Le Gallifreyan, langue fictive ?

par Marine « Reanoo » Wauquier

Le Gallifreyan, langue fictive ?

Le Gallifreyan, langue fictive ?

Marine « Reanoo » Wauquier
25 mars 2017

Et si l’envie vous prenait d’apprendre le Gallifreyan ?

 

« Vonguru learns the Circular Gallifreyan » – Vonguru apprend le Circular Gallifreyan

 

Si, à cette première question, vous répondez par une autre question, qui serait de l’ordre de « Qu’est-ce qu’une langue fictive ? », je vous recommanderais chaudement de parcourir le premier volet de cette chronique, consacré au Quenya, et dans lequel je prends le temps de définir selon mes termes cette notion de langue fictive.

Néanmoins, pas besoin d’une explication complète pour affirmer ce qui va suivre : il n’est pas rare qu’un univers fictif se compose, outre de personnages et de lieux particuliers, spécifiques et parfois créés spécialement pour cet univers, de langues créées pour l’occasion. Ces langues, qui apportent très souvent cette petite pointe d’exotisme qui nous fait rêver, viennent surtout compléter l’ancrage de ces univers fictifs, les rendant plus crédibles et incroyablement plus riches. Et si nous nous plongions dans ces univers, parmi nos préférés, en apprenant leur langue ? C’est du moins ce que j’ai fait pour vous, en quatre semaines top chrono ! Bien sûr, il ne s’agira pas d’un cours de langue de ma part, mais plutôt d’une approche des différentes langues fictives qui peuvent exister, en s’intéressant à l’univers dans lequel elles s’inscrivent et à leur apprentissage.

Dans le précédent volet de cette chronique, nous nous étions confrontés à cette langue circulaire issue de la science fiction qu’était l’Heptapod dans le film Arrival. Ce n’est cependant pas le seul univers fictif où la notion d’un temps non linéaire, du moins dans son exploration, se traduit par une langue à l’écriture circulaire. L’autre exemple le plus flagrant est celui de cette série anglaise de science fiction mythique qui n’a eu de cesse de revenir sur les écrans de télévision, et qui met en scène un certain docteur, dont on ne sait a priori toujours pas le nom. Vous l’aurez compris, nous nous attaquons aujourd’hui au Gallifreyan, et plus précisément au Circular Gallifreyan, langue fictive de la série Doctor Who. Et nous serons aujourd’hui en compagnie de Loren Sherman, dont vous pouvez retrouver le site ici, et que nous remercions le temps qu’il nous a accordé en répondant à nos questions.

Les origines du Gallifreyan

À l’image du Tardis, le Gallifreyan est plus grand dedans qu’il n’en a l’air de l’extérieur. Mais revenons-en aux bases. Le Gallifreyan (dans son appellation anglaise, n’ayant pas trouvé son équivalent français) est le nom d’une langue parlée par les Seigneurs du Temps dans la série Doctor Who. Elle tire son nom de la planète d’origine de cette charmante peuplade à laquelle appartient le Docteur, Gallifrey. C’est une langue multiple, autant d’un point de vue intra qu’extra-diégétique.

En ce qui concerne l’aspect intra-diégétique (au sein de l’univers de Doctor Who), le Gallifreyan est une langue qui a connu de nombreuses évolutions, comme de très nombreuses langues sur Terre, à l’image du français et de l’anglais par exemple,mais aussi d’autres langues fictives, à l’image du Quenya ou de l’Hylian. On recence ainsi notamment le Old High Gallifreyan, forme archaïque du Gallifreyan dont le système d’écriture est censé être un mélange de symboles grecs et mathématiques, et qui n’est guère plus parlé que par un nombre très infime de personnages dans la série, et le Modern Gallifreyan. Notons que le Modern Gallifreyan peut s’écrire de différentes façons : on recense en effet au travers de plusieurs épisodes des lettres dont l’écriture est dite hiératique (à savoir, une sorte de système de hiéroglyphes simplifié), mais l’on peut aussi apercevoir dans certains épisodes et à l’intérieur de certaines versions du Tardis, notamment dans le cadre de cette visite que propose Google Maps, une écriture circulaire.

 

Le Modern Gallifreyan hératique

 

 

Malgré les informations disséminées au fil des épisodes par les docteurs eux-même ou par les décors de la série, on ne sait pas énormément de choses sur le Gallifreyan, à part quelques traductions. Il est cependant à noter que les symboles affichés à l’écran n’ont pas de réelle signification, les symboles créés par BBC pour la série ne formant pas un vrai système d’écriture. C’est plutôt du côté des fans qu’il faut se tourner pour obtenir un Gallifreyan réellement praticable.

