[divider]Tout plein de héros, partout, plus ou moins héroïques[/divider]

 

La promesse qui a été faite de donner à chaque héros des motivations propres pour soutenir un camp plutôt que l’autre est de même alléchante, inspirant cependant moins confiance quand on voit leur nombre, qui laisse supposer des motivations parfois assez schématiques, en plus de nous faire craindre un étirement inutile du film, la multiplication des affrontements singuliers, dont la bande-annonce donne un aperçu alors que rien n’est moins attendu qu’un duel entre la sorcière rouge et la Vision dans un film Captain America portant sur la Civil War, ne pouvant qu’ôter à l’efficacité réflexive au profit de la pure débauche d’effets spéciaux, qui n’avait convaincu personne dans Age of Ultron

Il paraît facile dès lors de créer de la hype en nous promettant de nouveaux personnages, que tout le monde sera évidemment heureux de découvrir, mais dont l’apparition éphémère ne pourra que frustrer si le film tente de rester regardable. Nous pensons évidemment à Spider-Man, dont Marvel vient de négocier les droits d’adaptation avec Sony (nous vous expliquions tout sur ces mystères dans un autre article), et qui a fait une apparition remarquée en mal à la fin du dernier trailer, l’approche assez légère du personnage ayant déplu aux fans, en particulier en pleine bagarre d’une civil war, et Black Panther.

Pour le premier, il a été décidé de ne pas tenir compte de la franchise Amazing Spider-Man et de son interprète Andrew Garfield, pas plus bien sûr que des Spider-Man de Sam Raimi, il s’agit donc d’un nouveau reboot, sans doute plus définitif. L’intégration du personnage dans l’Univers cinématographique Marvel devrait lui offrir la stabilité qui lui a fait défaut ces quinze dernières années, d’autant que le projet d’une phase 4 ne devrait permettre aucun reboot de personnage dans les six à sept prochaines années. Disney a choisi de caster Tom Holland, qui a l’originalité d’être fort jeune (il n’a pas vingt ans) et de n’avoir interprété que des rôles assez négligeables dans des productions d’une importance correcte (The Impossible, How I live now, In the Heart of the sea), étant connu essentiellement comme danseur dans Billy Elliot, the musical. Cela met malheureusement fin à la rumeur d’un Spider-Man noir… Reste à s’étonner du pari de le présenter promptement dans un film collectif en diable avant de lui dédier son propre film, en 2017, ce qui a l’avantage d’éviter une énième origin story, mais ce qui risque de ne pas donner le temps aux spectateurs de s’habituer à cette nouvelle interprétation et de l’apprécier.

 

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L’apparition du prince du Wakanda T’Challa est de loin la promesse la plus enthousiasmante de la phase 3. Black Panther n’est pas seulement un personnage noir fort (et pas un énième sidekick comme Iron Patriot et Falcon), il appartient à une autre culture et porte donc sur le monde américain un regard différent, abstrait des problématiques idéologiques qui séparent Iron Man de Captain America, le choix du parti du premier étant davantage lié aux reproches qu’il a contre la team Cap qu’à son adhésion à la politique de la team Stark. Son interprète Chadwick Boseman ne s’est guère fait remarquer que pour son interprétation remarquable de James Brown dans le biopic Get on up, on suppose que Michael B. Jordan se mord les doigts d’avoir accepter de jouer la Torche pour Sony ! On a en tout cas très hâte de voir le film qui sera exclusivement consacré au héros en 2018, et qui sera réalisé…par Ryan Coogler. Pas un réalisateur pour le travail duquel nous avons une estime démesurée, mais le contraire d’un faiseur pour les grands studios. Avoir choisi l’homme auquel on doit Fruitvale Station et Creed est un beau geste vers la communauté afro-américaine, et si elle a bien lieu, l’association des ambitions de Coogler et de celles de Disney devrait être passionnante.

 

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Le reste de l’équipe est évidemment autrement moins surprenante, on s’étonnera de l’absence de Chris Hemsworth (Thor), qu’on aime beaucoup, et de celle de Mark Ruffalo (Hulk), alors que tous les autres sont bien présents. Cette équipe est étendue suite à Age of Ultron à Vision (Paul Bettany) et la Sorcière Rouge (Elizabeth Olsen), avec le retour de Bucky Barnes (Sebastian Stan) et War Machine (Don Cheadle). La scène post-générique d’Ant-Man apparaît telle quelle dans le trailer de Civil War, le personnage éponyme fera donc sa première apparition au côté des Avengers.

Vous trouviez que le cinéma contemporain manquait de grands méchants nazis ? Daniel Brühl interprètera le baron Helmut Zero, absent des trailers, l’un des gros méchants stéréotypés de l’univers Avengers. Si vous vous étonnez qu’un film promettant une guerre civile entre héros présente un super-vilain, vous serez plus déçu encore d’apprendre que Frank Grillo reprendra son rôle de Crossbones. Sous-fifre dispensable de Winter Soldier, celui qui dans les comics tue Captain America revient avec dix kilos de muscles en plus pour incarner une pure machine à tuer. On voit à ces deux derniers choix de distribution se profiler ce qui est l’évident défaut de Batman v Superman : l’apparition de super-vilains dans une guerre entre héros risque de conduire artificiellement à leur réunion, mais disperse surtout l’attention du spectateur en confiant les actions brutales à des personnages habilités et habitués à les commettre, et non aux personnages supposés positifs

Deux acteurs secondaires mériteront davantage notre attention : Emily VanCamp, interprète remarquée de la série Revenge, reviendra comme Sharon Carter, et Martin Freeman fera sa première apparition comme Everett Ross, qui dans les comics sert de sidekick blanc ( !) à Black Panther.

