Critique – Série Netflix : Messiah

Messiah : une série si scandaleuse que ça ?

Pour fêter la nouvelle année, Netflix a mis en ligne la série Messiah, qui d’entrée de jeu s’est attirée les foudres de certains en créant toute une polémique, si bien que des pétitions ont été créées avant même la diffusion de la série ! Mais Messiah est-elle est une série si scandaleuse que ça ? Pourquoi tant de remue-ménage ? Messiah va-t-il rester dans les esprits ou bien est-ce une série facilement oubliable ? Quelles sont ses forces et ses faiblesses ? Voyons cela ensemble.

Pour vous aider à y voir plus clair, n’hésitez pas à jeter un œil à la vidéo intitulée Messiah | Trailer officiel VOSTFR | Netflix France mise en ligne le 3 décembre dernier sur la chaîne YouTube officielle de Netflix France.

L’avis de Lucile « Macky » Herman

J’ai pris mon temps pour visionner Messiah. En effet, il m’a fallu 9 jours pour terminer la série, entre fêtes de fin d’années, reprise du travail et retour dans le nord. Si j’ai bien accroché, et ce dès le début, ce n’était pas non plus l’engouement du siècle, et il y a de fortes chances que mon cerveau l’oublie assez rapidement. Entendons-nous bien, la série commence assez fort et intrigue dès le premier épisode. Il n’y a selon moi pas de lenteur et cette série n’est pas de celles qui vous feront aller sur votre téléphone en attendant la fin d’une scène par exemple, ce qui est déjà un atout.

Histoire de vous résumer un peu le pitch, cette série se concentre sur la réaction du monde vis-à-vis de l’apparition d’un homme au Moyen-Orient se présentant comme le retour du messager de Dieu. Son apparition et ses miracles apparents suscitent rapidement un succès autour de lui, mettant en doute qui il est vraiment. Cette affaire est la cible d’une enquête d’un officier de la CIA qui tentera de mettre en lumière la vérité.

Sans vouloir spoiler qui que ce soit, il est vrai qu’au début de la série, on se pose pas mal de questions sur cet homme qui se fait appeler par ses « followers » (pas des tweetos hein) Al-Massid, qui s’apparente après quelques petites recherches à l’Antéchrist aussi bien pour les chrétiens que pour les musulmans. Sauf que voilà, il se passe pas mal de choses un peu mystiques et inexpliquées autour de lui, et certains le prennent pour le Messie, et ce, très, trop, rapidement. Certains sont bien plus sceptiques, clamant qu’il s’agit d’un imposteur, d’un « Faux Dieu ». Pourtant, Al-Massid est formel, il est le fils de Dieu. Difficile d’y voir clair au départ…

Pour ma part, j’ai trouvé que la polémique n’était en rien justifiée. La série traite de Religion avec un grand R, sans cracher sur une en particulier. Elle reste assez habile avec un sujet si complexe, surtout de nos jours où on ne peut malheureusement plus rien dire ou faire sans être taxé d’intolérance. Cette série est un thriller politico-religieux qui tient relativement bien la route, portée par ses excellents acteurs ! On notera par exemple l’interprétation calme et sereine de Mehdi Dehbi, qui n’est autre que Al-Massid, un acteur belge que j’ai eu grand plaisir à découvrir, sans oublier notre Tom Sisley national qui prête ses traits à Aviram Dahan, un agent des services secrets israéliens au présent et passé un peu compliqués. Pour l’agent de la CIA, c’est Michelle Monaghan qui interprète Eva Geller et qui doit elle aussi affronter son passé.

Plus j’avançais et plus j’étais énervée de la réaction des gens face à ce messie. Entendons-nous bien, qu’il le soit ou pas, ce n’est pas ça le problème. Le problème, ce sont les gens qui foncent tête baissée, persuadés qu’il est l’Élu, se mettant en danger, mais aussi les autres. J’étais atterrée par certains comportements et je dois avouer avoir poussé quelques soupirs de frustration, surtout au cours de la seconde moitié de la série. La foi, elle a bon dos, mais elle ne justifie pas tout.

