Huis Clos #2 : Room – Critique

Critique du film – Room

 

Cette semaine chez Cleek, le cinéma et les séries sont à l’honneur. Après vous avoir fait partager le récapitulatif des résumés de séries ce mardi, ainsi que les sorties cinéma à ne pas manquer, Cleek s’est ensuite orienté vers plusieurs critiques de films éminemment attendus par la communauté geek. Hier, vous avez pu découvrir la critique du film 10, Cloverfield Lane, estampillé du titre Huis-clos. Nous en profiterons aujourd’hui pour rebondir sur le sujet de ces films écrits dans une unité de lieu, avec un long-métrage sorti il y a quelques semaines, le 9 mars 2016, The Room. Réalisé par Lenny Abrahamson (Garage, What Richard Did…), The Room met en scène l’histoire incroyable d’une mère et de son fils, de leurs liens et de leurs échanges particuliers. Pourquoi ? Parce que l’enfant vit avec sa mère dans une même pièce depuis sa naissance, étant tout deux séquestrés et prisonniers depuis de longues années. Si le film se base sur le roman éponyme de Emma Donoghue, nous nous chargerons ici de vous transmettre uniquement ce que ce film dégage de particulier, afin de savoir si The Room répond ou non aux attentes suggérées par son synopsis fort prometteur. Entrez dans The Room…

 

Un huis-clos…

 

Si vous avez déjà lu l’article que nous avons publié hier sur 10, Cloverfield Lane, vous êtes donc familier avec la définition du terme huis-clos qui nous avait été rappelée par Siegfried « Moyocoyani » Würtz.

The Room, malgré un format un peu particulier, rentre dans cette catégorie de film puisqu’il relate l’histoire de Ma (Brie Larson : Crazy Amy, The Gambler) et de son fils, Jack (Jacob Tremblay : Motive, Les Schtroumpfs 2), tout deux séquestrés depuis des années, avant même la naissance de l’enfant, alors âgé de cinq ans au début du film.

Nous voilà donc projetés, dès le premières secondes, dans cette chambre particulière, ponctuée par la voix de Jack qui nous livre un monologue sur les objets qui l’entourent : Mme Chaise, Mr Tapis… Autant d’objets auxquels l’enfant a attribué un titre, comme pour les faire exister dans son monde, son monde de quelques mètres carrés, séparé de ce qu’il appelle « Le Dehors » : un univers qu’il n’entrevoit qu’au travers de Mme Lucarne, et dont il peut voir les infinies ressources au travers de Mme Télé. Après ces quelques phrases, livrées par la voix enjouée de l’enfant, nous arrivons dans la chambre. Un espace clos, fermé et sécurisé par une porte dotée d’une alarme et d’un code. Ma et Jack vivent ici depuis des années, on ne sait pas exactement combien, mais ils vivent. Pourvus d’un accès à l’eau et à l’électricité, la mère et le fils oscillent dans une routine quotidienne aussi triste qu’elle peut être réconfortante pour l’enfant. Le tortionnaire qui les retient prisonniers les nourrit, quoiqu’assez sommairement et sans réel souci d’une alimentation saine. Et c’est ce même tortionnaire qui s’en va leur rendre visite à la nuit tombée, après que Ma ait couché son fils dans Mr Placard. On entend alors et l’on ne voit quasiment rien, puisque le réalisateur nous place alors dans la peau de Jack, enfermé dans son placard, qui écoute sa mère discuter des fournitures à acheter, avant d’entendre d’étranges râles émaner quelques minutes plus tard des deux êtres. Si Jack ne semble pas vraiment comprendre ce qu’il se passe, nous, spectateurs, sommes les témoins forcés d’un viol qui n’est ni le premier, ni le dernier d’une longue série. Cependant, et malgré le caractère horrible de la situation, Ma et son tortionnaire entretiennent des échanges particuliers, relativement courtois et sereins (à prendre avec de grosses pincettes tout de même pour ce qui est de l’aspect serein des choses). Le personnage de Ma, perdu entre la fatigue, le désespoir et la volonté inéluctable d’éduquer et de protéger Jack du mieux qu’elle le peut, reste donc assez énigmatique et l’on ne parvient pas réellement à cerner son caractère, et encore moins le lien particulier qu’elle entretient avec l’Homme, surnommé par Jack « Le Grand Méchant Nick : entre des phases de rébellion envers lui et des moments de soumission glauques à souhait, Ma évolue dans un syndrome de Stockholm flou et incertain, tandis que Jack, bien que tenté par le mystérieux Dehors, s’accommode plutôt bien à sa vie dans La Chambre. Le film retracera-t-il donc uniquement par ce huis-clos la captivité tragique d’une mère et de son fils ? Non.

