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Tetris, cette brique qui vaut des millions

Tetris, cette brique qui vaut des millions

Tetris, ce jeu qui ne semblait pas casser une brique

Cet été, nous fêtions officiellement les 30 ans du jeu sans doute le plus connu, le plus joué et le plus repris à l’échelle mondiale j’ai nommé Tetris. Classique du jeu vidéo pourtant régulièrement renouvelé, il semble avoir encore un long avenir devant lui. Faisons couler l’espace d’un instant quelques larmes nostalgiques, et revenons sur l’histoire de ce puzzle qui nous aura si souvent mis en boîte.

 

T’es triste ?

 

Tetris, c’est avant tout une histoire de géométrie et de mathématiques. Il faut remonter à l’époque de l’URSS, dans les années 1980 plus précisément, pour y retrouver Alexei Pajitnovk, fraîchement diplomé du centre informatique de l’Académie des sciences de l’URSS. C’est en essayant de reproduire un de ses jeux préférés, le Pentomino, que notre jeune ingénieur et chercheur en reconnaissance de la parole en serait venu à imaginer le jeu Tetris.

Mais c’est quoi au juste, le Pentomino ? C’est encore une fois une histoire de carrés. Avant de devenir (lui aussi) un jeu de société sous l’initiative de Solomon W. Golomb, il s’agit avant tout d’une figure géométrique composée de cinq carrés dont la disposition les uns par rapport aux autres permet d’obtenir un total de 18 formes. Le problème réside dans l’agencement de ces formes afin de remplir une surface donnée, de type rectangulaire, composée de 60 cases, sans qu’aucune forme ne se chevauche et qu’aucun trou ne subsiste. À titre purement informatif, le problème pour une surface de 6×10 cases aurait été pour la première fois résolu en 1965, avec près de 2340 (2339, pour être précise) solutions possibles, par un dénommé John G. Fletcher.

 

Quand se mettre en quatre n’est plus suffisant…

 

Mais revenons à nos carrés, et penchons-nous de nouveau sur la chronologie du Tetris. L’histoire officielle voudrait que notre cher ingénieur, et rien que notre cher ingénieur, soit à l’origine du jeu. Dans un contexte économique et politique particulier, le jeu serait passé par plusieurs étapes : dès 85, le jeu qui avait initialement été programmé sur Elektronika 60 est adapté à la plate-forme IBM-PC. Si c’est un gros succès au sein même de l’Académie, sa diffusion reste problématique. Qu’à cela ne tienne, Pajitnovk cède les droits à l’Académie en échange d’une publication du jeu qui circulera d’abord dans les pays de l’Est, à commencer par la Hongrie et la Pologne, avant de s’expatrier vers l’ouest par le biais de l’éditeur Mirrorsoft. Tetris débarque en Europe et aux États-Unis dès 1987, et c’est le jackpot. Suite à une carence juridique, les droits du jeu seront d’abord cédés à Mirrorsoft, avant que Pajitnovk ne les récupère en 1996, quelques années après son émigration en Amérique du Nord, et qu’il ne fonde dans la foulée la Tetris Company.

L’histoire est belle, mais apparemment pas si limpide que ça. En effet, le père officiel du Tetris aurait apparemment « malencontreusement » oublié de mentionner ses deux collègues Dmitri Pavlovski et Vadim Gerasimov, dont la paternité n’aurait été évoquée qu’une seule fois, à l’occasion d’un écran titre d’une des premières versions du jeu.

 

Des noms et des dates qui se jouent à quelques pixels près

 

Ce ne serait par ailleurs par la seule bourde dans l’histoire si glorieuse du Tetris. La date de création de notre jeu ne serait en effet pas des plus certaines. Ainsi, si la version officielle table sur 1984, l’année 2014 signant le 30e anniversaire du jeu, certaines images d’anciennes versions du jeu laissent apparaître l’année 1985, tandis que l’agence Elektronorgtechnica, organisation qui gérait la licence Tetris du temps où le jeu était la propriété de l’Académie des sciences, évoquerait l’année 1986. Vadim Gerasimov, le mystérieux collaborateur, affirme quant à lui que le jeu a été développé entre 1984 et 1986.

