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Pile à lire spécial Halloween : revisitez vos classiques !

Pile à lire spécial Halloween : revisitez vos classiques !

Les nuits se font fraîches, les arbres revêtent leur plus belle teinte de rouge et les journaux nous bassinent avec le changement d’heure (mais au fait, on perd ou on gagne une heure de sommeil ?) : pas de doute, Halloween approche à grands pas. Chez Cleek, on vous prépare deux numéros spéciaux de Des Cleeks et des Claques sur ces jeux vidéo et ces films qui nous ont fichu les jetons. Bien que l’on fasse la part belle au 7e et au 10e art, entre nous, communauté de lecteurs avertis, on sait bien à quel point les livres sont loin d’être en reste, côté Chair de poule et suspense au fil des pages. Pour réparer cette injustice, et rendre hommage au genre-roi de l’imagination (ça tombe bien, quelque chose me dit que cette dernière joue un rôle non négligeable dans cette émotion si particulière qu’est la peur), Cleek vous propose la liste des classiques à (re)visiter au soir du 31 octobre, pendant que les gamins du quartier s’échineront sur votre sonnette, loin de se douter, pauvres petits anges naïfs, que vous êtes confortablement installé dans votre fauteuil préféré, au coin du feu, en train de manger tous les bonbons de la maisonnée.

 

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Mais au fait, pourquoi lire des classiques, et pas le dernier roman de zombie à la mode ? Est-ce par élitisme littéraire ? Un choix complètement aléatoire ? Idéologie ? Rien de tout ça, braves gens, nous allons simplement procéder, entre lecteurs, à la démonstration suivante : lorsqu’il s’agit de fiche la frousse au public, le cinéma et le jeu vidéo n’ont (presque) rien inventé. Les ficelles de la peur, c’est le roman qui, en premier, les a subtilement tissées, et les arts de l’animation, s’ils ont leurs propres mécanismes, reposent encore sur des idées qui leur sont bien antérieures. Nous exclurons donc tout le folklore et autres vampires en tout genre qui ont pris le pas sur cette fête d’Halloween pour nous concentrer sur l’essentiel : la peur. (Et comment la créer.)

 

Le Malaise

 

Plus subtil et plus désincarné que l’horreur directe, certains romans noirs n’aspirent pas à nous effrayer mais instillent cependant un sentiment de malaise diffus, comme une pénombre persistante traversant le roman et gagnant graduellement le lecteur. Le résultat est parfois une peur sourde, tapie dans les recoins les plus sombres de notre imagination, mais non moins efficace.

L’Empire des Loups, de Jean-Christophe Grangé (2003) : Quatrième roman de Grangé après Le Vol des Cigognes, Les Rivières Pourpres et Le Concile de Pierre, L’Empire des Loups est un thriller à la fois passionnant et profondément dérangeant, tant dans les thématiques qu’il aborde (mafia, neurologie et chirurgie esthétique sont au rendez-vous, dans un cocktail cauchemardesque) que dans les aventures de l’héroïne, Anna, que l’on suit sans jamais savoir où ses pas la mèneront. Il règne dans ce roman un climat d’incertitude persistant, qui flirte avec l’horreur, et le talent de Grangé pour le suspense et l’écriture fait que l’on « glisse » vers la peur plus qu’on n’y bascule : de façon insidieuse, et remarquablement efficace.

Dix Petits Nègres, d’Agatha Christie (1939) : Si vous pensiez que les films d’horreur avaient l’apanage des situations en huis clos où les personnages se font méticuleusement éliminer tout en entendant une comptine d’enfant revenir, de façon aussi récurrente que flippante, détrompez-vous. Agatha Christie le faisait déjà en 1939, dans ce roman où dix personnes sont invitées par un mystérieux inconnu sur une île, coupée du monde. Arrivées sur place, cependant, point d’hôte, mais un enregistrement qui leur annonce un bien funeste sort… Où se cache le tueur en série ? Personne ne peut quitter ni approcher de l’île. Dix Petits Nègres est un roman à part dans la bibliographie de la célèbre romancière, et la réussite du livre tient notamment au malaise et à la peur, communicatifs, que ressentent les personnages. À lire absolument.

