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Séries de 2017 : Sherlock (saison 4) ou Les Orphelins Baudelaire ?

Séries de 2017 : Sherlock (saison 4) ou Les Orphelins Baudelaire ?

Séries de 2017 : Sherlock v. Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire

 

Nous commencions notre article collectif sur les séries de 2016 par ce constat : il y a trop de séries. Non que ce soit un mal, surtout en un temps où une ambition esthétique et scénaristique se manifeste dans des propositions toujours plus nombreuses, mais il devient humainement difficile de concilier une vie à peu près normale avec leur visionnage, et tout choix implique assez vite des regrets… Quatre séries au moins méritaient notre attention en janvierIncorporatedTabooLes Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire (A Series of Unfortunate Events) et la saison 4 de Sherlock. Nous vous livrons donc notre avis sur les deux dernières, qui ont aussi été les deux les plus remarquées, pour vous aider à faire votre choix !

 

 

Sherlock : les désastreuses aventures d’un détective qui a trop de famille

 

Il avait suffi d’une saison pour que Sherlock devienne un phénomène, concurrençant d’emblée Dr. Who au titre de « meilleure incarnation de l’esprit british » et offrant une belle carrière à ses interprètes Benedict Cumberbatch (notamment comme personnage dans les fanfictions d’ailleurs), Martin Freeman et dans une moindre mesure Andrew Scott. Étonnamment, avant la saison 4, ce succès planétaire concernait une série d’à peine 10 épisodes diffusés sur 6 ans, qui plus est 10 épisodes d’une qualité très inégale, du brillant au paresseusement plat en passant par le fan service plus ou moins délicieux et le fastidieux. Et cette popularité s’était à peine démentie après une saison 3 globalement très décevante, et un épisode de Noël proche du catastrophique, dont vous pouvez retrouver la critique désenchantée de nos rédacteurs ici.

Ces déceptions n’empêchèrent évidemment personne d’espérer une saison 4 déjà redoutée comme la dernière en raison des calendriers de plus en plus chargés des interprètes principaux, et à cause de la fâcheuse tendance des scénaristes à vouloir être plus ambitieux d’épisode en épisode, au point d’atteindre assez vite un point culminant empêchant une suite. Créateurs et acteurs la promettaient donc mémorable, en assurant qu’ils allaient pousser les personnages à bout dans des intrigues palpitantes et introspectives.

 

 

Et la saison 4 commença par un épisode relativement oubliable, ce qui cause toujours beaucoup de tristesse dans une série comptant aussi peu d’épisodes. Sherlock y livrait d’amusantes déductions dans un pastiche contemporain de l’histoire des Six Napoléon (six bustes de l’empereur, devenus six bustes de Margaret Thatcher), puis l’enquête se faisait thriller en tournant exclusivement autour d’un épisode du passé de Mary…encore. Exploiter ses personnages secondaires est une nécessité passionnante pour une série, mais encore une fois, combien d’épisodes peut-on consacrer presque exclusivement à l’un d’entre eux dans une série de onze épisodes ? Encore, Mycroft ou Mortiarty je ne dis pas, voire Mrs. Hudson, mais avec tout ce qu’on nous avait dévoilé sur Mary, il était difficile de nous étonner profondément, et effectivement, l’histoire se déroule assez prévisiblement jusqu’à une fin dont les auteurs voulaient faire un climax bouleversant, et qui est si peu justifiée par ce qui la précède que la grosseur de la ficelle nous empêche d’y adhérer. Ajoutons-y des suggestions sur une relation adultérine de Watson, immédiatement après l’accouchement de Mary, et vous comprendrez que l’épisode offre davantage de raisons d’être méprisé que dignement célébré par les fans comme le retour tant attendu de leur détective préféré.

