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Séries scandinaves : l’excellence qui venait du froid

Séries scandinaves : l’excellence qui venait du froid

Les meilleures séries scandinaves à découvrir ou à redécouvrir selon Cleek : sélection et analyse

 

Superhéros, experts médico-légaux, profilers de haut vol, enquêtes, tribunaux, dragons, zombies et une flopée d’agents du FBI de tout poil. Ils s’appellent Jack, Lily, Walter, Frank, Horatio, Kara, Olivia, Rick ou Daenerys et figurent au menu que nous servent depuis voilà un certain nombre d’années les grandes chaînes de télévision françaises. Ces séries, tout droit sorties du pays de l’oncle Sam, ont probablement rythmé vos soirées et animé bien des barres au vert croissant de téléchargement (non, non, ne détournez pas la tête, point de secrets entre nous, cher lecteur). Vous connaissez probablement de multiples détails concernant le jury des cours pénales américaines, les primaires présidentielles ou même le procédé de synthèse de la méthamphétamine. Vous avez vécu cent vies, outre-Atlantique, si l’on excepte quelques anomalies série-télévisées qui ont su s’extirper de la nasse, produit de l’excellence française (Engrenages, pour ne citer qu’elle) ou anglaise (Sherlock, MI-5 ou encore Downton Abbey).

 

Part-on avec une longueur d'avance lorsqu'on a de tels paysages à proposer ?

Part-on avec une longueur d’avance lorsqu’on a de tels paysages à proposer ?

 

Le paysage audiovisuel de nos séries est encore largement dominé par les productions made in USA, si l’on excepte la niche japonaise qui ravit les mirettes d’un groupe encore restreint d’amateurs et ce vent de révolte tout droit venu du nord de l’Europe. Est-ce le fruit de la fascination grandissante pour le polar scandinave, qui a envahi les étagères de nos librairies, s’engouffrant dans la large brèche ouverte par l’étourdissant succès mondial de la saga Millenium ? Est-ce le produit d’une certaine lassitude, une exotique envie d’ailleurs qui ne saurait être étanchée par une razzia effectuée chez IKEA ou le dernier concert de Nightwish ? Est-ce la juste retombée de notre admiration pour les sociétés scandinaves, justes, paritaires et dont les indices de liberté de la presse, de développement humain et de bonheur au kilomètre carré brisent le plafond de verre de nos mornes sociétés méditerranéo-occidentales ? Ou serait-ce encore le résultat d’une stratégie payante et audacieuse de quelques chaînes qui, à la façon d’Arte, ont fait le pari de nous faire découvrir des séries telles que Occupied (made in Norge et actuellement sur vos écrans) ou encore The Team (une série policière 100% européenne qui vaut le détour) ? Les racines du phénomène sont complexes, mais force est de constater que depuis quelques années, nous nous sommes épris d’amour pour ces pays nordiques et leur univers si particulier.

Loin des délices culinaires de Séoul, des rives brumeuses de la Tamise, et des gratte-ciel de New-York, il existe un tout nouveau monde audiovisuel à découvrir. Alors, traversez le pont de l’Øresund et découvrez notre top 3 des séries scandinaves à voir absolument.

 

Numéro 3 : À qui t’es ?

 

Disponible depuis voilà quelques semaines sur le service de replay à la demande des abonnés de Canal +, Acquitted (ou Frikjent dans son titre original) est une série norvégienne sortie en 2015 et se targuant pour le moment d’une unique saison, forte de 10 épisodes.

 

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La série raconte l’histoire d’Aksel Borgen, un riche homme d’affaires exerçant en Malaisie, qui revient en Norvège, son pays natal, pour réaliser l’acquisition d’une entreprise de panneaux solaires SolarTech. SolarTech, au bord de la faillite, est pourtant une entreprise prestigieuse, menée par sa présidente Eva Hansteen, et qui fait vivre tout le petit village isolé de Lifjord. Aksel se présente à Eva pour lui faire une proposition de rachat, mais aussi pour revenir sur les lieux d’un crime dont il a été lui-même acquitté 20 ans auparavant : celui du meurtre brutal de Karine, sa petite amie d’alors et la fille d’Eva Hansteen. Aksel est loin de se douter que son retour dans le petit village de Lifjord va raviver de vieilles rancœurs passées et déclencher une dramatique série d’événements inattendus.

