Alien – Covenant : la critique

par Laurianne « Caduce » Angeon et Siegfried « Moyocoyani » Würtz

Alien – Covenant : la critique

Alien – Covenant : la critique

Laurianne « Caduce » Angeon et Siegfried « Moyocoyani » Würtz
23 mai 2017

Annoncé depuis longtemps comme l’un des films les plus attendus de 2017, Alien – Covenant, réalisé par Ridley Scott, a tôt fait dès sa sortie, d’agiter les dissidences entre les différentes communautés fans de la saga Alien : l’une qui se reconnaissait davantage dans la suite originelle, et l’autre qui avait vu en Prometheus (également réalisé par Scott) une tentative de renouveler les codes de la saga, par son lot de nouveautés principalement sur le plan psychologique et scénaristique. Si Alien – Covenant se présente donc ici comme la suite officielle de Prometheus, et donc comme un préquel à la saga Alien, et plus spécifiquement à son premier volet : Alien – Le 8ème Passager, sera-t-il accueilli avec un avis aussi mitigé que son prédécesseur ? La réponse dans cette critique Made in Vonguru.

(Attention, quelques spoilers ici et là : rien de bien capital cependant, mais si vous préférez vous épargner au mieux, allez voir le film avant cela !)

 

 

Il est encore difficile, si vous n’avez pas vu Alien – Covenant, de se faire une idée précise des forces et faiblesses du film, tant les avis à son sujet restent encore mitigés, quelques jours après sa sortie en salle. Pour ma part, sortie depuis moins de 24 h de la salle obscure, je ne saurais dire si ce nouvel opus serait une réussite ou non, digne (ou non) de son prédécesseur Prometheus, qui m’avait fait un peu le même effet d’inachevé, de brouillon, mais d’innovation et de nouvelles perspectives dans la saga Alien.

Quoi qu’il en soit, et pour citer l’une des valeurs sûres du film, vous verrez dès les premières minutes de Covenant une esthétique irréprochable, dans la digne lignée de l’influence Giger, ô combien mise à l’honneur dans le film. Ce souci du détail et de l’artistique sera donc sans doute la qualité indéniable du long-métrage, qui nous offre tout au long des deux heures une prestation égale et extrêmement qualitative, tant sur les décors, que sur les personnages ou nos fameux monstres aliens. À ce sujet d’ailleurs, et en réponse aux déçus qui décrient le fait que les créatures ne soient pas « vraiment » ressemblantes à celles déjà vues au cours de la saga, je dirais qu’ici, cette liberté ne choque pas plus que cela, tant elle s’explique aisément sur le plan scénaristique. En outre, le fait de varier quelque peu le bestiaire d’Alien en échappant parfois aux grands poncifs de la saga nous permet d’être parfois surpris, dans un long-métrage qui n’offre pas spécialement de grands bouleversements scénaristiques : nous restons dans un opus d’Alien, et rien de ce qui se passera ici en terme d’action ne sera en capacité de vous surprendre…

Car Alien – Covenant, à l’exception des quelques libertés prises sur le design de certains monstres, et sur un autre plan plus psychologique que nous verrons par après, n’est qu’une énième redite de tous les films du même genre.

