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Critique de South Park : Le Bâton de la vérité

Critique de South Park : Le Bâton de la vérité

South Park : à série parfaite, jeu parfait ?

 

À la fin de la trilogie d’épisodes consacrée à la guerre des consoles et parodiant Game of thrones (épisodes 7, 8 et 9 de la saison 17), les enfants qui avaient passé tant de temps à se battre, se mentir, se trahir, nouer les alliances les plus extravagantes, finissaient blasés par leur lutte, et malgré la victoire de son camp, c’est Cartman qui concluait :

The last two weeks we’ve been too busy to play videogames, and look at what we did. There’s been drama, action, romance … I mean honestly you guys, do we need videogames to play? Maybe we started to rely on Microsoft and Sony so much that we forgot that all we need to play are the simplest things. Like, like this.   We could just play with this. Screw videogames, dude! Who fuckin’ needs them?!

Évidemment, sur l’image du bâton levé en conclusion de ce joli éloge du jeu authentique, apparaît la jaquette du jeu South Park : The Stick of truth, les cris enthousiastes des enfants étant couverts par la voix du publicitaire annonçant « The South Park video game, coming to stores soon ! ». Trois mois plus tard, le 4 mars 2014, le jeu paraissait sur Playstation 3, Xbox 360 et Windows.

South Park était en retard dans ce domaine sur son concurrent direct, Les Simpsons, qui étaient parvenus à se faire remarquer grâce au sympathique Hit and run, puis au plus complet Les Simpsons : Le Jeu, les autres jeux de l’une et l’autre franchise hésitant entre l’oubliable et le carrément indigne. A quelques mois de la sortie de The Fractured but whole, annoncé comme une suite fidèle à Stick of truth, il est temps de nous demander si cette suite est désirable, ou si une refonte complète ou un renoncement radical de la franchise au domaine vidéoludique ne serait pas préférable !

 

 

Fans de South Park de tous les pays, unissez-vous

 

Le rédacteur de cette page n’est pas le plus impartial : j’avais déjà défendu South Park comme ma série préférée de tous les temps, et j’avais fait de The Fractured but whole mon deuxième jeu le plus attendu de 2016, après Deus Ex : Mankind Divided, tandis que Lucile « Macky» Herman dira prochainement tout le bien qu’elle en pense dans sa publication dédiée aux séries d’animation pour adultes.

Et il faut reconnaître qu’aucune adaptation de dessin animé n’a bénéficié d’un tel souci de fidélité à la série originale. C’est bien simple, les deux créateurs de South Park, Trey Parker et Matt Stone, ont largement collaboré au jeu en plus de le superviser, et toutes les voix sont respectées, malgré la volonté de reprendre pratiquement tous les personnages de la série (et tout spectateur de la série sait combien elles sont nombreuses). Les graphismes sont exactement ceux du dessin animé, sans tentative d’une transposition grossière en 3D, donnant l’impression d’un réel prolongement de la série, ce qui est accentué par un grand nombre de courtes cut-scenes pour faire le lien entre les actions, et qui ressemblent donc autant qu’il est possible à des extraits d’épisodes.

Ce qu’on pourrait alors redouter d’un jeu aussi fidèle serait alors qu’il perde les néophytes en se contentant d’un fan service nécessairement d’une richesse inouïe, les 17 saisons réalisées avant la sortie du jeu n’ayant pas leur équivalent dans le monde des séries en matière de variété et d’éléments distincts et paradoxalement emblématiques, à l’image du taco ch…. de la crème glacée qui apparaît sur les écrans de chargement, le masque de catcheur dans l’armoire de Kenny, le chapeau chinois et l’album de myrrhe dans celle de Cartman, et littéralement des milliers d’autres.

 

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Si la connaissance de ces références procurera une jubilation constante chez le fan, il faut préciser qu’elle n’est pas indispensable pour apprécier le jeu, puisqu’elles tiennent souvent de l’easter egg, aucune scène ne l’exigeant pour comprendre l’intrigue par exemple. Elles servent à donner plus de relief à un jeu qui en dehors de cela n’en manque pas.

Le seul véritable pré-requis à l’aventure est d’être ouvert à l’univers, et donc à l’humour particulier de South Parkqui n’est pas seulement déjanté, mais parfois d’une vulgarité folle, voire malsaine pour quiconque n’aura pas abandonné son bon goût et sa bien-pensance avant de s’y lancer. Pour vous donner une idée, voici une petite liste des ennemis qu’il vous sera demandé d’affronter : enfants déguisés, chats, loups, ours,  zombis nazis, mongols, nains voleurs de slip, clochards, vaches zombies, extra-terrestres, fœtus, un évêque… Entre autres environnements, il vous sera demandé d’explorer le rectum de Mr. Slave, de combattre un gnome voleur de slips en évitant les testicules du père de Stan en plein acte sexuel juste au-dessus de vous, ce même Randy Marsh dont vous devrez empêcher la pénétration par une sonde anale, en vous trompant nécessairement… Ou serez-vous plus à l’aise avec cette scène où, parce que vous vous cachez dans le costume d’un chirurgien, le FBI vous demandera de pratiquer un avortement pour prouver vos dires ?

C’est bien simple, malgré une classification aussi restrictive que possible (PEGI 18+), certaines scènes ont été censurées en Europe et en Australie, preuve étonnante qu’il faut avoir le cœur bien accroché, mais preuve encourageante que l’adaptation pour le médium vidéoludique n’a pas amené Parker et Stone à trahir leurs convictions et leur série, et que contrairement à ce que fait notamment l’industrie super-héroïque, il ne faut pas leur demander d’être plus sages pour mieux vendre.

