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La Légende de Tarzan – Critique

La Légende de Tarzan – Critique

La Légende de Tarzan – Critique à quatre mains

 

Le dernier film de David Yates est passé autrement plus inaperçu que le prochain, Les Animaux fantastiques, dont la sortie est prévue le 16 novembre. La grande mode de remake live des films Disney, avec récemment CendrillonAlice de l’autre côté du miroir et Le Livre de la jungle, et bientôt Peter et Elliott le dragon et La Belle et la bête a même pu laisser penser que La Légende de Tarzan s’intégrait logiquement à cette politique, le dessin animé de 1999 étant encore dans tous les esprits, ce qui n’a pas contribué à sa hype.

La différence est pourtant cruciale : c’est sans doute pour contrer cette politique de Disney que son grand studio rival, Warner Bros. (propriétaire de DC Comics, Harry Potter, Le Seigneur des anneaux, les Looney Tunes…), a acquis pour ce film les droits d’adaptation des romans mythiques d’Edgar Rice Burroughs. Au contraire d’une adaptation du dessin animé, la Warner nous propose donc une réappropriation de l’histoire, supposée empêcher un remake live par Disney et, en se plaçant sur le même terrain que le Livre de la jungle, montrer la capacité du studio à proposer une version plus adulte tout en remplissant le cahier des charges en matière d’aventure et d’animaux en images de synthèse.

Le pari est-il réussi ? Vous le saurez bien assez tôt grâce aux deux critiques proposées par Laurianne « Caduce » Angeon et Siegfried « Moyocoyani » Würtz !

 

 

Laurianne « Caduce » Angeon

 

« Des effets spéciaux splendides, un scénario original, des acteurs charismatiques, une belle réflexion même si assez évidente, une réalisation à couper le souffle… ».

Voilà ce à quoi je m’attendais en ayant vu quelques images de la bande-annonce de La Légende de Tarzan pour rédiger le récap’ cinéma de la semaine. Malheureusement, et après être allée voir ledit film, je ne pourrais vous dire, en gros, que le contraire de ce que je viens d’avancer. Bon, je vais cependant tâcher d’être brève, tout en exposant un peu pourquoi Tarzan ne justifie en aucun cas que l’on gâche 10 euros de son porte-monnaie, tant le film échoue copieusement et à de nombreux niveaux. Critique d’un échec cuisant :

Difficile de savoir par où commencer en fait, et c’est donc naturellement que nous allons commencer par aborder le contexte de l’histoire. Seul point un peu novateur à l’ordre du jour, La Légende de Tarzan se base non pas sur la genèse de Tarzan, ni sur son retour en Angleterre, mais bel et bien après, lors d’un retour en Afrique. À la rigueur, ce parti pris pourrait fonctionner, sauf qu’ici, toute la trame captivante des états d’âme de Lord Clayton, arraché à sa jungle, et obligé de se faire à l’étiquette de la noblesse est passé sous silence. Le choix de la colonisation belge sur le Congo paraît également hors-sujet, et l’inclusion du héros anglais d’autant plus maladroite (et puis bon… aussi véridique que soit l’Histoire, des méchants belges… bref). Mention spéciale toutefois à tout cet aspect colonial dénoncé avec beaucoup trop de bons sentiments, mais dénoncé tout de même, sans oublier l’allusion aux diamantaires qui tuent encore tant de monde.

 

