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Critique à quatre mains : Black Widow (sans spoils)

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Alors, faut-il aller voir Black Widow au cinéma ? 

 

L’avis de Siegfried « Moyocoyani » Würtz : un curieux chant du cygne noir

L’après-Endgame avant Endgame

On peut faire beaucoup de reproches au MCU, et suis loin d’être le dernier à l’en agonir, mais le casting appartient aux qualités que presque tout le monde s’accorde à lui reconnaître. En particulier les actrices et acteurs de la première mouture des Avengers, qui feront désormais figure d’incarnations presque définitives dans l’imaginaire populaire, et peineront à se créer une image en dehors de leur rôle, à la fois à cause de son impact médiatique et de leur foi dans leur personnage.

Aussi était-il essentiel de savoir les faire vivre et les faire partir, l’un n’allant sans doute pas sans l’autre. Or il est de notoriété publique que certains Vengeurs étaient moins des Vengeurs que les autres, y compris dans l’esprit des producteurs, qui pouvaient accorder une trilogie à l’un… et rien du tout à d’autres, et bien sûr même pas de rôle central dans les œuvres collectives.

Avengers
Tous les Avengers n’ont pas droit à la même portion d’affiche…

Clint Barton aura droit à sa série Disney+ dix ans après sa première apparition, et seulement pour passer le flambeau. Il était difficile de faire moins pour la Veuve noire, d’autant que l’absence de film solo sur un personnage féminin avait été longuement reproché à Disney, avant que l’on s’amuse de voir Captain Marvel (mal) célébrée avant Natasha Romanoff. Et sa mort dans Endgame ne simplifiait pas les choses…

Marvel cède alors à la facilité en créant un film Black Widow qui se déroulerait exclusivement avant la disparition de l’héroïne, forcément… mais dont on ne comprend simplement pas la pertinence maintenant.

C’est que Black Widow n’a rien d’un chant du cygne. Même en introduisant un nouveau personnage susceptible de rentrer à peu près dans ses bottes, il relance plutôt l’héroïne qu’il ne l’achève, et aurait parfaitement trouvé sa place avant Endgame afin que l’on pleure le sacrifice d’un vrai personnage, quand on a un peu l’impression qu’elle est créée après avoir été tuée.

On me dira peut-être que des errements de production ont retardé la sortie d’un film prévu bien plus tôt, mais de la part d’un studio essayant si bien de faire croire que tout est prévu, faire paraître deux ans après Endgame une œuvre qu’il faut voir avant est forcément curieux, et l’aurait moins été avec une tonalité plus mélancolique, quitte à en faire des tonnes – par exemple faire apparaître Hawkeye, montrer sa mort, que sais-je, bref en faire « la dernière apparition de Black Widow » plutôt que « enfin un film solo Black Widow – qui se trouve incidemment être le dernier parce qu’elle est morte, mais aurait très bien pu sans rien changer sortir il y a dix ans ».

Il aurait fallu je pense assumer un approfondissement a posteriori de l’héroïne plutôt que de donner l’impression qu’il manque une suite, et peut-être même un film précédent, celui que l’on pensait voir quand le projet avait été annoncé d’ailleurs, un Red Sparrow MCU sur une agente russe passant aux Américains, avec tout ce que cela peut impliquer de dur et de politique. Au lieu de cela, Black Widow assume vite un côté très « comics », avec du conditionnement mental, des explosions partout, une forteresse… vous verrez, ne spoilons pas non plus. Au lieu d’un film-somme, racontant pleinement Natasha, on assiste donc à une portion de son parcours un peu trop indépendante du reste du MCU, deuxième opus d’une trilogie dont l’inexistence se fait régulièrement sentir pendant le visionnage.

 

Un film MCU (et tout est presque dit)

Black Widow n’est pourtant pas un mauvais film, mais il se conforme pratiquement au cliché du film MCU, actioner un peu quelconque, aux péripéties convenues voire terriblement prévisibles, aux personnages gentiment attachants mais pas inoubliables, à la réalisation impersonnelle et aux scènes plus explosives que brillantes, bref une œuvre qui se regarde mais qui manque d’âme – précisément l’âme qu’aurait dû lui conférer son statut de « film sur un personnage iconique décédé ». Et je ne parle même pas de la scène post-générique, seul moment où l’on raccorde Black Widow au reste du MCU pour construire des enjeux auxquels on ne croit pas une seconde, dans ce qui est peut-être le pire cliffhanger du MCU.