 

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Bon pour l’univers, mais le jeu ?

 

La fidélité à l’univers joue pour beaucoup dans la réussite de Stick of truth, mais elle n’est naturellement pas suffisante : il s’agit avant tout d’un jeu, et il faut donc nous demander si les créateurs ont su proposer en plus un gameplay intéressant – d’autant que cela avait été l’une des plus grandes faiblesses de Les Simpsons : Le Jeu par exemple, à la jouabilité aussi pénible que l’univers était agréablement respecté.

Les deux créateurs ont donc fait le choix assez inattendu d’un jeu de rôle, avec niveaux, compétences, quêtes principales et secondaires, centaines d’accessoires à trouver, exploration dans le monde semi-ouvert de la ville de South Park, s’étendant jusqu’à un Canada brillamment imaginé en 16-bit, plus des aventures dans des environnements clos… Donc à la fois le plus ambitieux et le plus à même d’optimiser le plaisir du joueur dans sa première découverte active d’un univers si bien dépeint dans la série. Il commence en RPG héroic-fantasy, puisqu’au début les enfants de la ville s’affrontent en deux factions pour récupérer le bâton de vérité, pour l’instant détenu par Cartman, et s’inspirent indirectement pour ce faire du Seigneur des anneaux. Au fur et à mesure que les enjeux vont se complexifier, poussant les enfants à s’allier entre eux et aux plus récalcitrants à leurs jeux puérils (les enfants de maternelle, les gothiques, et même…les filles !) contre les ennemis mentionnés plus haut, l’équipement et les objets récoltés vont évidemment progresser en absurdité.

Quatre classes sont disponibles : les excessivement classiques Chevalier, Mage et Voleur, et celle…du Juif, qui ne fait pas juste office de classe Claptrap de Borderlands mais a réellement son intérêt. Vous pourrez également vous faire accompagner de plusieurs autres personnages, un à la fois, qui combattront avec vous, et qui pourront interagir de manière différente avec l’environnement, même s’il faut avouer que l’on choisira souvent Cartman, parce qu’il est infiniment drôle, ou Butters, dont la capacité à se transformer en Professeur Chaos est exagérément redoutable.

L’un des défauts du jeu – l’un de ses très rares, il faut le dire – est la limite des niveaux à 15, vous empêchant de débloquer toutes les capacités. En fait, si vous farmez un tant soit peu, vous atteindrez le niveau 15 plusieurs heures avant la fin du jeu, et ne pourrez donc plus progresser qu’en lootant à la recherche d’équipement, frustrant.

Les combats se font au tour-par-tour, ce qui n’est évidemment pas a priori très prometteur… Cela fonctionne pourtant parfaitement, et je doute que vous vous lassiez réellement avant la fin du jeu de la répétition des mêmes tactiques. Alliés et ennemis parlent pendant le combat, les attaques sont juste assez variées, d’autant que les différentes armes ont des visuels et des modes d’attaque différents, la réussite des capacités spéciales repose sur des mini-jeux en QTE ou button-mashing, et surtout, la réussite des blocages ou des perfect hits dépend du timing et d’un choix de bouton (sur ordinateur, pour une même attaque, le clic droit donnera lieu à une power attack, tandis que le clic gauche peut permettre plusieurs frappes, l’armure des ennemis, leurs capacités défensives, pouvant exiger l’un ou l’autre, de même que certains seront insensibles aux attaques de mêlée et d’autres aux attaques à distance).

 

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Comme dans tout bon RPG, vous pourrez récupérer un grand nombre de collectibles, aussi bien les amis de réseaux sociaux (qui permettent de débloquer des capacités), les enfants de maternelle, les slips, que des plus gratuits, comme les chinpokomons… Et pour une fois, on est prêt à consacrer du temps à tous les récupérer, tant il est plaisant de prolonger le plaisir du jeu.

C’est que South Park : Stick of truth se finit en une quinzaine d’heures, ce qui est extrêmement peu pour un RPG et un jeu vendu à une soixantaine d’euros. Chaque séquence et chaque blague valent cependant tout à fait le coup et le coût, de sorte que personne n’en sortira en lui reprochant son prix. Le soin extrême apporté aux dialogues, aux personnages, à l’intrigue, à l’humour, n’en font pas un jeu de fan-service, mais un prolongement à part entière de l’univers, comme une saison bonus entière de la série, aussi riche à tous points de vue que les meilleures saisons – ce qu’il est d’autant plus agréable de constater que la dernière a globalement été une profonde déception.

Que penser alors de l’annonce d’une suite, South Park : The Fractured But Whole ? Sans grande surprise : qu’il faut se précipiter aveuglément dessus. Rejouez à Stick of truth, réjouissez-vous que votre frustration de ne pouvoir poursuivre vos aventures formidables permette une suite, appréciez le titre du nouveau jeu, regardez son excellent trailer, qui devrait donner des frissons à tout fan de South Park quand il verra l’univers qui sera exploré tout en paraissant assez hilarant aux amateurs plus irréguliers de la série !!

 

 

 

 

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Doctorant en Littérature comparée, je prépare une thèse sur les enjeux principalement politiques, moraux et religieux du comics super-héroïque - et un livre sur Batman, en projet. Certaines de mes interventions dans des colloques sont disponibles sur mon LinkedIn. Par ailleurs cinéphile et sériephile affirmé, j'essaie au mieux de partager ces passions (et les détestations qui en découlent) sur VonGuru après l'avoir fait sur Cleek, persuadé que c'est dans cette activité de partage et de discussion que la culture trouve son sel.

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