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Le petit guide de survie du gamer en milieu social

Le petit guide de survie du gamer en milieu social

Le petit guide de survie du gamer : stratégies de défense

Vous n’avez probablement pas pu échapper à l’événement : l’édition 2015 des championnats du monde de League of Legends a démarré ce jeudi à Paris. Pour le joueur de League of Legends en particulier et le joueur de jeux vidéo en général, cet événement, s’il suscite l’engouement, ne provoque en revanche pas l’étonnement dans une communauté désormais bien au fait de la montée inexorable de l’esport. Malgré un certain nombre de tentatives visant à dédiaboliser et à démocratiser ce milieu, il demeure des franges entières du grand public qui aborderont les reportages des médias généralistes (événement d’envergure mondiale se déroulant à Paris oblige) dans l’exact ordre inverse, soit avec autant d’engouement que si on leur avait annoncé l’arrivée imminente d’une épidémie particulièrement barbare et un étonnement vissé à son niveau le plus extrême, surtout face à niveau mirobolant de spectateurs que l’événement attire.

 

Les All-Star de l'année dernière avaient déjà donné lieu à une bonne couverture médiatique de la part des médias généralistes

Les All-Star de l’année dernière avaient déjà donné lieu à une bonne couverture médiatique de la part des médias généralistes

 

Amis joueurs, tenez-vous prêts : l’attention des médias, si elle est nécessaire, risque fort bien d’avoir des conséquences perverses pour votre douce et pacifique personne. Que ce soit au prochain repas de famille, dans un groupe d’amis profanes ou tout simplement au travail, à tout moment – et même aujourd’hui, en 2015 – quelqu’un peut soudainement vous prendre à partie et vous interroger sur la nature exacte de vos activités extra-scolaires, dont il ou elle a entendu dire – horreur – qu’elles étaient à forte teneur vidéo-ludique. Pour qui assisterait à la scène, d’un point de vue neutre, il semblerait qu’on vous ait accusé de vous livrer à une activité extrêmement grave et socialement condamnable. Si vous voyez toutes les têtes se tourner vers vous, dont certaines arborant le rictus cruel de la mise au ban de la société à suivre, ne paniquez pas, respirez un bon coup, et suivez le guide de nos stratégies de défense.

 

Analyser la situation

 

La première des choses à faire, avant même de donner votre réponse, est de savoir à quel genre d’auditoire vous avez affaire. Donner une réponse posée et pleine de sens à un public de mauvaise foi ne vous servirait à rien : ne gaspillez pas votre salive. En général, ce public est facilement reconnaissable à deux signes distinctifs : on vous a posé la question de façon agressive – voire méprisante – et la question est purement rhétorique. Si quelqu’un vous pose la question en ces termes : « Et toi, Martin, tu passes encore toutes tes soirées à jouer à Call Of Duty ? », vous pensez bien que la réponse à cette question ne l’intéresse que très moyennement. Si vous vous retrouvez dans ce genre de situation, il n’y a pas grand-chose à faire : le public est hostile et cherche la bagarre. Un simple « oui » tout sourire devrait suffire à le déstabiliser, et l’ennemi, sentant qu’il a échoué à vous mettre mal à l’aise, ce qui était son but premier, passera naturellement à un autre sujet de conversation.

 

Si on vous titille trop, le visionnage du documentaire All Work All Play de force s'impose

Si on vous titille trop, le visionnage de force du documentaire All Work All Play s’impose

 

Ce premier cas de figure d’hostilité déclarée, s’il peut parfois surprendre ou blesser, est néanmoins le plus simple à deviner et à parer. Il existe cependant un autre cas, plus pernicieux, où le questionneur est suffisamment intelligent pour déguiser ses intentions peu louables derrière un sourire poli et des yeux grands mais faussement ouverts par une curiosité toute feinte. Vous l’aurez deviné, c’est un piège, car lui non plus, le vil personnage, n’en a que faire de votre réponse, car son avis sur la question est de toute façon déjà bien arrêté. À ce niveau-là, il faudra faire preuve de finesse et de discernement, car on ne peut de toute évidence pas vous demander de le reconnaître à son attitude. Mais comment lui répondre ? Là aussi, ne vous fatiguez pas à donner une réponse à qui n’a aucunement l’intention de l’entendre, mais soyez aussi calculateur et fourbe que cette personne : détournez l’attention. Il y a de fortes chances pour que ce genre d’individu (qui se félicite intérieurement de son intelligence et de ses capacités innées de manipulation) n’ose pas insister si vous avez réussi à relancer la conversation vers autre chose, de peur de trahir ses intentions.