D’un point de vue extra-diégétique (dans notre monde à nous, extérieur à l’univers de la série), le Gallifreyan est tout aussi multiple puisque plusieurs démarches de création d’un Gallifreyan consistant ont été menées en parallèle. On peut ainsi citer le travail de Bettendender, dont vous pouvez retrouver la proposition sur DeviantArt.  Son alphabet s’inspire du système circulaire visible dans certains épisodes, et se veut être une correspondance avec l’alphabet phonétique anglais. Une autre proposition, toujours basée sur le système d’écriture circulaire de la BBC, est le Doctor’s Cot, créé par Brittany G.. Un peu plus normalisé, cette version du Gallifreyan est elle aussi basée sur une équivalence phonétique. Vous pouvez retrouver les informations sur le site officiel du Doctor’s Cot. Mais la version la plus populaire est sans doute celle qui tourne sur internet depuis 2011, le Circular Gallifreyan, créée par Loren Sherman. Qui est cette personne, me demanderez-vous ? Eh bien je laisse la parole à l’intéressé.

 

Bonjour ! Je suis Loren Sherman, créateur de l’alphabet Gallifreyan qui est populaire sur internet depuis 2011. Je suis actuellement un étudiant du MIT, et j’aime créer des jeux vidéos, des effets spéciaux pour des vidéos, dessiner, bricoler, masteriser des jeux de rôle sur table et globalement tout ce qui combine art et technologie.

 

Les langues que nous avons pu évoquées jusque là dans cette chronique étaient généralement créées par des linguistes, ou ont bénéficié de conseils par des spécialistes du langage. Ce n’est cependant pas le cas du Gallifreyan.

 

Je n’ai quasi pas de formation formelle ou informelle en linguistique. J’ai suivi un cours d’étymologie à un camp d’été du Center of Talented Youth quand j’avais quatorze ans (ce même camp durant lequel j’ai créé le Gallifreyan deux ans plus tard), et je me suis retrouvé à y développer des langages amusants. L’un d’entre eux est un langage que j’ai continué à développer et à utiliser pour une race alien que j’ai créée pour un jeu, et un autre était entièrement basé sur la position Même avant ça, j’ai toujours aimé les codes secrets, et j’ai lu un tas de livres sur le sujet quand j’étais plus jeune. J’ai participé au North American Computational Linguistics Olympiad (NDLR : concours de casse-têtes linguistiques), qui proposait des énigmes tout à fait en phase avec mon intérêt pour la programmation et pour les alphabets. J’ai suivi des cours d’espagnol et d’allemand à l’école, et j’ai brièvement essayé d’apprendre le vietnamien avant que ma famille n’aille au Viêt Nam, mais je ne parle couramment que l’anglais. Peut-être que cela serait différent si j’étais aussi passionné par l’apprentissage des langues que je ne le suis par l’invention de nouvelles langues.

 

La démarche de Loren Sherman était avant tout personnelle, la BBC ne l’ayant pas mandaté pour créer le Circular Gallifreyan.

 

De façon générale, j’aime créer des alphabets. Lorsque de nouvelles idées me viennent en tête, je les griffonne de façon compulsive dans les marges, sur mes notes de lecture, ou sur tout ce qui est à portée de main. Les aspects culturels et psychologiques des langues sont vraiment fascinants, mais j’ai toujours été davantage intéressé par la théorie de l’information et les aspects esthétiques : comment peut-on prendre un ensemble bien défini d’informations, comme un mot en anglais par exemple, et l’exprimer d’une façon qui semble complètement différente et esthétiquement plaisante sans perdre la moindre information ? Il y a un nombre infini de réponses à cette question, et c’est amusant d’en découvrir toujours plus.

 

Quand bien même il ne s’agit pas du Gallifreyan officiel, on peut s’interroger sur le processus de création d’un tel système d’écriture.

 

À l’origine, le Gallifreyan était un alphabet circulaire sans nom que j’ai créé durant l’été 2011, et qui n’avait rien à voir avec Doctor Who. Le concept reposait sur deux caractéristiques principales : des lettres écrites non pas de gauche à droite mais dans le sens inverse des aiguilles d’une montre à partir du bas d’un cercle (NDLR : 6h), et des voyelles qui s’attachent aux consonnes précédentes. Un ami m’a à un moment fait remarqué que ça ressemblait un peu au Gallifreyan de la série Doctor Who. J’ai donc changé certaines choses, j’ai remplacé les tirets par des lignes reliant divers éléments, et j’ai ajouté un système de phrases inspiré par les rouages des montres à gousset. Si j’avais eu la moindre idée de la popularité que le Gallifreyan allait connaître, je l’aurais fait plus simple et plus facile à apprendre. Mais je n’y ai pas trop pensé, et je me suis débarrassé de la lettre C, rendu le placement des voyelles quelque peu arbitraire, et ajouté des symboles aléatoires à deux consonnes. Lorsque la popularité du Gallifreyan a explosé, sans doute grâce au traducteur que j’ai codé, même s’il n’était pas terrible, j’ai enrichi le système en y ajoutant des chiffres, des maths et des signes diacritiques utilisables pour à écrire dans d’autres langues que l’anglais.

