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La Dvdthèque : Scott Pilgrim

La Dvdthèque : Scott Pilgrim

La Dvdthèque : Scott Pilgrim

Bonjour à tous et bienvenue dans ce cinquième épisode de La Dvdthèque, votre rubrique cinéma sur Cleek ! Comme toujours, nous allons vous présenter un film déjà sorti au cinéma et dont vous pouvez faire l’acquisition en DVD ou Blu-Ray pour compléter votre Dvdthèque geek. Analyse, présentation, synopsis, musique et extraits continuent d’égayer votre lecture de La Dvdthèque, pour un contenu garanti sans spoilers.

Comme nous vous l’avions annoncé dans le précédent numéro consacré à Minority Report, nous allons quelque peu délaisser les films de science-fiction pour nous intéresser aujourd’hui à un autre film tout aussi susceptible de se retrouver dans votre dvdthèque geek : Scott Pilgrim. D’abord série de comics écrite et dessinée par Bryan Lee O’Malley, racontant la vie de son héros éponyme, la bande dessinée a été adaptée sous forme de film par Edgar Wright. Si ce nom vous paraît familier, c’est parce qu’il s’agit ni plus ni moins du réalisateur des films Hot Fuzz, Shaun Of The Dead et Le Dernier Pub avant la fin du monde. Avec la complicité du duo de trublions Simon Pegg et Nick Frost, Edgar Wright est depuis longtemps passé maître dans l’art du troisième degré et c’est avec plaisir que l’on retrouve sa patte si particulière dans Scott Pilgrim.

 


Sorti fin 2010 en France, Scott Pilgrim est un film qui étonne tant il porte avec lui les codes et références de la bande dessinée dont il est issu. Le film transcrit en effet à l’écran tout l’univers des comics et du jeu vidéo par des effets visuels que nous développeront au fil de cet article. Sans être au centre du synopsis, il est intéressant d’observer comment l’univers du jeu vidéo a été adapté pour servir de moyen de mise en scène et de narration, mais aussi de réseau de références qui inscrit ainsi le film dans une culture populaire extrêmement contemporaine. Le jeu vidéo est un élément encore assez rare au cinéma en général et dans ce que l’on pourrait appeler « cinéma mainstream » en particulier, surtout si l’on considère le poids que la culture vidéoludique a acquis ces dernières années. Certaines productions récentes pourraient démentir notre propos, mais force est de constater qu’elles sont souvent cantonnées au genre du film d’animation, ou à une adaptation d’un titre de jeu vidéo lui-même. Et lorsque l’on retrouve le jeu vidéo au cinéma dans une configuration « irl », il est parfois difficile de ne pas immédiatement donner dans le cliché tant certains films ont trahi sans le vouloir leur incompréhension totale de l’univers du jeu vidéo.

Scott Pilgrim réussit néanmoins à faire un film qui transpire le jeu vidéo, autour d’un scénario assez commun pour parler à tous les publics, et en s’affranchissant de toute volonté de sérieux. Suivez Cleek dans un voyage au cœur d’un film pas comme les autres.

 

Scott Pilgrim
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Genre :
Action, comédie, fantastique
Durée : 112 minutes
Titre original : Scott Pilgrim vs. The World
Musique : Nigel Godrich (Radiohead)

Distribution : Michael Cera (Juno) , Mary Elizabeth Winstead (Boulevard de la Mort, Die Hard 4, Destination finale 3), Alison Pill (Minuit à Paris, Harvey Milk), Anna Kendrick (Twilight, Pitch Perfect)
Réalisation : Edgar Wright (Shaun of the dead, Le Dernier Pub avant la fin du monde, Hot Fuzz)

Sortie : 2010
Pays d’origine : Canada, États-Unis, Royaume-Uni
Synopsis

Scott Pilgrim, 22 ans, bassiste dans un groupe de rock entre potes, les « Sex Bob-omb », se remet d’une rupture difficile, lorsque sa route croise celle de Ramona Flowers, une New-Yorkaise fraîchement arrivée dans sa ville, Toronto. Sous le charme de la mystérieuse jeune femme, il va tout faire pour pouvoir sortir avec elle, même si cela implique de rompre avec sa candide petite amie actuelle, Knives Chau, et de se confronter aux démons du passé de sa belle : les 7 Ex Diaboliques, aux super-pouvoirs aussi dangereux que leur colère vis-à-vis du nouveau petit ami de Ramona.

 

« Donc je dois battre tes sept ex-petits copains maléfiques ?
– Mes sept ex.
– Pourquoi tu dis tout le temps ça ? »

 

L’intérêt du film

 

À première vue, le scénario de Scott Pilgrim est tout à fait banal, et tourne autour d’enjeux propres à qualifier le film de teen movie, qui viendrait cependant taper dans une tranche d’âge légèrement plus âgée, celle des jeunes adultes. Il suffit pourtant de quelques minutes de visionnage du film pour se rendre à l’évidence : si Scott Pilgrim est un teen movie, c’est un teen movie sacrément décalé, d’un humour flirtant avec des niveaux qui feraient passer le simple second degré pour un petit joueur tant le sarcasme et l’ironie habitent chaque réplique du film, teinté d’une bonne dose de fantastique et d’un esprit résolument indé. Scott est un héros un peu paumé, terriblement rêveur et qui vit dans l’ombre d’une relation qui s’est terminée avec pertes et fracas. De nombreuses scènes du films sont des moments de pure imagination où l’on suit les divagations et les rêves de Scott, avec tout ce qu’ils comportent d’absurde et de fantastique. Le film colle à l’état d’esprit du garçon, et les scènes se suivent comme autant de moments de conscience de Scott qui divague et rêvasse d’une ellipse à l’autre. Les moments de déplacement d’un lieu à l’autre sont par exemple inexistants et la succession des 7 Ex Maléfiques se fait rapidement, dans un pur respect de l’esprit BD où les planches représentent des moments significatifs sans réelle transition d’une saynète à l’autre.

