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Ma Première Aventure : enfin un livre dont vous êtes le héros pour les plus petits ?

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Ma Première Aventure : enfin un livre dont vous êtes le héros pour les plus petits ?

Ma Première Aventure : enfin un livre dont vous êtes le héros pour les plus petits ?

 

Il y a exactement un an, nous vous parlions de Château Aventure comme d’une excellente introduction aux bases du jeu de rôle pour les 10 ans et plus, et s’il était aussi formidable, c’est aussi qu’il avait valeur de bac à sable, de lieu d’entraînement pour façonner ses propres histoires, y compris pour des enfants un peu plus jeunes. Si on pouvait éventuellement envisager sa première aventure avec un enfant de huit ans, les autres étaient logiquement inaccessibles à cet âge, de sorte qu’il y avait assurément un créneau à remplir et une idée à trouver. C’est à cette tâche que s’est attelé Roméo Hennion avec Ma Première Aventure – l’histoire dont tu es le tout petit héros.

L’idée était aussi simple que brillante, adapter les codes du jeu dont vous êtes le héros pour des enfants à partir de 4 ans, et ainsi transformer l’habituelle lecture vespérale de contes en histoire interactive, toujours racontée par l’adulte, mais vécue par l’enfant. Deux de ces jeux livres sont ainsi parus pour l’heure, En Quête du Dragon et La Découverte de l’Atlantide, le premier illustré par Arnaud Boutle et le deuxième par Jade Mosch, et l’éditeur Game Flow (ChimèreAffinity) en promet au moins un autre, L’Odyssée du Phobos. Voyons donc d’un peu plus près comment l’auteur a imaginé de faire participer l’enfant pendant une quinzaine de minutes à ces jolies créations, toutes deux disponibles à 17 euros 90.

 

Ma Première AventureMa Première Aventure

Deux livres, deux jeux, des multiples histoires

Dans En Quête du Dragon, l’avatar de l’enfant pars pour une grande aventure qui doit l’amener à rencontrer un dragon, et peut-être à l’adopter dans une histoire puisant dans l’heroicfantasy, son univers et ses couleurs. L’aventure de La Découverte de l’Atlantide est marine, et dans l’ensemble sous-marine, puisque le joueur part à la recherche de l’Atlantide et de ses trésors.  Les deux histoires commencent en amont de l’aventure à proprement parler, par les préparatifs au village pour la première, par le choix du lieu où procéder à l’immersion pour le deuxième. On suit ainsi dans les deux cas l’aventure dès le préambule, avec un personnage neutre qui n’a encore rien vécu et ne possède aucun objet, et auquel le lecteur s’identifiera d’autant plus facilement qu’il en partagera les premiers pas.

Ma Première Aventure se présente sous la forme d’un livre à spirale. Chaque chapitre commence par une pleine narrant un contexte, après quoi on est invité à retourner l’un des trois tiers de page à notre disposition, chacune correspondant à un itinéraire ou à une action différente. À chaque fois, le lieu ou l’action est illustrée, écrite et généralement verbalisée par l’adulte-lecteur, tandis qu’un symbole de livre avec un chiffre indique s’il faut tourner un ou deux onglets.

 

Ma Première Aventure

 

On nous demande alors si on a tel personnage ou si on possède tel objet. Si c’est le cas, on tourne un onglet, si ce n’est pas le cas, on en tourne deux, puis on arrive au chapitre suivant.

En Quête du Dragon et La Découverte de l’Atlantide sont ainsi composés de sept chapitres, autrement dit de sept choix venant altérer l’aventure, jusqu’à l’événement conclusif, où il nous faudra compter nos bobos ou nos fuites, pour déterminer si l’on a droit à une fin heureuse, modérément heureuse, ou malheureuse. Notons que les fins malheureuses s’efforcent de dédramatiser la situation pour inciter à recommencer l’aventure plutôt qu’à se morfondre.

Parcourir Ma Première Aventure prend environ un quart d’heure, même avec le jeu de l’adulte pour les voix des personnages et les quelques hésitations de l’enfant. Mais c’est un quart d’heure qu’il faut recommencer encore et encore, pas pour répéter la même chose, mais pour avoir la meilleure des trois fins, avec chacun des trois personnages, ce qui offre finalement une joyeuse variété.