 

 

Acquitted est un thriller psychologique lent, intimiste, et passionnant, à la photographie lumineuse pour de bien sombres desseins. Située dans le cadre magnifique d’un fjord du nord de la Norvège, la série vous saisit le souffle et le cœur pour ne plus les lâcher jusqu’à l’ultime épisode. Dans ce petit village où tout le monde se connaît, et où chacun à quelque chose à perdre, les secrets et les mystères se tiennent tapis dans l’ombre, prêts à engouffrer Aksel dans sa douloureuse recherche de la vérité. Jamais voyeuriste ni donnant dans la surenchère d’hémoglobine, il est intéressant de constater qu’en dix fois 45 minutes d’épisode, il ne nous est jamais donné de voir de flash-back concernant la nuit de la mort de Karine. La temporalité de la série se tient fermement ancrée dans son présent, ce qui permet au suspense de se déployer dans toute la subtilité de ses questions. D’Aksel, on ne sait que peu de choses, et surtout, on ignore le principal : est-il coupable ? Laissez-vous happer par l’atmosphère fascinante d’Acquitted, justement servie par un très beau générique de début, interprété par le groupe norvégien Highasakite.

 

Numéro 2 : Wesh Bro

 

Notre seconde série a un peu plus de bouteille car diffusée dès l’année 2011 sur deux chaînes de télévision différentes. Il faut dire que la série Bron (en suédois) – ou Broen en danois, ce qui signifie « Le Pont » – est un co-production suédo-danoise. Car la série se passe autant à Malmö, au sud de la Suède, qu’à Copenhague, la capitale du Danemark, et fait collaborer les services de police des deux pays, traversant au gré des épisodes le fameux pont de l’Øresund, long de près de 8 kilomètres et qui relie les deux pays. Forte de son succès, la série compte trois saisons de dix épisodes, dont la dernière a commencé a être diffusée pas plus tard que le mois de septembre de cette année.

 

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Dès le premier épisode, le ton et le rythme de la série sont donnés. Un corps sans vie a été déposé sur le pont de l’Øresund, sur la ligne invisible de la frontière entre la Suède et le Danemark. Élément plus sombre encore, au moment de manipuler le corps, la police se rend compte que le corps a été tranché en deux au niveau de la taille. Obligés de coopérer pour résoudre cette affaire, l’inspectrice suédoise Saga Norén, sorte de Sheldon Cooper intelligente et travailleuse mais désespérément imperméable à l’humour et aux relations sociales, va devoir travailler avec son homologue danois, plus jovial mais tout aussi fin limier.

 

Bron/ Broen est une série nerveuse et réaliste, emmenée par un très bon scénario et portée par des héros profondément humains et attachants. On pourrait dire sans trop s’aventurer que le simple personnage de Saga Norén est à lui seul le principal et meilleurs argument de la série tant il est agréable et rafraîchissant de découvrir le personnage d’une inspectrice franche, maladroite mais terriblement efficace dans son travail. Le spectateur n’a jamais le temps de s’ennuyer car les péripéties de l’enquête emmènent nos inspecteurs dans des rebondissements inattendus mais toujours bien amenés dans le fil scénaristique principal. À voir pour une autre vision du genre de l’enquête policière sur petit écran.

 

Numéro un : Va au bord, hyène

 

Notre heureuse élue est danoise, et vous en avez peut-être déjà entendu parler. La série Borgen (Borgen, une femme au pouvoir de son titre français) compte trois saisons et 30 épisodes, d’une durée de 58 minutes environ chacun. Borgen signifie en danois « Le Château », en référence au château de Christiansborg, le siège du gouvernement danois et théâtre principal des péripéties de la série.