 

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La question d’une évasion a bien sûr traversé l’esprit de Ma plus d’une fois, mais, sans doute par peur qu’il n’arrive quelque chose à Jack, elle n’avait pas tenté grand chose. C’est pourtant en racontant l’histoire du Comte de Monte-Christo à Jack (comme si l’histoire était alors un fantasme à ses yeux) que Ma décide d’élaborer un plan pour permettre à Jack de s’échapper, ainsi qu’elle-même, si tout fonctionne comme prévu. Elle présente donc Jack malade au Grand Méchant Nick un soir, comme ayant beaucoup de fièvre et étant très affaibli. Ce dernier consent à aller trouver des antibiotiques qu’il lui rapportera le lendemain. C’est ce même lendemain que Ma apprend à Jack la marche à suivre pour leur évasion : l’enfant, censé être mort, sera enroulé dans Mr Tapis, et le Grand Méchant Nick l’emmènera alors dans le Dehors pour enterrer le corps. Une fois dans la camionnette, et lorsque cette dernière ralentira, Jack se déroulera du tapis, et sautera de la remorque pour trouver quelqu’un à appeler : un plan aussi incertain que dangereux donc, qui permettrait à Ma d’assommer son tortionnaire à son retour dans La Chambre.

 

… Mais pas seulement

 

En ce qui me concerne, ayant été voir le film sans avoir vu au préalable de bande-annonce, j’ignorais totalement qu’il y a aurait un « pendant » et un « après » la chambre. La longue scène de l’évasion a donc été un grand moment de suspense pour le moins surréaliste, où j’ai tremblé à chaque instant pour la vie de Jack et de sa mère. Le film conserve alors jusqu’à leur libération un traitement très intéressant : les concepts de l’éducation, de la captivité et des émotions qui y sont rattachés est plutôt fin et nous livre une belle réflexion sur la psyché de l’enfant : qu’est-ce que le réel ? Ce que l’on voit à la télé, que l’on devine par la lucarne existe-t-il vraiment ? Un chien peut-il nous lécher la main dans le dehors ? Un nénuphar peut-il flotter à la surface d’une si grande étendue d’eau ?

Le lien filial est également traité avec beaucoup de finesse et de force, et malgré cette situation exceptionnelle qu’affronte Ma, on ressent en permanence sa volonté de protéger Jack, de l’aider à grandir aussi normalement que possible. Cette première partie de film lève donc le voile sur les questions que soulève le sujet, en y apportant des réponses plutôt justes et surtout pertinentes.

En revanche, dès lors que Ma et Jack sont sortis de leur calvaire, le film tourne petit à petit en mélodrame prévisible et grossier… Et finalement, il serait délicat de jeter la pierre aux réalisateurs et scénaristes pour cet « après », mettant en avant des évidences faites de drames et de bons sentiments porteurs d’espoir. On a le droit aux conséquences du tapage médiatique post-libération, aux difficultés à se reconstruire après une telle épreuve, tant pour la mère que pour le fils, et rien ne nous surprend plus vraiment. À la différence d’un film tel que « Michael » de Markus Schleinzer et Kathrin Resetarits où l’on pouvait suivre la question de la séquestration et de ses conséquences dans une ambiance aussi impersonnelle que réaliste, The Room s’égare parfois dans des crises de sentimentalisme facile, tout en perdant de vue les bribes de réflexion intéressantes qui avaient pu émerger au début du film. Sans aller jusqu’à dire que c’est raté, nous dirons que cette partie du sujet soulève des réflexions beaucoup plus terre-à-terre, et dont on peut aisément deviner les possibles répercussions.

 

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Enfin, et pour dénoncer les quelques points noirs qui viennent obscurcir l’ensemble prometteur du film, les longs monologues tirés du roman éponyme agacent : on y présente Jack, l’enfant « innocent » par excellence, et l’on use jusqu’à la corde le mielleux, le niais et l’innocence pour émouvoir dans les chaumières : et ça, c’est plus qu’agaçant. Si l’interprète du personnage Jacob Tremblay nous livre une interprétation juste et précise, les directives scénaristiques en ce qui concerne ses longs monologues ne contribuent qu’à desservir le film, son sujet dramatique, et son traitement plus sérieux et subtil. La fin, quant à elle, nous laisse dans l’ambivalence : la mère et le fils vont, à la demande de Jack, faire leur adieux à « la chambre ». Un traumatisme pour la jeune femme, mais beaucoup moins pour l’enfant qui relie cet espace clos à ce qu’il a toujours connu, sa réalité à lui. Une touche finale quelque peu téléphonée certes, mais qui rappelle cependant qu’après leur libération, Ma et Jack vivront quoiqu’il advienne toujours un peu dans cette « chambre ». À voir donc, malgré les quelques maladresses plutôt agaçantes, pour un film tout de même intelligent, mettant en lumière quelques concepts intéressants sur la captivité, l’enfance, l’éducation, la résignation et l’espoir.

 

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