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Captain America – Civil War : L’Âge de raison ?

Captain America – Civil War : L’Âge de raison ?

Captain America : Civil War – Critique

 

Il y a un peu plus d’un mois paraissait sur Cleek un épisode de notre série Hype Review, consacrée aux films encore à sortir au box-office, détaillant nos attentes vis-à-vis du dernier-né des studios MarvelCaptain America – Civil War, sobrement intitulé Captain America – Civil War et la phase 3, que je vous encourage vivement à lire. Depuis cette lecture, du temps a passé, et nous sommes allés voir le nouvel opus cinématographique de la Maison des Idées au cinéma. Au programme du synopsis, des Avengers et un Captain America légèrement échaudés par leur dernière sortie justicière pour sauver le monde, qui s’est une fois de plus soldée par un nombre impressionnant de morts, dommages collatéraux d’une intervention musclée. Or, voilà que le secrétaire d’État leur fait part d’une initiative des Nations Unies, qui vise à encadrer et réglementer l’action ainsi que le théâtre d’opérations des super-héros pour éviter de futures déconvenues parsemées de débris. Captain America se rebiffe mais Tony Stark, la conscience pas vraiment tranquille, souhaiterait, lui, accepter. Le groupe se scinde très vite en deux factions opposées et le retour d’un vieux fantôme aura tôt fait de tout compliquer.

Autant vous le dire tout de suite, je ne suis pas une grande mordue des aventures des Avengers et autres justiciers issus de l’univers Marvel (sauf Iron Man, parce que oui, l’ironie et le sarcasme peuvent vous sauver un film) sur grand écran. C’est donc avec une méfiance teintée de défiance que je me suis rendue dans la salle obscure la plus proche pour voir et évaluer pour vous Captain America – Civil War, armée d’une solide dose de pop-corn et de lunettes 3D qui ont connu des jours meilleurs. Parce qu’après tout, Marvel ne pouvait pas faire pire que sa Distinguée Concurrence, qui s’est assez copieusement illustrée avec le catastrophique Batman v Superman, pas vrai ? Alors, verdict ?

 
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Thèse, antithèse, prothèse

 

Pour le spectateur qui aurait vu les épisodes précédents des aventures de Marvel au cinéma, une bonne surprise accueillera ses mirettes ravies. Dès les premières minutes du film, on comprend très rapidement que ce film est le chaînon manquant des aventures des Avengers et consorts, en ce qu’il opère à la fois une synthèse de l’univers et des super-héros qui le composent, tout en apportant une précieuse justification aux films précédents. Si les diverses menaces planétaires qui ont motivé les interventions des Avengers vous paraissaient quelque peu gratuites, comme un simple prétexte à voir de la baston et des explosions à n’en plus finir, ici la réalité va quelque peu rattraper nos super-héros puisque c’est toute la diplomatie internationale qui leur demande désormais des comptes. D’un point de vue purement narratif, ce point de départ du synopsis a le double avantage de renforcer (ou de créer, pour ceux d’entre vous qui le trouvaient inexistant) le réalisme du film mais aussi de rendre tout d’un coup l’univers de Marvel beaucoup plus logique et cohérent. Le film s’inscrit donc dès de le début dans la continuité logique de ses prédécesseurs, tant du point de vue de la timeline des Avengers en tant que groupe, tout en opérant également un synthèse des aventures d’Iron Man et de Captain America, respectivement. Les super-héros ne sont plus une simple juxtaposition de justaucorps assez dissonante, faisant étalage de leurs pouvoirs pour ravir le plus grand nombre dans le cadre d’une histoire assez saugrenue, prétexte à les caser tous à l’écran. On retrouve donc nos divers héros là où nous les avions laissés, dans le cadre d’une situation de départ qui semble à peu près tenir la route et découle de façon très satisfaisante des opus précédents.

