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Crysis Remastered : la meilleure manière de profiter (enfin) du monstre ?

Crysis Remastered : la meilleure manière de profiter (enfin) du monstre ?

Crysis Remastered : la meilleure manière de profiter (enfin) du monstre ?

 

Si vous connaissez Crysis, c’est peut-être avant tout comme source de mèmes. Développé en 2007 par les Allemands de Crytek (responsable du premier Far Cry) et publié originellement par Electronic Arts pour PC, Crysis manifestait en effet une qualité graphique encore saluée des années plus tard… mais qui en faisait aussi un jeu légendairement gourmand, que seuls des monstres pouvaient faire tourner au maximum de ses capacités, voire faire tourner tout court. On empruntera d’ailleurs de nombres mèmes aux sites Know your Meme et Reddit pour illustrer cet article pour vous replonger dans un phénomène aussi important que le jeu lui-même !

Or voilà qu’un Crysis Remastered est publié par Crysis eux-mêmes sur PC, Playstation 4, Xbox One… et Switch. On pourrait être légitimement curieux de ce que ce portage vaut sur la console hybride voire portable de Nintendo, et si son amélioration fait à nouveau chauffer les PC les plus puissants, mais c’est sagement sur PS4 que nous réaliserons notre test, sans doute l’option la moins risquée pour retrouver, 13 ans après, les sensations de ce classique.

 

 

Une île paradisiaque, des soldats pas beaux, une menace pas humaine et un air de déjà vu

Le joueur incarne Nomad, un agent des forces spéciales envoyé avec une petite escouade sur une île des Philippines avec pour seule mission d’obéir aux ordres de ses supérieurs. Tant que les plages de sable et les flots azuréens ne sont perturbés que par quelques soldats Nord-Coréens, aucun problème, quelques tirs et c’est fini, mais très vite une menace bien moins connue se manifeste tandis que les quelques hommes de l’Armée Populaire de Corée (APC) deviennent une véritable légion, et il devient clair qu’on n’a pas été envoyés là pour des vacances, ni même en anodine mission de sauvetage, mais pour sauver le monde…

Une petite île du Pacifique, un soldat qui y affronte de nombreux soldats avant de faire face à une menace inhumaine… Trois ans après Far CryCrysis cherche à peine à cacher qu’il en est une sorte de remake – pas de repompage, puisque les deux jeux sont développés par Crytek. Qui dit remake dit d’abord « meilleur jeu ».

On reparlera bientôt du gameplay, mais Crysis cherche déjà à surprendre le joueur, avec un peu plus d’environnements que Far Cry (dont un spectaculaire niveau en gravité zéro), de véhicules (y compris de sympathiques séquences en tank et en hélicoptère pour changer des camions et jeeps à mitraillettes qui faciliteront vos déplacements pendant la majorité du jeu), d’armes, de comportements ennemis… Il se sert pleinement de l’association d’ennemis humains et supra-humains pour se renouveler en cours de partie.

 

 

On m’a tout de même signalé que la mission 10, qui nous met normalement aux commandes d’un vaisseau, avait été coupée de Crysis Remastered, ce dont je ne m’étais pas aperçu… parce que j’avais jadis pratiqué Crysis sur PS3, un portage déjà privé de ce niveau simplement trop au-delà des performances de la console. Était-il cependant inimaginable de l’inclure dans le remaster, une PS4 ne la supporterait-elle vraiment toujours pas ? On n’est à mon avis pas loin de la faute : pour quelque raison que ce soit, un remaster paru 13 ans après le jeu original devrait en être la version la plus aboutie.

Cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas faire des choix polémiques, après tout on lui reprochera forcément de trop se renouveler ou de ne pas assez se renouveler, mais conserver la suppression de tout un niveau est au-delà du simple polémique, quand la suppression du multijoueurs est décevante mais compréhensible – à part pour râler, qui aurait vraiment voulu d’un multijoueurs aussi vintage, même en ray tracing ?

La physique a également été travaillée… pour notre seul plaisir. Vous pourrez par exemple saisir des objets et les envoyer au loin, détruire des parois, des piles, des ordinateurs, soit grâce à vos tirs soit grâce aux projections, même faire s’effondrer des tourelles, faire tomber des tronçons de palmiers en en mitraillant le tronc à différents niveaux… et tout cela sans aucune véritable incidence sur le jeu – on est loin de la nécessité et de la puissance des projections dans Control par exemple – juste pour que l’on s’immerge un peu plus dans l’univers qui nous entoure et que l’on s’amuse avec.