 

Dix petits Nègres s’en allèrent dîner.
L’un d’eux s’étrangla et il n’en resta plus que
Neuf.
Neuf petits Nègres veillèrent très tard.
L’un d’eux oublia de se réveiller et il n’en resta plus que
Huit.
Huit petits Nègres voyagèrent dans le Devon.
L’un d’eux voulut y demeurer et il n’en resta plus que
Sept.
Sept petits Nègres cassèrent du bois avec une hachette.
Un se coupa en deux et il n’en resta plus que
Six
Six petits Nègres jouèrent avec une ruche.
Un bourdon piqua l’un d’eux et il n’en resta plus que
Cinq.
Cinq petits Nègres étudièrent le droit.
L’un d’eux devint avocat et il n’en resta plus que
Quatre.
Quatre petits Nègres s’en allèrent en mer.
Un hareng saur avala l’un d’eux et il n’en resta plus que
Trois.
Trois petits Nègres se promenèrent au zoo.
Un gros ours en étouffa un et il n’en resta plus que
Deux.
Deux petits Nègres s’assirent au soleil.
L’un d’eux fut grillé et il n’en resta plus que
Un.
Un petit Nègre se trouva tout seul.
Il alla se pendre et il n’en resta plus
Aucun.

 

L’Épouvante

 

Si le malaise est trop gentillet pour vous, et que vous êtes à la recherche de plus d’émotions fortes en ce mois d’octobre, passez au niveau supérieur, celui qui vous hérisse le poil et vous remplit d’horreur. Là encore, force est de constater que les classiques du genre ont été des pionniers en matière d’épouvante, et que le film d’horreur leur emprunte avec plus ou moins de parcimonie les codes du genre.

 

Épouvante : (nom, féminin)
Peur intense causée par une menace devenue soudain perceptible.

 

Cette définition a son importance car elle nous donne la recette du succès des romans d’épouvante, auxquels les films d’horreur doivent tant : tout semble normal, quand, soudain, rien ne l’est plus, et le point de basculement, géré d’une plume de maître, est ce qui terrifiera, à dessein, le lecteur. Repensez au nombre de fois où un film vous a présenté une chambre apparemment calme, et vide, pour mieux faire apparaître la menace cachée que vous redoutiez tant de voir surgir.

 

Tippi-Hedren

 

Les Oiseaux, de Daphné Du Maurier (1952) : Les Oiseaux est une nouvelle de la romancière Daphné Du Maurier, auteur de Rebecca, et rendue célèbre dans la culture populaire par l’adaptation qu’Alfred Hitchcock en fera onze ans plus tard. La nouvelle suit la progression désormais classique d’une menace, a priori anodine et à laquelle la communauté ne croit pas, qui devient de plus en plus évidente à mesure que l’intrigue avance. Ici, point de requins, de piranhas, d’araignées venimeuses ou de scorpions mais des oiseaux. Si cela vous paraît difficile à croire, je vous invite à lire cette nouvelle, ne serait-ce que pour admirer le génie de Du Maurier, qui parviendra à vous terrifier de ces volatiles devenus soudainement particulièrement agressifs, et volant en bandes (pour mieux vous crever les yeux.) Et la dernière phrase de la nouvelle, petit chef-d’œuvre de subtilité mêlée d’une redoutable efficacité, vous fera vous rendre compte, si ce n’était pas déjà fait, du pouvoir décidément immense des mots. Un must.

