Jeux Vidéo

Apple, la pomme gâtée des jeux vidéo

Apple, la pomme gâtée des jeux vidéo

Apple ne joue pas le jeu des jeux vidéo

Bien que jugée par beaucoup comme élitiste, et s’adressant clairement à un public de niche, la marque Apple connaît une prospérité plus qu’affichée. Voilà de nombreuses années que la Pomme s’est immiscée dans nos vies, au travers des tous premiers Macintosh, mais aussi plus récemment au travers des iPod, iPhone, iPad et autres accessoires commençant généralement par un « i ». Mais il y a bien un domaine dans lequel Apple semble avoir du mal à croquer : les jeux vidéo. Intéressons-nous donc au cas d’Apple, un bien petit joueur.

 

Pas de quoi se consoler

 

Que l’on soit un utilisateur régulier de la Pomme, ou qu’il s’agisse d’une simple observation, l’évidence est là : Apple et jeux vidéos ne font pas bon ménage. Il convient en effet de préciser le terme de « jeux vidéo ». Loin de moi l’idée d’en donner une définition précise et universelle, mais pour le bien de cette réflexion, je vais, et cela me semble être une évidence, exclure de ma liste tous les jeux de type Candy Crush, Angry Birds et autres applications ayant fait des tablettes made in Apple la console favorite des gamers s’épanouissant le temps d’une commission de la plus haute importance.

Car il faut déjà partir de ce constat simple. Apple n’est pas connu pour ses consoles. Non pas qu’elle ne s’y soit jamais essayé. Le nom de Pipp!n ne réveillera peut-être pas beaucoup de souvenir, mais sachez que c’était ainsi que sous cette appellation que la console développée par Apple et commercialisée par plusieurs entreprises, dont Bandai à leur tête, s’est retrouvée dans les rayonnages entre 1995 et 1997. Prêt de 45 000 exemplaires de la console seront vendus avant que Bandai n’en arrête l’exploitation. Malgré un certain côté innovateur par l’exploitation d’éléments micro-informatiques (le but de se rapprocher d’un ordinateur de bureau), elle n’a pas réellement su convaincre, du fait de la forte concurrence de la Nintendo 64, de la Saturn et de la PlayStation, et d’un catalogue de jeux comparativement trop peu fourni. Une rumeur tenta bien de soutenir la résurrection d’une console made in Apple en 2011, la iPlay, mais en vain.

 

La Pipp!n, une console des plus pimpantes

 

Cela ne représente en soi pas un obstacle, puisque consoles et ordinateurs étaient jusque là relativement bien dissociés, mais cela prive sans doute la marque d’une crédibilité qui lui fait déjà terriblement défaut. À l’exception donc des iPad, que nous avons précédemment évincés, Apple ne propose qu’un seul support : l’ordinateur.

 

Quand ça proc, c’est net

 

Apple, Mac, l’amalgame est vite fait. Et pour cause. C’est bien le Mac, ou Macintosh de son vrai nom, qui a permis à la marque de se faire une place sur le marché, et donc une réputation. Macintosh, c’est une longue histoire de famille, où les générations d’ordinateurs se suivent et se ressemblent parfois.

C’est en 1977 qu’Apple se lance à la conquête du marché avec l’Apple II, l’un des premiers ordinateurs personnels à être produit à grande échelle. À la tête d’une longue lignée d’ordinateur (Apple II plus, IIe, III, IIc – portatif – IIGs et enfin IIc plus), il est cependant remplacé dans le cœur des consommateurs, à l’aube de l’année 1984, par le Macintosh (d’abord 128K, puis 512K, 512Ke). Ce dernier connaît un nouveau printemps en 1998, pour tenter de contrer une baisse constante des parts de marché d’Apple, et l’ordinateur made in Apple fait peau neuve : l’iMac est là. Rond, coloré, il contribue à redorer le blason et les caisses de la marque, et dès 2002, avec le iMac G4, l’écran s’aplatit pour afficher au fil des modèles le profil qu’on lui connaît aujourd’hui.

En parallèle de ces ordinateurs de bureau, visant le marché des professions artistiques, de l’éducation et des particuliers, et de la mise sur le marché en 2005 du Mac mini (petit ordinateur de bureau d’entrée de gamme) se développe une gamme portative. Celle-ci commence par le PowerBook, en 1991, l’iBook lui emboîtant le pas dès 1999. Ces deux versions disparaissent avec l’arrivée en 2006 du MacBook, qui est au fil des années décliné sous diverses versions (MacBook Pro, MacBook Air), pour finalement à son tour s’effacer au profit de ces deux dernières versions, toutes deux faisant encore l’objet d’actualisations régulières.

 

Une évolution du fond et de la forme – Crédit image

 

Pourtant, avec plusieurs modèles à son actif, le monde du jeu vidéo semble bouder la marque, et la Pomme semble bien lui rendre la pareille. Comment cela s’explique-t-il ?