 

 

La suite est pourtant bien pire. On n’en dévoilera rien pour ne pas « gâcher la surprise » à ceux qui souhaitent se l’infliger, mais quelques constats s’imposent. Le premier, c’est qu’il n’est simplement pas possible que le nom de Moriarty ne soit pas prononcé du deuxième épisode. La saison 3 s’achevait sur l’incroyable cliffhanger de son retour, et l’énigme n’avait fait que s’épaissir dans The Abominable Bride, au point de légitimer la suspension de l’exil de Sherlock, le détective ne devant être préoccupé que de résoudre l’énigme – comment peut-il l’oublier, et comment pourrait-on oublier qu’il ne devrait avoir que Moriarty à l’esprit ? Entre une courte scène au début du premier épisode et une autre dans le troisième, un vide plutôt frustrant, et qui ne sera pas tout à fait satisfait…

Ensuite, on se demande combien de fois on peut nous imposer le même type de super-vilainSherlock ne semble connaître que les maîtres du mal, qui ont des moyens illimités, une grande intelligence et un grain de folie, schéma qui paraît répétitif à la deuxième occurrence, et carrément creux à la quatrième. D’autant que pour donner l’impression d’une progression, les auteurs se sentent obligés de leur conférer des capacités intellectuelles simplement ridicules, et d’abaisser celles de Sherlock pour renforcer notre admiration face à la classe de ses adversaires. Sauf que nous n’avons certainement jamais voulu d’un Sherlock pleurnichard et stupide, incapable de résoudre les mystères les plus simples et sans cesse surpris par les réactions les plus élémentaires, courant les bras tendus dans tous les pièges, à l’image d’un Mycroft complètement à la ramasse.

Est-ce là l’image définitive du détective que les créateurs de la série voulaient que nous ayons à l’esprit ? Et à quel moment ont-ils pu croire qu’ils offraient là au spectateur ce qu’il avait envie de voir ? S’il est louable de faire sortir le spectateur de sa zone de confort, Moffat et Gatiss ont probablement eu tort de chercher à faire pleuvoir d’on ne sait où des nouveautés remettant beaucoup en cause, ou de torturer des personnages aussi longuement, au risque d’en briser définitivement le charisme…

Sherlock a voulu trop en faire, trop vite, sans assez oser satisfaire son public. Si une suite est un jour réalisée, il faudrait qu’elle se démarque des épisodes qui l’ont précédée en proposant plus d’épisodes dans un format plus court, de 40 minutes à 1 heure, probablement filmés dans un style moins « télévisuel » (certaines scènes de la saison 4 sont douloureusement sur-cutées), se concentrant autour des enquêtes de Sherlock, ce qui n’exclut absolument pas la possibilité de fil rouge. Nos meilleurs moments de spectateur n’étaient-ils pas ceux où le détective, d’abord en difficulté, finissait par analyser brillamment les indices pour dévoiler la résolution à toute allure à son auditoire médusé par tant d’intelligence et de condescendance ? Après tout, il reste tant de nouvelles de Conan Doyle à adapter plus ou moins librement, et aucune obligation de rester attaché au Canon de toute manière…

Attention, SPOILERS dans la vidéo qui suit !

 

 

David « Niks » Chaillou


 

 

Étant un grand fan de la série, je ne pouvais pas passer à côté de l’occasion de cette critique pour tirer sur l’ambulance (qui doit sûrement rouler à gauche) avec mon bazooka. J’aime beaucoup cette série et j’étais vraiment désolé de voir la saison 4 repoussée et ce n’est pas l’abominable épisode 0 (à tout point de vue) de Noël qui m’avait calmé.

En résumé et avant de commencer à spoiler comme un sagouin, les épisodes de la saison 4 sont vraiment très longs, les méchants sont inintéressants (allez, celui du dernier épisode est ok) et il n’y a plus tout ce côté enquête/déduction qui faisait tout le charme de notre détective anglais.

 

WAOUH, la saison 4 est encore plus nulle que son épisode 0 !

 

 

SPOILER ALERT :

 

On l’avait déjà ressenti dans le dernier épisode de la saison 3 avec le grand méchant Magnussen : le personnage de Sherlock Holmes est devenu une victime. Le meilleur détective du monde laissait le terrible adversaire uriner dans son salon sans pouvoir moufter ni bouger. C’était déjà triste dans la saison 3 et c’est encore plus triste dans la saison 4 : une vieille peau qui défouraille gratos sur Sherlock avant de se faire arrêter (et qui tue Mary, OH MON DIEU ON AVAIT RIEN VU ARRIVER), un tueur en série vieux et anglais qui rappelle grandement le conducteur de taxis du tout premier épisode et enfin sa… sœur qui qui… Je ne sais même plus quoi dire à ce moment-là de l’intrigue.

