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Old Boy : un film coréen, un remake US

Old Boy : un film coréen, un remake US

Old Boy : de Park Chan-wook à Spike Lee

C’est en 2003 que sort le désormais célèbre film «Old Boy » réalisé par Park Chan-wook. Ce dernier relate l’histoire vengeresse d’un homme qui, après 15 ans d’une incarcération mystérieuse, se lance à la poursuite de son tortionnaire et des raisons qui ont poussées celui-ci à commettre cet acte. Une sorte de Monte-Cristo moderne, inscrit comme le second métrage au sein d’un tryptique autour du thème de la vengeance (entre Sympathy for Mister Vengeance en 2002, et Lady Vengeance en 2005), Old Boy s’impose très vite comme un chef-d’œuvre dans la sphère assez sélect du cinéma asiatique, et ce, malgré son intrigue sombre, sa violence, et les questions morales soulevées par le film. Un exemple du genre donc, qui ne tarda pas à attiser la convoitise d’autres réalisateurs, désireux de s’essayer à l’exercice du remake. Après des projets de Sanjay Gupta et Justin Lin qui ne verront finalement pas le jour, Spike Lee propose son remake version US du film, arborant le même titre que l’œuvre originale, et ce dix ans après le coup de maître de Park Chan-wook. Cleek se penche aujourd’hui sur ces deux lectures d’une même histoire, et sur les succès différents de chacun des deux films.

 

Un pari osé ?

Bien évidemment, le remake US du film Old Boy a beaucoup fait parler de lui lors de sa sortie, provoquant inévitablement une certaine réticence de la part des fans de l’œuvre de Park Chan-wook (elle-même tirée du manga éponyme écrit par Garon Tsuchiya et illustré par Nobuaki Minegishi). En effet, pour beaucoup, Old Boy constitue une révélation sur la scène du cinéma asiatique, et l’idée d’un remake US en a effrayé plus d’un. C’est vrai qu’il était plutôt difficile d’égaler la qualité du premier opus qui mêlait subtilement son intrigue à un drame à la fois violent et poétique. Les scènes jugées les plus difficiles n’étaient jamais gratuites ou complaisantes et étaient même teintées d’un parti pris artistique des plus soignés, tandis que le dilemme moral qui déchira le héros au terme du film bouscula les codes du genre.

Il était donc hasardeux d’attendre « mieux » de cet opus américain, surtout lorsque l’ombre d’autres succès mitigés du genre planent encore comme une menace sur ceux qui s’étaient essayés à l’exercice du remake (The Grudge, The Ring, par exemple…). Pourtant, la version US de Spike Lee n’est clairement pas à jeter, sans toutefois égaler ou surpasser son prédécesseur, tout simplement parce que ce remake s’est essayé à quelque chose de différent, au lieu de tendre vers une (pâle) copie de l’œuvre d’origine.

 

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Une façon de se démarquer

Ne vous attendez pas à être cloué à votre siège si vous êtes un fan du premier opus, mais en gardant un esprit ouvert, et en appréhendant le film comme une œuvre nouvelle, il se pourrait que vous soyez surpris des choix effectués par le réalisateur. Dans l’ensemble, Old Boy US demeure un film beaucoup plus brutal que son prédécesseur qui jouait, quant à lui, sur une violence plus latente et psychologique, ponctuée de scènes plus chocs. Le remake de Spike Lee n’offre pour sa part aucune scène vraiment mémorable, mais l’ambiance reste pourtant constante, et le suspens tient le téléspectateur en haleine (qui plus est si vous ne connaissez pas l’histoire). L’intrigue se base moins sur des instants de « lenteur » que le premier opus, et le rythme se veut assurément plus percutant, ce qui fait de ce Old Boy US un drame plus orienté vers l’action.

Spike Lee garde néanmoins l’intrigue initiale (quelque peu détournée à certains moments) et nous fait revivre au travers de ses yeux une relecture d’une vengeance violente et obstinée. Par ailleurs, le réalisateur nous présente à divers moments du film quelques références symboliques à l’opus coréen (le symbole du parapluie par exemple, ou encore la reprise de la scène mythique du combat dans le couloir…) : quelques clins d’œil qui feront donc sourire les défenseurs de Park Chan-wook à quelques moments du film.

