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Les bijoux du cinéma asiatique #3 : Deux Sœurs

Les bijoux du cinéma asiatique #3 : Deux Sœurs

Présentation du film : Deux sœurs

Nous poursuivons notre série d’articles autour des bijoux du cinéma asiatique. Cette semaine, après Departures et Infernal Affairs, c’est au tour du film Deux Sœurs ( A Tale of two sisters / Jangwa and Hongryeon) d’être présenté. Réalisé par Kim Jee-Won, grande figure du cinéma sud-coréen à qui l’on doit notamment des œuvres telles que « A bittersweet life » ou encore le très dérangeant « J’ai rencontré le Diable »,  le long-métrage Deux Sœurs nous plonge dans un drame familial aux accents horrifiques : un film particulier que Cleek vous propose aujourd’hui de découvrir comme troisième opus de son palmarès des plus beaux films du cinéma asiatique.

 

Synopsis

Su-Mi et Su-Yeon (les deux sœurs en question, comme vous l’aurez deviné) sont de retour au bercail. Pourquoi ? Comment ? Nous ne le savons que peu, mais par contre, ce qui frappe au premier coup d’œil, c’est la relation particulière qui unit ces deux jeunes filles à leur belle-mère, pourtant bienveillante à première vue. Tandis que l’une des sœurs semble vouloir éviter à tout prix sa compagnie, l’autre paraît terrifiée en présence de la marâtre. Par ailleurs, la maison semble hostile aux deux jeunes sœurs et très vite, d’étranges événements s’accumulent dans le quotidien de Su-Mi et Su-Yeon : des fantômes rodent, les oiseaux meurent, tandis que la tension entre les deux jeunes filles et leur belle-mère devient de plus en plus tangible. Quels secrets planent donc sur cette famille en apparence tranquille ? Entrez dans le cauchemar des Deux Sœurs.

Une histoire simple, et pourtant…

Kim Jee-Won nous présente au travers de son film une situation initiale des plus simples. Le contexte est mis en place dès les premières minutes, et très vite, on se rend bien compte que quelque chose « cloche » dans le retour des deux sœurs. Évidemment, un contexte de ce genre ne s’invente pas ; des événements ont dû générer ce climat de tension si particulier, et c’est cette simple question qui viendra cueillir l’intérêt du spectateur dès le début du film.

À l’origine du film, ces deux jeunes filles, dont les prénoms signifient respectivement « rose » (Jangwa) et « fleur de lotus » (Hongryeon). Ces deux protagonistes puisent en fait leur genèse dans un conte ancien qui, de par sa transmission orale, a évolué au fil des siècles. Ne souhaitant pas céder à la facilité qu’aurait pu proposer cette intrigue plutôt simpliste, le réalisateur sud-coréen Kim Jee-Won nous suggère une histoire et une évolution des personnages bien plus subtile que ce à quoi nous nous attendions. Comment ? En renforçant certains codes du genre, en les brisant par la suite, dans le simple but de « perdre » le spectateur (pour mieux le retrouver à la fin, je vous rassure). Toutefois, Deux Sœurs n’en reste pas moins un film complexe qui méritera, à l’image d’un David Lynch, sans doute plusieurs visionnages afin d’en distiller chaque explication et chaque petit détail (qui dérange).

 

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Quelles émotions ?

Il serait légitime de se demander, après avoir vu la bande-annonce quelque peu inquiétante, de quel genre de film il s’agit. Deux Sœurs est-il à classer dans le cercle (très select néanmoins) des films d’horreurs cultes asiatiques ? Est-ce un drame, un thriller ? Un peu de tout cela, probablement. Kim Jee-Won éclate les genres dans son film et les propose à petite dose, de manière soignée et pondérée. Il y aura de l’horreur oui (et surtout CE moment dont vous vous rappellerez longtemps), un scénario fouillé, complexe, mais aussi de la tristesse, autant que vous en voudrez.