On aurait pu l’espérer intéressant dans le traitement du cadre russe, mais ce dernier n’est jamais davantage qu’un cadre, et Black Widow prend bien garde à ne jamais trop égratigner le pays de Poutine, sauf par quelques rapides imprécations d’un Red Guardian de toute façon trop comique pour que l’on s’intéresse à son positionnement idéologique. En cela, le personnage tient un peu du gâchis, alors qu’il aurait fallu bien peu pour lui donner de la richesse plutôt que d’en faire l’inévitable sidekick Disney, par exemple montrer son propre conditionnement, expliquer son curieux fantasme sur Cap…

Mais cela aurait été enrichir un personnage masculin, quand il était plus commode qu’un homme du film soit le sidekick comique, un autre le grand méchant et un autre l’auxiliaire ponctuel, pour laisser la place aux femmes… dans une métaphore tout de même un peu grossière de la sororité contre le patriarcat, encore plus explicite que dans Captain Marvel ou Birds of Prey tant la plupart des situations peuvent être littéralement lues de cette manière. On parle quand même de sauver des femmes du contrôle mental d’un vieux mâle blanc avide de pouvoir.

Contrôle mental qui veut bien sûr représenter le conditionnement féminin par la société patriarcale, mais qui prend la forme d’une vraie hypnose magique, par laquelle on viole l’esprit des femmes pour leur donner l’illusion qu’elles agissent consciemment et volontairement, mais dont on peut les libérer pour qu’elles s’aperçoivent instantanément de tout ce qu’elles faisaient de mal/mâle.

Sans doute est-il sain que, dans une certaine mesure, ces problématique soient exposées sans ambages, avec des raccourcis qui les rendent plus efficaces auprès du jeune public, et je serais bien le dernier à me plaindre que l’on mette en avant des minorités dans des métaphores radicales de leur émancipation contre l’oppression qu’elles subissent. Pour autant il est assez difficile, quand on est plus âgé, quand on aime les comics et que l’on aime le cinéma (les trois ensemble ou séparément) d’accepter que l’on ne puisse pas faire un peu mieux que ça en 2021 avec le cinéma super-héroïque, pourtant support potentiel à des réflexions tout de même un peu plus fines ou nuancées, même dans l’explicite.

 

(Petit bonus de moitié d’article : le résumé hilarant et spoilant de l’intrigue par Screen Rant – en anglais)

 

Si je dis que Black Widow se conforme « pratiquement » au cliché du film MCU, c’est qu’en y regardant de plus près, on peut constater dans la réalisation des tics beaucoup plus artistiques que ce à quoi le MCU nous a habitués, alors même qu’en surface on retrouve un attendu montage hyper-cut, peu surprenant quand on voit que le monteur et le directeur de la photographie sont des techniciens réguliers de cet univers partagé. Mon impression s’est confirmée en regardant après Black Widow d’autres films de la réalisatrice Cate Shortland.

Il est entendu qu’elle a été recrutée comme Yes-Woman, même si elle a été choisie par Johansson, et je ne serais même pas surpris d’apprendre que la plupart des scènes d’action ont été faites par une équipe dédiée, écartant des cascades sur fond vert une femme qui n’y avait jamais touché.

Elle parvient cependant à insuffler de la personnalité à la manière même dont le montage très rapide est fait, par une humanité du plan et une intelligence de la coupe qui tranchent radicalement avec la froideur clinique des montages habituels. Je ne dis pas que Black Widow est l’œuvre d’une grande réalisatrice, un tel film ne peut suffire à le déterminer, d’autant que cette compétence est parasitée par les exigences thématiques du MCU, mais pouvoir être surpris par la réalisation d’un film du MCU à première vue aussi insipide m’a fait beaucoup de bien.

 

Le meilleur moment de Black Widow – et le seul « à voir »

Aussi voudrais-je conclure ce petit avis en vous exposant au générique de début de Black Widow.

On a l’habitude des génériques hyper-cut sur fond d’images d’archives fictives ou réelles, et c’est une habitude qui peut donner lieu à des résultats très réussis quand c’est par souci de poser elliptiquement le cadre plutôt que par d’affreux cartons textuels, ou à des séquences affreusement creuses. La force de celui-ci est de ne pas se contenter de meubler ce passage obligé en faisant croire à une densité historique que son intrigue n’aura jamais, mais de raconter de façon aussi rapide que percutante une jeunesse sacrifiée par des ambitions militaristes, pour une séquence forte dans l’absolu, et en tant qu’ellipse justifiant que l’on fasse abstraction des années de formation dans le film lui-même – enfin le MCU croit un peu aux images.