 

Une claque graphique remasterisée ?

Mais bien sûr, le grand enjeu du remaster de Crysis concerne ses graphismes, somptueux en 2007 et… très jolis en 2020, pas éblouissants, mais très jolis. Il faut dire que le jeu avait tout de même été pensé pour 2007 et que Crysis Remastered n’est jamais qu’un remaster, de sorte que ses enjolivements ne sont pas une refonte, et qu’il n’est donc pas question de « mieux » jouer, juste de jouer dans un monde plus photoréaliste.

Regardez cette vidéo de Nick930, qui compare finement Crysis à Crysis Remastered :

 

 

Je n’en partage pas la sévérité, vous l’aurez compris. Même si l’on peut avoir l’impression de perdre un peu en direction artistique, il reste tout à l’honneur de Crytek d’avoir tenté de polir le jeu le plus possible, et de ne pas se contenter de lisser deux-trois textures par-ci par-là, s’exposant à encore plus d’accusations de n’y avoir rien changé.

On ne peut nier que l’île est désormais plus tropicale, ce qui renforce le contraste entre les premiers niveaux et les derniers, plus infernaux, ou que les armes sont représentées plus finement, des points qu’il était intéressant de retravailler pour une nouvelle sortie du jeu, même s’il est tout aussi intéressant de voir des joueurs avouer qu’ils préféraient une stylisation cache-misère que des efforts de réalisme, une critique que j’ai moi-même tendance à adresser parfois à cette mode du photoréalisme à tout prix.

Ce que je pardonne plus difficilement, c’est le lag accompagnant systématiquement un checkpoint, d’autant que suite à la suppression des sauvegardes manuelles, les checkpoints ponctuent chaque pas que vous ferez sur l’île, dans un rappel permanent de cette maladresse technique. Je ne peux même pas l’imputer à un PC impuissant puisque je suis sur console de salon, où l’on attend donc éventuellement des performances moindres dans l’ensemble pour une stabilité impeccable, pas des ralentissements aussi systématiques. Heureusement, ils ne m’ont pour autant jamais handicapé, en m’infligeant une défaite injuste pendant un combat par exemple, sinon en me faisant continuellement sortir de l’univers dépeint, dommage pour une version prétendant justement nous immerger plus que jamais.

 

L’amure, véritable héroïne de Crysis

Indépendamment du remaster, il y a un véritable plaisir à parcourir à nouveau Crysis pour profiter de son armure, véritable nouveauté par rapport à un Far Cry par exemple. Tout l’enjeu était de justifier que l’on soit tout de même un être humain, mais capable de bien plus qu’un être humain ordinaire, une idée capable de procurer un plus grand sentiment de puissance que de nous mettre simplement dans la peau d’une entité inhumaine.

La nanosuit est une armure hyper-scientifique pour ne pas dire magique, prétexte à bien des plaisirs inattendus. Vous pourrez ainsi notamment sauter anormalement haut (même si cela sera rarement utile, en dehors de quelques scènes scriptées), courir extrêmement vite (plus qu’un simple sprint), accroître votre résistance corporelle… ou vous rendre invisible camoufler.

 

 

Pour que vous n’abusiez pas de ces capacités, ils consomment une jauge qui se recharge très vite en dehors des périodes d’utilisation, et sinon plus ou moins gourmande selon ce que vous en faites. Si vous êtes invisible mais statique, elle ne baissera ainsi pratiquement pas, tandis que courir ou tirer tout en restant camouflé épuisera assez logiquement cette barre d’énergie bien commode.

Un peu à la manière d’un Doom, il s’agit ainsi de proposer une forme de gestion afin de diversifier les approches possibles. Contournerez-vous simplement les ennemis par les bois à chaque fois que cela sera possible ? Tenterez-vous de vous infiltrer en usant généreusement du camouflage, rechargé à chaque fois que vous vous arrêterez vingt secondes derrière une caisse, pour trouver l’endroit le plus stratégique afin de massacrer vos ennemis, en activant prudemment votre armure ? Ou recourrez-vous stratégiquement au camouflage pour tuer quelques ennemis avec une arme à silencieux, redevenir invisible, semer les adversaires suspicieux, puis les attaquer à nouveau, en véritable guérillero ? Ou préférerez-vous une approche plus bourrine, en courant dans tous les sens pour éliminer les menaces efficacement ?