L’histoire de Tetris n’est donc pas si carrée que ça.

 

C’est dans la boîte !

 

Mais Tetris, ce n’est pas seulement une genèse chahutée. C’est surtout un énorme succès commercial, dont le principe a été dérivé à l’infini. Il serait bien trop long de faire une liste, qui serait sans doute non exhaustive, des différents titres touchant de près ou de loin à Tetris, mais l’on peut souligner que le jeu a su envahir tous les supports mis à sa disposition. Il faut dire que son principe on ne peut plus simple – assembler des pièces, au nombre de sept, de façon à vider un rectangle qui se remplit constamment – rend le développement de ce jeu relativement aisé. Si la vitesse de chute des objets et la couleur de ces derniers varient d’une version du jeu à une autre, à l’ouest, rien de nouveau.

Tetris a vu le jour sur ordinateur, mais ce n’est pas sur ce medium qu’il va s’épanouir. Il va notamment faire un tour du côté des arcades, et ce dès 88 avec Sega, et jusqu’en 2009. Mais c’est surtout sur les consoles que le jeu va faire fureur. Gameboy (Color ou non), Nintendo (DS, 3DS, Super Nintendo, 64, Wii, GameCube, et j’en passe), Sega (sur Saturn ou Dreamcast par exemple), Sony (et ses différentes PlayStation) ou encore Microsoft (Xbox comme Xbox 360), pas un nom n’y coupera. Tetris s’adapte à la technologie à sa disposition, et on le retrouve notamment sur les derniers smartphones Android, ou sur des produits Apple comme l’iPod ou l’iPhone (pourtant loin d’être un leader du jeu vidéo).

 

Que de chemin parcouru depuis la version Smiley – euh, originale – de Tetris

 

Tetris est un jeu universel, mais pas que. On peut en aborder l’aspect compétitif (limité, certes, mais tout de même), puisque différents records peuvent être cités. Ainsi, c’est Stephen Krogman, en juin 1999, qui aurait atteint le premier le score de 1 648 905 points sur arcade, bien qu’un certain Matthieu Valles lui aurait disputé le titre avec un score de 2 289 756 points en 2011. Dans la catégorie féminine (oui oui, une catégorie féminine, un vrai sport, vous dis-je), c’est Clémence Larrat qui obtient un score de 2 194 094 points en avril 2010 lors de la Tetris World Cup de Tampa (AHA ! Je vous l’avais dit !).

L’incroyable succès de Tetris se s’arrête cependant pas à une vulgaire compétition à l’échelle mondiale. Non, sachez qu’un film de science fiction basé sur le jeu est à l’étude, union entre Threshold Entertainment et la Tetris Company. Cette incroyable annonce a été révélée au Wall Street Journal en septembre dernier par Larry Kasanoff, connu pour avoir adapté Mortal Kombat au cinéma. Aucun détail n’a encore été donné quant à une date de sortie ou à l’histoire elle-même, mais cela a de quoi nous garder sur les talons.

 

Le héros que l’on attendait tous… – Crédit image

 

Mais il ne faudrait pas se borner à l’aspect simplement oisif de Tetris, qui serait bien plus qu’un simple jeu. En effet, le site officiel du jeu nous indique que différentes études scientifiques auraient montré les bienfaits de Tetris sur notre santé : dès 1992, il est suggéré que le jeu aiderait notre cerveau. En 2008, le Docteur Emily Holmes d’Oxford laisse entendre que Tetris peut aider à traiter les patients souffrants de Trouble de Stress Post-Traumatique. Mieux, l’université de Plymouth au Royaume-Uni suggère en 2014 que le jeu aiderait les gens à se conformer à leur régime alimentaire.

Malgré une naissance quelque peu contestée, aucun doute n’est possible : Tetris est une des briques fondatrices du monde du jeu vidéo, et elle n’est pas prête de disparaître.

Source : Le Monde

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@Marine_Wqr

Doctorante en Traitement Automatique des Langues, je n'ai de cesse de chercher, sur tout et rien. Je cherche encore ce que j'essaye de trouver.

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