Toutefois, comme énoncé plus haut, Deux Sœurs ne vous simplifiera pas la tâche du point de vue de la compréhension. En effet, l’histoire se déroule, non sans cette certaine lenteur assez typique des films asiatiques, et les repères temporels sont assez difficiles à fixer. Pour parfaire le tout, le film brise les codes du genre de l’horreur avec une grande justesse, restant fidèle aux apparitions fantomatiques que l’on pourrait retrouver dans un The Grudge ou encore dans Ring : le fantôme ne surgit pas avec fracas, mais de manière insidieuse. Vous regardez une scène que vous croyez calme, et en l’espace d’une seconde, le fantôme est là, sans qu’il n’y ait de cri ou de sursaut. Il est juste là, avec la démarche boiteuse et déstructurée que l’on retrouve dans ces quelques grands classiques de l’horreur asiatique et l’ambiance du film change peu à peu, sans que vous n’ayez senti de transition particulière.

Pourtant, le réalisateur ne cède pas à la facilité de dédier son film tout entier à ce genre d’apparitions, et il marque quelques autres scènes d’effets beaucoup plus « US » où l’on sent une réelle progression allant de la tension, vers le sursaut, pour enfin aboutir au passage horrifique. Un subtil mélange des codes est donc réorchestré dans le film, de manière à ce que vous ne soyez jamais « tranquille » malgré un rythme narratif qui demeure, au contraire, plutôt lent. Enfin, entre les souvenirs, les fantômes, et les divers rebondissements, vous vous retrouverez assez vite perdu dans cet univers sombre mais néanmoins poétique.

 

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Un accueil sur la réserve

Malgré une recette plutôt réussie pour mener à bien son film, l’accueil que réserve le public à Deux Sœurs semblent toutefois mitigé, tout comme son remake de 2009 « Les Intrus ». Le long-métrage asiatique avait pourtant remporté trois récompenses sur les quatre nominations qu’il avait cumulé lors du Festival du Film Fantastique de Gérardmer en 2004, et malgré tout, les critiques nuancent le succès du film, criant tour à tour au génie pour un rendu aussi riche et complexe, mais déplorant parfois ce même aspect, jugeant ainsi le film comme étant « peu accessible ». Les deux avis sont néanmoins judicieux, et si vous désirez voir un film à l’intrigue simple et efficace, Deux Sœurs n’est probablement pas fait pour vous. La fameuse chute du film n’est pourtant pas extraordinaire, et ressemble même à quelques autres classiques que je ne citerai pas (histoire de vous laisser le plaisir de la découverte, quand même !), mais les nuances apportées autour du cliffhanger font qu’en général, on ne trouve pas les réponses à toutes nos questions au premier visionnage du film. Et finalement, est-il nécessaire de répondre à tous ces mystères ?

Pour ce qui est ensuite de la production, Deux Sœurs place la barre très haut. Le casting est assez irréprochable : Im Soo-Jung et Moon Geun-Young sont toutes deux excellentes dans les rôles des deux jeunes filles, tour à tour fragiles et dangereuses, Kim Kab-Su (le père) n’est pas transcendant, mais il colle parfaitement à cette image du rôle secondaire qui se veut ici en retrait, et enfin, il y a Yeom Jeong-A, une actrice formidable dans le rôle ambigu de la marâtre, dont on ne saurait jamais dire si elle est aimante, ou complètement terrifiante de par sa droiture, son charisme, sa rigueur et… le reste. L’image de la marâtre est donc ici particulièrement bouleversée, et l’on regretterait presque l’aspect assumé et machiavélique de certaines autres belle-mères de contes plus traditionnels.

 

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Enfin, l’ensemble du film (sa lenteur, comme les accents horrifiques, ou les moments plus tragiques) est porté par une musique magnifique, qui avait d’ailleurs provoqué le fait que je me rue sur ce long-métrage.  On y retrouve ces fameuses valses tristes, assez typiques des films asiatiques, mais il y a fort à parier que celle-ci résonnera encore longtemps après votre visionnage du film, si vous êtes de ceux qui sont/seront sensibles au « charme » des Deux Sœurs.

 

 

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