 

Maintenant que vous en savez davantage sur l’origine du Circular Gallifreyan, passons à son apprentissage.

 

L'apprentissage du Gallifreyan

Vous l’aurez compris, on ne se concentrera ici que sur le Circular Gallifreyan de Loren Sherman. L’avantage du Circular Gallifreyan est qu’il ne s’agit que d’un système d’écriture, qui ne se base que sur l’alphabet latin (à une nuance près, on y reviendra) et non pas sur l’alphabet phonétique. Vous n’aurez donc « qu’à » apprendre l’équivalence entre chaque lettre pour pouvoir ensuite très facilement écrire des mots, des phrases voire des textes complets. Ou presque.

 

La liste des courses

 

Les ressources pour apprendre le Gallifreyan sont relativement nombreuses en ligne. Ne comptez cependant pas sur la série pour vous faire la main puisque, pour rappel, les symboles visibles dans Doctor Who ne correspondent pas au Circular Gallifreyan (ne correspondent à rien du tout, même). Et pour nous aider à choisir les ressources de référence pour notre apprentissage du Gallifreyan, qui de mieux que le créateur du Gallifreyan ?

 

Mon guide est disponible ici, et j’aime aussi beaucoup ce tutoriel. Ce subreddit est par ailleurs rempli de gens qui peuvent aider.

 

Si vous préfériez cependant apprendre les autres versions évoquées un peu plus haut, n’hésitez pas à vous reporter à leur site officiel.

 

L’apprentissage du Circular Gallifreyan

 

Je ne reprendrais pas ici le guide décrivant le Gallifreyan, celui-ci étant très bien construit, mais me contenterai de dresser un rapide portrait de la langue.

Comme nous l’avons dit, le Circular Gallifreyan est avant tout un alphabet, correspondant peu ou prou à l’alphabet latin. Cet alphabet a cependant la particularité d’être circulaire : les symboles se lisent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, en commençant par le bas (c’est-à-dire à 06:00). Le symbole circulaire a différentes valeurs en fonction de l’échelle à laquelle on se trouve. Un symbole peut correspondre à une lettre, à un mot, à une phrase, voire à un texte, et à chaque niveau ses propres règles de construction, notamment concernant la position des lettres, ce qui peut rapidement complexifier l’apprentissage. Ses règles ne sont cependant pas très strictes, et certains mots pourront s’écrire de plusieurs façons : il n’y a donc pas réellement de bonnes ou de mauvaises façons d’écrire le Gallifreyan.

Quelques points spécifiques doivent être mis en avant. Tout d’abord, notez que la lettre c n’existe pas dans l’alphabet Gallifreyan. En effet, cette lettre pose problème dans la mesure elle se traduit par deux phonèmes (ou sons) : /s/, comme dans cinéma, et /k/, comme dans carotte. Puisqu’il existe déjà des lettres correspondant à ces deux sons (à savoir s et k), la lettre c a été supprimée pour simplifier les choses. Il faut donc penser à remplacer dans vos textes les occurrences de c par s ou k afin d’obtenir une traduction correcte.

Notez ensuite que les voyelles s’écrivent différemment en fonction de leur position (à savoir, si elles sont précédées d’une consonne ou non). C’est en cela semblable à l’arabe, où les voyelles ont différentes formes en fonction de leur rattachement ou non à d’autres lettres. De même, Certaines lettres sont pourvues de traits, qu’il est possible de rallonger pour permettre de relier plusieurs lettres, mots, ou phrases, entre eux. Cela contribue donc grandement à la variabilité du Gallifreyan.

Conclusion

L’apprentissage du Gallifreyan est un véritable challenge, qui vous plongera à la fois dans les méandres de la science fiction et de la cryptologie. Si cela peut paraître impressionnant à première vue, on se prend très vite au jeu, notamment lorsqu’il s’agit de décrypter des phrases. Cet alphabet est très esthétique, et pour ceux qui n’auraient pas la foi de se lancer dans cet apprentissage, il existe heureusement des outils tels que des traducteurs qui feront le travail pour vous. Le Gallifreyan reste cependant bien plus abordable que l’Heptapod, et sa pratique procurerait presque un effet apaisant, à l’image de ces cahiers de coloriage de mandalas, puisqu’il vous faudra patience et précision pour obtenir un joli résultat. À vos stylos soniques, donc !

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