En Quête du Dragon donne ainsi le choix entre la guerrière Lina, le chapardeur Sachat, et le magicien Simon. On appréciera la volonté de parité, d’autant que si deux personnages sont masculins, Sachat reste relativement androgyne, et sa nature de chat anthropomorphe gris peut évoquer n’importe quelle différence physique. Et le choix des fonctions est naturellement habile. Dans La Découverte de l’Atlantide, Roméo Hennion propose trois sous-marins, l’Espadon, la Manta et le Béhémoth, donc trois spécialités plutôt que trois êtres humaines, avec la délicate particularité d’avoir un article masculin, un article féminin, et un article masculin élidé. Et bien sûr, la plupart des choix narratifs étant disponibles pour les trois personnages, les deux jeux favorisent une narration neutre.

 

Ma Première Aventure

 

À chaque chapitre, on l’a dit, une option narrative n’est disponible que si on possède le bon personnage, ou si dans un chapitre antérieur on a récupéré le bon objet. Ces objets sont astucieusement représentés par quatre roues colorées, disposées aux quatre coins de l’intérieur du livre. Les pages du récit recouvrent les roues à l’exception d’une ouverture, où l’on placera le personnage que l’on incarne sur la roue rouge, et rien sur les trois autres roues, jusqu’à trouver des objets. On pourra donc au mieux trouver trois objets, un sur la roue verte, un sur la roue bleue et un sur la roue jaune, sachant qu’un bobo ou une fuite sur l’une de ces roues remplace l’objet.

On aurait pu penser que l’enfant, ou l’adulte, retiendrait sans peine le personnage choisi et les rares objets récoltés, mais ce système permet de les visualiser en permanence, d’autant que la couleur des roues les met parfaitement en valeur, et offre une manipulation qui ravira assurément les enfants, même s’il n’est pas toujours facile de les tourner.

En outre, si avoir le bon personnage est généralement bénéfique, ce n’est pas toujours le cas : un personnage du récit pourra ainsi repousser un héros qu’il n’apprécie pas, et se montrer plus accueillant avec un autre. On appréciera ainsi au cours des deux histoires ces petites surprises, qui viennent contrebalancer des choix sinon assez logiques (et faisant donc appel à la logique de l’enfant) : un gros sous-marin ou une guerrière aura sans doute plus de mal à se faufiler discrètement, et privilégiera les situations apparemment plus « conflictuelles » – mais que les parents se rassurent, l’auteur a bien conscience qu’il faut apprendre le courage aux enfants, et pas la violence. Tout est ainsi fait avec la plus grande pédagogie, pour faire vivre le meilleur moment possible à l’enfant ainsi qu’à la personne plus âgée qui l’accompagne dans son aventure – ou à l’enfant seul s’il est assez grand, sans l’être trop.

 

Ma Première Aventure

Mes Premières Aventures

Ma Première Aventure est le jeu qui m’a fait découvrir l’éditeur Game Flow, et donc le premier que j’en teste, et je dois dire que même si je n’ai pas moi-même d’enfant, je suis conquis, déjà par l’idée même d’offrir une lecture illustrée et interactive aux enfants, qui leur soit adaptée en termes de longueur, de couleurs, d’univers, de péripéties, de vocabulaire, et même de morale, tout en laissant une part à l’imagination et en faisant appel à leur logique, à leur capacité à prendre des décisions et à leur désir de vivre des aventures plus activement que lors d’une lecture vespérale traditionnelle.

Il faut ajouter que La Découverte de l’Atlantide comme En Quête de Dragon sont très loin de sacrifier toute narration et tout intérêt sous prétexte qu’ils seraient adressés au public le plus jeune : l’histoire est aussi linéaire qu’il convient de l’être, et pose d’emblée très clairement héros et objet de la quête, tandis que le parcours est assez varié pour justifier au moins une dizaine de parcours pour avoir la bonne fin avec chaque personnage, voire bien davantage si l’on veut voir et réussir chaque rencontre, puisqu’il est impossible en faisant un choix de ne pas être intrigué par les autres, comme il est impossible, quand on ne possède pas le personnage ou l’objet requis, de ne pas se demander la réaction que cela provoquerait. Si un run dure une quinzaine de minutes, chaque Ma Première Aventure offrira plusieurs heures de découvertes, multipliées par la possibilité de les refaire quand l’enfant commencera à oublier certains épisodes. À mon avis (de non-parent), un objet superbement conçu pour un cadeau idéal à un enfant… ou à un parent !

 

 

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