Ciné Séries

Gotham : la série des super-vilains en devenir

Gotham : la série des super-vilains en devenir

La Fox vient de lancer la saison 3 de Gotham. Est-ce une bonne idée ou Warner ferait-il mieux de se concentrer sur son contrat avec ses séries sur The CW (Flash, ArrowDC’s Legends of tomorrow bientôt Supergirl qui quitte ainsi CBS) pour contrer  plus efficacement la collaboration Marvel-Netflix (Daredevil, Jessica Jones, bientôt Luke Cage) ? En plus de vous proposer régulièrement le résumé des derniers épisodes dans le récap séries, cleek vous propose un bilan des deux premières saisons pour mieux en juger.

 

La ville à l’honneur

 

Comme son nom l’indique, la série se concentre uniquement sur la ville de Gotham, où se déroule toute l’action. Ce nom est évidemment connu de tous pour être associé aux agissements de Batman. On y voit défiler les figures les plus emblématiques comme des personnages inconnus mais baignés de l’esprit de cette ville, malade de criminalité barbare. Car l’intrigue se construit autour de deux protagonistes principaux : l’inspecteur de police Jim Gordon et le jeune Bruce Wayne, après la perte de ses parents. Partant de là, rien d’étonnant à ce que tout ne soit que meurtre et violence.

L’atmosphère de Gotham est naturellement sombre et glauque. La grande majorité des scènes se déroule de nuit, et même lorsqu’il fait jour, le ciel est sempiternellement gris, prêt à tourner à l’orage. Les lieux sont toujours clos, désaffectés, souterrains…  Jusqu’au manoir des Wayne, immense et luxueux mais terriblement sombre, et à l’appartement de Gordon, où l’inspecteur ne rentre qu’à la nuit tombée et dont les immenses baies vitrées offrent une vue vertigineuse sur Gotham et ses atrocités…

 

cleek_images_series_panorama_gotham

Si James Gordon et Bruce Wayne sont les héros de la série, on peut les voir comme les fils conducteurs permettant en réalité l’observation de Gotham. Les panoramas de la ville, aux effets spéciaux juste passables, qui servent régulièrement de transition, ont au moins le mérite de rappeler que c’est elle qui est étudiée, qu’elle forme une entité à part entière composée par les personnages que le spectateur voit évoluer, mais qui exerce aussi sur eux sa propre emprise. Le titre de la série n’indique pas seulement la localisation géographique de l’action, elle donne le nom de son principal protagoniste.

En effet, pour justifier la difficulté d’une enquête, la barbarie d’un meurtre ou l’impossibilité de faire changer le cours des choses, de nombreux personnages, comme Harvey Bullock (le coéquipier de Gordon) ou la commissaire, invoquent la fatalité : « C’est Gotham ».

Au milieu de cette ville pourrie, chacun a sa vision de l’avenir. James Gordon veut éliminer la criminalité à tout prix, de même que Bruce Wayne, ce qui passe pour lui par l’arrestation (le meurtre ?) de l’assassin de ses parents. Chaque chef de gang et ses principaux serviteurs (Maroni, Falcone, Fish, le Pingouin…) se voit bien maître incontesté de la ville. Dans la saison 2, Theo Galavan croit avoir sur Gotham un droit de propriété et l’utilise comme outil dans sa vengeance personnelle contre la famille Wayne en en prenant le contrôle légal par sa fonction de maire.

Une ville noire, où il ne fait pas bon vivre, qui attire et engendre la folie. Car malgré la vie difficile et les occasions qui se présentent à eux, les personnages ne parviennent pas à quitter Gotham : le Pingouin, après que Gordon a simulé son assassinat, ne rêve que de revenir pour y triompher, et met au point un plan long et ingénieux pour parvenir au sommet. Il en va de même pour Fish, qui après avoir fui et s’être fait prendre dans un trafic d’organes, met tout en œuvre pour revenir se venger. Gordon refuse plusieurs fois de suivre sa petite amie (d’abord Barbara puis le docteur Thompkins, pourtant enceinte) hors de Gotham, car s’il est devenu flic, c’est bien pour s’attaquer à de gros méchants, pas pour les ignorer. Et les super-vilains, ce n’est pas ça qui manque.