La BD habite réellement le film de part en part, dans un aspect tout d’abord visuel du film. Les onomatopées peuplent Scott Pilgrim et n’hésitent pas à s’afficher en toutes lettres à l’écran,  accompagnant les scènes d’action de « thud », « plok » et autres « bam » et donnant un réel plus au combat entre Scott et les 7 Ex Maléfiques. Des mots s’affichent aussi régulièrement à l’écran pour commenter l’action, l’état d’esprit, les pensées ou simplement participer à la narration de l’histoire, à la manière de bulles ou de didascalies de bande dessinée. L’humour rappelle également les gags d’un manga, où les limites physiques n’empêchent pas, par exemple, Scott de sauter par la fenêtre dans l’espoir d’éviter Knives, et où les ficelles humoristiques se basent beaucoup sur l’expression faciale des protagonistes, comme le regard noir et consterné que Kim jette constamment à Scott. Comme vous l’aurez remarqué, la musique et les tonalités rock indés, omniprésentes dans le film, se parent aussi d’une représentation visuelle qui évoque une scène musicale de bande dessinée, qui recourt naturellement à des moyens visuels pour représenter le son.

 

 

Mais la réelle inspiration culturelle qui sous-tend Scott Pilgrim, c’est bien sûr celle du jeu vidéo. Dans son affrontement qui l’oppose tour à tour aux 7 Ex Maléfiques, à la manière de différents niveaux d’un jeu vidéo de plateforme comportant à chaque fois son boss final, Scott progresse dans le niveau de difficulté, ce qui se traduit par un loot plus élevé à la fin de chaque victoire. Mais l’affrontement lui-même se présente aussi sous la forme d’un jeu de combat avec les « VS », « KO ! » et « Perfect » réglementaires, l’affichage de la force des coups, et bien entendu une présentation en début de match où les combattants se font face, du point de vue d’une caméra objective en plan large et latéral. Le film joue aussi, dans le combat final, avec la notion de « vie » d’un personnage, son respawn et le gain d’expérience qui débloque une nouvelle capacité. Le jeu vidéo pénètre ainsi les scènes de combat de Scott Pilgrim, conférant au film un aspect irréel et fantastique encore plus prononcé, jouant ainsi sur un mélange réussi des genres cinématographiques et vidéo-ludiques.


Scott_Power_Of_Love

Au-delà des trouvailles visuelles qui émaillent le film, celui-ci multiplie les références au monde du jeu vidéo dans une mise en abyme qui vient enrichir un peu plus la dimension vidéo-ludique du film. Toutes les citer nécessiterait un article en entier, mais on peut trouver, pêle-mêle et de façon tout à fait non exhaustive, des références au jeu Clash At Demonhead sorti sur NES en 1989, l’origine du nom de Pac-Man, une scène inspirée d’une cinématique entre Squall et Rinoa dans Final Fantasy VIII, une séquence où l’on entend le thème « Fairy Fountain » tiré de la franchise Zelda, un KO ! tiré directement de Street Fighter Alpha 3 et le personnage de Roxy Richter, dont le nom peut être interprété comme une référence au personnage de Richter Belmont de la saga des Castlevania, manie une arme similaire à celle d’Isabella « Ivy » Valentine, de la série des SoulCalibur. Les références sont donc tellement nombreuses qu’il faudrait probablement plusieurs visionnages pour toutes les trouver, et dans un pur esprit de Scott Pilgrimception, c’est tout naturellement que la BD devenue film s’est aussi déclinée en jeu de beat them all sorti en 2010 par Ubisoft sur Playstation et XBox 360.

 

Fin et bonus

Visuellement innovant, décalé et plein d’humour, Scott Pilgrim aurait pu être un simple film de fan service destiné aux amateurs de jeu vidéo si il n’avait réussi à retranscrire l’aspect rêveur, l’imagination et l’humour des répliques qui ont forgé l’univers de la bande dessinée. Il se regarde et se conçoit comme un mélange des genres réussi entre cinéma, jeu vidéo et bande dessinée, dans un mouvement d’ensemble toujours plus fort de dédiabolisation et de désenclavement des cultures toujours considérées comme assez nerdy des comics et des jeux vidéo. Espérons donc que cela soit un des nombreux films à inclure, à l’avenir, une vision crédible et une fonction de réel parti pris artistique issues de la culture geek.

Ce n’est à cette occasion pas une mais deux vidéos que nous vous présentons en fin d’article ; notre désormais traditionnel morceau tiré du film mais aujourd’hui, également, en bonus le numéro de Crossed dédié à Scott Pilgrim !

 

 

 

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