 

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Diffusée entre 2010 et 2013, Borgen traite de l’accession au poste de Premier ministre du Danemark de Birgitte Nyborg (dans un parallèle maintes fois souligné avec Helle Thorning-Schmidt, Premier ministre du Danemark entre 2011 et 2015). Chef du parti centriste et mère de deux enfants, Birgitte Nyborg accède au pouvoir après que son parti ait gagné de façon inattendue les élections législatives. Désormais à la tête du premier parti du Danemark au Parlement, Birgitte a l’occasion unique de former un gouvernement de coalition et de devenir la première femme au pouvoir au Danemark. Borgen s’attache à montrer les rouages complexes de la démocratie danoise au travers de trois personnages principaux que l’on suit et que l’on retrouve à chaque épisode : Birgitte Nyborg, Kasper Juul, son directeur de communication et Katrine Fonsmark, journaliste à TV1, l’une des principales chaînes de télévision du pays.

 

https://www.youtube.com/watch?v=9hye_l8yvqA
Borgen est un peu le House Of Cards danois, le cynisme et le côté parfois fantaisiste du scénario en moins. La série mêle avec talent le fil narratif principal qui suit l’évolution du cabinet de Birgitte Nyborg et des épisodes racontant chacun un moment spécifique de son mandat. Corruption, médias, affaires extérieures, la série touche à tout et n’a pas peur de montrer les stratagèmes politiques et la cohabitation parfois houleuse avec le quatrième pouvoir des médias. Passionnante et portée par le très bon jeu de ses acteurs, réaliste et extrêmement bien rythmée, Borgen bénéficie d’une très bonne écriture et d’une réalisation maîtrisée de bout en bout. On assiste à l’évolution parfois difficile d’une femme politique qui aimerait conserver son intégrité et l’unité de sa famille face à ses ennemis, la nécessité de diriger le pays de façon efficace, la realpolitik et les comptes à rendre au public. Chaque épisode de Borgen débute avec une citation, de Machiavel à Mao Zedong, en passant par James Joyce, renforçant encore un peu pour qui en doutait la conscience politique aiguë de la série. Une série excellente en tout points, et peut-être bien supérieure au désormais célèbre House Of Cards.

 

Pourquoi ça marche ?

 

Se contenter de citer et de hiérarchiser les meilleures séries scandinaves ne suffirait pourtant pas à expliquer ce phénomène qui va croissant. Pourquoi un tel succès, et surtout, pourquoi un tel engouement ? Le secret de la recette de la popularité de ces séries scandinaves réside peut-être dans les qualités humaines des personnages ainsi mis en scène. Les personnages de ces séries sont réalistes et crédibles, mais surtout humains. Il est autant question de leur psychologie que du déroulement effectif du récit, ce qui explique pourquoi l’intérêt du spectateur soit si fort. Loin des clichés et des caricatures, les personnages – notamment féminins – ont une réelle épaisseur, et l’unité globale du récit ressort renforcée par la convergence des logiques internes aux personnages et du scénario.

 

Forbrydelsen - littéralement, Le Crime - est une série danoise saluée par la critique ayant fait l'objet d'un remake américain reprenant le nom The Killing

Forbrydelsen – littéralement, Le Crime – est une série danoise saluée par la critique ayant fait l’objet d’un remake américain reprenant le nom The Killing

 

Un autre point commun à ces trois séries réside dans les qualités d’écriture respectives de chacune d’entre elles. Le scénario se tient soigneusement écarté de toute forme de prévisibilité, mais respecte peut-être tout aussi soigneusement les contraintes et le cadre narratifs qu’il s’est lui-même imposé. Point de rebondissement téléphoné ou, au contraire, complètement capillo-tracté dans les meilleures séries scandinaves, mais plutôt une confiance absolue faite à l’intelligence du spectateur et à ses capacités à appréhender un récit complexe mais solide. Si l’engouement est réel, la capacité de cet intérêt grandissant pour les séries scandinaves à tenir la route semble sérieuse, tant les idées de scénario originales semblent affluer du Nord de l’Europe. Dernière en date mais non des moindres, la série norvégienne Occupied (Okkupert en norvégien) actuellement diffusée par la chaîne Arte fait de nombreux émules. Basée sur une idée originale du célèbre auteur de polars Jo Nesbø, cette série mêlant savamment géopolitique, thriller politique et science-fiction pourrait bien s’imposer comme une grande parmi les grandes qui venaient du froid.

 

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