Je vous le donne dans le mille (ou dans le 2000, en fonction du modèle) : comme nous l’avons souligné précédemment, Apple n’est pas une marque à la portée de tous. Avec des prix d’entrée de gamme pour le MacBook Pro et l’iMac de 1099€ (899€ pour le MacBook Air), l’ordinateur croque sérieusement dans le budget, et rencontre bien des difficultés à se démocratiser, et ce, pas seulement à l’échelle des populations du gaming. Si le prix en vaut parfois la chandelle, ce n’est pas forcément le cas ici, comme nous allons tenter de le voir.

 

Jeux vidéo, tu vidéo…

 

En effet, le frein à la démocratisation d’Apple dans le monde du jeu vidéo n’est pas que d’ordre financier. Ainsi, deuxième gros obstacle à noter : son élitisme de contenu. Que cela soit une conséquence d’un nombre limité d’utilisateurs, ou qu’il s’agisse de la cause de ce manque d’enthousiasme pour la marque, le fait est que le nombre de jeux à la disposition des utilisateurs de Mac est excessivement réduit. À l’instar des éditeurs de logiciels, bien que plus symptomatique encore, rares sont les marques à développer une version Mac en complément d’une version PC. Est-ce que cela coûte trop cher, et rapporte trop peu ? Peu importe les raisons, les conséquences sont cependant claires et imparables. Le catalogue de jeux officiels compatibles sur OS X est très limité.

Ainsi, si vous désirez par exemple profiter des licenses EA sur votre ordinateur, vous aurez le choix entre 35 titres sur Mac (dont une vingtaine de titres dérivés, de près ou de loin, de la licence Les Sims) contre près de 150 titres sur un PC classique (à en croire les jeux disponibles sur le listing affiché sur le site internet de la firme au 17 novembre 2014). Les Sims ont donc intérêt à avoir du croquant !

 

Jeux vidéo sur Mac, une nouvelle apocalypse ? – Crédit image

 

Et pour ce qui est d’Ubisoft ? N’en parlons pas. Bien sûr, EA et Ubisoft sont loin d’être les seuls producteurs de jeux vidéos, et au fil des années, davantage de titres sont disponibles. Ainsi, de nombreux titres emblématiques et/ou du moment sont disponibles, comme World of Warcraft pour les MMORPG, Starcraft pour les STR, ou encore Hearthstone pour les CCG (mais aussi des licences comme Call of Duty, Hitman, Civilization ou Diablo, parmi tant d’autres) même si cela s’avère parfois être de l’ordre du parcours du combattant.

À défaut de se résoudre à partitionner son disque dur pour installer Windows sur son Mac, les utilisateurs misent parfois sur l’entraide. La mise à disposition sur Mac est ainsi parfois le fait d’initiatives individuelles, comme dans le cas par exemple de League of Legends, MOBA gratuit à télécharger, dont le premier client compatible – mais pas optimal, loin de là – sur Mac a dans un premier temps est le fruit du travail d’un individu connu sous le nom de Boompje. Courant 2013, un client officiel pour Mac est enfin annoncé par l’éditeur de LoL, Riot, assurant une meilleure compatibilité au fur des mises à jour du jeu. Ce client ne sonne cependant pas l’heure de la libération, puisqu’il est lui-même soumis aux contraintes d’Apple : courant 2014, l’arrêt du développement de certaines mises à jour de sécurité de la part de la marque à la pomme oblige les joueurs à mettre à jour leur ordinateur afin de supporter la dernière version du jeu.

 

Des chiffres et des lettres

 

Car nous en venons au troisième gros pépin qu’il peut être difficile à avaler en tant que gamer sur Mac. Si le jeu existe, il n’est pas nécessairement bien supporté. Pour reprendre l’exemple de League of Legends, jouer sur un Mac avec le client officiel n’est pas gage de performance. Bugs, latence, et autres lenteurs sont le lot quotidien des joueurs, et si Apple se vante de la qualité visuelle de ses écrans, difficile d’en profiter lorsqu’il devient nécessaire de baisser la qualité des graphismes du jeu afin que ce dernier tourne correctement.

Mais outre les appréciations d’ordre subjectif – le nombre de plantes arrosées ou le nombre de tasses de café préparées le temps d’un chargement n’étant pas une échelle de mesure des plus universelles et partagées -, comparons un peu les données à notre disposition pour juger aussi scientifiquement et objectivement que possible les possibilités de jeux qu’offre Apple.

 

ConfigurationsRequisesRecommandéesMacBook Pro
Système d’exploitation Mac OS X 10.6.8
ou supérieur
Mac OS X 10.7.x
ou supérieur
Mac OS X 10.9 Mavericks
Disque dur 5 Go d’espace disque disponible10 Go d’espace disque disponible512 Go.
Mémoire 2 Go de mémoire RAM
(4 Go sont grandement recommandés)
4 Go de mémoire RAM
ou plus
 4 GO
GraphiqueNVIDIA GeForce 8600M GT
ou
ATI Radeon HD 2600 ou supérieur
NVIDIA GeForce GT 330M
ou
ATI Radeon HD 4670 ou supérieur
Intel HD Graphic 4000
ProcesseurIntel Core i5 bicœur à 2,5 GHZ

Données pour League of Legends sur Mac et pour un MacBook Pro 13 pouces de 2012 dont l’OS X 10.8 Mountain Lion a été mis à jour en 2014

 

Deux points vont être particulièrement cruciaux ici : la mémoire et la carte graphique.