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L’inconvénient d’un univers cinématographique est évidemment la multiplication de sous-intrigues ou de personnages secondaires destinée uniquement à faire référence aux événements précédents et à annoncer les suivants, sans être réellement efficaces dans l’intrigue. Les films étant liés les uns aux autres, ils doivent posséder une certaine autonomie qui justifie leur existence en tant que film, mais qui est souvent peu nette, au fur et à mesure que l’histoire du gant de l’infini devient plus présente. De sorte qu’il est impossible de dire si la Civil War va trouver une résolution au bout du film, ce qui paraîtrait étonnant (rappelons le déception des fans de voir le comics Civil War finir brutalement avec l’assassinat de Cap après sa reddition), ou s’étendre sur plusieurs films, sachant que les deux parties d’Avengers : Infinity War sont prévues pour 2018 et 2019, et que ce titre semble plutôt nous indiquer une intrigue concentrée sur les gemmes de pouvoir… Le plus vraisemblable serait peut-être alors un dénouement peu satisfaisant, seul capable de résoudre la crise de manière assez définitive pour continuer le cycle Avengers sans avoir de réel impact, la saga se passant mal pensons-nous de Captain America…

Il faut dire que Kevin Feige, le producteur du film et responsable de la branche de Marvel dédiée au cinéma, a annoncé une adaptation libre du comics qui se focaliserait sur la soumission au pouvoir étatique, et non sur la question de l’identité super-héroïque, qui était pourtant de loin l’intrigue la plus intéressante dans le comics, mais aussi la plus difficile à démêler de manière primaire…

L’équipe technique rattachée au projet nous met plutôt sur cette voie déceptive : les frères Anthony et Joseph Russo, après deux comédies assez faibles, s’étaient vu confier Winter Soldier, les deux scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely avaient écrit les trois films Les Chroniques de Narnia, l’horrible Thor : The Dark World, les deux précédents Captain America, et heureusement le très correct Pain and Gain, et il est déjà prévu que l’on retrouve les mêmes sur les deux Infinity War !

Le monteur Jeffrey Ford avait travaillé avec James Gray, Mark Romanek et Michael Mann avant d’être débauché par Marvel pour travailler sur les deux précédents Captain America, les deux Avengers et Iron Man 3, autant dire que cela pourrait être pire mais que cela ne contribuera pas à faire sortir la phase 3 des chemins balisés qui ont lassé les spectateurs des deux premières phases, de même que le directeur de la photographie Trent Opaloch, le bon chef op’ des films de Neil Blomkamp, mais qui avait déjà travaillé sur The Winter Soldier et est déjà engagé pour la suite…

Il ne reste qu’à espérer une bonne composition de Henry Jackman, dont le travail sur Winter Soldier n’avait pas brillé, et qui commence à donner l’habitude de contributions insipides à des films peu remarquables… Dans les seules cinq dernières années, il est cependant parvenu également à participer à la réussite de Kick-Ass, X-Men : First class, Captain Philips et Big Hero 6 (Les Nouveaux héros), au point d’être engagé pour Uncharted 4, et mérite donc notre confiance, même incertaine, parce qu’il appartient à ces rares compositeurs de films à savoir souligner l’action, renforcer une ambiance tendue et créer un peu de lyrisme.

 

[divider]Un film à voir, mais pas à attendre[/divider]

 

En somme, il faut s’attendre à un film d’action intéressant, plus que Age of Ultron, qui par son traitement très plat d’un vilain majeur ne pouvait que peiner à captiver, l’affrontement entre héros étant nécessairement stimulant. Voir Ant-Man chevaucher une flèche de Hawkeye ou Bucky et Captain America affronter Iron Man est évidemment prometteur en imax et 3D. On n’aura cependant pas d’attentes excessives sur le scénario, les annonces mêmes du studio annonçant comme une qualité un appauvrissement des enjeux du comics homonyme, et si les premières images laissaient espérer un film plus grave – ce qui paraissait évident au vu du scénario – l’intervention comique de Spider-Man en plein combat entre Iron Man et Cap montre que le film souffrira de l’un des principaux défauts des productions Marvel, l’humour sur le champ de bataille, qui casse l’implication du spectateur sous prétexte de délivrer des tag lines rarement bienvenues. Le trailer d’Iron Man 3 nous avait fait le même coup : il paraissait extraordinaire d’obscurité, pour le résultat que l’on sait, et le maintien des équipes de la phase 2, voire de la plupart des films du MCU, ne fera sans doute pas sortir Captain America : Civil War de la standardisation qui devient l’apanage de Marvel, mais dont la Maison des idées n’a aucune raison de se défaire tant qu’elle parviendra par la seule hype qu’elle génère à engranger les milliards…

On peut encore compter sur des surprises bien sûr : la rumeur veut que Ant-Man se fasse Giant Man, on ne sait exactement comment Black Panther sera introduit, et les trailers ne donnent aucun indice sur la résolution, au contraire du trailer de Batman v Superman. Mais ce ne serait pas si admirable si, comme on peut le craindre, il n’y a simplement pas de vraie fin. Nous irons donc voir le film pour donner une chance à Marvel de donner son meilleur sur la phase 3, sans en attendre des merveilles pour autant.

 

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