Pour conclure, Messiah est une bonne série qui se perd un peu en chemin, mais qui ne mérite pas du tout la polémique née du sujet qu’elle aborde. Elle se regarde facilement, traitant de sujets pas simples, surtout à notre époque.

L’avis de Siegfried « Moyocoyani » Würtz

La première saison de Messiah semble réalisée pour intriguer sans froisser personne, le temps de prendre la température avant d’oser une suite qui devra un peu plus mettre les pieds dans le plat. En ce sens, elle est un peu décevante, puisque passé le dernier épisode, on se demande si Netflix n’a pas juste oublié de nous diffuser le suivant, tant elle échoue à clôturer quoi que ce soit ou à nous fournir un cliffhanger de fou. Or Messiah aurait précisément eu besoin d’un final un peu mémorable pour que l’on n’oublie pas d’attendre la suite.

C’est que la série est d’abord judicieusement mystérieuse. En voyant pour la première fois Al-Massid, le spectateur se positionne spontanément en position d’enquêteur, puisqu’il soupçonne qu’il y a anguille sous roche, ou du moins que Messiah interrogera la messianité du personnage central. Et on commence avec une certaine tolérance face à ses proclamations. Non seulement il n’affirme jamais être un nouveau Christ, fils unique de Dieu, préférant des formules plus ambiguës auxquelles on peut tout faire dire et son contraire, mais il se met d’emblée en danger au milieu d’une tempête et sous une rafale de missiles, comme certain qu’il ne lui arrivera rien, et à moins qu’il s’agisse d’un hoax vraiment très élaboré, on se demande bien comment il peut être si sûr de ses prophéties et de sa sécurité. De surcroît, il livre un message étonnamment consensuel, propre à ne déplaire qu’aux grands méchants qui veulent garder le pouvoir et leurs petits privilèges, enfin qui n’est marqué par aucune radicalité religieuse, bien plus hippie que fanatique.

Si l’émoi qu’il suscite peut servir à montrer à quel point les croyants sont des moutons, prêts à suivre le premier venu, on peine cependant à comprendre pourquoi les gouvernements se soucient à ce point d’un personnage ayant accompli deux micro-miracles et parlant très vaguement pour ne pas dire grand chose. Ils ont beau redouter qu’il profite de son influence pour mener une action dangereuse, il semble surtout suivi par des curieux, et professe une doctrine de tolérance, de sorte que l’on imagine mal ses suiveurs prendre les armes et tout détruire juste parce qu’il le demande.

Le Mossad, la CIA, la Maison blanche, n’ont cependant aucune réticence à abuser de leurs pouvoirs pour contrecarrer la menace très hypothétique qu’il représenterait, dans un cliché des États ennemis du Bien commun au point d’emprisonner illégalement et secrètement un type plus timoré que n’importe quel télévangéliste, et un homme politique très important le rencontre sans que l’on sache trop ce qu’il peut bien en attendre, pour admettre qu’il dit des choses fort naïves mais être ébranlé quand même – toujours pour les besoins de l’histoire, on ne sait pas trop sinon pourquoi.

Mais il fallait mettre en branle de grosses machines pour créer de la tension, notamment dans les trois-quatre derniers épisodes où l’on a ENFIN un peu l’impression que l’étau se resserre. Il faut dire que l’intérêt dramatique de Messiah est largement dilué par des personnages tardant terriblement à justifier leur présence, ou la maintenant bien après avoir fait leur temps. Pour ne pas spoiler, n’évoquons qu’un cas assez symptomatique, le fameux traumatisme d’Aviram lié à un enfant à Megiddo. Le secret est si longtemps entretenu après avoir été lourdement évoqué dès le premier épisode que l’on attend une folle révélation, et que l’on se fait des montagnes d’une souris quand l’explication survient enfin dans le dernier épisode de la saison, avec d’autant plus de déception que Messiah semble bien persuadé de nous accorder quelque chose d’énorme.