Pire encore, ce nouvel opus nous embarque dans une situation initiale bancale et douteuse : pourquoi se précipiter, comme le dit si bien l’héroïne Daniels, vers une planète dont on ne connaît rien ou presque, après dix ans d’une recherche méticuleuse et exhaustive pour trouver le meilleur milieu propice à l’implantation de la colonie ? Pourquoi ne pas s’inquiéter plus que cela d’un signal « humain » émis de cette nouvelle planète « surprise » qui devrait alerter, plus qu’être un petit « bonus » qui donne envie d’aller jeter un coup d’œil… Bref, pourquoi ces choix douteux qui ne sont là que pour justifier la suite du film ? La faute sûrement à la catastrophe initiale dans le vaisseau, qui divise l’équipage, et nous présente une équipe menée par un commandant d’infortune plus que médiocre, volontairement présenté comme la chiffe molle – égoïste de surcroît – du groupe. Si la présentation des protagonistes ne prend donc pas, c’est tout simplement parce que la galerie de personnages se présente comme étant aussi cliché que brouillonne, résultant sur une décision pour le moins impulsive de se rendre sur la planète la plus proche, histoire de « gagner du temps »… Freiné par un manichéisme décevant, Alien – Covenant embarque notre équipe affaiblie vers la nouvelle terre promise (qui n’est en fait que la planète qu’Elizabeth Shaw et David avaient rejoint, à la fin de Prometheus) après maintes tergiversations, et un début assez long et ô combien chaotique, dans sa présentation comme dans ses enjeux… Le casting peine également à redresser le niveau, et si les personnages manquent à ce point de corps, c’est bien sûr aussi en grande partie à cause d’un jeu d’acteur trop lisse (Daniels – Katherine Waterston – étant bien loin de la prestation et du charisme d’Elizabeth Shaw – Noomi Rapace.) Quant à Michael Fassbender… nous en discuterons plus loin.

À ce stade du film, j’étais pourtant encore très ouverte aux bonnes surprises que pourrait offrir Alien – Covenant. Dès leur arrivée sur la « nouvelle planète », véritablement sublime d’ailleurs, nous attendons alors avec un malin plaisir ce petit twist qui fera basculer l’excursion de la découverte en une fuite cauchemardesque. Et si ce petit basculement manque un peu de finesse, on peut par contre vanter le caractère très violent de la première séquence mettant en scène nos aliens. La première victime – d’une longue série, vous vous en doutez – impose à la caméra une agonie aussi lente qu’effroyable, partant d’un simple vertige vers une issue sanguinolante et gore à souhait. Sans doute l’une des scènes les plus marquantes dans cet Alien – Covenant qui, passé le soin apporté à la première victime des aliens, fera se multiplier les exécutions rapides et bâclées. Car malheureusement, vous ne retrouverez pas dans Covenant cette angoisse tenace et latente caractéristique des premiers opus de la saga. Les morts violentes ici ne le sont que par un effet répété de jumpscare pour le moins redondant et usant : on aurait apprécié, qui plus est avec le potentiel de R. Scott aux commandes, profiter de sévices plus sophistiqués et de morts parfois moins rapides à l’écran, à l’image de cette première victime pour le moins réussie.

Enfin, et dans le même ordre d’idée, le final du film, assez brouillon dans sa chorégraphie et dans la tension qu’il est censé représenter, n’offre qu’une conclusion fade et peu crédible à la course cauchemardesque pour échapper aux aliens.

Mais alors, si Alien – Covenant déçoit donc tellement, tant sur son traitement que sur ce qui fait le succès de la saga, en quoi pourrait-il être un film à sauver ? Tout simplement parce que – dans la continuité de Prometheus – Covenant s’appuie sur une vision assez riche de la technologie, du créationnisme et des êtres façonnés de toute part par l’Homme. Alien – Covenant, comme son nom ne l’indique pas, est donc en fait davantage une ode à l’androïd déjà fort présent dans son prédécesseur, exploité ici avec beaucoup plus de nuances.

Si Prometheus avait donc mis un accent certain sur l’androïd de son film, Covenant poursuivra donc dans cette voie, jusqu’à distiller sur ce point de nombreuses réflexions, à commencer par le début du film, un dialogue assez intéressant entre David, et son créateur,  Peter Weyland (Guy Pearce). Quelques perspectives se dessinent déjà ici, et c’est en fait dans la continuité de ce dialogue initial que se construit Covenant.

