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Luke Cage : critique de la nouvelle série Marvel/Netflix

Luke Cage : critique de la nouvelle série Marvel/Netflix

Luke Cage, la série invulnérable aux critiques ?

 

Qui se serait douté, il y a un an et demi à peine, que c’est de la télévision que viendraient les productions super-héroïques les plus marquantes ? Gotham, The Flash, Arrow, Agents of Shield, Peggy Carter n’avaient pourtant pas ravi les foules par leur qualité pourtant assez correcte, et avaient encore moins détourné nos regards des mastodontes que l’on nous annonçait. Pensez donc, la suite d’Avengers, le renouveau des Quatre fantastiques, Ant-Man, et on nous promettait en grand l’affrontement de Batman et Superman, un nouveau X-Men encore plus spectaculaire et des adaptations aussi inattendues pour leur violence que Civil War, Deadpool et The Killing Joke (en VOD). Bref, il y avait de quoi revendre sa télé pour payer ses tickets de cinéma.

Entre les films charcutés au montage (Age of Ultron, Fantastic Four, Batman v Superman, Suicide Squad), et les promesses de film du millénaire s’avérant n’être pas mieux que d’honnêtes voire de très bons divertissements, il ne restait cependant pas grand-chose… Et ce n’était même pas si grave, parce qu’en même temps que les salles obscures nous infligeaient Avengers 2, le petit écran nous réservait la véritable surprise de l’année avec une première collaboration entre les géants Netflix et Marvel, tous deux au sommet, et prévoyant déjà des suites régulières – une série complète tous les six mois !

La première saison de Daredevil était extraordinaire, Jessica Jones était de la même veine, et la fin seule de la saison 2 de Daredevil pouvait décevoir parce qu’elle refusait de se clôturer pour teaser la suite, mais il en aurait fallu bien davantage pour ternir une suite aussi forte. La relève devait être assurée par Luke Cage, une série qui avait tout pour elle, puisqu’en plus de l’immense capital sympathie recueilli par l’idée d’un super-héros noir, personnage principal d’une série de plus de dix heures, et de la hype générée par les succès précédents, le héros éponyme avait déjà été introduit et extrêmement apprécié dans Jessica Jones.

Luke Cage est sortie vendredi dernier, et après avoir visionné ses 13 épisodes, nous vous proposons nos impressions sur ce que nous attendions avec certitude comme l’une des séries de l’année.

 

 

Une série à Harlem sans « bro » ?

 

Le pari du créateur de la série, Cheo Hodari Coker, de situer des événements fictifs dans un Harlem bien réel est tenu avec maestria. Après les événements de Jessica Jones, Luke Cage est reparti pour Harlem, où il travaille comme balayeur pour un coiffeur et comme plongeur dans un club. Sa volonté de s’effacer plutôt que de profiter de ses pouvoirs pour gagner sa vie l’implique dans le Harlem désargenté, dont les habitants sont déchirés entre leur désir de paix et la volonté de sortir à tout prix de la misère.

Les efforts consentis par Disney/Marvel en termes de représentativité sont exemplaires : évidemment, la quasi-totalité du casting est composée d’Afro-Américains, de sorte qu’ils sont traités avec la complexité qu’ils devraient toujours avoir. Impossible d’opposer des gentils blancs aux méchants gangsters de Harlem, il n’y a pas assez de blancs ! Luke Cage propose donc une sortie exemplaire du manichéisme malsain de tant de productions, qui même en prétendant éviter tout racisme livrent un portrait caricatural de la population noire. Voir une série où même les « My man » sont utilisés raisonnablement, les « nigga » très rares et les « bro » absolument absents est aussi rafraîchissant qu’agréable.

Il ne s’agit aucunement pour les scénaristes (qui ont travaillé sur The Wire) de nier la criminalité présente à Harlem, mais d’offrir toutes les nuances possibles, du caïd qui veut protéger « son héritage » au délinquant entraîné dans le cycle de la violence contre son gré, de la politicienne véreuse qui compte bien faire de Harlem son tremplin électoral à la jeune femme qui accepte les compromissions morales par facilité autant que par peur, sans compter le lot de psychopathes habituel aux productions super-héroïques.

