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Mad Max Fury Road : jusqu’au bout de l’Enfer

Mad Max Fury Road : jusqu’au bout de l’Enfer

Mad Max : Fury Road, le film d’action ultime ?

Le 14 mai dernier sortait dans nos salles obscures Mad Max : Fury Road, dernier opus en date de la série Mad Max avec, derrière la caméra, son réalisateur attitré George Miller et Tom Hardy dans le rôle-titre, succédant à Mel Gibson. Film de science-fiction post-apocalyptique, Mad Max nous plonge dans un univers dévasté, où des gangs de motards parcourent le désert à la recherche d’essence et d’eau. Mad Max se fait capturer par l’un de ces gangs, ayant juré fidélité à « Immortan Joe », un leader tyrannique régnant sur sa citadelle et sur des ressources rares et convoitées : de l’eau et des femmes, ces dernières lui servant de ventres reproducteurs et d’esclaves sexuelles. Jusqu’au jour où son « Imperator Furiosa », incarnée par Charlize Theron, détourne un porte-guerre avec, à son bord, les femmes du tyran. La course-poursuite infernale est lancée.

Dès sa sortie, Mad Max : Fury Road s’est attiré des critiques élogieuses et a décroché la très belle note de 4,3/5 en note de spectateurs dans ce grand tribunal participatif des films à l’affiche que représente le site Allociné. Cependant, deux faits allaient titiller la curiosité de la rédaction de Cleek : des commentaires prenant la défense du film sur le site de l’Odieux Connard (fait suffisamment rare pour être noté, et non, la trilogie du Hobbit ne compte pas, chers lecteurs, les fans de Tolkien ayant depuis longtemps mis leur objectivité au placard avec des yeux brillants d’étoiles pour tout ce qui touche de près ou de loin à la Terre du Milieu) et un film qualifié par beaucoup et notamment par des sources sûres connaissant leur sujet de « féministe ». Il n’en fallait pas plus pour envoyer au front, armée de son pop-corn et d’une aversion proclamée pour les films d’action purs et durs, votre fidèle mais néanmoins sceptique rédactrice. Alors, Mad Max : Fury Road est-il aussi bon qu’on le dit ?

 

Quand l’action devient un mode de narration

 

Avant toute chose, et pour mieux comprendre ce que le film a d’exceptionnel, il nous faut nous pencher sur le genre du « film d’action » en tant que tel. Genre assez stéréotypé, le film d’action alterne généralement scènes « narratives », censées construire et mettre en place une intrigue, et scènes d’action (ayant la fâcheuse tendance, dernièrement, à donner dans la surenchère) orchestrant les incontournables moments d’explosions et de course-poursuite. Sur ces propos sans concession pour le genre, nous venons probablement d’expliquer tout ce que Mad Max n’est pas.

 

 

 

Mad Max n’est pas « un » film d’action, c’est LE film d’action, la quintessence d’un genre qu’il dépasse et sublime à la fois, mettant en place des standards de qualités cinématographiques qu’il sera difficile à ses successeurs d’atteindre à leur tour. Pas loin d’atteindre le statut de chef-d’œuvre, mais faisant d’ores et déjà beaucoup plus que de renouveler le genre auquel il appartient, Mad Max fait de l’action un mode de narration à part entière. C’était une gageure, un défi, et le résultat est absolument saisissant et fascinant de maîtrise : Mad Max, c’est de l’action quasiment ininterrompue, et de l’action qui raconte, dans sa composition et son fil linéaire de course-poursuite infernale à travers une terre désolée, une histoire.

Mad Max Fury Road en devient une expérience inédite : quel film peut non seulement se targuer de reposer sur une succession presque continue de scènes d’action et de course-poursuite, mais en plus de le faire avec un tel talent et une telle maestria que chaque moment d’action est un moment narratif tout en lisibilité et émotion ? Si les personnages se déplacent dans le cadre dans un déluge de feu et de corps en mouvement, le spectateur sait toujours exactement où se situe chaque personnage, et ce que montre la scène. Les scènes d’action sont ainsi élevées au rang d’art de cinéma, petites pépites de maîtrise de la mise en scène et de la composition de chaque plan.