Car les aliens sont ici plus un prétexte qu’un élément central de l’action (à la manière des zombies dans The Walking Dead, qui ne constituent plus forcément la menace principale). Covenant aurait pu donc s’appeler David ou Walter, tant ces deux personnages sont en fait les deux héros du film, deux sortes de nouveaux prophètes, représentant l’un et l’autre deux pendants de l’IA : l’un prêt à servir, l’autre à s’émanciper pour supplanter son créateur et devenir le prochain Père de l’Évolution. Sans rentrer dans trop de détails scénaristiques et vous révéler certains points clés de l’intrigue, Covenant nous offre comme autre qualité de belles idées sur l’IA, le transhumanisme et l’émancipation des machines, un sujet redondant dans les œuvres de science-fiction, mais que l’on se surprend ici à découvrir dans Alien. Si quelques dialogues manquent parfois d’authenticité (mais après tout, n’avons-nous pas affaire à des robots ?) et que Michael Fassbender semble jouer un jeu très « égo-centré » pour ne pas dire grandiloquent (l’Entrée des Dieux comme musique de fond, rien que cela ?), on apprécie les quelques perspectives philosophiques amenées ici en douceur tout au long du film. Le twist qui nous permet de voir l’android en capacité de prendre le chemin de l’émancipation est assez jouissif, pour peu que l’on s’attarde sur la confiance aveugle que les membres de l’équipage confient aux androïds.

En bref, et pour résumer, une belle surprise sur ce point, qui transforme donc le thriller horrifique en une fresque créationniste et futuriste, admirablement ancrée dans l’idéal esthétique de Giger, incroyablement mis en avant tout au long du film. À l’image de Prometheus, Alien – Covenant divisera pour les mêmes raisons : à la fois trop classique dans le traitement du fond et trop novateur en ce qui concerne les androids, aussi magnifique esthétiquement qu’il est affligeant sur certains points scénaristiques, Covenant aurait mérité un meilleur parti pris, une ligne directrice plus assumée, quitte à conquérir complètement l’un ou l’autre côté de la communauté des fans d’Alien.

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Ridley Scott jouit depuis quelques années de la douloureuse réputation d’avoir perdu tout talent, après avoir été l’un des réalisateurs les plus en vue d’Hollywood – qui aujourd’hui le placerait dans un top 10 des meilleurs réalisateurs de l’histoire du cinéma, et qui, il y a quinze ans, ne l’y aurait pas placé ? Ce reproche justifie que l’on cherche dans chacun de ses nouveaux films de nouvelles preuves de sa sénilité (il va sur ses 80 ans), quitte à céder à l’injustice. À mon avis au contraire, la production prolifique de Scott reste marquée par une ambition que son âge ne rend que plus admirable, le réalisateur britannique continuant d’explorer de nouvelles voies plutôt que de se contenter de recettes au succès pauvrement certain. Que l’ambition ne suffise pas toujours à sauver un film dont elle est la seule qualité est évident, qu’elle contribue à revaloriser une filmographie durement méprisée me paraîtrait nécessaire.

L’échec retentissant de Prometheus, qui contraignit ensuite Scott à réaliser le film le plus lisse de sa carrière pour se refaire une santé auprès des producteurs, avait viré à la blague, le monde entier n’en retenant que deux ou trois scènes un peu ridicules pour l’ériger en pire film de l’histoire du cinéma. Sa suite Covenant ne pouvait donc pas bénéficier de bons a priori, et il est d’autant plus singulier que Scott ait décidé de se faire plaisir plutôt que de contenter tout le monde, comme il venait de rappeler qu’il savait le faire. C’est que, pour insatisfaisant qu’il soit, Covenant est un film assez brillamment déroutant, en soi et par rapport au cinéma de science-fiction contemporain : alors que le spectateur espère que Katherine Waterston (Les Animaux fantastiques) sera une nouvelle Ripley, l’histoire lui attache moins d’intérêt qu’à Noomi Rapace dans Prometheus, en concentrant toute son attention sur les androïdes, le personnage principal féminin n’étant que le faire-valoir humain de leur supériorité inhumaine. Covenant lance les pistes d’une intrigue sentimentale et d’une intrigue conflictuelle auxquelles il ne cherchera même pas à donner de suite, se débarrasse avec une facilité déconcertante de figures dont on pensait très logiquement qu’elles occuperaient toute la place…