Captain America – Civil War semble vraiment opérer un tournant dans le fil des long-métrages made in Marvel. Si les scènes de baston se font nettement moins nombreuses pour laisser place à plus de psychologie et de dialogues, celles qui restent sont en revanche extrêmement soignées. On se régale devant des scènes de combat d’une grande lisibilité et dotées d’une gestion intelligente de l’espace, qui vient souvent justifier la géographie du lieu de l’action, conférant à l’ensemble d’un plan une certaine élégance et une évidence très agréables. Autre vrai plus, voir les Avengers se combattre entre eux est une vraie bonne surprise tant cela donne à voir des affrontements plus intéressants et chargés d’enjeux que contre un énième et interchangeable méchant. Pour le reste, on est agréablement surpris de découvrir des personnages qui, pour peu qu’on leur laisse une chance de s’exprimer sur un sujet intelligent, sont intéressants, voire dotés d’une vraie psychologie. On apprécie ainsi le temps d’écran accordé à Black Widow, Vision et Wanda, temps d’écran par ailleurs complètement dénué de plan appuyé sur ses formes pour la première, ce qui est un changement bienvenu par rapport à Avengers : L’Ère d’Ultron dans le traitement de ce qui est tout de même son personnage féminin principal. Marvel semble avoir compris que pour que l’enjeu narratif et psychologique d’un groupe d’Avengers qui se déchire de l’intérieur prenne efficacement le spectateur, il fallait ménager la psychologie des personnages, en donnant à celle-ci l’espace et le temps nécessaires à un meilleur épanouissement. On assiste donc cette fois-ci à de vraies interactions entre nos super-héros, ce qui a le très louable effet de les rendre plus humains – et donc plus propices à ce que le spectateur s’identifie à eux et soit plus émotionnellement impliqué dans les péripéties qu’ils affrontent. En bref, plus de crédibilité, plus de cohérence, et plus d’identification, serait-ce là un sans faute de la part des studios Marvel ?

 

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Old habits die hard

 

Et pourtant, Marvel retombe bien vite dans ses vieux travers, qui, bien qu’ils soient d’expression ponctuelle, viennent quelque peu ternir le tableau d’un film censé magnifier et justifier les opus précédents, et opérer un réel tournant dans la politique cinématographique du groupe. Le premier de ces travers, et peut-être le plus évident, est le non-respect de la dimension politique et diplomatique du film, qui, si elle s’annonçait crédible et bien pensée, se retrouve évacuée dès qu’elle ne sert plus les intérêts du scénario, dans un revirement du scénario qui sonne creux et artificiel. Mais sous ces vices de forme erratiques se cache un bien plus grave problème, de nature idéologique, cette fois-ci et quintessentiellement incarné par l’ensemble du personnage de Captain America qui, non content d’entraver le travail de la police, met beaucoup de cœur à l’ouvrage de trahir absolument tous les accords signés sous l’égide de l’ONU. Si le comportement du personnage est « sauvé » par la marche arrière toute qu’opère le film sur sa prémisse politique de départ, on a cependant un aperçu plus profond de la psychologie du personnage, qui légitime et voit ses actions légitimées par une philosophie de vie à base de « Si tout le monde est en désaccord, persévère ». Une philosophie qui dément tout le travail amorcé de crédibiliser les personnages et l’univers Marvel en rendant ces premiers responsables de leurs actions, puisque le vieux code du justicier opérant en marge de la loi se retrouve ainsi renforcé. Le film laisse donc un léger goût d’entourloupe, puisqu’on se demande quels étaient les réels enjeux de la mise en scène du déchirement des Avengers : en effet, le film lui-même semble abonder dans le sens de Captain America, mais sans résoudre le conflit et la séparation du groupe.

Si le film dérape et bégaye parfois, comme une pièce de théâtre dont les ficelles seraient soudainement apparentes, sortant ses spectateurs de l’illusion théâtrale pour méditer sur les artifices mis en œuvre, l’ensemble se veut toutefois être le renouveau de Marvel dans un synopsis plus soigné, plus humain et plus crédible. Au rang des balbutiements maladroits du film, on rangera ainsi quelques instants de scènes d’action excessifs, deux flash-back aussi bien amenés et naturels que Captain America est charismatique, et une prise de conscience émise à voix haute et censée faire l’effet d’un coup de théâtre, mais qui a surtout pour assez agaçant effet de voir un film qui se commenterait lui-même, au lieu de montrer et de faire confiance à l’intelligence du spectateur pour assembler les pièce du puzzle. Le film est cependant émaillé de vraies réussites, de moments drôles, de scènes impeccables et, dans l’ensemble, animé d’une vraie fluidité et d’un esprit de corps qui manquait à nos yeux à à peu près l’ensemble de ses prédécesseurs, et qui se situe à bien des années-lumières du dernier-né de la Distinguée Concurrence. Sorte de pont jeté entre le passé des personnages et l’avenir de la franchise, le film surprend, dans le bon sens du terme. Une excellente surprise, donc, et ce n’est pas peu dire pour un film qui compte l’inénarrable Captain America dans son titre.

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