Un film d’action post-apocalyptique et féministe

 

Le féminisme est une denrée rare au cinéma, et même le fameux test de Bechdel ne suffit pas à établir un critère suffisamment cohérent ni exhaustif en la matière. D’une manière générale, les femmes ont du mal à exister en tant que personnage à part entière au cinéma, et a fortiori au sein du milieu fortement testostéroné du film d’action : rarement personnage principal de l’intrigue, son rôle principal est de tenir lieu de partenaire amoureux au héros, ou d’être quelqu’un à « sauver » des griffes des méchants. Même lorsqu’elle sait se battre, la femme au cinéma est systématiquement abordée à travers le prisme d’une destinée sentimentale, en dehors de laquelle elle semble ne plus exister, ou perdre de sa pertinence.

 

 

 

Mad Max Fury Road est un film indéniablement féministe, tant par les thèmes qu’il aborde que par le personnage central de Furiosa. Le film raconte l’histoire d’esclaves sexuelles déterminées à reconquérir leur liberté et à la recherche des « Terres Vertes » sorte de havre de paix où elles pourront vivre loin du joug du tyran « Immortan Joe ». Furiosa émerge comme la véritable héroïne de cette épopée jusqu’au bout de l’Enfer, et dont la destinée, si elle se mêle à celle de Max, ne constitue ni parade amoureuse, ni finalité nuptiale. C’est le récit d’une femme qui a décidé de reconquérir sa liberté, et l’on suit avec fascination les péripéties d’un personnage féminin qui existe en et pour lui-même.

 

Attention, le paragraphe suivant dévoile des éléments-clé de l’intrigue, si vous n’avez pas encore vu le film, rendez-vous au paragraphe d’après

 

Le film est centré de la tentative désespérée des femmes d’échapper aux ennemis qui les pourchassent pour les restituer à leur bourreau. Max est leur adjuvant, dans une fuite hors d’une société patriarcale au sein de laquelle elles ne peuvent vivre que soumises. Dans un retournement symbolique intéressant, le tournant scénaristique du film est aussi un tournant tout court. Lorsqu’elles font demi-tour pour affronter l’ennemi et lui reprendre la Citadelle, c’est un message fort qui pourrait être interprété comme une invitation aux femmes à reprendre l’espace public et les lieux de pouvoir plutôt que de les fuir dans l’illusion d’une possibilité de fonder une société matriarcale où elles pourraient vivre « entre elles ». Le porte-guerre, où se trouvent Nux, Max, et les femmes, est un espace de mixité où chacun est l’égal de l’autre, et c’est à bord de cette utopie égalitaire qu’elles et Max se lancent, avec succès, à l’assaut de la Citadelle.

Film post-apocalyptique, Mad Max Fury Road raconte le récit glaçant d’une terre désormais désertique, où l’eau est une ressource infiniment précieuse accordant, à celui qui la contrôle, un pouvoir indiscutable sur ses semblables. Le thème de la route est celui d’une tentative de reconquérir une liberté perdue, dans un voyage dont la finalité est finalement celle d’une rédemption. Les symboles religieux parsèment subtilement le film, à ce titre, le désert et les flammes des poursuivants représentent l’enfer sur terre, les « Terres Vertes » recherchées par les femmes un Éden, et la fanatisation des War Boys dont l’objectif est de mourir avec gloire pour accéder au Valhalla une certaine forme d’extrémisme religieux qui leur fait renoncer au libre-arbitre. Le personnage de Mad Max lui-même, crucifié à l’avant d’un véhicule de guerre au début du film, est une figure christique tourmentée, à la recherche d’une rédemption.

Courez le voir !

 

Mad Max : Fury Road est un film-expérience qui laissera sans nul doute une empreinte durable sur le cinéma et le genre du film d’action, profitez de sa présence sur grand écran pour participer à une expérience visuelle et cinématographique inédite. L’idée d’utiliser l’action comme moyen de raconter une histoire et sa mise en scène réussie en font un film à voir absolument. Sorte de fable écologique, féministe et post-apocalyptique sur fond de combat pour reconquérir une liberté perdue, Mad Max recèle une profondeur insoupçonnée dans un écrin de cinéma extraordinaire.

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