Le panorama s’élargit considérablement par la présence de Luke Cage, d’une détective intègre confrontée à sa hiérarchie et ses collègues peut-être moins regardants sur la morale, qu’ils soient noirs ou blancs, de l’infirmière Claire (incarnée par Rosario Dawson) qui revient prendre un rôle plus important que dans Daredevil et évidemment ses apparitions furtives dans Jessica Jones

C’est que Luke Cage est tout aussi exemplaire dans sa représentation des femmes, qui occupent tous les postes et sont partout sur le spectre du Bien au Mal, le héros lui-même apparaissant moins dans certains épisodes que les deux ou trois personnages féminins forts qui occupent une place importante dans l’intrigue.

Le souci de représentativité est d’autant plus louable qu’il n’est pas niais, et n’est pas réalisé que pour le principe de paraître « dans l’air du temps », pour éviter de nouvelles polémiques stériles (comme sur le white-washing de The Ancient One dans Doctor Strange) : non seulement le Club Harlem’s Paradise, siège du « méchant » Cottonmouth, est l’occasion d’un nombre appréciable de performances musicales qui sont bien loin de résumer la communauté afro-américaine de Harlem à un rap contestataire, les voix variant autant que les genres, mais Luke Cage n’a pas peur de plonger en plein dans l’actualité brûlante du Black Lives Matter, et plus généralement la recrudescence de violences policières injustifiées contre les Afro-Américains.

 

 

Créer du suspense avec un super-héros invulnérable aux balles

 

Le problème avec toute fiction super-héroïque est de créer du conflit malgré la puissance du personnage principal, de le confronter à des situations et des personnages représentant une difficulté réelle pour lui sans recourir à des artifices trop grossiers, qui ne pourraient que nuire à la relative vraisemblance qui fait le sel des séries Marvel/Netflix et de quelques films super-héroïques. Cette collaboration avait donné lieu à une galerie de personnages formidables, un Wilson Fisk aussi redoutable que dans les comics de Miller et Bill Sienkiewicz, un Punisher possédant une telle présence qu’une série indépendante va lui être accordée, un Kilgrave qui peut rivaliser avec Loki au titre de meilleur méchant de l’univers Marvel… Même les ninjas de la Main ou les petites frappes que Daredevil combat régulièrement étaient tout à fait passables en s’inscrivant dans des contextes où le danger était sans cesse présent.

 

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Or le moins que l’on puisse dire, c’est que dans Luke Cage la magie n’opère plus. En gros, on pourra opposer des premiers épisodes dans lesquelles le héros paraît si invincible que les scènes pré-génériques et les cliffhangers de fin d’épisode (redoutables dans Daredevil) n’ont aucune efficacité dramatique, aux épisodes suivants où Marvel fait deux erreurs fatales. La première, imaginer que pour contrer un super-héros invulnérable aux balles ses adversaires mettent au point une quantité illimitée de super-balles. Hum. La deuxième de créer un super-vilain massacrant sans remords avec un arsenal redoutable, qui ne perd jamais son sourire sadique ni la Bible qu’il lit entre deux assassinats et cite trois ou quatre fois, pas plus – il ne faudrait pas que le cliché devienne intéressant.

Le problème étant évidemment que la saison 2 de Daredevil avait introduit le Punisher et justifié sa capacité à manier les armes par les événements traumatiques qu’il a traversés, donc quoi de plus maladroit que d’imaginer un être similaire, Diamondback, possédant les mêmes capacités mais sans aucun motif, juste pour le principe qu’il fallait un super-vilain ? Et encore, on passe sur le fait qu’il crée par la suite des gadgets dignes des pires aventures du Batman de l’âge d’argent… Pas étonnant qu’on s’en soucie aussi peu que du Blacksmith, super-vilain de Daredevil que la saison 2 échouait si bien à rendre consistant.

Les menaces les plus intéressantes sont naturellement celles que les ennemis de Luke Cage font peser sur la vie de son entourage, ou sur son image médiatique, quand une série de machinations le fait passer pour l’ennemi à abattre tant par la police que par la population de Harlem qu’il défend  avec acharnement, et en exploitant son passé. Ces bonnes idées sont très vite effacées au profit d’une accumulation d’adversaires à la complexité assez controuvée et au charisme douteux, entourés de gangsters à la petite frappe dont chaque minute à l’écran est d’une lassante pauvreté, donnant lieu à d’étonnamment rares scènes d’action (ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose), étonnamment mal filmées (là c’est un problème).

 

 

Le MTU (Marvel Televisual Universe), pas encore parfait

 

Il faut rappeler que l’on se situe dans ce qu’on pourrait appeler le Marvel Televisual Universe, dont le statut par rapport au Marvel Cinematic Universe n’est pas encore clair, même si leur jonction dans un univers commun est envisagée. Les comparaisons entre Luke Cage et les autres séries Marvel/Netflix sont donc d’autant plus inévitables qu’elles partagent le même univers.