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Revenons maintenant à notre héros : on pourrait ensuite se dire du film qu’il délivrera d’autres émotions, en d’autres temps et lieux que dans la partie « aristo » de l’intrigue. Là encore cela n’arrive pas. John « Tarzan » Clayton, interprété par Alexander « regarde-mes-pecs » Skarsgård, nous livre une piètre prestation, sur fond d’un regard inlassablement blasé et hautain, sans aucune émotion tangible. Le regret est d’autant plus pesant que l’acteur suédois s’était pourtant révélé prometteur dans la série True Blood, dans le rôle plus nuancé qu’il n’y paraît d’Eric Northman. Le reste du casting quant à lui ne relève pas le niveau : JaneMargot Robbie – ne fait qu’accumuler les regards effarouchés de la damoiselle en détresse, ponctués d’une mièvre fierté dès que son amour pointe le bout de son cri (un peu à la mode « That’s my Man »), tandis que Christoph Waltz se cantonne une nouvelle fois au rôle du méchant (peu) charismatique de l’intrigue. Pour couronner le tout, le personnage de George Washington Williams (Samuel L. Jackson) nous apporte le cliché parfait du protagoniste secondaire qui ne fait qu’enchaîner les punchlines débiles et le running gags navrants du film (littéralement d’ailleurs, puisqu’il s’agit pour lui de courir péniblement et sans cesse après Tarzan à travers la jungle). Si le casting semblait donc alléchant, chacun d’entre eux échoue lamentablement sans que l’on puisse toutefois reporter la faute entière sur leurs jeux respectifs : quand la direction n’offre rien à se mettre sous la dent, difficile de réinventer le personnage !

David Yates signe donc ici un véritable massacre cinématographique, au scénario bancal et prévisible (on notera d’ailleurs la citation de Christoph Waltz : « Il est Tarzan, vous êtes Jane… Il va venir vous sauver » comme étant en fait le seul résumé d’un film qui prétendait à pourtant plus d’ambition). Le (trop) long-métrage de près de deux heures manque cruellement de rythme et demeure très inégal dans les différentes séquences proposées. Seules scènes qui, à la rigueur, valent le coup d’être vues : l’ensemble des panoramas, mais aussi les quelques courses effrénées de liane en liane (quoique pas toujours, puisque les lianes de Tarzan sont indéfiniment extensibles… On est un héros ou on ne l’est pas !). Et n’oublions pas Gillette, partenaire officieux du film et pourtant omniprésent. La preuve est évidente : après des jours, mois, années entières à se promener joyeusement dans la jungle, Tarzan demeure indéniablement et surtout très élégamment imberbe. À moins que les sauts d’arbre en arbre aient eu un effet sur ce dernier, et que le côté abrasif de l’écorce ait eu raison du moindre poil. Je ne sais pas, je vous l’avoue, n’ayant jamais testé… Petit coucou rapide aussi à Hozier, qui signe une chanson de fin bien réalisée, quoique peu originale.

 

 

Parlons maintenant donc des décors, mais surtout des animaux, relativement peu mis en avant, sauf lors de la joute finale, où toute la Nature se dresse contre le méchant colon belge (un peu comme la course des gnous du Roi Lion… On croirait même y croiser Mufasa à un moment !). Pour cause, ces dernières créatures sont, une nouvelles fois, peu crédibles, rendues dangereuses à grand renfort d’un sound design tonitruant de cris et de rugissements en tout genre. En guise de sentimentalisme, vous pourrez cependant admirer les gros câlins d’Alexander avec ses amies les lionnes, ou encore l’échange-d’un-regard-qui-en-dit-long avec les éléphants : de quoi duper quelques âmes sensibles, et encore…

Je ne pense pas devoir m’étendre plus longtemps sur le quasi-total échec qu’est La Légende de Tarzan. Rendez service à votre carte bancaire et passez votre chemin. Pour les plus obstinés, ou les plus aventureux, n’oubliez de plonger la main dans votre paquet de pop-corn, histoire de ne pas à avoir à facepalm deux heures durant. Vous êtes désormais prévenus.

 

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Siegfried « Moyocoyani » Würtz : Warner Bros se cache dans la jungle

Une base réaliste

 

L’idée à la base de La Légende de Tarzan est très bonne : John Clayton III, Lord Greystoke est parfaitement intégré à la société aristocratique londonienne, et a depuis longtemps rejeté son passé en tant que Tarzan, mais dans le contexte colonial, on lui demande d’aller visiter le Congo belge, ce qui rapprocherait le royaume de Belgique du royaume d’Angleterre. D’abord réticent, il accepte à la demande de George Washington Williams, un émissaire américain noir qui présente ce voyage comme une occasion d’enquêter sur les pratiques des belges, qui sous prétexte de lutter contre l’esclavage semblent au contraire en profiter sans scrupules. Confronté aux dangers, John Clayton va naturellement devoir apprendre à se réconcilier avec sa nature première, et ainsi à redevenir Tarzan.

