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Héroïne de saga, mode d’emploi #2 : Hermione Granger

Héroïne de saga, mode d’emploi #2 : Hermione Granger

Elle a une crinière brune indomptable, l’œil intelligent et la gâchette facile lorsqu’il s’agit de répondre aux questions de ses professeurs, et vous l’avez croisée au cours de sept livres qui ont probablement marqué votre adolescence et affiné votre sensibilité littéraire. Hermione Granger fait partie de l’incontournable trio d’amis de la saga Harry Potter, pour laquelle il faudrait inventer un nouvel adjectif tant « culte » ne réussit même pas à commencer à décrire l’ampleur du succès de l’œuvre-phare de J.K. Rowling.  Si sa présence, à la une de notre second numéro consacré aux héroïnes de saga, vous étonne, c’est probablement parce qu’Hermione n’est pas, comme son nom l’indique, le personnage principal de cette série littéraire. Elle n’est cependant pas loin d’en être, par moments, le second personnage principal, et la participation répétée du trio aux aventures qui ont façonné la saga nous permet de nous pencher sur Hermione, non pas comme étant derrière Harry, mais plutôt avec lui et Ron dans les moments critiques de la bataille, et, bien sûr, tout au long de l’année scolaire à Poudlard.

 

Leviosa

 

Après notre épisode consacré à Lisbeth Salander, Cleek tentera aujourd’hui de décortiquer ce qui fait d’Hermione Granger une « héroïne » de saga réussie, ce qui fait que nous avons pris plaisir à la retrouver, année après année, dans les couloirs de Poudlard, et ce qui fait d’elle un personnage attachant et crucial dans le déploiement de l’histoire, telle que nous l’avons lue au cours des sept livres qui composent le récit d’Harry Potter. Portrait d’une sorcière surdouée.

 

Géniale Hermione Granger

 

“ C’est ça que tu appelles jeter un sort ? Pas très brillant comme résultat. ”

 

Invariablement la première à réussir les exercices de Sortilèges et de Métamorphose, extrêmement douée en Potions (cf. le Polynectar, et la troisième Loi de Golpalott pour ne citer qu’eux), et dotée de facultés de raisonnement et de logique qui lui ont permis de déduire la présence du Basilic et la vraie nature du professeur Lupin, Hermione Granger n’est pas juste la première de la classe : elle est surtout une des sorcières les plus intelligentes et les plus puissantes de sa génération. Capable de lancer des sortilèges informulés ou même de lancer un sortilège dont elle ne connaît pourtant que la théorie (comme le fameux sortilège d’Amnésie), il n’y a quasiment rien qu’Hermione ne sache pas faire à la perfection, et la bataille de Poudlard la verra vaincre deux Mangemorts et repousser un Fenrir Greyback particulièrement énervé.

 

“ Et ils n’ont jamais inventé un sortilège qu’Hermione soit incapable de refaire. ”

 

Hermione 3B

 

De façon générale, Hermione a participé de façon si décisive à la guerre contre Voldemort grâce à ses aptitudes hors-normes et son apport logistique (particulièrement vital et mis en scène dans la première partie du livre sept) que sa qualité d’héroïne et son courage, au-delà de ses simples facultés académiques, ne sont plus à prouver. Contrepoids rationnel et réfléchi aux impulsions parfois plus masculines de Ron et Harry, mine d’informations et duelliste accomplie, Hermione est un des meilleurs exemples d’héroïne « secondaire » de saga, dont la présence, les qualités et la faculté de se battre sont indispensables au bon déroulement de l’intrigue. De là, il est possible de se baser sur l’exemple d’Hermione pour cerner quels sont les éléments susceptibles de transformer un personnage féminin en héroïne de saga crédible et réussie : ses qualités propres font que sa présence est réellement nécessaire, voire indispensable, et sa capacité à se battre fait d’elle une opposante formidable.

 

“ Est-ce qu’un jour, vous allez enfin prendre la peine de lire l’Histoire de Poudlard, tous les deux ?
– À quoi ça servirait ? dit Ron. Tu connais le bouquin par coeur, il suffit de te demander. ”

 

J.K Rowling, un esprit, des valeurs

 

“Ron, dit Hermione d’un air très digne en trempant la pointe de sa plume dans son encrier, tu es le butor le plus insensible que j’aie jamais eu l’infortune de rencontrer.’’