Quand on voit une scène d’action, on pense donc à Daredevil, superbe dans la chorégraphie et le montage dynamique des combats au point de s’autoriser quelques bagarres en plan-séquence, et cette comparaison est très loin de faire honneur à Luke Cage. Au contraire, les créateurs de la série ont choisi de s’inspirer de la colorimétrie de Daredevil, avec ses tons de rouge et de jaune, ses ambiances nocturnes, et encore une fois, l’idée est mauvaise, parce qu’elle prive Luke Cage d’individualité, ces couleurs étant reconnues comme celles de Daredevil, pas comme celles du MTU dans son ensemble. Non seulement Jessica Jones ne s’inscrivait pas dans ce choix colorimétrique, mais il n’est surtout pas du tout désirable que toutes les séries Marvel/Netlix se ressemblent. Partager le même univers ne doit pas les empêcher de profiter de leur patte, d’avoir un caractère propre.

L’intérêt d’un MTU, de surcroît faisant référence au MCU, se trouve dans les liens entre les séries et les films. Quelques références aux Avengers sont donc égrenées avec parcimonie, certaines assez amusantes parce qu’elles créent un pont plaisant, d’autres trop gratuites. Surtout, Luke Cage déçoit en ne nous permettant pas de croiser assez de personnages déjà connus. Certes, Claire vient occuper une place importante, Turk Barrett poursuit son running gag d’être le petit gangster qui n’arrive à rien, d’autres personnages très secondaires font une très rapide apparition (une émission de Trish, un avocat, l’assistant du procureur…), mais à ce stade (la quatrième saison du MTU), on commence à connaître cet univers et à en désirer davantage.

Et il en faudrait peu : au lieu d’évoquer une possible défense de Cage par « un avocat que Claire connaît », une rencontre, un serrement de mains même entre Murdock ou Foggy et le héros feraient l’affaire. Cottonmouth « tient » Harlem, pourquoi n’est-il jamais en relation avec Fisk ? Quand on pense que Jessica Jones n’a pas même droit à un flash-back

C’est bien entendu là que le bât blesse le plus : Luke et Jessica possédaient une telle synergie que l’on aurait préféré une série sur leur duo qu’une série sur Luke Cage seul, d’autant que celui-ci avait déjà été bien développé dans Jessica Jones, y compris dans ses parts d’ombre, et n’avait donc pas absolument besoin d’une série indépendante (surtout faite de cette manière). On sentait déjà que Marvel/Netflix peineraient à lui conférer la complexité de la fausse anti-héroïne Jessica Jones ou les tourments du diable de Hell’s Kitchen, d’autant que Cage possède un pouvoir bien plus cartoon que les héros des autres séries.

Son interprète, Mike Colter, possède un indéniable charisme et incarne ainsi assez définitivement un Luke Cage idéal. Cela ne suffit pas à expliquer qu’il ait été si adorable dans Jessica Jones : sa complémentarité fusionnelle avec l’héroïne, tant physique que dans leurs dialogues délectables, a joué dans le succès de la série, et leur séparation assez mal justifiée rappelle avec amertume à quel point il perd à être séparé d’elle…

 

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Luke Cage, une série dont on peut se passer même dans le MTU

 

À tous points de vue, Luke Cage est moins « super » que ses prédécesseurs : moins super-héroïque, moins brut, moins captivant, moins bien filmé… Pour une fois, on n’a pas l’impression que cela aurait fait un excellent film, et la série apparaît globalement comme du déjà-vu bien fait, très loin d’être mauvaise, mais assez loin d’être extraordinaire. Un peu comme le générique, qui est assez révélateur de la série, et qui fait assez « série sur les noirs lambda », quand les génériques de Jessica Jones et Daredevil avaient bénéficié d’un soin considérable.

Pourtant, je ne vois pas Luke Cage comme une preuve d’essoufflement de Marvel/Netflix, seulement comme le signe qu’ils n’étaient pas très inspirés par cette histoire et commencent à souffrir du défaut qui mine les films, celui qui consiste à garder ses bonnes cartes pour plus tard, défaut qui ternissait déjà la fin de la saison 2 de Daredevil, et conduit simplement à des séries de treize heures au terme desquelles il n’est pas évident qu’une histoire se soit bien déroulée sous nos yeux.

