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Get Out – la nouvelle sensation du cinéma d’horreur indé

Get Out – la nouvelle sensation du cinéma d’horreur indé

Get in pour Get out ?

 

Chez VonGuru, vous le savez, nous aimons le cinéma d’horreur (Conjuring 2,The Witch, nos films d’horreur préférés, notre best of Tim Burton...) et les films qui ne ressemblent à aucun autre, ou du moins qui tentent de se démarquer des codes supposés les définir (dernièrement Grave ou Brimstone par exemple). Le succès phénoménal de Get Out en faisait donc à nos yeux un incontournable, non seulement parce que cette petite production indé (4,5 millions de dollars) a récolté 40 fois son investissement initial (!), mais aussi parce que la critique américaine en a vanté d’emblée l’intelligence du propos (au point de lui décerner 99% d’opinions favorables sur l’agrégateur Rotten tomatoes) et surtout parce qu’il s’agit du premier film réalisé par Jordan Peele, soit… un humoriste extrêmement connu pour la série de sketchs Key & Peele, son travail sur MAD tv, bien avant sa participation comme acteur à l’excellente série Fargo. Bref, le dernier homme que l’on aurait imaginé aux manettes d’une sensation du cinéma d’horreur indé.

L’histoire des déboires de ce jeune Afro-Américain aux griffes de la famille blanche de sa chère et tendre possède-t-elle la pertinence sociale et l’intensité horrifique qu’on lui prête ? Vous le saurez bientôt… mais n’hésitez pas bien entendu à exprimer vos divergences dans la section commentaires de l’article, la critique s’enrichit par la confrontation des désaccords !

 

Un noir chez les blancs

Get Out est le remake presque avoué de The Stepford Wives, le classique de Bryan Forbes (1974) adaptant le roman d’Ira Levin, dans lequel un couple découvre dans la banlieue une société à peu près idyllique pour l’entente parfaite que manifestent époux et épouses. L’héroïne est cependant de plus en plus gênée que cette harmonie se fonde sur la soumission, inconsciente et heureuse, des femmes à leurs maris, et se prend à soupçonner que quelque chose se trame… Frank Oz s’étant occupé de remaker (assez piètrement) The Stepford Wives en 2004 (avec Nicole Kidman et Christopher Walken), ce n’est pas la satire des prétentions féministes du patriarcat blanc bien-pensant que Peele cherche à livrer ici. La question de la domination sexuée est en effet transposé dans le domaine racial, ce qui est naturellement d’un intérêt d’autant plus prégnant que (sauf heurts notoires) les États-Unis donnent en effet l’impression d’avoir globalement accepté l’idée de l’égalité entre blancs et noirs.

Soit Chris, jeune photographe noir qui va rencontrer pour la première fois la famille de sa chère et tendre Rose, famille riche, blanche, et ignorant sa couleur de peau. Plein d’appréhensions, il est pourtant parfaitement accueilli, le couple constitué par les parents de Rose ne manifestant pas la moindre surprise et cherchant même à le mettre à l’aise en réaffirmant leur tolérance.

Après une scène pré-générique techniquement imparfaite (un quasi-plan séquence dont on se demande pourquoi il ne l’est que quasi) et dramatiquement stéréotypée, ce début parvient sans peine à distiller des impressions contradictoires au spectateur et ainsi à le captiver : on sait (par l’affiche, le titre, la promotion du film, le synopsis, la bande-annonce…) que cela tournera mal, et on est d’autant plus réceptif aux plus maigres manifestations de tension. Avec une subtilité assez délicieuse, Peele fait par exemple répéter une fois de trop à ses personnages que le père aurait voté pour un troisième mandat d’Obama s’il l’avait pu, au point que l’on se demande si ce voeu pieux ne signifierait pas aussi qu’il n’a pas voté pour lui les deux premières fois ; le même montre à Chris une photographie présentant son propre père (le grand-père de Rose), athlète ayant perdu face à Jesse Owens les Jeux Olympiques de 1936 à Berlin, en se montrant admiratif du camouflet ainsi infligé au racisme de Hitler, mais ajoutant que son père lui a presque pardonné cette victoire…

C’est exactement ce que je voulais voir : le déminage par petites touches d’un racisme latent se croyant parfaitement tolérant. Cela opère comme les blagues misogynes ou antisémites, à petites doses on les perçoit (malheureusement) comme des manifestations d’humour noir ou un peu gras, sans remettre en cause pour autant la moralité de leur émetteur, tandis que l’excès en crée vite un malaise, de même que l’avalanche de remarques valorisantes et a priori sincères que Chris reçoit sur sa couleur de peau fait ressortir une division raciale entre les blancs (qui admirent le noir) et le noir (admiré par les blancs). Même positive, la discrimination suffit à isoler l’individu, et dans un film promettant quelques frissons garantit une ambiance superbement tendue.