Bref, c’est très décevant. On sent que les scénaristes, conscients du succès de la série, n’ont pas réussi à assouvir les pulsions des fans de la série. Ça nous donne donc des dialogues convenus qui cherchent absolument à faire rire le spectateur en jouant sur l’attachement qu’on a aux personnages. Sauf que ça ne passe plus, et si vous étiez réfractaire à l’humour de la série, il n’y a rien à rattraper côté enquête policière où c’est presque le néant abyssal. Et non mais sérieux les gars, c’est quoi ces deux méchants tout nuls et tout vieux ? Bon allez, Eurus est cool on va dire même si la fin de l’épisode… Je voulais laisser un commentaire très pas content mais je me rends compte que je ne ressens que de l’amertume et de la déception pour cette série qui m’a tant vendu du rêve.

Et si vous faites une saison 5, réfléchissez-y bien.

 

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Les Orphelins Baudelaire : Netflix rafle la mise en pariant sur un désastre

 

Vous avez sans doute souvenir d’avoir déjà entendu parler d’une série de livres pour enfants assez populaire à la fin des années 1990 intitulée Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire d’un certain Lemony Snicket, et peut-être même vu son adaptation en 2004, dont le casting remarquable (Jim Carrey, Jude Law, Merryl Streep, Timothy Spall, Dustin Hoffmann) avait habilement dissimulé la production catastrophique : renvoi du scénariste, qui était pas moins que l’auteur des romans, avant la fin du tournage, suite qui ne sera jamais mise en chantier malgré les prévisions…

Il n’est pas étonnant que Daniel Handler (le vrai nom de Snicket) ait hésité avant de se lancer à nouveau dans l’aventure d’une adaptation, mais Netflix avait des arguments : la réalisation serait d’abord confiée à Barry Sonnenfeld (réalisateur des Famille Addams, des Men in Black et créateur de Pushing Daisies), grand amateur des romans qui se chargerait aussi de produire la série ; les décors seraient conçus par Bo Welch, collaborateur régulier de Tim Burton ; le budget serait très conséquent (on parle même de la série la plus chère de Netflix) ; le format fidèle aux romans (deux épisodes d’une heure par roman) ; il se chargerait lui-même de superviser la série et de la scénariser. Avec la réputation de sérieux et de qualité que Netflix s’est construite ces dernières années, et la promesse d’un marketing conséquent, le plus réticent des hommes se serait précipité avec le plus bouillant enthousiasme. Bien sûr, comme la série Les Orphelins Baudelaire elle-même aime à le rappeler, ce n’est pas parce que tout commence merveilleusement bien que la suite peut ne pas être un amoncellement de catastrophes toujours plus sombres et désespérantes…

 

 

Et Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire n’emballe en effet pas dès ses premiers épisodes, bien qu’ils reposent beaucoup sur la fidélité aux romans, y compris dans leurs aspects les plus inhabituels : la narration est par exemple assurée par Lemony Snicket lui-même, qui (comme dans les romans), n’est pas l’auteur omniscient des aventures mais un personnage racontant l’histoire d’orphelins auxquels il s’intéresse beaucoup, et qui semble donc appartenir au même univers de fiction, même si son statut au sein de l’oeuvre n’est pas très clair. Ce personnage est pourtant doté d’une véritable psychologie et d’un background qui se dévoile petit à petit, notamment dans les interstices séparant les moments où, face caméra, il relate dans le style si particulier qui faisait le charme des livres les événements tragiques liés aux orphelins Baudelaire.