Pourtant, les mêmes derniers épisodes qui déçoivent dramatiquement rappellent le talent d’écriture des équipes de Marvel/Netflix, avec plus d’interactions entre les différents protagonistes, plus d’humour, plus d’humanité, et des dialogues au cordeau – même s’il faudrait qu’ils comprennent que ces conversations efficaces et pleines d’esprit sont superbes quand elles sont exclusives au personnages emblématiques, et perdent beaucoup en charme quand le gangster le plus insignifiant parle comme Cyrano…

Dès l’origine, l’idée d’une série de gangsters dans un monde où existent les super-héros n’était pas bonne, parce qu’elle manquait tout à fait de nouveauté, y compris par rapport aux saisons de Daredevil, sans compter les dizaines de séries et les centaines de films ayant déjà traité avec talent le milieu du crime. Et que, on l’a dit, les « vilains » ne peuvent aboutir qu’avec beaucoup d’artifices à représenter une menace crédible et à posséder la complexité qui peut les opposer de manière intéressante au personnage principal. Luke Cage parvient cependant à se regarder sans déplaisir, en étant aussi rarement ridicule qu’inspiré, tout en laissant espérer qu’Iron Fist sera à nouveau surprenant et prenant, et que la série ne témoigne pas d’un affaiblissement de la formule.

 

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Doctorant en Littérature comparée, je prépare une thèse sur les enjeux principalement politiques, moraux et religieux du comics super-héroïque – et un livre sur Batman, en projet. Certaines de mes interventions dans des colloques sont disponibles sur mon LinkedIn. Par ailleurs cinéphile et sériephile affirmé, j’essaie au mieux de partager ces passions (et les détestations qui en découlent) sur VonGuru après l’avoir fait sur Cleek, persuadé que c’est dans cette activité de partage et de discussion que la culture trouve son sel.

Voir commentaires (3)

3 Comments

  1. Belso Kob

    2016-10-06 at 17 h 13 min

    Formidable papier ! Le texte produit donne envie de voir la série, ne serait-ce que pour vérifier qu’elle contient bien tout ce qu’on lui prête. Ce serait la seule limite de cet exercice très maitrisé (et ça change de ce qu’on peut lire ailleurs).

    En revanche, ce n’est pas ici le but et ça se voit, mais pourquoi ne pas proposer une ou deux analyses plus précise pour appuyer le propos ? Une séquence ou deux par exemple ?

    Même chose, c’est une très bonne chose de ne pas réduire la série à l’adaptation, et de la juger pour elle-même (ce qui est trop peu souvent le cas m’est avis), mais là j’ai l’impression que c’est tout simplement passé à la trappe. Pourquoi ?

    Enfin, et rapidement pourquoi j’ai l’impression d’un véritable haine du « cliché » ? Je veux dire, il a une fonction narrative qui n’est pas toujours péjorative (aller vite sur des choses peu importantes pour laisser la place au reste). Une icone est rarement complexe et subtile, sans être toujours une insulte. Est-ce que le sérieux du sujet interdit un type de traitement ?

    • Siegfried « Moyocoyani » Würtz

      2016-10-06 at 19 h 18 min

      Bonjour, et merci pour ces remarques constructives, même si je dois avouer ne pas saisir ce qui pourrait ne pas être dans la série de ce que je lui prête, les rares commentaires interprétatifs auxquels l’article se livre sur cette série étant assez évidents ? De la même manière, je ne suis pas sûr que des commentaires de séquences précises puissent permettre une analyse plus poussée sur ces thèmes majeurs, et même si l’idée est naturellement séduisante, les problèmes de droits sur des séquences vidéo peuvent vite y faire obstacle.

      La référence aux comics ne m’a pas paru intéressante, pour la simple raison que le personnage de Luke Cage, créé en 1972, a déjà connu des centaines d’aventures écrites et dessinées par des dizaines d’auteurs différents (et ces chiffres sont une évidente sous-évaluation de la vérité), y compris plusieurs origin stories, de sorte que la série – comme d’ailleurs les autres séries Marvel/Netflix et la quasi-totalité des films de super-héros – n’adapte aucun comics en particulier. Elle en reprend quelques éléments essentiels (le physique et les pouvoirs de Cage, Harlem), et mélange inspiration des histoires et écriture originale, en créant des liens entre des personnages, en en gommant d’autres, pour créer une histoire plus linéaire et cohérente que quarante ans de comics. Je ne trouve donc pas toujours intéressant de dire « tel élément est présent dans les comics », « tel élément est original », « tel élément est une référence anecdotique aux comics », « en vrai, tel personnage est obèse », « tel personnage est un super-héros » etc., dans une histoire qui n’a aucune prétention à leur être fidèle. Au contraire même, l’intérêt des séries Marvel/Netflix tient beaucoup dans leur indépendance aux comics, les fans étant contents des deux ou trois petites blagues (comme la couronne de Cage), les autres ravis de tout comprendre sans avoir besoin de se replonger dans des centaines d’histoires souvent contradictoires et à la qualité inégale. Cela n’aurait apporté aucune grille de lecture stimulante à mon avis dans une review générale de la série, même si un article spécifique au traitement des comics dans la série aurait très certainement son intérêt.