 

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L’histoire de Tarzan est donc avancée dans le temps par rapport aux romans (avant 1890 contre le début du XXème siècle) pour coïncider avec le voyage que fit réellement George Washington Williams au Congo pour dénoncer les pratiques de de l’administration Léopold II de Belgique, ce qui est une manière assez astucieuse d’utiliser le contexte mal connu du Congo belge et d’intégrer l’histoire à l’Histoire. L’antagoniste principal, Léon Rom, est de plus aussi connu comme l’un des agents les plus importants et les plus cruels du roi à cette époque. Et cette liberté intéressante est compensée par une réconciliation avec le roman sur d’autres points : contrairement au dessin animé de Disney, Jane redevient une Américaine courageuse (enfin on en reparlera), Tarzan a été élevé par les manganis, une espèce simiesque fictive également responsable de la mort de ses parents, et non par les gorilles, on retrouve Mugambi, la cité d’Opar et ses joyaux…

 

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Le parti pris est donc très louable, même si les anachronismes que s’autorise la V.F. (à défaut d’avoir vu le film en anglais, on ne va accuser que le doublage) sont très douloureux parce qu’ils témoignent d’une méconnaissance profonde de l’histoire française (Léon Rom dit avoir vu le roi de France à la Sorbonne il y a quelques années, alors qu’il est né dix ans après la chute de Louis-Philippe d’Orléans) et américaine (Williams dit avoir lutté pendant la guerre d’indépendance, donc plus d’un siècle avant l’intrigue ! il s’agit évidemment de la guerre de sécession, à laquelle a en effet participé le personnage historique). C’est problématique, pas impardonnable. Comme le relatif flou autour du statut des antagonistes, dont on ne comprend au juste s’ils agissent au nom du roi, quel est leur lien avec l’armée régulière, la Force Publique, les mercenaires évoqués, quel est leur plan exact…

Cette volonté réaliste est souvent mise à mal assez cruellement, dans les éléments les plus importants et dans les détails : personne, en huit ans, n’a touché à la maison de Jane dans le village africain où elle avait vécu jeune, mais la toiture en paille est intacte, les meubles comme neufs, la poussière et les toiles d’araignée absentes ; la légendaire cité cachée d’Opar se résume à une petite cuve désertique au bord du fleuve ; les lianes utilisées par Tarzan n’ont aucune limite physique, elles se déploient à des vitesses folles et sur de très longues distances sans casser ou rencontrer d’obstacles ; Tarzan connaît absolument tous les animaux qu’il rencontre et tous les recoins du Congo, où il voyage à la vitesse de l’éclair, alors que le pays est presque quatre fois plus grand que la France et qu’il est supposé ne pas avoir rencontré beaucoup d’humains pendant ses premières années ; et il y a longtemps que l’on avait vu un personnage aussi sur-maquillé dans les pires circonstances que Jane…

 

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Des personnages stéréotypés à l’extrême

Mais la pire entrave au réalisme, et plus généralement à l’adhésion du spectateur, se trouve dans un tel emploi des clichés qu’on ne l’aurait pas cru possible à notre époque : Christoph Waltz est un méchant de cartoon, qui impose un dîner aux chandelles à sa captive, est toujours vêtu de son plus beau costume même dans les jungles pluvieuses, et a un super-pouvoir, son chapelet qu’il maîtrise comme un ninja sous prétexte qu’il le posséderait depuis son enfance, bien sûr… Sous prétexte qu’il a joué quelques excellents méchants, en particulier dans Inglorious Basterds de Tarantino, il se croit contraint d’accepter tous les rôles les moins bien écrits de méchants sans aucun intérêt (on souvient malheureusement de son rôle dans Spectre), quel gâchis… Il faut dire que dans une première version du film, il embrassait Tarzan dans son sommeil, mais que cela n’avait pas convaincu le public lors des projections-test. Et plutôt que de mieux justifier cet élément intéressant parce que trouble, Yates a préféré le supprimer…

 

