le héros lui-même a des choix cornéliens à faire : tenter de sauver le monde et offrir une chance à ses enfants même si cela implique de les laisser seuls sur Terre. Et vous, que feriez-vous ?

 

Fin du spoiler
Bilan : un bijou de SF

Au final, Interstellar est un bijou, tout simplement à voir ou à revoir au cinéma d’urgence. Malgré un Matthew MacConaughey robotique et des passages douteux de vulgarisation scientifique, le film vous emmène très loin dans l’espace et vous en met plein la vue que ce soit sur le plan philosophique, familial ou spatial. Le démarrage au box office semble prometteur même si les salles semblaient un peu vides hier soir, mais nul doute que le bouche à oreille convertira les plus sceptiques. Vous pouvez retrouver toutes les informations du film sur le site officiel.

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