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Grave – La critique

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Grave – Retour sur le coup de maître du cinéma de genre

 

Nous vous l’avions dit il y a quelques mois : il faut aller voir Grave. Si vous êtes passés à côté de ce précieux conseils, nous vous le reformulons aujourd’hui. Certes, vous n’aurez pas l’occasion de bénéficier de l’excellente surprise sur grand écran, avec tout ce que cela engendre d’émotions extrêmes favorisées par l’effet de groupe, mais vous pourrez à loisir vous laisser surprendre par ce film, nouvel héritier du cinéma de genre qualitatif.

À l’occasion de sa sortie en DVD le 26 juillet prochain, revenons sur le film coup de poing de Julia Ducournau, dans une critique sans spoiler, qui mentionnera tout de même quelques grandes thématiques du film. S’il serait tentant de vous inviter à aller voir Grave, sans vous en dire plus pour préserver tout effet de surprise, la nature extrême du film ainsi que des images proposées nous a décidé à vous faire part des grandes forces de ce film, afin de vous encourager à aller le voir, en ayant le cœur bien accroché.

 

 

Avant de nous pencher sur Grave, revenons déjà sur ce qui fait qu’un film rentre dans la case très sélect du film de genre. Si la définition peut convenir au sens large à une notion de divertissement, nous parlons ici de cinéma de genre dans un cadre horrifique, proche de l’empreinte d’un film d’auteur, où la réalisation décide de transcender les conventions, en proposant des images inédites, qui n’iront à aucun moment dans un sens complaisant pour le spectateur. Pour en citer quelques uns, qui désignent en fait quelques films d’horreur « extrêmes » de ces dernières années, nous pourrions parler de Frontière(s), Sheitan, ou encore le très radical Martyrs, dont nous vous parlions à l’occasion des films qui nous ont fait peur.

 

Synopsis – Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

 

 

Avec un tel pitch de départ, difficile donc pour Grave de passer inaperçu, en proposant qui plus est un long-métrage axé autour du thème très controversé du cannibalisme. Si peu de films ont tenté de le faire, l’une des grandes références du genre, Cannibal Holocaust, avait défrayé la chronique. Pour le reste, la saga autour d’Hannibal Lecter, mais aussi le Green Inferno d’Eli Roth, avaient abordé de près ou de loin le thème.

Ici, dans Grave, le cannibalisme sera par contre au cœur du film, bien loin de toute énigme policière ou synopsis alambiqué. Et c’est sans doute cela qui confère sa vraie force au film : le sujet qui dérange n’est ici pas justifié outre mesure par une tribu lointaine ou par un psychopathe sanguinaire. Julia Dunournau nous parle simplement d’une jeune fille somme toute assez banale, Justine, qui découvre sa vraie nature. Sans artifice et sans dédouanement, l’initiation au vice se fait de façon viscérale mais très esthétique. Car si Grave parle de chair et de sang, de transgression et d’interdit, il rend aussi un splendide hommage au corps, et donc à cette chair, au sens premier du terme. Entre frissons de dégoûts, nausées, et beauté fascinante, Grave n’en finira pas de vous perdre dans un tourbillon d’émotions aussi fortes que contradictoires.

La patte très féminine de la réalisation prend aussi beaucoup de place au sein du film, qu’il s’agisse du propos comme de son traitement, en passant par ses diverses héroïnes, fortes, dangereuses et magnifiques, avec une mention spéciale pour l’excellente Garance Marillier, tout juste âgée de 19 ans. Une prestation magistrale, pour un rôle qui marquera probablement toute sa carrière. En autre clin d’œil au film de genre, la présence de l’acteur Laurent Lucas, également présent dans le troublant film d’auteur – Dans ma peau. Enfin, l’OST de Jim Williams insufflera à Grave tout ce caractère et cet aspect magistral et fascinant dans un thème central totalement hypnotique dans LA scène centrale du film. Je serai tentée de vous glisser le morceau ici, mais vraiment, l’écouter pour la première fois, images à l’appui, reste un moment fort de cinéma (vraiment !).

 

Vous l’aurez compris, et j’insisterai sur ce point, Grave n’est pas un film à mettre entre toutes les mains. Si l’âge et la censure autour du film sont légitimes, chaque individu accueillera Grave de façon différente, sans y rester de marbre. Si le propos de la réalisatrice, ainsi que le twist final pourraient laisser certains d’entre vous sur leur faim (lol), l’ensemble du long-métrage reste convaincant de bout en bout, sans sombrer dans la surenchère, et en distillant avec précision tout un lot d’émotions authentiques. Peut-être serez-vous dégoûté de la chair, ou peut-être aurez-vous envie d’un bon steak : Grave raconte, sans chercher à choquer (le sujet étant assez subversif en lui-même), dans une grande justesse, ce conte initiatique particulier d’une jeune femme, qui découvre son rapport au corps, et à celui d’autrui.

 

 

 

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