Shining, l’enfant-lumière, de Stephen King (1977) : on ne présente plus le maître de l’horreur, ni son troisième ouvrage, The Shining, également immortalisé au cinéma par Stanley Kubrick en 1980. Le roman répond, lui aussi, aux codes du genre, abondamment repris par le cinéma par la suite, et qui répond à une idée a priori simple : prendre un lieu isolé, mystérieux (pour ne pas dire carrément hanté), et construire l’intrigue autour de celui-ci pour mieux faire complètement flipper le lecteur. Mettez cette idée machiavélique entre les talentueuses mains de Stephen King et vous obtenez Shining, ou l’histoire d’une famille partie passer l’hiver dans un hôtel abandonné, et dont le petit garçon a d’étranges pouvoirs. La fameuse scène de la chambre 217 (devenue la chambre 237 dans le film) a traumatisé toute une génération, et rien que pour ça, ce livre est un incontournable du genre.

 

Le plot twist

 

Autre outil devenu désormais un classique : le plot twist. À la différence du roman d’aventure à la Jules Verne ou du polar, qui joue uniquement sur la perception du lecteur, le plot twist dans le genre de l’horreur et du thriller a un objectif autre. Au contraire des romans basés sur l’idée de malaise, qui s’instille graduellement, ou encore des romans d’épouvante, qui peuvent commencer à vous faire peur, très vite, le roman d’horreur à plot twist suit un cours d’évènement apparemment normal pour mieux vous surprendre à la fin. La peur, si elle est tardive, est alors, cependant, redoutablement efficace, car tout ce qui nous a été raconté précédemment n’était qu’une vaste manipulation, et la présence d’une vérité cachée agit comme celle d’une ombre rôdant dans les ténèbres, et qui nous serait soudainement révélée.

Shutter Island, de Dennis Lehane (2003) : L’histoire se déroule en 1954. Deux inspecteurs se rendent sur l’île de Shutter Island, sur laquelle se trouve un hôpital psychiatrique pour malades mentaux condamnés par la justice. Sur cette île coupée du reste du continent, une detenue/ patiente, Rachel Solando, a pourtant réussi à s’échapper. L’île est sauvage, et l’hôpital foncièrement inquiétant, d’autant plus lorsque l’un des inspecteurs découvre que Rachel n’aurait pu s’échapper sans l’aide d’un complice. Le roman, l’un des meilleurs de Lehane, parvient à mettre en place un climat de danger permanent, sans que l’on puisse clairement déterminer l’origine de celui-ci. Si la fin du livre ne vous donne pas la chair de poule, on ne peut plus rien pour vous.

 

Les irréductibles rationnels

 

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Et vous, au fond de la salle, qui levez les yeux au ciel depuis le début de cet article, je ne vous ai pas oublié. Vous, le rationnel, à qui rien ne fait peur, ou presque, et qui ne vous prêtez qu’avec beaucoup de réticence aux frasques d’Halloween, j’ai aussi un livre, pour vous. Un livre qui vous ressemble : posé, minutieux, presque scientifique, alors que le début laissait présager une descente dans le fantastique le plus obscur. Deux classiques s’offrent à vous, pour une soirée lecture spécial Halloween qui rende hommage à vos petites cellules grises pas impressionnées pour un sou : Le Mystère de la chambre jaune, de Gaston Leroux, et bien sûr, l’incontournable Chien des Baskervilles, de Sir Arthur Conan Doyle. Pour le 31 octobre, serez-vous plutôt Rouletabille ou Sherlock Holmes ? Lande désolée où sévit un chien tueur d’homme une fois la nuit tombée ou grand classique français de meurtre en chambre close ?

 

C’était un chien, un chien énorme, noir comme du charbon, mais un chien comme jamais n’en avaient vu des yeux de mortel. Du feu s’échappait de sa gueule ouverte; ses yeux jetaient de la braise; son museau, ses pattes s’enveloppaient de traînées de flammes. Jamais aucun rêve délirant d’un cerveau dérangé ne créa vision plus sauvage, plus fantastique, plus infernale que cette bête qui dévalait du brouillard

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