 

Des fous partout

 

Les concepteurs de la série ont pu s’en donner à cœur joie. Gotham est un véritable nid à détraqués, et les histoires les plus violentes et les plus cruelles s’enchaînent au fil des épisodes, de la psychiatre qui hypnotise ses clients pour leur mettre en tête qu’ils sont la réincarnation de l’esprit du Bouc et qu’ils doivent débarrasser Gotham de sa jeunesse dorée, au maniaque du véritable amour qui cherche sa moitié par la force et l’exécute si elle a le malheur de ne pas être la bonne…

 

cleek_images_series_gotham_esprit_bouc

La première saison est d’ailleurs centrée sur ces fous du quotidien, pourrait-on dire, découverts et arrêtés au cours du même épisode, voire deux ou trois au maximum. La proportion entre le scénario interne à un épisode et le scénario général de la saison est d’ailleurs bien maintenue, et ce qui paraît parfois faire partie de la petite histoire surprend par ses conséquences sur le scénario principal, à l’instar de ce fameux maniaque du véritable amour.

C’est dans la saison 2 (baptisée à juste titre Rise of the Villains) que les fauves sont véritablement lâchés, avec l’apparition des fous que l’on connaît : Mr. Freeze (dont les détails de la transformation sont dans ce récap’ séries), Firefly (changé en jeune femme par la série), Nygma, Tabitha (Tigress), et…le Joker ? Sans compter Barbara, ancienne petite amie de Gordon, qui, déjà fragilisée par un passé de droguée et sa rupture avec Gordon, a décidément bien mal tourné après sa rencontre avec le maniaque du véritable amour : enfermée à Arkham, elle est libérée par Theo Galavan et fait partie de la bande des plus cinglés.

À noter que le plus fou et le plus emblématique d’entre eux, le Joker, ne survit pas à plus de la moitié de la saison 2 ! Pourtant formidablement interprété par Cameron Monaghan, il est assassiné à 18 ans sans avoir eu le temps de devenir le Joker, par Theo Galavan qui le trahit pour pouvoir passer pour le sauveur de Gotham, devant les caméras filmant la réception caritative donnée par Wayne Enterprise. Si cet écart avec les comics choque le spectateur dans un premier temps, la série s’en sort finalement très bien sans lui et on ne regrette plus que la sous-exploitation du talent de l’acteur, pour nous réjouir de la possibilité future de faire intervenir le vrai Joker de manière plus puissante encore !

 

cleek_images_series_gotham_joker

En effet, Gotham compte assez de fous pour se passer du Joker, d’autant que tous bénéficient d’une certaine attention de la part des scénaristes, qui leur donnent un passé (naturellement torturé) et des circonstances atténuantes. L’exemple le plus réussi est certainement Oswald Cobblepot, dit le Pingouin, très présent pendant les deux saisons et magistralement servi par la performance de l’acteur Robin Lord Taylor. Né « différent » (comprendre : avec une tête de vampire et une jambe boiteuse), rejeté par tous depuis toujours excepté par sa mère, qui l’élève dans un climat malsain et à laquelle il tient plus qu’à lui-même, il a pour ambition de devenir roi de Gotham, c’est-à-dire de contrôler toute la mafia de la ville. Ne reculant devant rien pour parvenir à ses fins, il reste toutefois attachant jusqu’au bout, et réussit très bien à faire pitié aussi bien à ses ennemis qu’au spectateur chaque fois qu’il s’humilie pour être épargné.

 

L’évolution des personnages permet à la série d’avancer

 

Dans la première saison, l’inspecteur Gordon, nouveau à Gotham, incarne le policier idéaliste, qui a choisi ce métier par amour de son prochain et compte bien protéger les habitants de la ville des désaxés qui courent les rues, par des moyens légaux s’entend. Il le répète d’ailleurs régulièrement à Bullock, son acolyte plus âgé et déjà pris dans l’engrenage des services rendus à la mafia et de l’adage fataliste « c’est Gotham ». Seul contre tous, il se heurte à la corruption de ses collègues, y compris ceux qui veulent bien faire mais ont les mains liées.