Riot nous le fait comprendre, une mémoire vive de 4Go minimum est fortement recommandée. Or, pour un ordinateur ayant de base 4Go de mémoire, le jeu pourra tourner, mais sans plus. Si vous comptez mettre un peu de musique, ouvrir une page internet pour regarder un guide, ou parler avec des amis sur divers logiciels comme Skype, TS ou Mumble, cela se fera aux dépens de votre qualité de jeu, puisque ces différentes actions viendront pomper sur votre mémoire RAM. Ce qui est relativement problématique pour un jeu qui se joue à plusieurs, et souvent avec des amis, et qui implique donc souvent l’utilisation de logiciels de communication.

Mais si l’on peut déplorer la consommation de mémoire des logiciels secondaires, on peut aussi parler de la consommation qu’en fait la carte graphique. Eh oui, car dans cette quête effrénée de la minceur que poursuit notre société, nos ordinateurs se font de plus en plus fins, et tous les stratagèmes sont bons. À défaut de liposuccion, Apple a donc intégré la carte graphique à la carte mère (sous forme de chipset), ce qui représente donc un gain de place. Mais une perte de performance. Cela consomme en effet une partie de la mémoire RAM, et les performances graphiques ne sont pas comparables à celles d’une vraie carte graphique. Dans le cas de la Intel HD Graphics 4000, cette dernière est un peu faible comparée aux recommandations, et si vous voulez que vos jeux tournent, il vous faudra choisir des résolutions de jeu assez faibles. Ce qui est dommage pour des écrans dont Apple vante la qualité d’image.

Bien sûr, toutes ces réflexions sont spécifiques au jeu qui vous intéresse, et sont donc à adapter au cas par cas. Mais pour un jeu spécialement conçu pour ce système d’exploitation – et ses contraintes – spécifique, il est gênant de devoir faire face à de telles complications.

 

« The instructions weren’t clear enough. I played on a MacBook. »

 

En guise d’exemple, si vous souhaitez vous replonger dans vos classiques, grand mal vous en prenne. En effet, il est hors de question de jouer à Assassin’s Creed Brotherhood sur votre MacBook Pro puisque celui-ci est équipé d’une carte graphique intégrée Intel (à l’exception du MacBook Pro 15pouces avec Retina, comptez donc 900€ de plus à l’achat). Quel rapport ? Eh bien, il nous est spécifiquement indiqué que cette version de Assassin’s Creed est incompatible avec les cartes graphique intégrées Intel. Dommage. Je pourrais aussi vous parler de Call of Duty 4 : Modern Warfare, qui n’est pas compatible avec certaines cartes graphiques Intel, mais je pense que vous avez compris l’idée. Et n’envisagez pas de changer de carte graphique à moindre coût. Celle-ci étant soudée à la carte mère – on le rappelle -, autant racheter un PC portable.

Tant pis pour Assassin’s Creed ou Call of Duty. Il vous faut trouver un autre jeu. La sortie de Halo : The Master Chief Collection sur consoles vous rend nostalgique ? N’espérez pas faire tourner Halo : Combat Elvoved (gros retour en arrière je vous l’accorde, puisqu’il est sorti en 2001) sur votre machine – à moins qu’elle-même soit d’un autre temps, soit 2011 – puisque le jeu n’est pas compatible avec les OS X 10.7 (soit Lion) et plus. S’il est facile de mettre à jour son OS, il est plus compliqué de revenir en arrière : Mac a en effet lancé en octobre dernier la version 10.10 de son OS, l’OS X Yosemite. Que le temps passe vite !

 

Mac-onclusion à moi

 

Nous venons de le voir : les restrictions sont donc nombreuses, et lorsqu’il n’y en a pas, le jeu ne tourne pas forcément de façon optimale. Quand un jeu existe.

Là repose toute la problématique de la relation entre Apple et les jeux vidéos. Ce marché ne fait tout simplement pas l’objet de l’attention de la Pomme – ou du moins, c’est comme ça que ça se ressent – puisque rien ne semble adapté. Les efforts faits semblent bien insuffisants, d’un point de vue quantitatif comme qualitatif, et cela n’aide pas à améliorer une réputation maintenant bien ancrée dans la conscience collective. Cercle vicieux terrible, puisque l’un n’incite hélas pas à tirer l’autre vers le haut, et vice et versa. Apple ne joue pas dans la cour des grands du jeu vidéo, et cela ne semble pas faire partie de ses plans immédiats.

Jeux Vidéo
@Marine_Wqr

Doctorante en Traitement Automatique des Langues, je n'ai de cesse de chercher, sur tout et rien. Je cherche encore ce que j'essaye de trouver.

Plus Jeux Vidéo