 

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Oui, mais…

Pourquoi le remake US du film Old Boy ne parvient pas à convaincre totalement ? Qu’est-ce qui fait que Park Chan-wook reste inégalé sur le succès de son film ? Plusieurs points restent à étudier…

Tout d’abord, le casting. D’un côté, nous avions Choi Min-sik (Lucy, J’ai rencontré le diable, Lady Vengeance...) et de l’autre Josh Brolin (No Country for Old Men, American Gangster…). Même si l’acteur américain ne parvient pas à égaler l’interprétation magistrale de son collègue asiatique, et surtout ses débordements transcendants sur certaines scènes (celle du sushi-bar, ou encore le vis-à-vis brutal et déchirant face à son tortionnaire à la fin du film…), Josh Brolin n’en reste pas moins convaincant car il insuffle une dimension plus animale et brutale à son personnage, là où Choi Min-Sik était plus nuancé, et « humain ». De ce côté là, on peut dire que Spike Lee s’en sort plutôt bien.

Par contre, là où le bât blesse, c’est lorsque l’on compare les performances des deux « méchants ». Côté US, le choix de l’acteur s’était avéré difficile, car après avoir envisagé de grands noms pour ce personnage (Christian Bale, Colin Firth, ou encore Clive Owen), Spike Lee s’était tourné vers le non moins célèbre Sharlto Copley (un des acteurs fétiches de Neill Blomkamp dans District 9 ou encore Elysium). Pourtant, la performance de Copley ne convainc pas : le personnage est ridiculement mégalo et grandiloquent, tant et si bien qu’il perd toute l’humanité qui aurait pourtant servi son scénario, ses motivations et le personnage, tout simplement. Face à lui, dans le casting coréen, se dressait Yi Ji-Tae qui, sous ses faux airs de jeune premier, avait interprété le rôle de manière magistrale, tout en nuance, perdu entre le désespoir de sa situation, et son envie de vengeance à grande échelle (là encore, le vis-à-vis final entre les deux acteurs reste un grand moment de cinéma où l’on oscille entre le dégoût, le soulagement et les larmes). Une interprétation en demie-teinte donc pour Sharlto Copley qui ternit quelque peu le tableau de ce casting US. On notera enfin la prestation très médiocre et caricaturale de Samuel L. Jackson, d’ordinaire excellent, mais qui ne parvient pas ici à convaincre dans un rôle très secondaire de l’histoire.

 

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Attention aux spoilers sur le prochain paragraphe !

 

Enfin, si le Old Boy US ne parvient pas à se hisser au niveau d’excellence du premier, c’est sans doute parce que Spike Lee a pris le parti d’arrondir quelque peu certains éléments de l’histoire. Les causes de l’incarcération du protagoniste sont différentes, et la chute finale diffère quelque peu d’une version à l’autre (l’hypnose d’un côté, et l’endoctrinement par le biais d’une fausse émission de télé). La tentative était toutefois intéressante, et elle n’est pas franchement ratée, mais elle reste toutefois bien moins audacieuse que les terrains explorés par Park Chan-Wook qui lui n’hésitait pas à mettre en exergue les penchants les plus noirs de l’humain (la torture, l’inceste, la lâcheté, ou encore l’asservissement…).

Enfin, les grandes scènes qui avaient fait le succès de l’opus coréen ne sont parfois pas présentes (la pénible « dégustation » de poulpe de Choi Min-Sik, qui par ailleurs, est vététarien) ou ne sont qu’une pâle copie de l’original (la fameuse scène de combat dans le couloir). La faute, en grande partie, à des plans beaucoup moins soignés, pour un parti pris plus orienté vers l’action que sur le visuel artistique. La musique quant à elle, ne marquera pas les esprits dans la version US du film, là où elle n’était qu’un pur envoûtement dans la version coréenne, alliant des valses tristes et la musique baroque de Vivaldi aux scènes de violence les plus crues, ce qui avait charmé nombre de téléspectateurs, émus de ce contraste entre poésie et violence.

Si vous êtes néanmoins fans de l’intrigue de Old Boy, et que vous êtes prêts à découvrir ou à redécouvrir celle-ci sous la forme d’une relecture différente mais efficace, foncez voir le remake de Spike Lee qui, sans surpasser la version de Park Chan-wook, n’en reste pas moins un très bon film, à la fois divertissant, rythmé, et percutant.

 

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