 

Crysis, un remaster vintage

Attention cependant, aussi moderne qu’ait été le plaisir de la nanosuit en 2007… ça n’en reste pas moins une nanosuit de 2007. On appréciera que Crytek ait remplacé la roue de capacités par leur assignation directe aux touches, pour une utilisation encore plus intuitive, mais c’est tout ce qui a été réellement modernisé dans le gameplay.

Bien sûr, vous ne pouvez porter que deux armes « lourdes » à la fois, avec la possibilité de changer leur mire, de leur attribuer une lampe-torche, de leur ajouter un silencieux… Bien sûr, aucun arbre de compétence en vue, votre personnage ne s’améliorera que par les armes qu’il trouvera, et encore, à condition de les ramasser, de renoncer à une autre arme et de disposer d’assez de munitions, sans quoi il n’y aura plus qu’à revenir à la bonne vieille kalashinokov. Bien sûr, aucun système de couverture, quand vous vous accroupissez derrière un objet, vous devez juste espérer que le modèle soit assez compact. Crysis Remastered supprime d’ailleurs la possibilité de se pencher, dont il faut admettre qu’elle n’était pas efficace dans un jeu sans possibilité optimale de se dissimuler.

C’est que Crysis n’a jamais été un jeu d’infiltration et n’a jamais prétendu l’être. Vous ne saurez jamais si un buisson vous couvre ou pas, et vous pourrez même être surpris de vous faire tirer dessus malgré le camouflage tactique, tandis que le silencieux est loin du « silencieux magique » de tant de jeux contemporains. On aurait pu imaginer l’addition d’une élimination discrète, en sortant le poignard juste derrière un ennemi de dos, mais cela aurait sans doute trahi l’ADN de Crysis, véritable jeu militaire un peu vintage.

On devra ainsi excuser des ennemis qui nous tirent dessus précisément alors qu’ils sont derrière cinquante buissons a des dizaines de mètres de nous, complètement invisibles à nos yeux mais parfaitement capables de nous aligner avec leurs mitraillettes standard. Pour corriger ça, il aurait fallu revoir toute leur IA, et trouver des moyens de compenser cet affaiblissement par de nouveaux avantages… on ne s’en sortait pas.

 

Crysis Remastered, Crysis 1.251.53.5 ?

La pire erreur que l’on pourrait faire, face à Crysis Remastered, serait de croire qu’il s’agit d’un jeu de 2020, du moins fait pour être apprécié par les gamers de 2020. Or « Remastered » ne veut rien signifier d’autre ici que « remis graphiquement au goût du jour » (ce qui peut déjà être matière à débat) et celui qui en attendrait un jeu parfaitement moderne ne peut qu’être déçu.

C’est que Crysis Remastered s’adresse avant tout à ceux qui connaissaient le jeu d’antan et veulent le revivre, ou à ceux qui n’avaient jamais eu l’occasion d’y toucher. Ceux-là, prêts pour une expérience vintage, ne pourront au contraire qu’être très agréablement surpris. Sans satisfaire aux exigences contemporaines, Crysis n’était en effet pas en avance sur son temps que techniquement, son gameplay, bien qu’accusant son âge sur l’absence de couverture, l’IA des ennemis ou l’absence d’améliorations, est celui d’un FPS assez jouissif, aux possibilités et à la fluidité encore largement appréciables – ce qui est loin d’être le cas de tous les jeux ayant plus de 10 ans !

 

 

S’il manque d’ambition, ce remaster est aussi l’occasion de parler à nouveau de Crytek, et peut-être de remettre le studio allemand sur le devant de la scène avant de nouvelles annonces ? Il faut dire que les très honnêtes Crysis 2 et Crysis 3 avaient été accueillis trop tièdement pour qu’un Crysis 4 fasse le buzz, alors que le retour d’un jeu aussi culte que le premier Crysis est une bonne occasion de préparer le terrain… Ce n’est que pure spéculation d’un joueur qui, ayant goûté cette madeleine de Proust, en aimerait bien davantage !

 

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