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Les bijoux du cinéma asiatique #1 : Departures

Les bijoux du cinéma asiatique #1 : Departures

Présentation du film « Departures »

Ringu, Old Boy, A Bittersweet Life… autant de noms pionniers d’un univers cinématographique en pleine expansion, et surtout, en pleine gloire sur notre continent depuis maintenant quelques années. Qu’on l’aime ou non, le cinéma asiatique a toujours proposé ce petit quelque chose qui innove, surprend et dévie de nos carcans européens. Difficile donc de rester indifférent face à ce style particulier et à cette façon très caractéristique d’aborder les émotions humaines. Nous nous plongerons donc dans les prochaines semaines dans la découverte ou la redécouverte de quelques uns de ces films qui ont marqué le cinéma asiatique. Et pour commencer ce premier numéro, place à la présentation du film japonais « Departures » (Okuribito) de Yojiro Takita, sorti en 2008.

 

Departures, un sujet controversé

 

Situons d’abord un peu l’histoire.

Daigo Kobayashi (Masahiro Motoki) est violoncelliste dans un orchestre symphonique à Tokyo. Malheureusement pour lui, sa carrière s’interrompt bien vite suite à la dissolution de cet orchestre, et le jeune homme décide alors de retourner, accompagné de son épouse (Ryoko Hirosue), dans sa province natale, à Yamagata. Une fois sur place, Daigo peine à retrouver un travail et propose donc ses services en réponse à une mystérieuse annonce d’emploi « d’aide aux départs ». Une agence de voyage ? Absolument pas, et Daigo se rend très vite compte qu’il vient d’être engagé dans une entreprise de Nokanshi, autrement dit, dans le milieu méconnu des pompes funèbres.

La situation initiale est très vite dressée, et rapidement, on suit notre protagoniste dans sa nouvelle vie d’employé des pompes funèbres, poste qu’il accepte par nécessité financière. Seulement voilà, le métier n’a rien d’enviable à première vue, et Daigo, conscient des préjugés et des tabous qui planent sur cette profession, décide de garder le secret, et de ne révéler à personne la nature de son travail. Yojiro Takita nous propose donc au travers de son film une plongée dans cette réalité rurale du Japon, et dans ce métier méconnu et décrié.

 

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Des portraits humanistes et poétiques, un mélange des genres

 

Departures fait partie de ces films rares dont on ne saurait dire s’ils sont drôles, cyniques, sordides ou tristes. Et la réponse à cela est que le film explore tout simplement chacune de ces facettes, sans que cela n’altère toutefois l’unité et la cohérence de l’œuvre. Les personnages, comme souvent dans les films asiatiques, semblent au départ quelque peu caricaturaux. En effet, la naïveté de Daigo, l’optimisme de son épouse, et le caractère étrange du patron des pompes funèbres (Tsutomu Yamazaki) sont à première vue des choses qui pourraient exaspérer au commencement du film. De plus, celui-ci adopte un ton plutôt comique et aborde les premiers jours de la vie de Daigo dans les pompes funèbres avec humour et détachement. À première vue, Departures pourrait donc être une comédie décalée, sur fond de tabou social, mais pourtant, on peine, malgré quelques sourires, à rire franchement de la situation sordide dans laquelle s’est mis le protagoniste du film. Car Departures est beaucoup plus subtil que cela, et les transitions se feront presque sans que vous ne vous en rendiez compte.

Tout au long du film, vous verrez la psychologie de chacun des personnages se complexifier et se diversifier, jusqu’à obtenir une galerie de portraits très nuancée et habile dans sa mise en forme. Il en ira de même pour les émotions que vous pourrez ressentir, et ainsi, à la fin du film, vous serez sans doute surpris d’être passé du rire aux larmes (et même sûrement beaucoup de larmes…), sans que l’un ou l’autre ne vous semble inapproprié. Departures dresse donc ce portrait atypique d’un métier tabou, dont les ficelles nous sont totalement inconnues en Europe, à moins de s’y intéresser. Les provinces rurales du Japon ayant conservé l’aspect théâtral et poétique de leur mises en bière (ou Nokanshi), vous aurez véritablement l’impression de découvrir une profession différente et nouvelle, où la mort pourrait presque sembler « belle » tant on est touchés par la beauté et la douceur des gestes, la bienveillance et la compassion sobre mais sincère des employés, accompagnant chaque famille dans l’inévitable travail de deuil. L’aide au départ du début du film prend alors tout son sens au fur et à mesure que se dessine la profession, et ce côté lent et poétique vous hantera probablement longtemps après le visionnage de Departures.

 

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Une réalisation soignée pour une Ode à la Vie

 

Il faut bien avouer qu’ici, le réalisateur prenait un risque en abordant un thème à ce point épineux dans la société nippone. Et pourtant le film connaît un succès inattendu, au Japon comme ailleurs. Ainsi, Departures collectionne les récompenses, qu’il s’agisse de l’Oscar pour le meilleur film étranger, des trophées pour la réalisation et la performance de Masahiro Motoki pour le Japan Academy Price, ou encore le Grand Prix des Amériques lors du Montreal World Film Festival. Au total, une trentaine de récompenses saluent le film, sa réalisation et son audace, car Departures est un film à la réalisation soignée.

Chaque plan est méticuleusement choisi, les paysages de la province de Yamagata sont magnifiques, et l’histoire, se déroulant au fil des saisons, donne au film cette atmosphère douce et chaleureuse. Car en effet, même si la thématique de la mort reste omniprésente tout au long de l’œuvre, et que les passages difficiles et tragiques ne manquent pas, il n’en demeure pas moins que Departures reste un film profondément optimiste, dont on ressort troublé, mais avec cette envie irrépressible de croquer la vie à pleines dents.

Enfin, il reste à saluer la prestation, toujours aussi marquante, du compositeur Joe Hisaishi, auquel on doit quelques magnifiques bandes originales, notamment au travers des célèbres films de Miyazaki. En effet, Joe Hisaishi, qui écrivait à l’époque une pièce pour violoncelle, vit la proposition de Yojiro Takita comme un signe, et il accepta d’emblée le défi. La musique de Departures est en adéquation parfaite avec le film, oscillant subtilement entre cette joie diffuse et ces accents mélancoliques qui ponctuent l’intégralité de l’œuvre. On notera par ailleurs les efforts déployés par l’acteur principal, Masahiro Motoki, qui apprit pendant six mois à se familiariser au violoncelle, afin que les scènes musicales soient plus réalistes et crédibles à l’écran.

 

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Si Departures vous est donc encore inconnu, je ne pourrais que trop vous conseiller d’aller y jeter un œil (voire les deux !) et de vous plonger dans ce drame empreint d’optimisme, qui mérite donc amplement sa place dans ce cycle d’articles autour des plus beaux films asiatiques.

 

 

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