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Jane (insupportablement interprétée par Margot Robbie) se veut un personnage de femme moderne, intrépide, intelligente, alors qu’elle en est le contraire exact : elle insiste pour accompagner Tarzan en Afrique alors que celui-ci veut la garder en sûreté en Angleterre, et parvient évidemment à se faire capturer aussitôt descendue de bateau. Elle provoque ses ravisseurs au lieu de négocier ou de jouer profil bas, trop chanceuse que ceux-ci soient trop bêtes pour la blesser ou tuer ses compagnons. Après une évasion elle se rend sans aucune raison (il fallait juste montrer qu’elle était assez forte pour s’échapper, sans que cela gêne le scénario). Et elle ne sert finalement que de damsel in distress, probablement le trope avec lequel les producteurs hollywoodiens contemporains devraient être les plus prudents…

Comme le trope du sidekick noir, auquel on n’échappe pas davantage, Samuel L. Jackson livrant l’une des performances les plus faibles de sa carrière, Caduce a déjà rappelé pourquoi. Pour éviter le reproche évident de racisme, David Yates s’est défendu en affirmant que George Washington Williams était le véritable héros du film, en tant qu’instigateur du départ de Tarzan pour le Congo, qui se surpasse par altruisme pour libérer les esclaves. Le problème est double : d’une part, il faudrait que cela se ressente dans sa psychologie, dans sa participation à l’action, dans sa mise en valeur, ce qui est très loin d’être le cas. Ensuite, puisqu’il est en effet le seul personnage à poursuivre une véritable quête (en dehors de sauver Jane qui n’avait rien à faire là de toute manière), cela ôte tout intérêt à Tarzan, qui n’a pas d’autre utilité qu’une pastèque avec des muscles.

D’abord convaincant, en tant que Lord réticent à l’idée d’un retour aux sources, Alexander Skarsgård n’est vite plus qu’un appât pour le spectateur, sa musculature impressionnante compensant apparemment son absence d’intériorité et d’expression. L’écriture catastrophique du film, dont aucun dialogue ne sonne juste, ne lui permet pas de mettre à profit ses capacités évidentes, ce qui est dommage quand on sait combien de mois il a dévoué à la préparation de son rôle…

 

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Une mise en scène inconsistante

Cette écriture n’est pas rattrapée par la mise en scène, pourtant assurée par le très correct réalisateur des quatre derniers Harry Potter, David Yates. Alors que son équipe est allée plusieurs semaines au Gabon pour filmer les lieux, sans les acteurs, il n’y a pas un décor qui ne sente le studio, par sa propreté, sa disposition et ses couleurs. Imitant le travail de Zack Snyder, y compris dans un recours ici parfaitement ridicule à la slow-motion qui casse le rythme sans créer de beauté, Yates a fait le choix de refuser toute couleur franche et vive, sans comprendre qu’on attend autre chose d’un film d’aventures dans la jungle que d’un film urbain sur les super-héros confrontés au monde moderne, et bien moins talentueux que l’homme derrière Watchmen, il ne parvient à convaincre dans aucun plan. Le montage épileptique laisse même le spectateur incrédule, l’équipe n’ayant pas compris qu’on ne peut changer vingt fois de plan pour un dialogue statique de deux minutes (ni d’ailleurs de créer un effet de vertige dans un traveling rotatif autour de personnages ayant un dialogue très commun…), et que le genre même de La Légende de Tarzan impose quelques demi-plans-séquence virtuoses, au moins quand Tarzan saute de liane en liane ou dans ses affrontements musclés… L’absence de plans-séquence réduit naturellement l’intérêt de la 3D, déjà mise à mal par l’obscurité permanente, les rares scènes où elle est supposée créer de la profondeur ne mettant guère en valeur que la platitude des décors en studio…

 

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Mal écrit, mal joué, mal réalisé, mauvais historiquement et dans les messages véhiculés, dans son action et son intrigue sentimentale, La Légende de Tarzan ne saurait même bénéficier d’une accusation de maladresse : il est le pire blockbuster (180 millions de dollars, sans doute investis en machines à fumée) produit depuis des mois, et peut-être des années… Ni un film d’aventure, ni un film d’action, ni un film romantique ou un film sur le colonialisme, juste un film de studio qui occasionne une incroyable déception pour le travail de David Yates.

 

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