La rigueur de Gordon s’effrite cependant nettement au cours de la saison 2. Alors que le nouveau commissaire est lui aussi un farouche défenseur de la méthode légale, la morale de Gordon flanche et il devient beaucoup plus expéditif et rechigne de moins en moins à employer la violence (au point de se faire rappeler à l’ordre) lors de ses enquêtes. Sur le plan politique, il entre progressivement dans la spirale des services rendus en demandant de plus en plus d’aide au Pingouin et en acceptant de soutenir publiquement Galavan. Le héros de la série, qu’on croyait si bien campé sur ses positions, évolue donc vers le côté obscur, et c’est tant mieux. Car il n’est pas le seul à changer, ce qui permet à la série de renouveler ses bases et d’avancer.

Edward Nygma, présent dès la première saison en tant qu’analyste scientifique pour la police de Gotham, est d’abord discret et fait figure d’adolescent attardé dans sa maladresse à séduire l’archiviste miss Kringle et dans son amour des devinettes qu’il ne parvient pas à partager. Cependant, il découvre le plaisir du meurtre en tuant plus ou moins involontairement le petit ami de Kringle, qui la violente. Lors d’un rendez-vous qui tourne mal, il étouffe par inadvertance miss Kringle tout en lui faisant sa déclaration d’amour. Libre alors de toute attache affective, réconcilié avec son double schizophrénique qui le poussait à la violence, il laisse libre cours à sa créativité pour piéger Gordon (les détails dans ce récap’ séries), qu’il soupçonne (à tort) de se douter de son implication dans la disparition de Kringle, qui et l’envoie à la prison de Blackgate. Entrant ainsi dans le camp des grands méchants en s’alliant au Pingouin.

 

cleek_images_series_gotham_nygma

Ce dernier, après son triomphe à la fin de la saison 1, ne parvient pas à instaurer son autorité comme il l’aurait souhaité et échoue à sauver sa mère, séquestrée et assassinée par les Galavan. Anéanti, il trouve refuge dans la famille de son père, qui lui réserve certainement bien des surprises pour la saison 3.

Le changement le plus radical concerne sûrement Barbara, la première petite amie de Gordon qui, après avoir tenté de soutenir l’inspecteur dans sa lutte contre la mafia en se jetant dans la gueule de Maroni, est terrorisée à l’idée de se faire assassiner et quitte Gotham, avant de tomber sur le maniaque du véritable amour et de laisser parler son côté sombre en tuant ses parents. Internée à Arkham et libérée par Galavan, elle prend part avec délectation aux pièges que ce dernier prépare à Gordon, tout en rêvant de le reconquérir. Sa folie apparaît dans toute sa splendeur lors de la scène de l’église, où une chute la plonge dans le coma. Elle finit par se réveiller et promet elle aussi de belles aventures pour la saison 3.

 

cleek_images_series_gotham_barbara_folle

Bilan

 

La série Gotham est prenante par ses personnages bien campés, au tempérament fort et incarnés par des acteurs talentueux (mention spéciale pour les enfants, et notamment Bruce Wayne, tout à fait à la hauteur) mais dont les convictions évoluent et permettent à la série de respirer.

Il est très plaisant d’assister à l’apparition par petites touches de personnages très connus, comme Nygma, Lucius Fox, Poison Ivy ou Harvey Dent, prêts à prendre de l’ampleur ou à seulement renforcer la cohérence de l’univers selon le bon vouloir des scénaristes.

Gotham ne manque pas de fous aux histoires plus incroyables les unes que les autres mais toujours touchantes : on est loin de l’épuisement des idées. Même si on imagine mal l’apparition de nouveaux personnages réellement emblématiques – Bruce ne peut pas les avoir tous rencontrés si tôt avant même de devenir Batman, et en fait, la quasi-totalité des connus sont déjà là – on se réjouit d’assister à leur évolution.

On aimerait que le petit Bruce trouve le commanditaire du meurtre de ses parents, même si on suppose bien que si les scénaristes n’ont pas mis fin à cette intrigue, c’est pour faire monter la sauce et nous ménager un twist infernal !

Vous l’aurez compris, on attend beaucoup de la saison 3 de Gotham !

 

 

Ciné Séries
Cliquer pour ajouter un commentaire

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Plus Ciné Séries