Ce qui nuit le plus à Messiah, ce sont ses modèles, les plus évidents étant surtout Homeland, un peu de The Leftovers, pour la tentative de se pencher sur la spiritualité et la tension entre morale et besoin de vivre au quotidien des protagonistes. Or après un premier épisode assez fortement ancré dans l’actualité proche-orientale, on vire vite à quelque chose de bien plus conventionnellement américano-centré, qui n’a jamais l’intensité de Homeland ne serait-ce que parce que les enjeux sont beaucoup moins clairs – et les personnages tellement moins intéressants. Avec un pitch pareil, n’aurait-il pas été intéressant de confier la série à des showrunners importants ? Sans vouloir être trop déplaisant, le réalisateur principal James McTeigue n’a plus rien fait de notable depuis V pour Vendetta, il y a… 15 ans, et ses épisodes pour Sense 8 sont nettement moins virtuoses que ceux des Wachowski et surtout de Tykwer, tandis le showrunner Michael Petroni s’est surtout fait remarquer… pour le scénario de La Voleuse de livres.

On ne s’étonne pas trop dès lors que l’espèce de réflexion proposée sur l’embrigadement des enfants, montrant que l’intégrisme chrétien ne vaut pas mieux en ce sens que le fanatisme islamiste, se croie aussi malin alors qu’il est aussi plat – encore qu’il donne lieu à quelques-unes des très très rares idées de réalisation de Messiah. Ni que l’équipe créative n’ait pas compris l’intérêt de commander une musique sinon jolie (on n’a pas toujours un Max Richter sous le coude), au moins tendue, pour donner du relief aux scènes voulues comme fortes. Bref, la série additionne les décisions étranges, au risque de manifester un certain manque d’ambition dans l’écriture, alors même qu’elle manifeste sans retenue les moyens dont elle a joui.

Connaissez-vous le conte du Grand Inquisiteur ? Dans Les Frères Karamazov, l’athée Ivan raconte à son frère, le moine Alexeï, cette petite histoire qui fait revenir Jésus. Aussitôt, il est arrêté par l’Inquisition espagnole et condamné à mort, parce qu’il gêne l’ordre établi, les formes d’une société raisonnable, en défendant des idées au mieux naïves, au pire dangereuses. N’est-ce pas exactement le genre de méditation que l’on attendrait d’une série intitulée Messiah, qui ne semble pourtant pas manifester le moindre intérêt pour la position des autorités religieuses vis-à-vis de ce nouveau Christ, de même que l’on n’y entend pas parler de parousie et de la fin des temps qu’elle doit mettre en branle ou de réflexion sérieuse sur l’éventuel caractère antéchristique d’Al-Mahdi.

Est-il seulement nécessaire d’opposer ce traitement à celui de The Leftovers qui, même avant de mettre les pieds dans le plat avec sa seconde saison centrée sur un prêtre, parvenait à élaborer sur la crise spirituelle collective provoquée par son espèce de Ravissement ? Au fond, on ne sait pas très bien de quoi Messiah essaye de parler, avec le soupçon que la série ne cherche qu’à raconter son histoire intrigante mais un peu plate, sans être très nourrie de théologie ou d’analyse religieuse.

Pourtant, je regarderai la saison 2, si je me rappelle à sa sortie que Messiah existe. D’un côté, je l’aurai sans doute oubliée dans une semaine, de l’autre, Netflix sait marteler ses sorties quand elle veut les mettre en avant. Je garde l’espoir qu’une suite corrigera les défauts des débuts, parce qu’elle donnera enfin un sens aux personnages auxquels on prétend nous intéresser, peut-être pour en faire disparaître certains, probablement pas pour en faire apparaître beaucoup. En se resserrant et avec l’obligation d’épaissir le mystère ou de donner des amorces de réponse, on pourra apprécier enfin quelque chose qui ressemblera à une progression…

Mais franchement, n’hésitez pas à attendre notre évaluation de cette saison 2 pour vous lancer dans Messiah. Si vous voulez rentabiliser votre abonnement Netflix tout de suite, Dracula (par les créateurs de Sherlock) est infiniment plus satisfaisant, et se clôt au terme des trois longs épisodes, ou A Marriage Story, The Two Popes et le trop discret The Laundromat (dans mon top 2019) dans les longs-métrages ont bien des qualités suffisantes pour vous retenir un peu sur la plate-forme !

Lucile « Macky » Herman: Rédactrice en chef passionnée, pas vraiment passionnante mais ultra chiante !
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