Ce générique est même très cohérent stylistiquement avec une grande partie du long-métrage, et j’ai beaucoup admiré une maîtrise du montage rapide, sincère et soigné, tellement loin du cache-misère qu’il devient dans tant d’actioners – et pour être franc même dans certaines scènes d’action de Black Widow, insipides d’illisibilité et de vanité.
Et si j’attribue la réussite de ce générique à Cate Shortland (et à la chanteuse Malia J à qui on doit cette reprise de Nirvana), plutôt qu’aux monteurs et chefs op’, ou même plutôt que d’envisager qu’il ait été confié à une équipe externe, c’est qu’il recourt à des procédés déjà constatés dans Lore notamment (son film sur une jeune nazie découvrant le « monde réel » après la chute du troisième Reich), et plus timidement dans Berlin Syndrome (son huis clos Netflix).

Bon visionnage – à mon avis bien plus recommandable que celui de l’entièreté de Black Widow, dont ce générique est la seule séquence à m’avoir fait vibrer, le reste étant simplement un divertissement tout à fait honnête que je commence déjà à oublier.

 

L’avis de Lucile « Macky » Deloume : mieux que ce que j’avais pu penser

J’ai toujours été très bon public en ce qui concerne l’univers Marvel. Que ce soit les films ou les récentes séries, Falcon et le Soldat de l’Hiver, ou encore WandaVision. Et je dois bien avouer que j’étais très hypée par le film Black Widow. Non pas que j’aime beaucoup le personnage, tout du moins pas plus qu’un autre, mais j’avais hâte d’en découvrir plus sur elle. J’avais aussi hâte de me faire un « bon » film d’action où j’avais juste à poser mon cerveau quelque part, et apprécier le spectacle.

Côté distribution, on aura bien évidemment Scarlett Johansson qu’on ne présente plus, mais aussi deux acteurs que j’aime beaucoup avec David Harbour, que nous avons pu voir récemment dans Stranger Things, ou bien encore O. T. Fagbenle, que j’adore dans la série The Handmaid’s Tale. J’en ai profité pour découvrir l’actrice Florence Pugh, que j’ai trouvé très talentueuse, drôle et ô combien belle ! Du beau monde donc, pour un film dont je n’attendais pas grand chose, mais qui a fait ma soirée !

J’ai beaucoup aimé ce film. Il manquait CLAIREMENT un film solo à ce personnage, mais comme l’explique si bien Siegfried, il arrive trop tard ! Pour moi, c’était trop tard. Il n’y avait plus d’affect, ou presque. Natasha meurt, on le sait tous. Sans retour en arrière, sans espoir, sans reverse snap. Il aurait fallu placer ce film bien avant les évènements tragiques de Endgame… Car là, j’en suis sûre, j’aurais pleuré toutes les larmes de mon corps. C’est aussi un souci car, puisque l’on connaît d’avance la fin tragique du personnage, on ne s’attend pas à grand chose. On pourrait d’ailleurs faire la même remarque concernant la série Loki, mais nous y reviendrons un peu plus tard, car bizarrement, ce n’est pas la même chose.

Le film est aussi très drôle avec pas mal de blagues et d’autodérision, un peu à l’image de celui qu’on a pu retrouver récemment dans Falcon et le Soldat de l’Hiver. Humour que j’ai trouvé porté essentiellement par David Harbour et Florence Pugh d’ailleurs.

Si effectivement, on surfe sur l’air du temps avec Black Widow et sa mise en avant de personnages féminins forts, c’est un atout majeur d’avoir un personnage déjà bien ancré, bien connu de la licence, qui coupera l’herbe sous le pied de tous ceux qui diront que Disney Marvel a un agenda et un quota de femmes à mettre en avant.

De mon côté aussi, mention spéciale au début du film, de part sa mise en scène et sa BO avec ENFIN une VRAIE reprise de Smells Like Teen Spirit de Nirvana. Je vous recommande donc sans trop d’hésitations le visionnage de ce film. Je n’ai pas eu l’impression de perdre mon temps, et j’ai passé un très bon moment !

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