      Quant aux clichés, je suis loin de les dénigrer toujours – même si je préfère le terme de stéréotype pour en parler positivement. Mais il y a des manières d’user d’un cliché, qui peuvent s’avérer passables, agréables voire formidables, pour lui éviter d’être simplement une offense au spectateur. En l’occurrence, je dirais que Marvel/Netflix ont posé un cadre qui n’est pas propice au recours irréfléchi aux clichés, parce que ce cadre se veut moderne, relativement crédible, et que l’objectif est de créer, série après série, un monde cohérent, avec ses traits fantaisistes faisant appel à la suspension consentie de l’incrédulité, et pourtant pas si éloigné du nôtre. Ce qui est assez réussi dans la représentation des noirs ou des femmes, deux enjeux assez délicats pour lesquels je suis très content de la série, l’est moins pour les méchants, parce que même si Fisk, Kilgrave, le Punisher possédaient des traits caricaturaux, ils étaient tout de même des personnages complets avec leur part de lumière et leur complexité. Faire appel à des vilains clichés après de si éclatantes réussites met évidemment en valeur tout ce qu’il peut y avoir de négatif dans le cliché, qui au lieu d’être déminé ou utilisé intelligemment, est grossi d’une manière que l’on apprécierait dans un film de Rodriguez, pas ici. On parle tout de même des adversaires de Cage, donc de personnages occupant une fonction assez importante dans le récit pour qu’on y passe du temps. Surtout quand, comme je le dis, cela nuit même à la logique du Punisher, donc de la tonalité de l’univers créé avec le personnage grossier de Diamondback. D’autant encore une fois que ces personnages n’ont pas d’histoire figée dans les comics, et qu’il était donc possible d’en faire quelque chose – même un méchant citant la Bible et assassinant avec sadisme peut être un personnage malin, et pas juste un psychopathe entravant la cohérence de l’univers et le plaisir qu’on y prend.

  2. Bob

    2016-10-08 at 17 h 27 min

    J’avoue ne pas bien comprendre l’obstacle juridique (encore une fois) pour deux raisons. Une première purement technique : il me semble que si votre analyse est contextualisée et basée sur des extraits d’une durée raisonnable, vous tombez sous le droit à la citation, et une seconde par soucis de cohérence, pourquoi pour cela et par pour a peu près tout le reste de ce que vous utilisez par ailleurs ? Bref, dommage de ne pas voir certaines affirmations ici très intéressantes, être recoupées par l’analyse. Et pour répondre à votre question, je ne dis pas que vous prêté des choses qui n’y sont pas. Simplement que ce n’est pas du tout évident – même si on a le devoir d’être un peu charitable -, et que ce qui va sans dire, etc.

    En parlant de charité, vous pourriez vous essayer à l’exercice. L’absence de toute référence à l’adaptation ne visait pas du tout des « tel élément est présent, cet autre ne l’est pas »… mais soit. Comme dit dans le commentaire précédent (j’ai l’impression d’avoir tout dit de travers -version charitable) c’est plutôt agréable justement de prendre la série pour elle même et de ne pas sans cesse la ramené – comme c’est fait ailleurs – à une sorte d’exigence de fidélité à on ne sait pas trop quoi d’ailleurs comme vous l’expliquez très bien dans votre réponse. Dans le contexte du commentaire sur les œuvres Marvel DC etc. je trouve que cela manque et que cette idée à le mérite de renvoyer les embaumeurs de textes/comics (très présent dans le monde académique) à une certaine incohérence, et c’est bien vu.

    Pour le reste, je ne vois pas quoi dire d’autre que nous sommes tout à fait d’accord.

    Enfin, parce que ce serait dommage de le laisser passer : toutes mes remarques sont constructives (au moins dans l’intention). Mais j’avoue que l’arrogance et le mépris à peine dissimulé, en préviennent parfois la perception. Dont acte.

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