Pour cela, il y a un certain nombre de réponses faciles à donner, qui vous permettront de montrer les dents et d’avertir silencieusement votre adversaire tout en gardant l’air aussi poli et faussement désintéressé que lui. Si il ou elle aime regarder le sport à la télé, ou une quelconque émission télévisée (la télé-réalité vous sera très utile, mais d’autres genres d’émissions peuvent faire l’affaire), retournez-lui la question. S’il insiste ou met en avant les différences entre la télé et le jeu vidéo, c’est le moment de parer avec l’argument suivant, qu’il faudra formuler avec intelligence pour ne pas avoir l’air d’être sur la défensive : le jeu vidéo est une occupation active, contrairement à la télévision qui elle, est passive, et ne requiert pas le même degré d’implication et de réflexion que le jeu vidéo. Si l’ennemi est féru de cinéma et s’aventure, en réaction à votre réponse, sur ce terrain dans le but de vous prouver la supériorité de ses occupations intellectuelles, c’est du tout cuit. Vous connaissez probablement un grand nombre de titres faisant référence à des films cultes tant le genre du cinéma a nourri celui du jeu vidéo : opérer le rapprochement en citant quelques exemples devrait l’empêcher de contre-attaquer sans se décrédibiliser.

 

Le cliché de la petite amie de geek malheureuse est-il en perte de vitesse face à la montée du nombre de joueuses tout aussi passionnées ?

Le cliché de la petite amie de geek malheureuse est-il en perte de vitesse face à la montée du nombre de joueuses tout aussi passionnées ?

 

Il existe un troisième cas de figure qu’il vous faut absolument identifier pour ne pas tomber dans le panneau, et celui-ci a une fois de plus trait aux intentions du locuteur. Certains ne posent pas la question par méchanceté envers vous, mais parlent en fait de quelqu’un d’autre, un joueur, comme vous, et celui-ci rappelle de mauvais souvenirs (souvent liés au jeu) au locuteur. En cause, donc : les jeux vidéo, qui ont pu les séparer, ou être source de conflit. Il peut s’agir, pour le locuteur, d’un partenaire amoureux, d’un enfant, ou d’un ami perdu, et s’il a l’air de vous poser la question, à vous, ne vous-y trompez pas, c’est bien de l’autre qu’il s’agit. Si vous ne connaissez pas son histoire personnelle mais qu’il se trahit en évoquant l’autre (type : « Je suis sorti avec une fille qui passait tous ses week-ends à jouer à World of Warcraft, c’était insupportable »), sautez sur l’occasion en lui posant d’autres questions sur sa relation – ou sur la personne qu’il vient d’évoquer -, dans ses aspects les plus éloignés du jeu possible. Vous verrez que la conversation évoluera naturellement vers un autre sujet.

S’il y a bien une règle d’or qu’il faut retenir, c’est que les gens adorent parler d’eux-mêmes, et rares sont ceux qui sont capables de résister à la tentation d’une question directe qui leur permettra de parler de leur sujet préféré. De même, si l’on vous parle d’une quelconque tuerie ayant impliqué un individu dont les médias se sont empressés de préciser qu’il jouait aux jeux vidéo, répondez en élaborant sur le rôle qu’a pu jouer le film Rosemary’s Baby, de Roman Polanski, sur le meurtre de la compagne de celui-ci par Charles Manson. En d’autres termes : répondez à l’absurde par l’absurde.