La plus grande erreur que l’on puisse faire serait d’attendre de Covenant d’être un honnête préquelle à Alien, comme si en presque 40 ans Scott ne pouvait pas désirer faire autre chose. Du coup, ce sont toutes les scènes où Covenant cherche à rappeler sa filiation avec la saga mythique qui laissent froid, entre un gore en demi-teinte, des combats trop artificiellement spectaculaires, une exagération numérique du bestiaire qui vous hurle sa fausseté à chaque seconde, et qui gêne la transmission d’un véritable suspense… Cela en flirterait presque avec le mauvais goût, surtout dans la peinture ridicule des Ingénieurs dont on espérait mieux après Prometheus, et une scène finale où un plot twist est en fait anticipé par le spectateur depuis trente minutes, alors qu’il aurait été sincèrement formidable qu’il soit assumé comme un non-twist, un retournement dont les personnages eux-mêmes n’auraient pas été dupes…

Il faut également reprocher à Covenant d’avoir laissé la composition au très surestimé Jed Kurzel, qui échoue constamment à souligner les efforts de design, qu’ils concernent la planète ou le cabinet des curiosités de David, émouvant hommage de Scott au designer Giger, décédé il y a trois ans et dont le travail reste à jamais associé à Alien. Mais de nombreux défauts, relevés par Caduce et par bien d’autres critiques, ne me paraissent pas pertinents : le scénario aurait certes pu dramatiser à peine plus la décision de l’équipage de dévier leur mission sur une planète inconnue, ou la position délicate du nouveau capitaine effrayé par ses responsabilités et ne sachant trop comment s’y prendre…. il m’a cependant paru que sur ces deux points et quelques autres tous les éléments étaient généreusement donnés pour nous permettre de percevoir sans trop de peine ce qui les justifiait, et qu’au contraire nous étions enfin confrontés à des personnages agissant comme des êtres humains, simultanément compétents et faillibles, courageux et terrorisés à l’idée de mourir dans leur sommeil avant d’avoir accompli quoi que ce soit, motivés par des convictions, et susceptibles d’être décimés sans avoir pu les affirmer. Il est regrettable que le spectateur contemporain ait calqué ses standards de réalisme psychologique sur les clichés du cinéma hollywoodien…

Ceux qui ne veulent voir qu’un film Alien feraient alors mieux de se tourner vers Life : Origine inconnue, et ce n’est pas pour rien que ce film reste à l’écran plus d’un mois après sa sortie et malgré un silence médiatique presque total : le film d’Espinosa offre tout ce que l’on pouvait attendre d’un Alien en termes de gore, de créature horrifique, de claustrophobie spatiale… sachant que l’actrice principale, Rebecca Ferguson, était celle qui était d’abord envisagée pour jouer le rôle finalement détenu par Waterston dans Covenant ! Life a clairement été pensé comme le nouvel Huitième passager complémentaire de nouveaux films Alien prenant une nouvelle direction, et amuse même par sa volonté de croiser cette influence avec celle, inattendue, de Gravity.

Scott a plus à cœur de proposer un film volontairement grandiloquent, du dialogue surchargé entre David et son créateur Weyland à la rencontre entre David et Walter et aux révélations sur les Ingénieurs et les xénomorphes, qui fatigueront vite quelques spectateurs à force de références bigger than life (le David de Michel-Ange, « L’Entrée des dieux au Valhalla » du Rheingold de Wagner, « Ozymandias »…), alors qu’elles définissent à leur manière les androïdes, et leur confèrent indiscutablement un je-ne-sais-quoi d’à peine plus épique que grotesque, bien aidés en cela par l’interprétation du formidable Michael Fassbender, seul personnage central de la saga de préquelles, et digne héritier du Rutger Hauer de Blade Runner.

 

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