 

Jusqu’ici, tout va bien

De Devine qui vient dîner au film gothique

Grâce à cette curiosité suscitée par un début trop détendu, à peine perturbé par les discrètes touches de malaise que nous venons d’évoquer, la première demi-heure passe comme un rien. Au bout d’une heure, quand le climax se met en route, je me suis cependant pris à souhaiter que Get Out s’appesantisse sur le travail d’atmosphère plutôt que de révéler d’un coup toutes ses cartes. D’autres pourraient sans doute lui reprocher sa trop grande lenteur, mais à une époque où le cinéma multiplie l’horreur-action, où il se passe tout le temps quelque chose, l’audace (modérée tout de même) de faire passer quelque chose par le dialogue et de prendre son temps à poser les personnages et les instants de trouble a quelque chose de si agréable qu’on la souhaiterait plus longue, plus surprenante. Au contraire, Get Out finit par virer au film gothique de manière assez curieuse, et je ne suis pas sûr d’avoir été convaincu par l’introduction de nouveaux thèmes sur la fin de l’histoire.

Get Out n’est pas A Cure for Life (A Cure for Wellness en v.o.), un film puisant justement son intérêt dans l’immense générosité du mélange des tons et des images, des visuels et des genres. Ici, cela est d’autant plus ressenti comme une impureté que cela ne rend pas la narration plus imprévisible. Le principal retournement, pour être tout à fait très attendu, satisfait parce qu’il est aussi très désiré, mais globalement le spectateur prend assez vite de l’avance sur le cours des événements, et cette absence de surprise est renforcée par l’absence de peur.

Get Out s’est vendu comme un film d’horreur, mais en dehors de son ambiance mystérieuse et glaçante pendant ses deux premiers tiers, l’étiquette est abusive. Il ne nous fera guère sursauter que grâce au recours fatigant à des sons extra-diégétiques (des bruits soudains et forts pour nous donner une crise cardiaque, que les personnages n’entendent pas), que je n’ai même plus remarqués dans le long dénouement tant l’issue de chaque scène était évidente. Cela n’ôte rien à l’évident talent pour la réalisation de Jordan Peele, peut-être aurait-il cependant dû être plus prudent dans la promotion de Get Out, la promesse d’un film d’horreur original ne pouvant que doublement décevoir par la disparition croissante de la surprise et par le decrescendo de la peur au profit d’une tonalité horrifique pop et décomplexée, sans doute jouissive, mais en-deçà de la barre posée par le film imité (dont on taira  le titre pour ne pas vous spoiler) et des frissons désirés.

 

Qu’essaies-tu exactement de faire, film ?

Get Out, film d’horreur social ou divertissement standardisé ?

Pratiquement impeccable à ses débutsGet Out finit par perdre de vue la finesse du propos social qu’il prétendait tenir, et déçoit tantôt en donnant aux spectateurs le spectacle qu’ils veulent, tantôt en s’accordant quelques incohérences lourdement injustifiées. Le scepticisme dans lequel il me laisse finalement provient essentiellement des qualités qu’il manifeste parfois dans son écriture et sa mise en scène, et qui rendent difficilement compréhensibles les errements qui plombent la dernière demi-heure. Échouant à faire vraiment peur, il échoue même à faire rire dans les quelques scènes mobilisant le père de Chris, et qui tiennent plus du bouffon que de l’humour spirituel que j’aurais attendu de la part d’un humoriste réputé, ou d’un film assez porté d’abord sur la mesure – le fait d’avoir vu le duo Key et Peele dans Fargo a pu me faire croire à tort que Get Out adhérerait à un comique plus fin. Get Out n’en reste pas moins une expérience tout à fait satisfaisante, et sa première demi-heure appelle dignement l’imitation. Il suffit de ne pas en attendre autant que ce que son succès nous promet…

À titre de coup de gueule, le visionnage du film a un autre mérite, celui de souligner l’absurdité du système des studios américains : Jordan Peele a été approché pour réaliser l’adaptation/remake du manga/animé Akira par des producteurs séduits par Get Out. Nul doute qu’ils auraient parfaitement négligé le réalisateur s’ils avaient vu le film mais que celui-ci n’avait pas eu le même succès, le bruit des liasses de dollars d’un film rentabilisé 40 fois les ayant assurément mieux convaincus que l’amour du réalisateur pour Akira ou les points communs entre Get Out et le manga !

C.de G. 2 : le magazine Première titre « Get Out : la meilleure satire politico-horrifique depuis Carpenter », ce à quoi je ne peux m’empêcher de réagir. Incongrument, le journaliste ne cite que Halloween (qui n’est pas plus une satire que politique, à moins de le tordre en tous sens), alors que la comparaison avec They Live, dans ses qualités comme dans ses défauts, aurait davantage fait sens, voire celle avec Prince of Darkness… Enfin dans tous les cas, laissons les mânes de Carpenter tranquilles, et allez plutôt voir In The Mouth of Madness !

 

Plaisir du spectateur découvrant Carpenter après avoir lu qu’on lui comparait Get Out.

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Doctorant en Littérature comparée, je prépare une thèse sur les enjeux principalement politiques, moraux et religieux du comics super-héroïque – et un livre sur Batman, en projet. Certaines de mes interventions dans des colloques sont disponibles sur mon LinkedIn. Par ailleurs cinéphile et sériephile affirmé, j’essaie au mieux de partager ces passions (et les détestations qui en découlent) sur VonGuru après l’avoir fait sur Cleek, persuadé que c’est dans cette activité de partage et de discussion que la culture trouve son sel.

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