 

La science, votre meilleure alliée

 

Si vous avez beaucoup de chance et que le dieu de la statistique vous sourit, vous vous retrouverez peut-être en présence de notre quatrième cas de figure. Celui d’une vraie question, posée par quelqu’un qui, non seulement, vous prend au sérieux, mais est, en plus, sincèrement intéressé par votre réponse. Il s’agit en général de quelqu’un qui n’y connaît pas grand-chose aux jeux vidéo, mais qui vous connaît suffisamment pour arriver à concevoir que, si vous y prenez autant de plaisir, c’est qu’il y a peut-être quelque chose de noble ou même d’intéressant dans le fait de pratiquer cette activité. Notez que cette personne peut avoir la ferme intention de ne jamais toucher à une manette de sa vie, mais là n’est pas la question. On vous offre l’occasion de défendre un sujet qui vous tient à cœur, et le but du jeu ne consiste pas à rallier les gens à votre cause, mais bien de parler le plus intelligemment possible d’un sujet encore mal vu par le commun des mortels. Là-dessus, on vous fait confiance : personne ne parle mieux des jeux vidéo que les joueurs passionnés que vous êtes.

 

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Si, cependant, la passion ne suffisait pas, et qu’un débat s’engageait, vous devez être capable de faire appel à des arguments rationnels, sur un terrain qu’on peut difficilement taxer de subjectivité. J’ai nommé la science, qui, croyez-le ou non, est votre meilleure alliée. Les études sur les bénéfices des jeux vidéo sont nombreuses, mais voici quelques résultats à retenir pour plaider votre cause :

    •  Jouer aux jeux vidéo entraîne de nombreux changements dans différentes régions du cerveau, et des bons. Des neurologues allemands ont demandé à 23 personnes de jouer à Super Mario 64 à raison de 30 minutes par jour, pendant deux mois. Résultat ? Une croissance de l’hippocampe, une partie du cerveau dédiée à l’orientation et à la navigation spatiale, similaire à celle observée chez les conducteurs de taxi londoniens. Mais aussi du cervelet, qui gère nos fonctions motrices et la coordination de mouvements précis. Et, enfin mais non des moindres, l’étude a montré la croissance du cortex préfrontal droit, qui gère la planification et l’organisation, et qui est également largement sollicité par des jeux tels que Minecraft ou encore Civilization.

 

    • Les qualités inhérentes à un bon joueur de jeu vidéo. En tant que joueur assidu – ce n’est un secret pour aucun d’entre nous -, on développe un certain nombre de qualités. Si votre auditoire l’ignore, voici quelques unes d’entre elles, appuyées par des faits : acuité visuelle du joueur habitué à lire rapidement des informations passantes, capacité à prendre des décisions rapidement (toujours utile quand on conduit, par exemple), une persévérance à toute épreuve (vous avez l’habitude de ces niveaux qui vous résistent), et même, pour certains jeux à tendance zen, un calme accru. De façon générale, jouer à des jeux vidéo variés améliore votre capacité à résoudre des problèmes et votre gestion du stress.

 

  • Vous n’êtes pas seuls, et ce, sur de nombreux plans. Si vous avez l’impression que la conversation semble vouloir achopper sur le fait que vous êtes un paria de la société qui s’isole, il convient de rappeler à votre auditoire quelques chiffres. Le nombre de joueurs à travers le monde, premièrement, est estimé à un joli 1,2 milliard de personnes. Deuxièmement, la communauté du jeu vidéo, que celui-ci se pratique seul ou en équipe, s’étoffe et se nourrit des rencontres que nous y faisons. Vous connaissez sûrement un ou plusieurs bon amis rencontrés en ligne, c’est le moment de parler de ce lien fort, que tout joueur connaît bien : votre complicité, votre amitié, et le joyeux groupe d’amis qui est probablement en train de se former.

 

Vers d’autres aventures

 

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, nous espérons que la lecture de ce petit guide de survie du joueur en milieu social vous aura été utile, et vous aura permis d’avoir quelques pistes pour mieux aborder le sujet parfois controversé de la pratique du jeu vidéo en société. League of Legends n’est qu’un exemple, mais la montée de l’esport et la démocratisation croissante du monde du jeu vidéo font que ce sujet de conversation risque de se retrouver de plus en plus sur le devant de la scène. Le temps joue en notre faveur, car rares sont désormais ceux qui ne s’adonnent pas à des jeux sur tablette ou sur smartphone. À nous de bien gérer la transition vers une époque où la passion du jeu vidéo sera devenue une pratique socialement acceptable, et même, soyons fous, reconnue par le grand public de façon unanime. D’ici là, patience, et bon jeu à tous !

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