 

Si le personnage d’Hermione Granger reposait « juste » sur le fait d’être une sorcière surpuissante, nous y serions-nous attachés de la sorte ? Probablement pas, car la psyché d’Hermione recèle plus de profondeur et d’humanité que sa première rencontre avec Ron et Harry ne nous le laisse deviner. J. K. Rowling a confié se reconnaître en Hermione, et que derrière ses airs de première de la classe se cachent une peur de l’échec et un manque de confiance en elle. Dans le tome 1, Hermione déclare dans le Poudlard Express avoir appris par cœur tous les livres au programme, et si la scène prêtait avant tout à sourire gentiment de sa soif de bien faire, la politique très « Sang-Pur » prônée par le mouvement de Voldemort nous rappelle assez régulièrement le sentiment d’illégitimité qui peut être celui des sorciers né moldus. Que cette menace d’exclusion sociale ait motivé les ardeurs d’Hermione, et que, au-delà du cliché humoristique de la bonne élève, se cache le désir d’être acceptée font du personnage une figure sincère, et attachante.

 

Il n’avait rien dit non plus de l’évasion de Bellatrix et des autres tortionnaires. D’ailleurs Neville ne parlait pratiquement plus pendant les réunions de l’A.D. Il pratiquait sans relâche chaque mauvais sort ou contre-maléfice que leur enseignait Harry, son visage lunaire tendu par la concentration. Apparemment indifférent aux blessures ou aux accidents, il travaillait avec plus d’acharnement que tous les autres. Ses progrès étaient tels qu’ils en devenaient troublants et lorsque Harry leur enseigna le charme du Bouclier – un moyen de renvoyer à l’attaquant les maléfices mineurs -, seule Hermione parvint à maîtriser le charme plus vite que Neville.

 

© adaneko sur deviantart

© adaneko sur deviantart

 

Et c’est à ce moment-là que le déploiement de l’histoire sur pas moins de 7 tomes se révèle incroyablement efficace, car le personnage d’Hermione, comme ceux de Harry et de Ron, grandit et évolue au fil du temps. La jeune première année qui craignait plus que tout de se faire renvoyer se rebellera contre Ombrage et participera activement à la fondation de l’Armée de Dumbledore dans le tome 5. Dans l’épisode de l’attaque du Troll sur les toilettes de Harry Potter à l’École des Sorciers, le lien qui s’est créé entre les trois amis devient le canevas de l’évolution d’Hermione vers une adulte plus ambivalente, mais toujours intéressante, et surtout, droite dans ses bottes.

Car lorsqu’il a fallu nommer notre jeune héroïne, c’est sur un personnage de l’œuvre shakespearienne Le Conte d’Hiver, la droite et morale Hermione, que le choix de J.K Rowling s’est porté. Car Hermione Granger, et c’est peut-être là une de ses plus grandes qualités, est aussi faite de valeurs et de causes, qu’elle n’hésite pas à défendre. La vérité lui tient beaucoup à cœur, étant elle-même quelqu’un de foncièrement honnête. Une qualité palpable lorsqu’elle quitte en grande pompe le cours de Trewlawney, qu’elle considère (à juste titre ?) comme une vaste fumisterie, ou lorsqu’elle se venge de la très volubile Rita Skeeter. Mais elle s’émeut aussi du sort des autres, des Moldus en passant par les Elfes de Maison. Car là encore, derrière le potentiel a priori comique de la scène, se cachait un message de Rowling, la preuve en double citations.

 

“ Et tu crois qu’on va se promener avec des badges sur lesquels il est écrit « sale » ?
– S-A-L-E ! Au début, je voulais l’appeler : Arrêtons les Mauvais Traitements Scandaleusement Infligés à nos Amies les Créatures Magiques et Luttons pour un Changement de leur Statut, mais les badges étaient trop petits. J’ai donc fini par choisir ce nom-là et voici notre profession de foi.’’

 

“ Si tu veux savoir ce que vaut un homme, regarde donc comment il traite ses inférieurs, pas ses égaux.’’

 

Le nom d’Hermione fut également choisi en hommage à deux actrices britanniques interprétant des sorcières : Hermione Baddeley, qui a interprété le personnage d’Elspeth dans la série « Bewitched » et Hermione Gingold dans le film « L’Adorable Voisine ».

 

Conclusion ?

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Courageuse, puissante, décisive, engagée et attachante, Hermione Granger est un excellent exemple de création d’une héroïne de saga réussie dans la durée. Des millions de lectrices se sont aisément identifiées à elle, et le statut d’icône de cette génération geek, atteint par l’actrice Emma Watson, ne doit sûrement rien au hasard. Hermione Granger est devenu un personnage important du paysage de la Fantasy actuelle, et J. K Rowling elle-même a souligné que celle-ci n’était pas loin d’avoir crevé l’écran lorsqu’Emma Watson a lancé sa campagne féministe HeForShe à l’occasion d’un discours à l’Organisation des Nations Unies. « Hermione aurait été fière », ou, de façon plus prosaïque, Hermione Granger approves. Existe-t-il seulement meilleur sceau d’approbation que celui-ci ? Rien n’est moins sûr.

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