Ce style ne fonctionne pas à l’écran, parce que la complémentarité ou le redoublement de l’image et de la narration est fastidieux, ne parvenant pas à atteindre l’efficacité ou l’humour recherchés. Le passage de Snicket aux orphelins, puis à nouveau à Snicket, peut être insupportablement lent, comme s’il souffrait d’une incompréhension profonde de l’importance du rythme dans l’humour ; les plaisanteries lexicales sont par ailleurs extrêmement répétitives ; et on a souvent l’impression que ce que l’on a sous les yeux cherche à être drôle, sans parvenir malgré les efforts les plus sincères à saisir pourquoi cela devrait nous faire rire. Cette distance empêche naturellement d’adhérer au ton des Orphelins Baudelaire, oscillant entre un certain réalisme tragique, un humour cynique, et le clownesque le plus grossier, qui s’associent assez mal.

Il est alors impératif de ne pas s’arrêter à ces mauvaises impressions, la série semblant traversée d’un nouveau souffle à partir du troisième épisode, donc de l’adaptation du second livre. L’idée d’assister, d’épisode en épisode, au passage des orphelins des mains d’un tuteur à un autre, toujours sous la menace du comte Olaf qui, déguisé, cherchera à s’emparer de leur héritage, peut a priori effrayer par sa promesse d’une répétition assez mécanique d’un schéma narratif, mais Les Orphelins Baudelaire n’en souffre pas encore. Au contraire, on se surprend à accepter les métamorphoses grotesques d’Olaf et à s’en amuser, à se demander ce qu’il pourra inventer la fois suivante, sans doute grâce au talent de Neil Patrick Harris qui y trouve un rôle à sa mesure qui risque bien de lui coller à la peau aussi bien que celui de Barney Stinson dans How I Met your mother. Plus précisément, il est Barney tout en jouant le comte Olaf, et le résultat de cette fusion est d’une étonnante cohérence.

 

 

La mise en scène bien plus inspirée, l’addition d’un peu plus de rocambolesque à des personnages un peu plus consistants, permet enfin d’apprécier à leur juste valeur aussi bien la fidélité remarquable de l’adaptation (certains dialogues sont répétés au mot près) que les libertés prises par Snicket pour introduire un fil rouge dans une série qui en avait sans doute bien besoin. Le mystère pesant autour des parents des orphelins Baudelaire et des sociétés secrètes est ainsi avancé dans les romans et amplifié, rendu plus visuel et beaucoup plus intrigant pour le spectateur : c’est bien simple, on a vraiment envie d’en savoir plus à la fin de chaque couple d’épisodes, et la nécessité de devoir attendre une année entière pour profiter d’une saison 2 (confirmée, c’est déjà ça), et donc sans doute de deux ans pour la saison finale, paraît insupportable après les révélations magistralement frustrantes de l’épisode 8.

Avec Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire, Netflix frappe où on ne l’attendait pas : une série pour enfants, vantant sa fidélité à une époque où les studios préfèrent être libres par rapport à leur matériau, surtout à une série commencée il y a vingt ans et finie il y a une décennie, alors que la mode semble être aux séries de plus en plus matures, n’apparaissait pas comme un créneau indispensable voire un investissement intéressant. L’entreprise rappelle ainsi pourquoi nous aimons tant ses productions : même en nous surprenant tout à fait et à chaque fois, elle manque rarement de nous distraire impeccablement.

Vous trouvez qu’un avis manque de subjectivité, ou avez besoin d’autres précisions pour faire votre choix ? Quelle est votre série de janvier, et quelle série attendez-vous dans les mois à venir ? N’hésitez pas à vous exprimer dans les commentaires, et même à rejoindre notre équipe de rédacteurs passionnés !

 

 

 

Ciné Séries

Doctorant en Littérature comparée, je prépare une thèse sur les enjeux principalement politiques, moraux et religieux du comics super-héroïque - et un livre sur Batman, en projet. Certaines de mes interventions dans des colloques sont disponibles sur mon LinkedIn. Par ailleurs cinéphile et sériephile affirmé, j'essaie au mieux de partager ces passions (et les détestations qui en découlent) sur VonGuru après l'avoir fait sur Cleek, persuadé que c'est dans cette activité de partage et de discussion que la culture trouve son sel.

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